Notice historique sur la dynastie des Beni Djellab

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Notice historique sur la dynastie des Beni Djellab

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Note historique sur les Beni Djellab

dimanche 25 avril 2010, 21:13

Princes de Tuggurt
Par M. CHERBONNEAU
Professeur d'arabe à la chaire de Constantine
Note Préléminaire

Tuggurt, que l'on peut considérer comme le marché central des produits du Sahara , a été exploré récemment par plusieurs voyageurs. Mais les relations qui en ont été publiées ne contiennent presque aucun document sur l'histoire du pays. Les unes ont été rédigées au point de vue de la géographie, d'autres dans le but de faire connaître les avantages présumés du commerce avec le désert.
Un savant orientaliste, déjà connu par plusieurs publications destinées a faciliter et à répandre l'enseignement de la langue arabe, et par de nombreux articles dans le recueil de la Société Asiatique ou dans les journaux de l'Algérie, a entrepris de combler cette lacune de nos connaissances historiques.
Nul ne pouvait le faire avec plus d'autorité et ne s'y trouvait mieux préparé. Quatre ans de séjour à Constantine, où il est chargé d'initier nos compatriotes à la connaissance de la langue arabe et les Arabes à l'intelligence de la nôtre, ont fait de M. Aug. Cherbonneau un des hommes les plus profondément versés dans l'idiome arabe magrébin, en même temps qu'ils lui ont créé les plus utiles relations avec les fonctionnaires militaires ou civils, attachés à la direction des affaires arabes, ou avec les indigènes instruits. Il en a déjà tiré un grand parti, au profil de l'histoire et de la lexicographie algériennes, auxquelles il est appelé à rendre encore de plus importants services.
L'occupation de Biskara par nos troupes, en 1844, nous a ouvert la route de Tuggurt, située a 76 lieues et à six étapes de la première ville. L'oasis de Tuggurt commence à 39 lieues de Biskara. Elle se compose de 35 villages, entourés d'une double baie de palmiers, que les Arabes appellent métaphoriquement une rivière, Oued (Ouady) ; la rivière des Rouagha ou Rouagra, du nom de ses habitants, Oued Righ ou Rigr.
Les gens de la principauté de Tuggurt viennent chercher tous les ans leurs grains dans le Tell, et donnent en échange leurs dattes , leurs tapis et leurs étoffes . Les Oulad-Moulât, tribu guerrière, forment la deira (garde) des princes de Tuggurt - Elle jouit à ce titre de plusieurs grands privilèges, entre autres, celui d'être appelée a sanctionner l'élection des souverains.
L'origine des Benou-Djellab (telle est le nom de la famille royale à Tuggurt ) ne se perd point dans l'ombre de la légende et peut-être de la fable, comme le dit M. le général Daumas, dans son curieux ouvrage sur le Sahara algérien. On lit dans l'histoire de Tunis, par el Hadj-Hamouda ben Abd-el-Aziz, fol. 35 v*, ligne 17. que les Benou-Djellab sont les derniers descendants de la famille des Mérinides, min Bakai'Beni-Merin, etc. ; qu'ils régnèrent sur les populations du l'0ued Righ, à l'exception de Témacin, qui était gouverné par un cheikh indépendant.
