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Le tambour de ville

Certes, il existait à Djidjelli plusieurs journaux d'importance locale, mais aucune radio, puisque l'ةtat possédait le monopole des ondes. Pour diffuser rapidement les annonces urgentes, le seul moyen était le tambour de ville, employé par la municipalité.

Je n'ai jamais su comment il se nommait ; d'ailleurs, tout le monde s'en fichait ! Le tambour de ville n'était pas une personne, c'était un instrument – on ne disait pas encore « un média », au prix d'une belle faute de français, ou plutôt de latin, puisque media est un pluriel. Il s'annonçait réellement au moyen d'un tambour, car c'était ce qu'on avait trouvé de plus sonore pour signaler sa présence. Bon choix, seul le son du canon eût fait mieux. L'homme parcourait les rues principales de la ville, se plantait au milieu de la chaussée, puis battait le tambour, provoquant assez vite un attroupement de gosses, et l'apparition aux fenêtres des ménagères bien aises de cette distraction qui du reste s'avèrerait courte. Lorsqu'il estimait que le public était suffisant et ne grossirait plus, l'homme au tambour remisait ses baguettes dans leur étui et dépliait la feuille de papier où figurait son annonce, toujours succincte mais qu'il n'avait pas apprise par cœur, à moins que ce geste fût destiné à lui donner une contenance.

Le préambule était immuable : « Avis à la population ! ». Puis venait la nouvelle du jour, en général une coupure d'eau ou d'électricité, quand ce n'était pas une manifestation quelconque des édiles municipaux, ou telle fête patriotique. Son annonce terminée, il repliait le message, le rempochait, et, superbement indifférent aux réactions populaires, allait faire son office une ou deux rues plus loin.

J'ai oublié s'il portait une sorte d'uniforme, comme c'est probable, et je l'imagine volontiers en garde-champêtre, voire en facteur, comme dans Jour de fête, le film de Jacques Tati.
Le vendeur d'oublies

Totalement disparu, celui-là, et pour cause : il faisait doublon avec le pâtissier. Aujourd'hui, il serait écrasé par la concurrence. Le marchand d'oublies signalait son passage par une claquette.

Les oublies étaient une sorte de pâtisserie, une gaufre très légère cuite entre deux fers très chauds, dont la consistance était proche de celle du cornet à glace – mais sans glace. Et comme les cornets de glace, elles se vendaient dans la rue. On les fabriquait, semble-t-il, avec de la pâte délayée, étalée en une couche très mince, que l'on roulait ensuite en forme de cylindre.

L'origine des oublies est assez lointaine, on en vendait au Moyen-آge déjà, et elles étaient très appréciées. Sous Charles IX, seuls les pâtissiers avaient le droit de les fabriquer et de les vendre, mais cette restriction ne semblait pas avoir court à Djidjelli. Plus tard, les garçons pâtissiers obtinrent l'autorisation de récupérer les restes de pâte et de les utiliser pour fabriquer les oublies. C'était en somme une sorte de gratification, de compensation pour leur bas salaires.

Hélas pour eux, en 1722, ce commerce fut interdit en France, parce que les « oublieurs » avaient pris l'habitude d'annoncer leur passage, non par des roulements de tambour comme ci-dessus, mais par des chansons qui avaient fini par devenir assez grossières, et donc indisposer les autorités de police. Rusés, ils se reconvertirent en marchands de « plaisirs », au pluriel... et qui n'étaient pas ce que vous croyez : le plaisir était aussi une gaufre, roulée non pas en cylindre, mais en cornet ! Cela changeait tout. En somme, ces honnêtes artisans inventèrent la méthode toujours en vigueur et qui consiste, lorsqu'une firme a eu des ennuis judiciaires ou commerciaux, à changer de nom. Et toute allusion à la Compagnie Générale d'ةlectricité, devenue Alcatel, au Crédit Lyonnais, devenu LCL, à la Compagnie Générale des Eaux, devenue Vivendi, à Elf, qui a usé une demi-douzaine de noms (devenue entre autres TotalFina-Elf avant de s'appeler finalement Total), ou à la Poste, devenue la Banque Postale, n'est pas ici tout à fait involontaire !
Le vitrier

Mes souvenirs sont-ils trompeurs ? Il me semble qu'on cassait naguère beaucoup plus de carreaux qu'aujourd'hui. S'il n'est pas imaginé, ce phénomène est inexplicable, au même titre que la disparition de la neige dans nos rues ou le succès de certaines émissions de télévision.

Bref, on avait fréquemment besoin du vitrier.

Celui-ci était un artisan ambulant, qui arpentait les rues avec tout son attirail sur le dos, et se signalait aux clients éventuels par son cri rituel, « Viiii-trier ! », qui s'entendait de loin. Rien ne le distinguait du colporteur, et cela s'explique très bien : aujourd'hui, lorsqu'on doit changer une vitre chez soi, on téléphone au vitrier. Mais à cette époque, qui avait le téléphone ? Pas plus les clients que l'artisan. D'où la prospection directe.
Le vendeur de billets de loterie

Dans les pays, généralement hispaniques, où les billets de loterie se vendent encore dans la rue, les amateurs les achètent à des femmes abritées dans de petites guérites, analogues à des kiosques à journaux. Mais à Djidjelli dans les années quarante et cinquante, rien de tout cela. Le vendeur était un homme, et il se déplaçait par toute la ville, où il se signalait en criant « Des millions ! Des millions ! ». Il s'agissait bien sûr de millions de francs, et même d'anciens francs. On avait le choix entre les billets « entiers », et les dixièmes, qui valait 100 francs pièce.

