Résumé des travaux de sondages exécutés dans le département de Constantine

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LES OASIS DE L'OUED RIR -Résumé des travaux de sondages exécutés dans le département de Constantine

LES OASIS DE L'OUED RIR
EN 1856 & 1879.
Résumé des travaux de sondages exécutés dans le département de Constantine
de 1878 à 1879.
L'OUED RIR
On désigne sous le nom d'Oued Rir' la dépression allongée du Sahara du département de Constantine, qui commence au Nord, à l'extrémité Sud-Ouest du Chott Melrir, par l'oasis d'Ourir, et qui, remontant au Sud, finit par celle de Temacin.
Des oasis sont échelonnées sur les deux rives de cette dépression, qui n'a pas moins de 120 kilomètres de longueur. .
M. le professeur Martin décrit ainsi ces Oasis et leurs productions dans son tableau physique du Sahara Oriental :
« Toute oasis se compose principalement de palmiers dattiers qui semblent former une forêt continue ; mais en réalité ils sont plantés en lignes dans des jardins séparés par des murs en terre, percés en amont d'un orifice par lequel la rigole d'irrigation ; pénètre dans le carré. Les déblais employés à élever les murs, étant empruntés aux chemins, ceux-ci sont en contre-bas des terres et servent à un double usage : ils facilitent la circulation dans l'oasis, et les eaux, qui ont arrosé les jardins et dessalé le sol, se déchargent dans ces chemins creux, d'où elles coulent vers les Chott, ou forment des marais que l'incurie musulmane ne songe pas à dessécher. La fièvre s'élance chaque année de ces foyers d'infection et décime cruellement ces populations imprévoyantes. On comprend qu'une oasis soit une forteresse : chaque carré de jardin est une redoute ; le boulet se loge dans ces murs en terre, et s'il les perce, c'est une meurtrière nouvelle, par laquelle l'arabe glisse son fusil pour ajuster l'ennemi.. Les villages eux-mêmes sont entourés de murs flanqués de tours et rappellent tous les motifs des fortifications du moyen-âge.
Le dattier est l'arbre nourricier du désert, c'est là seulement qu'il mûrit ses fruits : sans lui, le Sahara serait inhabitable et inhabité. La poésie arabe en a fait un être animé créé par Dieu le sixième jour, en même temps que l'homme. Pour exprimer à quelles conditions il prospère, l'imagination des Sahariens exagère le vrai afin de le rendre plus palpable. Ce roi des oasis, disent-ils, doit plonger ses pieds dans l'eau et sa tête dans le feu du ciel. La science consacre cette affirmation, Car il faut une somme de chaleur de 5,100" accumulée pendant huit mois pour que le dattier mûrisse parfaitement ses fruits. La chaleur n'étant utile à cet arbre qu'à partir de 18 degrés, toute température inférieure à ce degré
n'entre pas dans ce calcul. La somme de chaleur est-elle moindre les fruits nouent, mais ils grossissent à peine, restent âpres au goût et privés de la fécule et du sucre qui constituent leurs propriétés nutritives.