On lit dans l'Histoire des Berbers d'Ibn-Khaldoun: En739 de l'Hegire (deJ. C. 1338), Ibn-el-Hakim, caïd ou général en chef des armées du sultan Abou-Iahia le Hafsid , pénétra dans le pays de l'Oued-Rigr, s'empara de Tuggurt, qui en est la capitale, et pilla les trésors et les magasins de l'?tal . Après telle victoire, le caïd pénétra dans les montagnes de l'Aurès (Aurasius mons), et en soumit presque toutes les tribus aux lois de son maître,
Sous le gouvernement des Turcs, le cheikh de Tuggurt payait au bey de Constantine, par l'entremise du caid de Biskara. une redevance que l'on a beaucoup exagérée dans plusieurs récits. Le cheikh actuel, qui est un jeune homme de 20 a 22 ans, nommé Abd-errahman bou Lifa , a payé l'impôt à M. le duc d'Aumale et en a reçu le bernous d'investiture.
Le document que nous publions ici est emprunté à diverses sources. M. Cberbonneau le doit en partie à deux notes assez considérables qui lui ont été apportées deTuggurt, en 1847 par M.de Chevarrier, touriste distingué , et en partie à un chapitre de la Chronique de Hadj Hamouda-ben-Abdl-el-Aziz. L'expédition de Salah-Bey lui a été racontée par un vieillard qui avait exerce les fonctions de Khazna-dar ou trésorier, auprès de ce prince; celle du bey Ahmed el-Mamlouk lui a été rapportée par le Moufti hanéfite Mohammed ben-Feth-Allah, qui en avait fait partie . Enfin, il a puisé quelques détails, mais en les rectifiant par la tradition, dans la relation du voyage de M. Marius Garcin .
La géographie devra bientôt, il nous est permis de l'espérer, une nouvelle relation de Tuggurt et des autres oasis méridionales du Sahara algérien , à un savant voyageur, qui vient de les parcourir tout récemment. Je veux parler de M. Adr. Berbrugger, conservateur de la Bibliothèque et du Musée d'Alger. Ce hardi voyageur était à Kouinine dans l'Oued-souf, à la date du 28 novembre 1850. Il a eu beauconp à souffrir entre Nefta du Bilad-el-Djérid et Kouïnine. Dans la crainte d'être rencontrai par la tribu insoumise des Némemchas, qui fuyait devant une colonne française arrivée à Tébessa, il a été obligé de rester à cheval pendant 28 heures. sans prendre ni repos ni nourriture. Mais un dédommagement l'attendait à la première étape de cette fuite rapide. Il obtint d'un cheikh des Troud, nation guerrière et pillarde, le manuscrit qui contient l'histoire de son pays. Ce livre, ajoute-t-il, a été composé de mémoire et inspiré par la lecture du livre d'el-Adouâni, que nous ne possédons pas encore.
D'après une lettre de M. Cherbonneau, en date du 22 février, M. Berbrugger a quitté Tuggurt le 25 janvier. Il était à Témacin le lendemain, et plusieurs jours après il assistait au mariage du cheikh de cette ville avec Lella yamina, sœur d'Abderrahman, prince de Tuggurt. Il raconte que, malgré l'inimitié qui existe depuis près de deux siècles entre ces deux villes (Cf. el Atachi, loço laudato, p. 49. 61 et 62), ces alliances sont fort communes; il ajoute que, se voyant en présence le jour de la fête , les Témacinois et les Tuggurtins commençaient à se montrer les dents. Heureusement, on s'en est tenu à la poudre d'artifice

