RECHERCHE SUR LALLA CHOUIKHA DE TEMACINE

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RECHERCHE SUR LALLA CHOUIKHA DE TEMACINE

RECHERCHE SUR LALLA CHOUIKHA DE TEMACINE

CORRESPONDANCE
Temacin - M. Berbrugger, membre correspondant de l'Institut, dont nous avons publié dans le cahier du mois de mai une intéressante notice sur la ville de Temacin, a bien voulu nous adresser des détails nouveaux qui complètent son premier travail, Le savant voyageur essaye d'initier les lecteurs, par quelques indications biographiques et statistiques, a la constitution du gouvernement et de l'administration de cette oasis. Temacin est la rivale de Touggourt dont le nouveau cheikh, - Sliman,et non Selmân, comme nous l'avions imprimé par erreur, - ne parait pas avoir réalisé encore les espérance que son avènement avait fait concevoir; le parti français, qui semblait d'abord avoir son principal foyer à Tougourt sous Abd-d-Rahman-ben-Djellab, pourrait bien aujourd'hui se porter à Temacin. Le brillant fait d'armes accompli contre le chérif d'Ouargla par la garnison de Biskra, et dont nous rendons compte, aura sans doute pour résultat de faire prendre une position nette vis-à-vis de nous par les grands chefs du Sahara.
TEMACIN est gouvernée par le cheikh Ali qui appartient à l'ancienne famille des Oulad-Bou-Said. C'est un jeune homme d'une vingtaine d'années dont la figure commence à peine à se couvrir de quelque poils follets ; il est mulâtre, mince et de petite taille. Plus enfantin que son âge ne le comporte, il manque de dignité et de tenue, même en public .Il a d'ailleurs le défaut, trop commun parmi les grandes personnages des oasis, de s'enivrer de vin Ou d'eau-de-vie de palmier (El -eugmi et el-boukha). Cheikh Ali est mené par sa daira où le parti des Souafas de l'Oued domine. De même que son voisin de Tougourt (c'était, lors de mon séjour dans ces contrées, Abd el-Rahmane ben-Djellab), il a été élevé par une mère ambitieuse qui songeait a conserver le pouvoir au delà des limites de la Régence. Leurs défauts à tous deux ont été les résultats naturels de cette éducation féminine dirigée dans un but égoiste.
La mére du cheikh Ali s'appelle Lella-Chouika-bent-Tahar. C'est la fille du Cheikh de Touggourt , car les familles souveraines de Touggourt , de Temacin et du Zab, quoique se détestant cordialement, s'allient toujours entre elles. Lella Chouika est trés-brune de peau et parait avoir une cinquantaine d'années. On lui attribue quelque influence, mais elle en a moins que Lella Aïchouche (mére de l'ancien Cheikh de Tougourt) , parce que celle-ci n'a pas a lutter contre une daira puissante , tandis qu'a Temacin l'entourage du Cheikh Ali posséde à peu près tout le pouvoir . Lella Chouika habite en face de son fils sur la Zenga ou place de la Kasbah . Sa demeure est moins belle que celle du plus modeste hadri algerien . Il en est ainsi de toutes les habitations royales des oasis : ce sont des châteaux ruines où l'on ne s'occupe jamais de réparer les ravages du temps et dont le mobilier n'est pas moins misérable et délabré que l'immeuble lui-même.
Hamouïa, le mézouar ou premier ministre du cheikh Ali, n'offre rien de particulier dans son caractère et ses antécédents.
Les principaux personnages de la daïra sont : Hamida-ben-Boubakeur, originaire du Nefta, et El-hadj Khelil, originaire des Bou-Azid du Zab.
J'ai déjà dit que les Souwafa de la ligne de l'Oued ont une grande prépandérence dans la daira; ils soutiennent le chef do Temacin comme les Oulad-Seuoud de Kouinin, Zgoum et Tarzout soutiennent celui de Touggourt. Ils sont maîtres du négoces et occupent toutes les boutiques. Temacin est leur principale étape commerciale sur la ligne Est-Ouest qui côtoie à faible distance la ligne rivale dont Touggourt est le jalon le plus important. Dans le mémoire consacré spécialement à lu question du commerce saharien, je développe avec détail : fait curieux où la politique et le négoce se mêlent et jouent un rôle très important. A l'époque de mon séjour a Temacin, Abd el-Rahman ben-Djellab entretenait un oukil ou espèce de consul à Temacin . C'était Si Bachir-ben-Koder, homme intelligent, très fin et d'une extrême obligeance. J'ai eu par lui un extrait du registre des impôts, et j'ai pu m'assurer que le chiffre de 450,000 dattiers que M. Prax accorde à l'oasis de Temacin est singulièrement exagéré. La reproduction de ce document officiel est nécessaire pour résoudre avec certitude une question locale qui n'est pas sans importance.
Le registre se subdivise en six parties : quatre se rapportent aux quartiers de la ville ,la cinquième concerne les gens de la daïra ou du makzen, la sixième est consacrée aux Arabes. Les plantations de dattiers des établissements religieux ou du cheikh et de sa famille n'étant pas imposés, ne figurent pas sur les registres, mais on en connaît approximativement le chiffre.
L'unité imposable est le cent de dattier, de sorte qu'en langage fiscal, quand on dit cent dattier, cela veut dire dix mille. L'énonciation de l'impôt se fait en rial shah ou réel entier, monnaie de compte qui, dans la zone méridionale de notre Sahara de l'Est, représente le Rialin ou double real de Tunis, c'est-à-dire 1 fr. 60 c. de notre monnaie. Voici maintenant l'extrait dont il s'agît :

Registre des impots des dattiers.

1- Zmâm el Fokani, registre du quartier Fokani, première subdivision des Mindj (une des deux tribus qui habitent la ville de Temacin)...........111 rial Shah
2- Zmâm Hammou, registre de Hammou, deuxième quartier des Mindj............. 80 1/4 et 1/8
3- Zmâm Boudjerar, registre de Boudjerar, le premier des deux quartiers des Tazat (une des deux tribus de Temacin)..................70
4- Zmam Dokelâni, registre du quartier Dokelâni, la deuxième des Tazat................80 1/2
5- Zmâm ed daira ou âhl el Makhzen registrede la daira et des gens du makzen..........150
6- Zmam el Aroub, registres des Arabes. ... 90
Total...............................................................581 7/8
Comme chaque real entier représente l'impôt du pour un cent de palmiers, le chiffre ci-dessus indique en nombre rond 58,000 dattiers imposés à Temacin. On évalue au tiers de ce chiffre la quantité de ceux qui sont possédés par des établissements religieux et non imposés. Ce sera 19,000 à ajouter aux 56,000, soit 77,000. Cheikh Ali, sa mère Lella Chouika, sa grand'mère, sa tante maternelle Lella Kodoudja sa dernière femme, Lella Yamna, possèdent entre eux 4,150 palmiers qui ne figurent pas non plus sur le registre de l'impot. Toutes ces quantités réunies nous donnent un total de 81 ,500 palmiers. Nous voici bien loin des 450,000 que M. Prax accorde à cette oasis, sans citer, il est vrai, à quelles sources il a puisé ses renseignement. On a vu d'où proviennent les miens, et leur nature officielle doit disposer à la continuée. Si-Bechir, qui me les a communiqués, était l'homme des Ben-Djellab et non celui du chef de Temacin; il ne parait donc pas qu'il ait pu avoir aucun intérêt à diminuer sciemment dans son extrait les chiffres inscrits au registre.