Le climat du Sahara réalise ces conditions. La température moyenne de l'année doit être de 20 à 24 degrés, suivant les localités. Les chaleurs commencent en avril et ne cessent qu'en octobre. Pendant l'été, le thermomètre atteint souvent 45 degrés, et même 51° à l'ombre, par exemple le 15 août 1859 et le 17 juillet 1863 à Tougourt. L'hiver est relativement froid. A Biskra, le thermomètre descend quelquefois, en février, à 2 et 3 degrés au-dessous de zéro. Dans l'Oued Rir, nos officiers ont vu leurs bidons remplis d'eau couverts le matin d'une mince couche de glace. Les dattiers supportent parfaitement un froid nocturne, sec et passager de 6 degrés au-dessous de zéro, et une chaleur de 50 degrés. Le sable du désert, qui rayonne beaucoup, se refroidit plus que l'air et conserve, à quelques décimètres de profondeur, une certaine fraîcheur qui se communique aux racines des arbres. Les pluies sont rares dans le Sahara; elles tombent en hiver et provoquent le réveil de la végétation desséchée par les chaleurs de l'été. Quelquefois elles sont torrentielles, mais de courte durée. A Tougourt et à Ouargla, des années entières se passent sans qu'il tombe une seule goutte d'eau. Comprend-on maintenant la reconnaissance des Arabes pour l'arbre aux fruits sucrés qui prospère dans le sable, arrosé par des eaux saumâtres, mortelles à la plupart des végétaux, restant vert, quand tout autour de lui se torrifie, sous les rayons d'un soleil implacable, résistant aux Vents qui courbent jusqu'à terre sa cime flexible, mais ne sauraient rompre son stipe, composé de fibres entrelacées, ni déraciner sa souche, retenue par des milliers de racines adventives qui, descendant du tronc vers la terre, le lient invariablement au sol . Aussi peut-on dire sans métaphore : un seul arbre a peuplé le désert ; une civilisation rudimentaire comparée à la nôtre, très avancée par rapport à l'état de nature, repose sur lui ; ses fruits, recherchés dans le monde entier, suffisent aux échanges, et créent non seulement l'aisance, mais la richesse. Dans les trois cent-soixante oasis qui appartiennent à la France, chaque dattier acquitte un droit qui varie de 20 à 40 centimes suivant les oasis, et ces cultures prospèrent, le produit de chaque arbre étant de trois francs environ.
Le nombre des dattiers fait la richesse d'une oasis, mais tous ne donnent pas des fruits : en effet cet arbre est dioïque. Il y a des pieds mâles et des pieds femelles. Les pieds-mâles ont des fleurs munies d'étamines seulement et formant une grappe, renfermée avant la maturation du pollen dans une enveloppe appelée spathe.
Les pieds femelles au contraire portent des régimes de fruits enveloppés également dans une spathe, mais qui ne sauraient se développer, si le pollen ou poussière des étamines ne les a pas fécondés.
Pour assurer cette fécondation sans planter un trop grand nombre de mâles improductifs, les Arabes montent à l'époque de la floraison, vers le mois d'avril, sur tous les individus femelles, et insinuent dans la spathe un brin chargé de fleurs mâles, dont les étamines fécondent sûrement les jeunes ovaires ; alors les fruits grossissent, deviennent charnus et , forment des grappes appelées régimes, dont le poids atteint quelquefois de dix à vingt kilogrammes.
Pour-multiplier les dattiers, on ne sème pas les noyaux des fruits, quoiqu'ils germent. avec une extrême facilité, car on ne saurait ainsi deviner à l'avance le sexe de l'arbre ; on préfère donc détacher du tronc de palmiers femelles un rejeton que l'on plante et qui devient un arbre productif à partir de l'âge de huit ans.
Le dattier fournit, en outre, un lait ou liquide sucré qui, par la fermentation, ne tarde pas à prendre une saveur vineuse. Pour l'obtenir on emploie le procédé suivant : on enlève circulairement la couronne de feuilles, en ne ménageant que les inférieures. La section a la forme d'un cône où l'on enfonce un roseau creux par lequel le liquide s'écoule dans un vase qui se déverse à son tour dans un autre suspendu aux feuilles de l'arbre.
Celui-ci ne meurt pas toujours après cette mutilation,le bourgeon terminal se reproduit, et le palmier se rétablit peu à peu. L'opération peut être renouvelée jusqu'à trois fois.
Les Arabes se servent des troncs des meilleurs palmiers pour boiser leurs puits et faire des poutrelles; des tiges des palmes pour couvrir leurs maisons ; des filaments contenus dans la pédoncule, pour fabriquer des cordages d'une grande solidité ; des feuilles des palmes de l'année, surnommées palmes du coeur, pour confectionner des éventails, des nattes et autres objets de luxe; enfin, une partie des feuilles des vieilles palmes est destinée à faire des paniers pour l'expédition du fruit récolté.