J'ai souvent vu des personnes de mon entourage acheter des billets de loterie, mais je n'ai jamais vu qui que ce soit gagner à la loterie. Au fait, elle s'appelait Loterie Nationale ! Déjà, l'ةtat faisait les poches des Français. Plus tard, il devait perfectionner le système et instaurer la Française des Jeux, qui fait feu de tout bois. Est-ce pour éviter d'augmenter les impôts ? Alors merci, cher ةtat (le mot cher est à prendre dans le sens que vous voudrez) !
Le rémouleur

Ne demandez pas à un enfant de notre époque, sous peine d'entendre une bêtise, ce qu'est un rémouleur, qu'on appelait aussi, mais il y a très longtemps, le « gagne-petit », terme qui semble indiquer qu'on ne faisait pas fortune dans ce métier.

Tout comme le vitrier, le rémouleur travaillait dans la rue. Mieux que le vitrier, en fait, puisque son office ne l'obligeait pas à entrer dans les maisons : il consistait à aiguiser les couteaux et les ciseaux.

ہ vrai dire, aiguiser un couteau, tout le monde pouvait le faire, avec une pierre à aiguiser. Aiguiser des ciseaux, c'était un peu plus compliqué, et l'homme était assez adroit pour y parvenir sans avoir à démonter l'objet, ce qui est de toute façon impossible. Son instrument de travail ? Une meule, bien sûr. L'objet devait peser son poids, aussi était-il monté sur une sorte de chariot que l'on poussait comme une brouette.

De nos jours, les couteaux et les ciseaux usés, on les jette et on va en acheter d'autres au supermarché. C'est épatant, le progrès.

Au fait, et ça n'a rien à voir avec ce qui précède, cent pour cent des Français ne savent pas prononcer le mot aiguiser. On doit faire entendre la lettre « u » ! Normal, c'est comme dans aigu ou aiguille... Fin du paragraphe « spécial pédanterie ».
L'employé de la fourrière

Impossible, aujourd'hui, de posséder un chat ou un chien qui ne soit vacciné, tatoué, porteur d'un collier mentionnant le nom de son propriétaire. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Si bien que les chiens errants n'étaient pas rares, dans nos rues. Or la rage n'est pas une plaisanterie, et cette maladie est toujours mortelle.

Seul remède de l'époque : capturer les chiens manifestement perdus sans collier (merci à Gilbert Cesbron !). L'employé municipal préposé à cet office parcourait la ville, muni d'un instrument qui tenait à la fois du lasso et du fouet, avec lequel il attrapait au vol tout chien suspect. Il ne devait pas manquer de dextérité ! On le surnommait « Galoufa », mot issu du dialecte méditerranéen et qui, se réfèrant au mot gueule, signifie « glouton ». ہ Djidjelli, l'homme allait à pied, et seul, mais dans la capitale, Alger, il précédait une voiture à cheval que conduisait un cocher, et qu'accompagnaient deux agents de police, chargés de faire respecter l'ordre et de verbaliser les propriétaires récalcitrants qui avaient laissé leurs chiens errer sans laisse ni muselière.

Que devenait ensuite l'animal pris au lasso si aucun propriétaire ne le réclamait ? Ma foi, vous ne donniez pas cher de sa survie. C'était cruel, mais c'était ainsi.
Le cardeur

C'est promis, je ne vais vous infliger aucun jeu de mots sur cardeur et quart d'heure. Nous sommes entre gens sérieux.

Les matelas d'antan faisaient le bonheur des acariens et des cardeurs, car ils n'étaient que de gros sacs de toile bourrés d'une laine dont le motif éviquait l'uniforme des bagnards et qui n'avait subi aucun traitement. Hélas, à la longue, la laine se tassait, donc devenait dure, et le confort s'en ressentait. Il fallait alors la traiter.
Machine à carder

J'ai raconté dans une autre page que, rue Bétancourt, notre voisin de palier, Laurent Danastas – non, ce n'est pas lui, ci-contre –, avait deux métiers, il travaillait à la forge, rue des Gardes-Françaises, et il était aussi cardeur, chez lui cette fois. C'était presque une activité de plein air, et un spectacle, qu'il donnait en exclusivité pour ma famille, puisqu'il faisait cela sur la terrasse commune et que nous étions ses seuls voisins à l'étage. En fait, il se déplaçait certainement aussi à domicile, un matelas n'est pas si maniable que les clients aient pu l'apporter chez le cardeur.

D'abord, il fallait éventrer l'objet défaillant. Une couture était prévue à cet effet sur le côté, il suffisait de couper la ficelle, d'écarter les bords de l'ouverture, et de vider la laine directement sur le sol. Or il y en avait une telle quantité que la surface entière de la terrasse en était bientôt recouverte.

Ensuite, le cardeur installait sa machine : une planche sur pieds, qu'il chevauchait. Face à lui, un balancier, supportant un arc de bois équipé de pointes acérées, auquel il pouvait, d'une main, donner un mouvement de va-et-vient, tandis que, de son autre main il glissait sous lesdites pointes des poignées de laine, entre le balancier et un second arc solidaire de son siège, lui aussi équipé de pointes en sens inverse des premières. La laine, prise en sandwich et triturée par ce double instrument de torture, sortait naturellement vers l'avant, les fibres désemmêlées, plus légère, aérienne, ayant quintuplé de volume, et tombait en neige sur le sol, vers l'avant de la machine à carder, n'ayant ainsi plus rien de commun avec ce qu'il avait extrait du matelas fatigué.

Lorsque toute la laine avait été cardée, il ne restait plus qu'à en bourrer le sac de toile, ce qui était à peine moins compliqué mais notablement plus long que l'opération consistant à réinsérer du dentifrice dans son tube. Au passage, notons qu'il fallait être costaud et adroit, un matelas, comme dit plus haut, pèse son poids...

Mais ce n'était pas terminé. On n'avait alors qu'un gros sac informe, auquel il fallait redonner l'aspect d'un matelas en état de marche, si je puis dire. Pour cela, reconstituer les douze bourrelets qui marquaient les douze arêtes du parallélépipède laineux, en y enfermant un peu de la laine qu'il contenait, maintenue en place par une grosse couture de ficelle. Puis, cela fait, assurer à l'ensemble une épaisseur constante, en transperçant l'épaisseur du matelas, au moyen d'une très grosse aiguille, par une vingtaine de liens, tous d'égale longueur et toujours faits de ficelle, qu'il consolidait sur chaque face du matelas grâce à une boule de laine faisant office, si je puis dire, de rivet organique. Le violon n'a qu'une âme, petite pièce de bois reliant les deux tables, le matelas, lui, en possédait vingt ou trente, ce qui prouve bien sa supériorité sur le violon.