I

Le premier qui fonda la dynastie des Ben-Djellab, fut le cheikh Soliman. Lorsqu'il parvint au pouvoir, l'anarchie régnait dans les oasis de son commandement. Les marchés, destinés à l'échange pacifique des denrées et des produits de l'industrie, étaient devenus de véritables champs de bataille où l'on assouvissait les haines de tribu à tribu, de village à village, de famille à famille. A peine se passait-il un jour sans que la poudre parlât. Par suite de l'insubordination des sujets, le trésor et les magasins de dattes, qui sont la partie la plus importante du trésor, avaient cessé de se remplir. Il fallait un bras de fer pour rétablir la sécurité et la richesse. Le cheikh Soliman, descendant de l'illustre dynastie des Beni-Mérin ou Mérinites, vint pacifier Tuggurt. Connaissant aussi bien les ressources du pays que sa constitution politique, il appela autour de lui les hommes les plus populaires des principales oasis, notamment les marabouts, et les combla de faveurs. Dans le pays des musulmans il est difficile d'innover. Le cheikh Soliman se sentit assez fort pour ne pas modifier la forme du gouvernement. La Djema'a était l'assemblée où les princes puisaient, en quelque sorte, leurs inspirations; il la conserva. C'était être le maître que d'avoir le droit d'en nommer les membres.
Une deïra de cinq cents cavaliers choisis et équipés à ses frais forma le noyau de l'armée, avec laquelle il parcourut ses ?tats en tous sens, chatiant les rebelles, apaisant les haines et rétablissant les impôts sur des bases solides.
Enfin , le maître des mondes, voulant le rappeler au séjour de la béatitude éternelle, mit la cause de sa mort dans la main d'une femme de Sidi Khaled nommée Omm-el-Hàni-bent-el-Bey. Ses arrêts sont impénétrables. C'est lui qui marque l'instant.
Le cheikh Soliman avait demandé en mariage la fille d'Omm-el-Hâni, issue d'une famille célèbre de marabouts. Suivant l'usage, il se rendit avec ses principaux serviteurs au pays de sa fiancée. Mais la femme maudite l'attendait avec une troupe de gens ligués pour sa perte. A l'heure de l'Aacha ( prière de la nuit), lorsque le festin était commencé, les conspirateurs apostés dans les jardins environnants envahirent la salle et massacrèrent le cheikh. Omm-el-Hâni frappa, dit-on, le premier coup. Les restes de ce prince reposent aujourd'hui sous les dalles de la mosquée de Sidi Khélil.

II

Son successeur fut le cheikh Mohammed-ben-Soliman, il ne régna pas longtemps. Les Oulad-Moulat, dont il avait méconnu les privilèges , s'insurgèrent contre lui. Sachant que cette tribu redoutable ne menaçait jamais en vain, il voulut réparer sa faute; mais il était trop tard. L'étincelle de la révolte s'était propagée avec une rapidité eflrayante chez les Selmïa, marchands de nègres, chez les Rahman, fantassins aguerris, et chez les Bou-Azid, tribu qui pour être composée de marabouts, n'en est pas moins célèbre par sa bravoure. Cependant son khalifa , Akçâs-ben-Nàcer, lui conseilla de prendre l'initiative contre les révoltés , avant qu'ils n'eussent eu le temps d'assiéger Tuggurt. Le cheikh Mohammed-bin-Soliman laissa une faible garnison dans la capitale, et se mit en campagne avec sa deïra. A trois milles de l'ancienne Mégarin, qui est le marché de Souf et de Tuggurt, il fut assailli par un nombre considérable de cavaliers, La lutte fut aussi sanglante qu'inattendue. A deux reprises le nègre du cheikh, le géant Meçaoud, lui sauva la vie, une fois en tuant d'un coup de yatagan un cavalier qui le couchait en joue, et l'autre fois en abattant le poignet d'un Saharien qui saisissait l'étrier du prince. La fusillade redoubla. Enfin Mohammed-ben-Soliman tomba dans la mêlée, frappé d'une balle en pleine poitrine.

III

L'autorité souveraine fut conférée par le parti vainqueur au cheikh Mohammed-el-Akhal. Homme faible et de peu d'esprit, il se laissa dominer par la Djéma'a. Dès qu'il se sentit à peu près débarrassé du fardeau des affaires publiques, il s'adonna au plaisir. Un juif lui apportait de Tunis les liqueurs du pays chrétien. Quoiqu'il eût quatre femmes légitimes, la Casba était peuplée des plus belles filles de Bambara, d'Aoussa et de Borno,que lui vendaient les gens de Souf. Enfin une révolte éclata dans les oasis de sa principauté et dura une année entière. Le cheikh Mohammed el-Akhal ayant été assassiné dans la chambre de Leila Zemima, sa favorite, fut décapité. Sa téte resta près de deux jours suspendue au-dessus de Bab-el-Khaukha (la porte du Pécher), qui est la principale entrée de la ville,

IV.