La tête des palmiers s'élève à environ quinze mètres au-dessus du sol. L'air circule sous le vaste parasol formé par leurs cimes rapprochées, mais le soleil n'y pénètre pas. De l'ombre, de l'air et de l'eau tels sont les trois éléments qui permettent les cultures les plus variées dans les jardins de palmiers, malgré les chaleurs brûlantes de l'été. On y remarque d'abord des arbres à fruits : le figuier, le grenadier, l'abricotier, quelquefois la vigne, l'olivier, plus rarement le pêcher, le poirier et l'oranger. Les légumes sont communément cultivés pendant l'hiver : ce sont les navets, les choux, les oignons, les carottes et le piment, condiment indispensable de ces sauces arabes (merga), destinées à relever les forces digestives de l'estomac, chez des peuples qui s'abstiennent de vin et de liqueurs alcooliques. On remarque encore des potirons, des courges, des pastèques, de petits carrés de luzerne qui fournissent jusqu'à huit coupes par an, le henné, qui sert à teindre en jaune les ongles des femmes arabes, et le tabac rustique, cultivé surtout dans le Souf. En hiver, on voit dans les clairières des oasis, ou alentour, des champs verdoyants : ce sont des orges et quelquefois des blés hâtifs qui sortent de terre. La culture du coton n'est encore qu'à l'état d'essai, mais grosse d'avenir, dans les terrains arrosables par de l'eau douce ou peu chargée de sels.
Tuggurt ou Tougourt, distante de 207 kilomètres de Biskra, est la capitale de l'Oued Rir'. Elle possède une mosquée, une casbah, une école française-arabe, une école d'enseignement supérieur de l'ordre de Mouley-Tayeb, et dix écoles primaires, de l'ordre de Si Abderhaman. Ces écoles sont fréquentées par cinq cent vingt élèves.
L'importance commerciale de Tougourt est immense; elle est avec Temacin, sa rivale, le lieu d'échange pour tout le commerce du Sud. Son antiquité est assez grande : une ruine d'ancienne mosquée et celle actuelle, construite, comme quelques-unes de ses prin¬cipales habitations, en pierre de gypse impur avec des briques cuites et autres matériaux que l'on croit tirés de Tunis, attestent une stabilité que l'on ne retrouve que dans l'Algérie septentrionale. . L'oasis de Tougourt est à une altitude de 62 mètres au-dessus du niveau de la mer; elle comprend 4,452 habitants, 976 maisons et 160,000 palmiers. Elle se divise en quatre centres principaux de population ; Tougourt, Nezla, Tebesbest, Zaouïa de Sidi-el-Abid, ayant eux-mêmes une ou deux annexes.
Oasis de Tougourt — annexe : Balouche ;
Oasis de Nezla — annexes : Si-Mohammed-ben-Yahia (fondateur de Tougourt), Sidi-Bou-Djenan, Coudiat-el-Koda;
Oasis de Tebesbest— annexes : Sidi-bou-Aziz, Béni-Souid;.
Oasis de Zaouïa-Si-el-Abid— annexe : Rfia.
Tougourt est administrée par un agha, officier de Spahis indigène, qui a sous ses ordres un khalifa , deux Càdi, pour rendre la justice, et des cheikh dans toutes les oasis ou annexes.
Etat des Oasis de l'Oued Rir' et moyenne d'irrigation.
Avant de parler de l'état actuel des oasis, il est utile, croyons-nous, de rappeler, ce qu'était l'Oued Rir', en 1856, deux années seulement après la prise de Tougourt et alors que la paix et la confiance venaient de renaître dans le Sahara.
État des oasis de l'Oued Rir', au 1° mai 1856.
Au mois de mai 1856, l'Oued Rir' comptait 25 centres de population, et 6,772 habitants.
Les oasis et leurs annexes ou enclaves, au nombre de 31, comprenaient 359,300 palmiers et 40,000 arbres fruitiers irrigués par 282 puits artésiens arabes, dont les principaux étaient sur le point dépérir en entraînant la ruine des oasis, et 21 behour, débitant ensemble 52,767 litres à la minute, soit une moyenne d'irrigation, par minute et par palmier, de 0 litre 146. (Les indigènes nomment behar, mer (au pluriel behour), des sources naturelles ou d'anciens puits éboulés formant un étang).
Les Rouara reprenaient courage et 54 nouveaux puits étaient en construction.