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Le désespoir des chômeurs de Ouargla

S'il y a bien un événement qui a marqué Ouargla en 2010, c'est la tentative de suicide collectif de jeunes chômeurs le 27 juillet.

De sit-in en grèves de la faim pour réclamer leur droit au travail, les révoltés n'ont pas quitté les sièges de daïra et de wilaya ainsi que les bureaux de l'agence de l'emploi. Mais le 27 juillet 2010 marquera le tournant dans cette démarche. Après des mois de va-et-vient, le désespoir a pris le dessus. Le retour bredouille d'un copain après un nouveau test non probant a poussé à bout ces chômeurs qui se sont dit que la seule solution était de «mourir ensemble devant les portes de l'agence de l'emploi». Dès 7h en ce jour d'été et sous un soleil préludant de la canicule usuelle exacerbée par un moral à zéro, les rebelles ont pris d'assaut les dépendances de l'agence régionale de l'emploi située à l'avenue Abderrahmane Rouabah.

Cinq d'entre eux sont montés sur la terrasse munis d'armes blanches et de cordes avec la ferme intention de se jeter d'en haut. Après s'être tailladé le torse et le nombril, les chômeurs s'apprêtaient à mettre à exécution leur chute. Un suicide collectif mûrement réfléchi, témoigneront par la suite Madani Ghobchi et Tahar Bélabbes qui se sont portés «volontaires à la mort en espérant que la vie des autres soit meilleure». Mais la tentative a été avortée par les appels à la raison de la foule et les assurances du directeur des moudjahidine et des officiers de police qui ont promis d'intervenir pour régler le problème avec les responsables de l'emploi.

Vain espoir. Ni la mort avortée ni la vie présagée n'ont rien changé à l'état des choses. Les chômeurs continuent à organiser des sit-in pour signifier aux pouvoirs publics que le temps des émeutes est révolu et que seule la lutte pacifique unit désormais les chômeurs de toutes les zones pétrolières et gazières du sud du pays. Un «comité de défense des droits des chômeurs du sud » est né le 30 novembre 2010.

EL WATAN DU 21/12/2010

ISABELLE EBERHARD ou SI MAHMOUD (1877-1904).

"Isabelle Eberhardt (17 février 1877 à Genève - 21 octobre 1904 à Aïn-Sefra, Algérie) est une écrivaine suisse d'origine russe et française de par son mariage.

Elle est née d'une mère anarchiste exilée et d'un père inconnu. Elle s'installe à Bône en 1897. Une fois là, Isabelle Eberhardt fuit les Européens, décide de vivre comme une musulmane et s'habille en homme bédouin. Sa mère morte, elle vivra plusieurs mois en nomade et rencontrera Slimane Ehnni, musulman de nationalité française, suspecté par les autorités françaises d'espionnage. Elle l'épouse en 1901 et obtient ainsi la nationalité française.

Mais elle est expulsée d'Algérie vers Marseille lorsqu'elle est agressée par une confrérie soufie hostile à la sienne. Son mariage lui permet de pouvoir revenir en Algérie française et de devenir collaboratrice au journal Akhbar. Elle se trouve à Aïn-Sefra pour témoigner au journal des troubles près de la frontière marocaine. L'officier Lyautey apprécie sa compréhension de l'Afrique, mais l'oued se transforma en torrent furieux et la ville fut emportée. Slimane fut retrouvé vivant, mais Isabelle, affaiblie par le paludisme, n'avait pas pu fuir. Lyautey se préparait à lui confier une mission auprès des tribus locales.

Ses récits ont été publiés après sa mort et présentent la réalité quotidienne de la société algérienne au temps de la colonisation française. Ses carnets de voyage et ses journaliers rassemblent ses impressions de voyage nomade dans le Sahara." Wikipedia