La valeur des oasis pouvait être ainsi calculée :
539,300 palmiers 1.300.000
40,000 arbres fruitiers 40.000
282 puits artésiens arabes et 21 behour 314.000
Soit 1.654,000

La moyenne d'irrigation de chaque oasis était ainsi répartie :
Moyenne d'irrigation des palmiers de l'Oued Rir', en 1856.
Voir Tableau
Êtat des oasis de l'Oued Rir', au 1° juin 1879.
Le 1er juin 1 879, c'est-à-dire 23 années après l'introduction de la sonde artésienne dans le Sahara, l'Oued Rir', y compris Tougourt, Temacin et leurs annexes ou enclaves, compte 26 centres de population, 12,827 habitants, 2,878 maisons, une école arabe-française, 54 écoles primaires, 37 oasis, 517,563 palmiers, et 90,000 arbres fruitiers.
Les jardins, formés par ces 37 oasis, sont irrigués par 434 puits artésiens arabes, creusés par les gens du pays, 16 behour (anciens puits éboulés) et 59 puits artésiens français, tubes en fer, débitant ensemble 164,078 litres à la minute, ou 236,272,320 litres par 24 heures, soit, une moyenne générale d'irrigation de 0 litre 317 par minute, pour chaque palmier.
Les 434 puits artésiens arabes et les 16 behour débitent ensemble 64,248 litres à la minute, et les 59 puits artésiens français 99,830 litres, soit une moyenne de 143 litres, pour chaque puits indigène, et 1,690 litres, pour chaque puits artésien français.
La valeur actuelle des oasis peut être ainsi calculée :
517,563 palmiers... 4.127.018
90,000 arbres fruitiers 90.000
2,878 maisons 432.000
434 puits artésiens arabes et 16 behour 444.000
59 puits artésiens tubes en fer 412.000
Soit 5.505.018
44 puits artésiens arabes sont en construction ou attendent le secours de la sonde pour être terminés : 8 dans les oasis de Mraïer à Ghamra, 36 à Tougourt, Temacin et leurs annexes.
Le nombre des palmiers de l'Oued Rir' en rapport est de 430,500, celui des plantations nouvelles, de un à trois ans, de 87,063.

  • Si nous prenons, comme production annuelle, une moyenne de 15 kilogrammes de dattes, pour chaque palmier, le rapport de l'année courante peut donc être évalué à 6,457,500 kilogrammes.

Dans quatre années, lorsque les plantations nou¬velles seront en rapport, cette production sera portée à 7,700,000 kilogrammes.

  • A ces chiffres, nous devons ajouter les cultures de blé, d'orge, de légumes, etc., qui se font dans tous les jardins où la moyenne d'irrigation est suffisante.

Nous mentionnerons en passant que toutes les oasis du Sud de Biskra, comprises dans les régions des Ziban, Zab-Chergui, Beni-Bou-Sliman, Djebel-Chechar, Ouled-Djellal, Sahari, Ouled-Zian, Oued-Rir', Oued-Souf et Ouargla, renferment environ 1,700, 000 pal-miers dont la production annuelle peut être évaluée à 400,000 quintaux de fruits.
La moyenne d'irrigation des palmiers de chaque oasis de l'Oued Rir' est aujourd'hui classée dans l'ordre suivant :

M. le lieutenant Aûer, qui a commandé la section des tirailleurs indigènes de la casbah, de Tougourt de 1856 à 1866, a écrit dans un rapport : « qu'un puits artésien pouvait arroser six fois autant de palmiers qu'il débitait de litres à la minute. » Si son assertion était, vraie, le débit total des puits de l'Oued Rir' pourrait donc irriguer 164,078 X 6 — 984,468 pal¬miers.
Pour nous, nous trouvons cette moyenne exagérée, et, pour rentrer dans la vérité, nous dirons qu'un puits jaillissant peut entretenir seulement trois fois autant de palmiers qu'il débite de litres à la minute, soit 180 palmiers pour un puits d'un débit de 60 litres, ou 0 litre 30 pour chaque palmier. Nous avons remarqué en effet :
Que le palmier, dont la moyenne d'irrigation était de 0 litre 30 à 0 litre 33, était vigoureux et d'un rapport supérieur à celui dont la moyenne était au-dessous de ce chiffre.