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LETTRE
A M. FERAUD, SECRةTAIRE DE LA SOCIةTة ARCHةOLOGIQUE
SUR LES JUIFS DE L'ALGERIE ET DE TUGGURT
Dans le Recueil de l'année dernière, vous avez publié la traduction du récit d'EI-Antéri au sujet de l'expédition du comte Oreilly en 1775; vous m'avez exprimé le regret de ne pas avoir expliqué, par une note, les motifs de la conduite des Juifs en cette occasion où, au dire d'EI-Antéri (p. 59), les Musulmans furent " contents de voir la profonde haine qu'ils (les Juifs) avaient pour les Chrétiens. " Vous m'avez aussi signalé la note que le savant M. Berbrugger avait ajouté, en publiant ce récit dans la Revue Africaine d'Alger (numéro du mois de mai 1865). Cette note est ainsi conçue :
La majeure partie des Juifs d'Alger descendent de ceux qui furent chassés d'Espagne a la fin du XIVe siècle.
Simon Durand, dont la pierre tumulaire datée de 1444 est encastrée dans le rempart neuf à droite en sortant de la nouvelle porte Bab-el-Oued, fut le premier rabbin de ces bannis qu'il organisa en communauté vers l'an 1391 .
La haine motivée par cette expulsion, transmise d'une génération à l'autre, explique, si elle ne les justifie pas, les actes sauvages attribués aux Juifs d'Alger par El-Antéri, qui a bien pu, d'ailleurs, amplifier quelque peu ces actes, toujours pour dramatiser son récit.
Je vous remercie sincèrement de me fournir cette occasion d'expliquer à nos lecteurs les motifs de cette haine.
Les faits rapportés par El-Antéri sont, à mes yeux au moins, exagérés, sinon controuvés. Mais, ce qui est certain, c'est que les Juifs furent heureux de l'échec éprouvé par les Espagnols, comme ils l'ont été aussi lors des expéditions de 1516 et de 1541.
J'en trouve les preuves dans une espèce d'anniversaire institué parmi eux à la suite des expéditions de 1542 et de 1775 : cet anniversaire se compose d'un jour de jeûne et d'un jour de réjouissance, à l'imitation de la fête d'Esther, célébrée en commémoration de la chute d'Aman. Ayant de donner des détails sur cet anniversaire el des extraits des poésies hébraïques faites à cette occasion, je voudrais d'abord démontrer jusqu'à quel point les Juifs avaient le droit de se réjouir de cet échec des Espagnols et non des chrétiens, comme dit El-Antéri, surtout si on envisage les malheurs auxquels les Juifs échappèrent grâce à cet échec.
Sans remonter bien haut dans l'histoire de la Péninsule ibérique, prenons pour point de départ la date donnée par M. Berbrugger.
Depuis des siècles, on y persécutait et martyrisait les Juifs. Mais à aucune époque, ces actes n'avaient pris un caractère aussi général qu'à la fin du XIV ° siècle et pendant tout le XVe. Si on consulte les chroniques chrétiennes sur les événements de 1390-91, on est navré du détail des horreurs qui furent commises dans toutes les villes de la Péninsule. Cette persécution jeta en Afrique des centaines de milliers de Juifs. A partir de ce moment jusqu'à la fin du XVe siècle, on ne trouve dans les chroniques espagnoles que persécutions des Juifs, émeutes et massacres; enfin, comme couronnement de cet acharnement contre les Juifs, l'établissement de la très-sainte inquisition. Par les bûchers, dit un célèbre auteur chrétien , par la ruine et la faim, par la catastrophe d'une fuite subite pleine de misères et de naufrages, périt en dix années presque un million de Juifs. Enfin cette haine, mais haine de l'Espagne pour les Juifs, imagina en 1492 le moyen de les détruire complètement et surtout de les spolier. Huit cent mille Juifs apprirent, le
31 mars, qu'au 31 juillet ils devaient tous avoir quitté le pays .
Ces faits n'ont certes pas besoin de commentaires ; ils parlent assez d'eux-mêmes et permettent déjà de comprendre que les Juifs ne penseraient pas être heureux sous la domination espagnole.
Mais nous n'avons pas besoin de chercher en Espagne des causes à la joie des Juifs d'échapper à cette domination tyrannique; ouvrons l'histoire de l'Afrique et nous verrons, en toutes circonstances, cette haine espagnole pour les Juifs. Partout où les Espagnols arrivent en Afrique, ils persécutent les Juifs; ils les dépouillent, les chassent du pays ou même les vendent comme esclaves.
Prenons pour exemple la première moitié du XVIe siècle. A cette époque, l'Espagne est victorieuse sur les côtes d'Afrique; chaque victoire qu'elle remporte, chaque pas qu'elle fait en avant dans ce pays, est marqué pour les Juifs par de grandes misères.
En 1509, lorsque le cardinal Ximenes en personne s'empare d'Oran, il est puissamment aidé par les Juifs, qui ne savaient pas alors que la haine des Espagnols les poursuivrait jusque sur la terre d'Afrique ; ils espéraient qu'une nation plus humaine et plus civilisée que les Arabes, et au milieu de laquelle ils avaient vécu, leur serait plus favorable ; et faut-il le dire, bien que chassés d'Espagne, il y avait encore chez eux une espèce d'attachement pour cette patrie ingrate. Mais les Espagnols eurent soin de les désabuser bientôt. Lorsqu'on n'eut plus aucun besoin du secours des Juifs, de trés-fortes contributions particulières leur furent imposées.
En 1510, Pierre de Navarre s'empare de Bougie. Outre le pillage et les sommes d'argent qu'on exige des Juifs, un grand nombre d'entre eux sont faits prisonniers et vendus comme esclaves.
Dans la même année, les Espagnols s'emparent de Tripoli que l'on réunit à la vice-royauté de Sicile. Les Juifs de ce pays éprouvent le même sort que ceux de Bougie.
En 1535, l'empereur Charles-Quint, en personne, attaque Kheir-ed-Din (Barberousse) et s'empare de Tunis. On fait un effroyable massacre des Juifs, et un grand nombre d'entre eux sont vendus comme esclaves. Un Juif, cependant, par de grands sacrifices d'argent, avait sauvé de la mort un millier de chrétiens que Barberousse avait condamnés lors de la nouvelle de l'arrivée des Espagnols. Il est vrai aussi qu'un Juif, nommé Sinant, était le lieutenant de Barberousse dans cette ville.
Les mêmes malheurs atteignent de nouveau les Juifs de Tripoli, lorsque les impériaux arrivent dans cette ville pour la deuxième fois.
En 1541, lorsque les Espagnols vont attaquer Alger, ils s'arrêtent à Bougie pour y prendre des renforts et des vivres. Les Juifs y sont de nouveau maltraités, emprisonnés, imposés, et un grand nombre de leurs livres sont brûlés.
En 1544, Tlemcen ouvre ses portes au comte d'Alcaudette, gouverneur d'Oran, et à l'armée espagnole ; presque tous les Juifs de la ville sont vendus comme esclaves. Ainsi, comme on le voit, dans un espace de trente-cinq ans à peine, sept fois les Juifs eurent a souffrir de cette haine de l'Espagne, toujours vivace et frappant en Afrique aussi violemment et aussi tyranniquement qu'en Espagne. Mais ce ne sont pas là des faits isolés; d'autres petits faits, de petites exactions, des impôts, des persécutions partielles, relient ces événements entr'eux et prouvent surabondamment que ce n'était pas seulement comme casus belli que cela avait lieu, mais que c'était systématiquement et pour continuer les traditions de l'Espagne du XIV° siècle et du XV°.
Il est certain que les Juifs, en se réjouissant de l'échec du comte Oreilly, ne le faisaient pas par haine pour les chrétiens (comme dit El-Antéri), mais seulement par crainte de la domination espagnole. Car aucune expédition des chrétiens contre la régence, autre que celles des Espagnols, n'est signalée par les livres des rabbins du Maghreb, de la Tunisie, de la Barbarie ou de la Régence. Lorsqu'on trouve de nombreux textes qui parlent des craintes, des malheurs ou de la joie des Juifs, selon le résultat des expéditions espagnoles, nulle part on ne voit mentionnées les expéditions françaises contre la Régence ; par exemple, celles contre Alger même de 1083-84 et de 1688. Il en est de même pour les expéditions des autres peuples. L'Espagne seule fait exception. Je crois avoir suffisamment démontre que ce n'est pas sans motifs.
J'arrive maintenant aux détails concernant l'anniversaire de 1775. Cet anniversaire, comme je vous ai dit plus haut, se célèbre par un jour de jeune et un jour de réjouissance, le 10 et le 11 du mois de tammouz, correspondant, pour l'année 1775 aux 10 et 11 du mois de djoumada, aux 9 et 10 juillet. Cet anniversaire s'annonce déjà le samedi qui précède ces dates; et déjà aussi, à l'office du matin et du soir, on récite les poésies composées par les rabbins algériens, dans lesquelles se trouvent certains détails concordant avec les données d'EI-Antéri. Les auteurs de ces poésies sont au nombre de cinq : Nehoraï ben Saadja Azubib, Jacob ibn Nayym, Ischoua Sidoun, Aaron Cohen Jonathan et Abraham Tubiana. Les pièces sont au nombre de vingt-sept, modelées sur les poésies du moyen-âge qu'on intercale dans les rituels de prières des jours de fêtes et des samedis: ces poésies n'ont pas de cachet particulier, elles sont même assez monotones. Quelques-unes seulement sont intéressantes au point de vue historique. Je vais en extraire les faits principaux signalés dans ces poésies.
On connaissait à l'avance que l'expédition devait avoir lieu, et des prières publiques étaient faites pour appeler la protection divine. On attendait déjà l'ennemi le jeudi (29 juin), et le peuple, éploré, remplissait les temples et adressait à Dieu de ferventes prières .
La flotte n'apparut que le vendredi 1er jour du mois de tammouz (30 juin). Les vaisseaux s'établirent d'abord sur plusieurs lignes en face du fort El-Kifan .
L'ennemi développe sa ligne, le 2 tammouz, en face du cap Malifou .
Mais, pendant huit jours, l'ennemi reste inactif, il tient conseil .
Pendant ce temps, Arabes et Turcs se préparent au combat .
On les poste surtout près du fort Ikhnis ou batterie de l'Oued-Khenis .
Le samedi, les préparatifs étant terminés, les troupes commencèrent le débarquement, protégées par les batteries de la flotte .
Elles se dispersèrent surtout du côté de l'Harrach, et elles poursuivirent les Arabes dans la campagne et dans les jardins .
Le dimanche, 10 tammouz, une grande lutte a lieu . La victoire est indécise. De part et d'autre, on peut se l'attribuer. Mais la colère céleste éclate contre les chrétiens ; un orage effrayant les force à rétrograder .
Le lendemain, la flotte disparaît. Ce qui est bien certain, c'est qu'on ne comprend rien à ce départ précipité. On l'attribue à la volonté du ciel, parce qu'on ne se rend pas compte comment, après la lutte du 10 tammouz (dimanche, 9 juillet), que l'orage seul avait terminée, l'ennemi ait pu se résoudre à abandonner ses projets.
Rien de décisif cependant n'avait eu lieu ; c'est ce que constatent plusieurs de nos poésies. Néanmoins une de ces pièces dit que le onze tammouz, au matin (lundi, 10 juillet), on trouva sept mille cadavres chrétiens ; cela ferait supposer que la lutte avait été grande, tout en regardant ce chiffre comme fort exagéré. Car ce qu'il faut reconnaître, c'est que nos poêtes exagèrent aussi le chiffre des combattants, qu'ils portent à quarante mille hommes . Ils évaluent aussi le chiffre des navires à quatre cents et cela à deux ou trois reprises.
Enfin, un dernier détail est mentionné dans la pièce n° VI, strophe 15 : les Turcs, dit le poète, coupèrent les têtes, les pieds et les mains, les apportèrent au Bey pour recevoir la récompense promise. Ce prince avait sans doute fixé une somme pour chaque infidèle qu'on aurait tué. C'est peut-être à ce fait qu'il faut rattacher le passage à El-Antéri relatif aux Juifs. Les Arabes ne voulant pas souiller leurs mains au contact des cadavres chrétiens, forcèrent probablement les Juifs à mutiler ces mêmes cadavres pour pouvoir montrer à leur prince leur vaillance et, en même temps, recevoir les récompenses fixées.
Voilà les seuls détails intéressants donnés dans les élégies et les cantiques qu'on récite à l'occasion de l'anniversaire de la défaite des Espagnols en 1775.
Cette époque (milieu du XVIIIe siècle), me donne aussi l'occasion de vous parler d'un autre fait concernant les Juifs de notre province. Cette fois, c'est un Arabe qui les persécute; c'est aussi peu rare que les persécutions espagnoles. Je veux parler des Juifs de Tuggurt, et de leur conversion forcée à la religion musulmane .
Les Juifs, autrefois, étaient fort nombreux à Tuggurt : ils étaient venus surtout du Mzab et de la Tunisie. Ils avaient quelques rabbins assez distingués au milieu du XVe siècle et au commencement du XVI, témoin les lettres casuistiques qui leur sont adressées par Salomon, fils de Cémach Duran, et par son fils Cémach . Ils étaient en assez fréquente relation avec les Juifs des pays environnants. Aussi leur conversion fit dans le pays assez de bruit, et étonna tous ceux qui les connaissaient.
Aujourd'hui, qu'un siècle a passé sur cet événement, la légende a apporté son contingent dans cette affaire ; il y a deux versions actuellement sur la manière dont cette conversion a été imposée aux Juifs de Tuggurt.
La première, la plus romanesque et du moins vraisemblable, l'attribue à l'amour d'un membre de la famille Ben-Djellab pour une jeune fille juive. Les Ben-Djellab étaient les princes du pays, et, depuis longtemps, indépendants en quelque sorte, par suite de la situation même de ce pays. Ils possédaient comme fiefs Tuggurt, Souf et quelques localités environnantes.
Ce Ben-Djellab tomba amoureux d'une jeune fille juive.
Il voulait en faire sa femme ou plutôt une de ses femmes, mais à condition qu'elle se convertirait à la religion musulmane. Il aurait bien pu, dans son omnipotence, en faire son esclave; mais il préféra obtenir l'amour de cette jeune fille de son plein gré et ne voulut pas, en cette occasion délicate, faire acte de tyrannie. Il y réussit ; la jeune fille consentit à se convertir et à l'épouser; mais elle ne voulut pas avoir à rougir devant sa famille et ses coreligionnaires, et elle mit pour condition à son consentement que tous ses coreligionnaires embrasseraient avec elle la religion musulmane. Ben-Djellab, informé de l'unique obstacle qui existait à l'accomplissement de son mariage, l'aplanit de suite. Il fit appeler les principaux Juifs chez lui, et leur intima l'ordre de se convertir dans trois jours ou de quitter le pays. L'autre version, plus vraisemblable, est aussi beaucoup plus conforme aux mœurs du pays et surtout du temps. Dans la seconde moitié du dernier siècle, Ben-Djellab, grand'père de celui qui était à Tuggurt lorsque les Français arrivèrent en Afrique, était prince de Tuggurt, du Souf et du pays d'alentour. Chaque année on célébrait son anniversaire