Que le palmier, dont la moyenne était de 0 litre 30 à 0 litre 50 par minute, était d'une vigueur exception¬nelle et d'un rapport supérieur à 20 p. 0/0, sur ceux dont la moyenne n'était que de 0 litre 30 à 0 litre 33.
Comme exemple, nous pourrions citer les arbres plantés à la tête des puits qui rapportent jusqu'à vingt régimes de fruits par an.
Cette moyenne d'irrigation de 0 litre 40 à 0 litre 50, permet non seulement de posséder des arbres vigou¬reux et d'un rapport supérieur, mais encore d'utiliser toute la terre des jardins en culture de céréales.
Nous ferons remarquer que si, de 1856 à -1879, les plantations de palmiers n'ont augmenté que de 458,263, tandis que le débit d'irrigation s'est accru de 111,311
litres à la minute, cela tient à deux raisons princi¬pales :
La première, c'est que les Rouara ont complètement renouvelé leurs oasis depuis 1856. A l'exception des oasis de Tamerna-Djeddida, Tougourt proprement dit, et Temacin, qui étaient restées en arrière, mais qui, depuis quatre ans, suivent l'impulsion donnée, toutes les autres possèdent aujourd'hui des arbres, âgés de dix à vingt ans, d'une vigueur et d'un rapport excep¬tionnels. Tous les vieux palmiers, dont le rendement était médiocre, ont été abattus et remplacés par de nouveaux.
Enfin, la seconde raison tient à ce que ces mêmes Rouara se sont adonnés aux cultures d'orge, sur de grandes-étendues, principalement depuis 1874. Ils ont compris qu'ils ne devaient plus rester à la merci des nomades qui leur vendaient on leur échangeaient des céréales à des conditions exhorbitantes ; aussi, ces der¬niers ont-ils beaucoup rabattu de leurs exigences.
Nous citerons, en le garantissant, un seul exemple de cette culture. Cette année, un propriétaire a semé cinq saâ d'orge, dans ses jardins d'Ourlana et Djama, et en a récolté soixante-quinze saâ, soit un rapport de quinze pour un. Dans quelques jardins de Mraïer, ce rapport s'est élevé à vingt pour un.
En résumé, l'Oued Rir', malgré les récoltes de 1877 et 1878, qui ont été un peu au-dessous de la moyenne, par suite de la grande sécheresse, est dans une situation des plus prospères.
Les Rouara ne sont pas richés, il est vrai, mais prèsque tous-ont fini d'acquitter les dettes qu'ils avaient contractées, à un taux élevé, avec les nomades.
Que le gouvernement de la République leur conti¬nue donc encore son appui, pendant trois ou quatre années, et l'aisance aura vite remplacé la gêne momentanée.

Résumé des travaux-de sondages exécutés pendant la campagne1878-1879.
Campagne d'été. — La campagne d'été a été ouverte le 4 juillet 1878 et suspendue le 20 août, par suite des fortes chaleurs, pour être reprise ensuite du 8 septembre, au 10 décembre, soit un total de 182 journées de travail de 12 heures (le travail de nuit étant suspendu pendant l'été), pendant lesquelles on a exécuté :
1 ° Huit recherches d'eau potable en territoire civil et dans la plaine de Chemora ;
2° L'aménagement de l'Aïn-Djendeli, propriété de l'Etat; '
3° Le curage du puits artésien du Génie servant à l'alimentation des établissements militaires de Batna.
Les recherches d'eau potable sont les suivantes :
1 ° Sondage d'exploration à la ferme Sainte-Elisabeth, près Batna; trois nappes ascendantes rencontrées.
Profondeur totale 53m57
2° Recherche d'eau potable à Toutelin, près
El-Madher.
Profondeur totale du sondage 30m08
Recherches, dans-la plaine de Chemora pour le compte des Achèche.'
3" Recherche à Enchir-Bel-Boud; une nappe
rencontrée.
Profondeur., 30m22
4° Recherche à Foum-Bel-Boud; une nappe rencontrée:
Profondeur............ 18m08
5° Recherche à Enchir-Saâda-Bel-Boud; une nappe ascendante.
Profondeur...... 27m90
6° Recherche à M'zara-Si-El-Hadj ; une nappe ascendante.