par une fête publique. Les Juifs, tout en n'ayant pas trop à se féliciter de leur position, y prenaient cependant une part assez active, et chaque année ils faisaient au prince de riches présents. C'étaient surtout des bijoux; car les Juifs de Tuggurt alors, comme aujourd'hui encore presque tous ceux de la Kabylie et des tribus, étaient bijoutiers. Or une année (il y a environ cent ans), ils fabriquèrent un régime de dattes dont les branches étaient en argent et les fruits en or. Le vendredi, lorsque le prince sortit de sa mosquée, ils lui présentèrent ce régime comme don gracieux. Celui-ci, charmé, émerveillé même du travail, résolut de leur témoigner sa satisfaction. Rentré chez lui et entouré des principaux personnages du pays, il demanda comment, il pourrait récompenser les Juifs. On proposa diverses choses, qui quelque liberté, qui quelque allégement d'impôt. Mais ces propositions étaient faites à regret et reçues avec déplaisir. Tout-à-coup l'un d'eux dit au prince : Puisque tu veux les récompenser d'une manière extraordinaire, accorde leur la permission de se convertir et l'honneur de les recevoir parmi les vrais croyants. Cet avis aussitôt émis, plut à tout le monde et Ben-Djellab l'adopta. Voulant de suite le communiquer aux Juifs, il fit appeler le principal d'entre eux, Mokkadem ou Guisbar; il lui exprima toute sa satisfaction du présent des Juifs et la manière dont il entendait les en récompenser. A cette proposition de Ben-Djellab, le Mokkadem demeura terrifié et ne put proférer aucune parole. Cependant, revenant à lui-même et surmontant sa frayeur, il dit au prince qu'avant de lui donner aucune réponse, il voulait communiquer cette proposition à ses coreligionnaires. Ben-Djellab fut étonné de la froideur avec laquelle le Juif avait reçu sa proposition ; il le laissa néanmoins partir. Mais ce qui le surprit bien plus, ce fut la réponse qu'il reçut le lendemain. Une deputation de Juifs vint se jeter à ses pieds et l'implorer de ne pas donner suite à ce qu'il voulait bien appeler une récompense; ils étaient Juifs et ne souhaitaient qu'une chose, c'était de rester Juifs.
Ben-Djellab, qui croyait leur accorder une grâce extraordinaire, devint furieux à ce refus et se trouva blessé dans sa dignité de chef et de musulman. Il leur ordonna de suite de choisir, dans les vingt-quatre heures, devenir musulmans ou quitter le pays sans espoir de retour. Grande fut la consternation des Juifs. Bon nombre d'entre eux, espérant trouver dans la fuite un abri contre cette persécution, s'éloignèrent dans la nuit de Tuggurt et voulurent gagner les villes voisines, Mzab, Temassin, Bou-Saàda ou la Tunisie. Mais Ben-Djellab envoya à leur poursuite, et presque tous les fuyards furent repris et décapités. Cependant la majeure partie des Juifs, prévoyant ce qui arriverait et ne trouvant aucune autre issue à leur situation que la conversion, au moins apparente, se soumirent à l'ordre du prince et embrassèrent, extérieurement du moins, la religion musulmane.
Aujourd'hui encore le nom, que les descendants de ces convertis portent, rappelle les faits de cette seconde version. On les appelle Mehadjerin, les bien récompensés. Au début de leur conversion, ils espéraient pouvoir, au bout d'un certain temps, quitter le pays et revenir à la religion juive. Comme les Anussim d'Espagne (nouveaux chrétiens, Juifs convertis par l'inquisition), ils professèrent extérieurement la religion musulmane; dans l'intérieur de leurs demeures, ils continuaient toujours l'exercice du culte Juif. Quelques-uns d'entre eux ayant quitté Tuggurt et s'étant rendus dans d'autres villes de l'Afrique où ils vécurent parmi les Juifs, furent poursuivis par les dénonciations de Ben-Djellab et exécutés comme renégats de la réligion musulmane. Ces tentatives intimidèrent les autres qui, pour échapper à un pareil sort, se montrèrent de zélés et même de fanatiques musulmans. Tous firent le pèlerinage de la Mecque. Cependant les Mehadjerin restèrent toujours dans leur ancien quartier et ne firent aucune alliance de famille avec les autres musulmans; c'est ce qui a main-tenu leur nom, leur type et leurs habitudes intérieures. Car l'on dit qu'aujourd'hui encore ils fêtent le samedi ou sabbat des Juifs, mais en secret.
Comme pour les Nouveaux Chrétiens, il faut attribuer à ce fait d'isolement deux motifs; l'un, c'est qu'eux-mêmes désiraient rester isolés et sans alliance avec les autres musulmans, surtout dans les premiers temps ; l'autre, c'est le peu d'estime que les musulmans professent pour les convertis.
Cependant, aujourd'hui, ils sont les principaux habitants du pays et surtout les plus riches; ils possèdent presque toutes les maisons et tous les jardins de cette oasis ; le commerce est presque exclusivement dans leurs mains.
Les Mehadjerin ont souvent hérité de quelque parent Juif demeurant soit à Bou-Saâda, soit à Temassin, soit à Mzab. Mais les juifs n'ont jamais été admis à faire valoir leurs droits sur l'héritage de quelque parent Mehadjerin décédé. La législation musulmane s'y opposait.
D'un autre côté, les Mehadjerin ont toujours refusé de révéler l'endroit où leurs ancêtres avaient enfoui les rouleaux de la loi et autres livres juifs au moment de leur conversion. A plusieurs reprises, des Juifs les sollicitèrent à faire cette révélation, mais toujours ils s'y refusèrent. L'un d'entre eux vint à Biskra, il y a quelques années, chez un Juif qui était son ami intime, pour se faire soigner d'une maladie grave. Son ami eut beau le supplier, le conjurer de lui indiquer l'endroit où se trouvent enterres ces livres ; il ne voulut pas y consentir et
mourut dans la maison de cet israélite sans avoir rien dit à ce sujet.
On peut attribuer ce refus des Mehadjerin à une crainte continuelle et fondée. Leur origine juive n'est pas encore oubliée; loin de là, tout à concouru à donner à ces faits le caractère d'une légende et à rappeler ce souvenir aux Arabes du pays. Une révélation quelconque sur les anciens livres juifs qu'on a enfouis, pourrait amener pour eux de grands malheurs, auxquels ils veulent sans doute se soustraire. Leurs appréhensions sont même si grandes, qu'ils n'ont jamais discuté religion avec des Juifs; souvent des conversations ont été entamées sur ce sujet et toujours ils ont interrompu les Juifs en les priant de parler d'autre chose.
Quelques faits concernant ces convertis de Tuggurt se trouvent dans un journal anglais. Ils ont été communiqués par un missionnaire protestant, qui dit avoir trouvé chez eux le désir d'émigrer et de revenir à la religion de leurs ancêtres. Ce fait me parait assez douteux; car leur intérêt et leur sécurité sont tout-à-fait contraires à cette assertion du missionnaire anglais. Cependant ils ont pu s'enhardir à parler à cœur ouvert à un Européen; ce qu'il n'ont jamais osé faire avec un Juif indigène.
Une pareille persécution eut lieu dans la tribu des Zemoul, et bon nombre de Juifs qui l'habitaient furent forcés de se convertir pour embrasser l'islamisme ; quant à ceux qui restèrent fidèles au culte de leurs pères, ils durent quitter le pays. Les motifs et l'époque de cette persécution me sont encore inconnus.
Un auteur Arabe parle cependant d'un cimetière juif existant à côté du cimetière arabe ..

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Attachez les wagons

Le train de voyageurs a sifflé une nouvelle fois, hier, à la gare de Touggourt (160 km de Ouargla), après une éclipse d'une bonne douzaine d'années, pour assurer une première liaison vers Biskra. La locomotive de la SNTF, tractant ses trois voitures, s'est ébranlée à 6h de la gare de Touggourt qui a renoué avec 1e transport de voyageurs, après être restée confinée au transport de marchandises tout au long des 12 dernières années, avant que les pouvoirs publics ne décident de réhabiliter cette ligne et de rénover ses voies, dans le sillage d'un programme national de réhabilitation et de développement du transport ferroviaire à travers le pays. Le dernier billet de train réservé, à partir de cette gare de Touggourt ,remonte au 11 novembre 1995, selon les représentants locaux de la Société nationale des chemins de fer (SNTF) qui précisent que, depuis, 1"activité ferroviaire était limitée au transport de marchandises. De nombreux passagers, des familles notamment, ont tenu à être du voyage pour "cette première", avec à leur tête Si El Hadj, un sexagénaire, qui a " harcelé" les agents et le personnel de la gare de Touggourt, tout au long de cette semaine, pour inaugurer cette liaison quotidienne sur Biskra, via Djamâa et El-Meghaïer (wilaya d'ElOued).
La liaison Touggourt-Biskra, environ 210 km, qui se fera en quatre heures, haltes comprises, s'effectuera avec une capacité théorique de transport de 120 voyageurs, une quarantaine par voiture, dans des conditions confortables et à une vitesse de 80 km./h dans une première phase, pour passer ensuite à 120 km/h tres prochainement, puis à 160 km./h dans le futur, selon les explications du chef de gare de Touggourt. Deux rotations quotidiennes sont prévues sur cet axe ferroviaire, dont un départ à 6h de Touggourt et un retour à l5h30 de Biskra, sur ce trajet de 210 km, qui compte sur son itinéraire 3 gares (Touggourt, Djamâa, El Meghaïer et Biskra), et des haltes à Moguar (Ouargla), Tamerna, Sidi Khehl, Lourir (El-Oued) et Oumache (Biskra), a précisé M. Hadj Saïd La gare de Touggourt de 4" classe, d'où s'effectuent 1es départs et non pas de transit, couvre 6 hectares et dispose d'un quai voyageurs, deux voies principales, 19 voies de service, pour une capacité de traitement pouvant aller jusqu'à 700 passagers/Jour et plus de 2000 tonnes/Jour de marchandises, selon le même responsable.
Les principales marchandises actuellement traitées au niveau de cette gare sont 1e blé, le ciment, les lubrifiants, les tubages pour les hydrocarbures et les bobines métalliques pour la fabrication de tubes spirales, a ajouté M. Hadj Saïd.
Pour ce responsable, la réactivation de cette liaison ferroviaire devra susciter un intérêt croissant des voyageurs, au regard des conditions de confort offertes, mais aussi, outre son caractère économique (315 DA le billet), du gain de temps procuré, de la régulante de ses horaires et de la sécurité des voyageurs.
EL WATAN DU 19/10/2010

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EMOTION -EMOTIONNEL - AMOUR
Mon Ami Ahmed Bensebti m'a envoyé ces tendres mots si émouvants que je n'ai pas pu me les réserver à ma personne :
Je demande aux visiteurs de les Lire lentement ............. en silence!