Profondeur. 20 m 00
7° Recherche au bordj de Chemora (en exécution).
Profondeur...... 23.17

  • Soit une profondeur totale de 203m02, pour laquelle il a été dépensé 2,683 fr. 20.

La moyenne générale d'avancement, par poste de 12 heures, a donc été de 1m12 et le prix moyen du mètre courant de forage de 12 fr. 73.
Toutes les dépenses d'exécution de ces divers travaux, ont été couvertes par les intéressés.
Campagne d'hiver. — La campagne d'hiver, dans l'Oued Rir', pour la continuation des recherches d'eaux jaillissantes au bénéfice des oasis, a été commencée le 8 janvier 1879 et poursuivie, sans interruption, jusqu'au 31 mai. Soit un total de 144 journées de travail de 24 heures (trois postes de huit heures chacun), pendant lesquelles on a exécuté les sondages suivants :
1 ° Achèvement du sondage n° 2, de l'oasis de Sidi-Amran, suspendu en 1878, à la profondeur de 61 m73,
à cause des fortes chaleurs.
Profondeur totale.: ....... 81-08
(Deux nappes ascendantes et quatre nappes jailliésantes)...
Débit total,par minute, des Nappes rencontrées : 4,175 litres.
Débit total, par minute, des nappes captées,:
4,000 litres à 24°.
Les sables rejetés par la quatrième nappe, pendant son dégagement, peuvent être évalués à 400 mètres, cubes (Oued-Rummel).
2° Sondage de Tala-em-Mouïdi, oasis nouvelle, créée par le capitaine Ben-Dris, du 3S spahis (Ain République),
Profondeur totale 77 m30
(Deux nappes ascendantes et trois nappes jaillissantes).
Débit total, par minute, des nappes rencontrées, 3,305 litres.
Débit total par minute, des nappes captées, 3,300 litres à 24° 30.
Un mois après l'achèvement de ce puits, la troisième nappe jaillissante a charrié des blocs d'argile dure et sèche, pesant jusqu'à 1 k. 800 grammes, s'est élevée au-dessus du tube d'ascension avec une très grande force et a porté le débit total du puits de 3,300 à 5,000 litres, soit une augmentation de 1,700 litres.
L'eau de toutes les nappes de ce puits est de qualité supérieure à celle de tous les autres puits de l'Oued Rir'.
3° Sondage d'Ariana-Djama. — Oasis non irriguée depuis 1873, par suite de la disparition complète de ses deux behour (Fontaine
des Zéphirs).
Profondeur totale ............ 74m00
(Une nappe ascendante et quatre nappes jaillissantes).
Débit total, par minute, des nappes jaillissantes rencontrées, 3,327 litres. .
Débit total, par minute, des nappes captées, 3,317 litres à 25° 80.
4° Sondage n° 2, de Sidi-Yahia (Ain-el-Beïda). Profondeur totale 79m84
(Trois nappes ascendantes et deux nappes jaillissantes).
Débit total, par minute, des nappes jaillissantes rencontrées 1,217 litres.
Débit total, par minute, des nappes captées 1,217 litres à 23° 80.
5° Sondage n° 6, de l'oasis de Mraïer (Aïn Lieutenant Rey).
Profondeur totale 53m 12
(Une nappe ascendante et deux nappes jaillissantes).
Débit total, par minute, des nappes jaillissantes rencontrées, 1,238 litres.
Débit total, par minute, des nappes captées 1,230 litres à 24° 50.
Quelques jours après son jaillissement, la deuxième nappe s'est dégagée en rejetant du sable fin, siliceux, et a porté son débit de 1,230 à 1,630 litres, soit une augmentation de 400 litres.
6° Sondage n° 7, de l'oasis de Mraïer (en exécution).
Profondeur totale 63 m60
(Deux nappes ascendantes et une nappe jaillissante).
Débit, par minute, de la-nappe-jaillissante 560-litres à23°90.
Ces six sondages représentent une profondeur totale forée de 429 m.05, ce-qui porte la profondeur de la campagne d'hiver, en déduisant les 61 m. 73 forés à Sidi-Amran, en 1878, à 367 m. 32.