Lis et tu verras .... et tu sauras ce que tout le monde ressens ...
Il y a au moins 5 personnes dans ce monde qui t'aiment
au point de mourir pour toi.
Il y a au moins 15 personnes qui t'aiment d'une certaine manière.
La seule raison pour laquelle une personne te déteste,
c'est parce qu'elle veut être comme toi.
Un sourire de toi apporte de la joie à quelqu'un
même s'il ne t'aime pas.
Toutes les nuits, quelqu'un pense à toi avant d'aller se coucher.
Tu représentes le monde pour quelqu'un.
Si ce n'était pas pour toi, quelqu'un ne pourrait pas vivre.
Tu es Spécial et Unique et quelqu'un
dont tu ignores l'existence t'aime.
Quand tu fais la plus grosse bêtise, quelque chose de bien provient de celle-ci.
Quand tu penses que le monde te tourne le dos, regarde bien:
C'est surtout toi qui tourne le dos au monde!!!!
Quand tu penses que tu n'as pas de chance
quand tu n'as pas ce que tu veux, tu ne l'auras probablement pas.
Si tu crois en toi, probablement, tôt ou tard, tu l'auras.
Souviens-toi toujours des compliments que tu reçois.
Oublie les remarques méchantes.
Dis toujours aux gens ce que tu ressens à propos d'eux,
tu te sentiras mieux quand ils le sauront.
Personne ne mérite tes larmes et tes pleurs,
et celui qui le mérite vraiment ne te fera jamais pleurer.
Si tu as un meilleur ami, prends le temps de lui dire
ce qu'il représente pour toi.
Envoies cette lettre à tous les gens que tu apprécies,
incluant la personne qui te l'a envoyée.
Si tu le fais, tu illumineras le jour de quelqu'un et peut-être
changeras-tu sa perspective de la vie, pour le meilleur.
On dit que cela prend qu'une minute pour remarquer
une personne spéciale, une heure pour l'apprécier,
un jour pour l'aimer, mais qu'on a ensuite besoin de
toute une vie pour oublier.
Envoie cette pensée aux personnes que tu n'oublieras jamais.
C'est un petit message qui leur permettra de savoir
que jamais tu ne les oublieras.
Si tu ne le renvoies pas ou ne l'envoies à personne cela signifie
que tu es bien pressé et que tu as oublié tes amis(es).
Arrête-toi un peu et prends le temps de vivre !
Alors ? Qu'est ce que tu attends?
Envoie-le à toutes ces personnes qui sont si importantes dans ta vie.
Et sois certain(e) que moi, je ne t'oublierai jamais non plus
car je t'aime par amitié.
Ne quitte jamais la personne que tu aimes pour la personne qui te plais
car celui qui te plais te quittera pour la personne qu'il aime.

Strategica banni par Ouyahia : une décision arbitraire ?

Poste par Sat juin 8th, 2010 categorie Actu du jour. Vous pouvez suivre les reponses via RSS 2.0. Vous pouvez commenter et trackbacker cet article Print This Post Print This Post

Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a interdit, dans une Note adressée aux responsables d'entreprises et d'organismes publics, toute relation d'affaires avec le bureau d'études Strategica et son directeur El Hachemi Siagh. Une information qui a fait les choux gras d'un bon nombre de nos médias qui se sont contentés de relayer l'information sans en évoquer les incohérences manifestes.

Dans son instruction, le Premier ministre porte des accusations graves à l'encontre du Cabinet Strategica dont les pratiques, selon lui, peuvent s'assimiler à de l'espionnage économique. Rien n'est indiqué sur les éléments qui ont permis à M. Ouyahia d'établir ce diagnostic qui semble être émis sans enquête ou instruction judicaire. Le Premier ministre peut-il ainsi adresser des injonctions aux responsables des entreprises et organismes publics? Peut-il le faire en se basant sur des extrapolations ou des suppositions sans l'avis de la Justice?

La question mérite d'être posée. «Strategica, à travers ses différentes activités, s'est constitué une importante banque de données tant sur le secteur financier national que sur des entreprises publiques stratégiques, données pour lesquelles il ne fait guère preuve de réserves dans ses relations avec les milieux économiques étrangers», écrit Ouyahia sans apporter aucune preuve de ce qu'il avance. Quelles données sensibles Strategica fournit-il aux étrangers? Si ces données sont si sensibles, comment un Cabinet privé étranger a-t-il pu y accéder en menant de simple accompagnement des opérations d'emprunt obligataire?

Le Premier ministre évoque également «un manque d'attention pour la sécurité économique du pays qui s'est développé ces dernières années, dans les relations d'affaires entre les entités étrangères ou leurs relais locaux et les entités économiques nationales». Ouyahia s'enferme-t-il dans un patriotisme économique de plus en plus extrémiste ou s'agit-il là d'une affaire algéro-algérienne visant à tracer un chemin à un nouveau bureau d'étude? Après Hamiani, El Hachemi Siagh, autrefois chouchou des autorités économiques algériennes, a entamé sa décente aux enfers. L'instruction d'Ouyahia mérite plus d'explication de sa part et aurait au moins nécessité une décision de Justice ou une enquête de Police tant les accusations formulées par le Premier ministre sont graves.

Nina A.