Ils ont fourni 11 nappes ascendantes et 16 nappes jaillissantes, débitant ensemble 15,912 litres par minute, desquels on a capté 15,724 litres.
La dépense totale d'exécution s'est élevée à 22,824 f. 71 c. et a été couverte par les oasis intéressées et par une subvention du fonds commun, destinée à aider ces oasis dans l'acquisition du matériel et des transports généraux, qui sont très-onéreux dans le Sud.
La moyenne, générale d'avancement, par poste de 24 heures de travail a donc été de 2 m. 55 et le prix moyen du mètre courant de forage tube de 62 fr. 14.
La moyenne d'irrigation, par minute et par palmier, s'est ainsi accrue dans les oasis qui ont bénéficié de ces nouveaux sondages :
1° Oasis de Sidi-Amran, formée de 12,043 palmiers, De 0 litre 31 à 0 litre 65, — augmentation de 0 litre 34.
Cette oasis peut maintenant porter son chiffre de plantations à 23,500.
2° Oasis de Tala-em-Mouidi, en création, formée actuellement de 5,000 palmiers — de 0 litre a 1 litre-(Par sa situation exceptionnelle, cette oasis peut être complantée de 18,000 palmiers et sa moyenne d'irrigation sera encore suffisante).. .
3° Oasis d'Ariana Djama, formée de 2,800 palmiers
— De 0 litre à 1 litre 61.— Augmentation de 1 Iitre 61.
(Cette oasis peut porter son chiffre de plantations à 9,000).
4° Oasis de Sidi-Yahia; rèfondée entièrement en 1864 et formée de 3,862 palmiers — De 0 litre 32 à 0 litre 61 — Augmentation de 0 litre 29 (Par la situation de son dernier puits, cette oasis peut porter son chiffre de plantations à 9,600).
5° Oasis de Mraïer, formée de 49,715 palmiers, — De Q litre 14 à 0 litre 19 — Augmentation de 0 litre 05. Cette oasis tend à rivaliser avec celle de Tougourt et deviendra la plus importante de l'Oued Rir' lorsque sa moyenne d'irrigatiou sera portée à 0 litre 30.
RÉSUMÉ
De 1856 à ce jour, on a donc exécuté dans le département de Constantine :
1° 167 recherches d'eaux jaillissantes, représentant une longueur forée 14,180 mètres 24, qui ont fourni 213 nappes ascendantes et 304 nappes jaillissantes débitant ensemble 153,758 litres, par minute, desquels on a capté 145,243 litres.
2° 280 recherches d'eaux ascendantes, représentant une longueur forée de 5,556m09, qui ont fourni 487 nappes potables et 37 saumâtres". Au 1erjuin, la profondeur totale forée dans le département représentait une longueur de 19 kilomètres, 736 mètres, 33 centi¬mètres.
Le Gouvernement français, en introduisant la sonde artésienne dans l'Oued Rir', avait pour but:
1° de sauver de la ruine plusieurs oasis sur le point de s'étein¬dre, et d'assurer la paix à un pays qui ne cessait d'être en guerre, avant notre occupation ;
2° de vivifier ces oasis et d'augmenter le bien-être de leurs populations, entachant de les soustraire à la rapacité des nomades.
Nous pouvons hardiment avancer que la première partie de ce programme a été réalisée : la paix la plus absolue règne dans le Sahara et, à moins d'un événement exceptionnel, le Gouvernement peut compter sur la fidélité et la reconnaissance des Rouara : les oasis se sont relevées de leurs ruines et se sont complètement transformées, en remplaçant les vieilles plantations par de nouvelles et en améliorant leur situation, vis-à-vis des nomades.
Il reste donc à compléter la deuxième partie du programme, qui deviendra peut-être plus importante que la première si le Trans-Saharien est appelé à tra-verser cette région du Sud ; aussi, espérons-nous que le Gouvernement continuera sa bienveillance à ces populations si laborieuses et si dignes d'intérêt et fera de l'Oued Rir' une immense forêt de palmiers qui s'étendra du chott Melrir à Temacin et Ouargla.
Batna, le l" Juillet 1879.
Le Directeur des travaux de Sondages,