Son frère El-Akhal lui succéda. Aucune vengeance ne fut exercée. II régna sans guerroyer. Plus heureux que ses prédécesseurs, il mourut de la mort de Pieu. L'histoire n'a recueilli de son gouvernement qu'une particularité digne de mémoire. Afin de prouver sa soumission au Bey de Constantine il porta lui-meme à Biskara la lezma, impôt annuel, malgré les conseils de son khalifa et du cheikh de Nezla. Ses restes furent déposés dans la zaouïa de Sidi-Abd-es-Selam, dont il avait fait restaurer la chapelle.

V.

La tranquillité commençait à renaître dans les oasis de Tuggurt. Ibrahim fut proclamé cheikh à la mort d'El-Akhal. Après un règne de quelques années, il remit l'autorité souveraine entre les mains de ses deux fils, Abd-el-Kader et Ahmed, et partit pour la terre de Hedjaz, dans l'intention de se sanctifier par la visite du tombeau de notre seigneur Mhomed, sur lui soient le salut et la prière ! Mais les deux jeunes princes ne firent qu'un court séjour dans la capitale. Forcés bientôt de quitter le pays par l'apparition d'un prétendant dont le départ de leur père semblait valider les droits, ils s'enfuirent dans le Belad -el-l)jerid , avec leur famille et leurs serviteurs les plus dévoués.

VI.

Le cheikh Khaled, fils du cheikh , revint à Tuggurt sans rencontrer la moindre résistance. Indépendamment des partisans qu'il comptait dans la capitale, il s'appuyait sur l'alliance des Oulad Moulât , dans la tribu desquels il avait choisi une épouse. Il ne lui fut donc pas difficile de s'emparer de l'autorité. Quelque temps après son avènement, il parcourut les principales oasis de ses états, en commençant par le Sud. Il passa parTémacin dont le cheikh lui fît une réception solennelle, et lui paya, moitié en nature, moitié en argent, la redevance annuelle. De Temacin il se rendit à Beled-Tamer, village fortifié, et arriva à Ouargla, qui fut le terme de son voyage et de sa vie,

VII.

Bien qu'éloigné de sa patrie, le cheikh Abd-el-Kader, fils d'Ibrahim Ben Djellab, n'avait pas renoncé à ses droits. L'ancien ministre de son père, destitué par l'usurpateur, entretenait avec lui des intelligences secrètes, et travaillait avec un zèle infatigable l'esprit de la population de Tuggurt. L'absence du cheikh Khaled lui offrit une occasion favorable. Il envoya un émissaire au prince exilé et facilita son retour. En 1137 (de J.-C. 1724), le cheikh Abd-el-Kader fit son entrée dans la capitale, un jour avant la mort de Khaled. Les portes de la Casba s'ouvrirent devant son cortège. Une réunion solennelle de la Djéma'a lui donna l'investiture et prêta entre ses mains le serment d'obéissance. C'est à ce prince qu'on attribue la restauration de la porte principale de la Casba, haute de vingt déra'a (coudées), doublée en fer artistement travaillé et ornée de dessins formés avec des clous à téte large et ronde. Nos grands pères, qui vécurent de son temps, racontent que ce prince était d'une taille si élevée, qu'on l'avait surnomme Bou-Kameleïn, celui qui est grand comme deux hommes. Il était d'un caractère méfiant. Tous les soirs il se faisait remettre les clefs de la ville et celles de la Casba, et les gardait près de son lit. Son règne, qui dura sept ans, n'offre d'intérêt que par l'absence de troubles intérieurs. Il laissa cinq enfants mâles, dont les plus connus sont le cheikh Omar et le cheikh Djellab, tous deux fils d'Es-Souaïa, et le cheikh Amrân, qu'il avait eu de Chouikha, fille du cheikh Amrân.

VIII.

Cependant l'autorité souveraine revint à son frère Ahmed ben Ibrahim ben Djellab. Le régne de ce prince commença en l'année 1144 (de J.-C. 1731) et dura neuf ans, sans que fût altérée la bonne intelligence qui existait entre lui et les Deys de Constantine, Hussein bou-Koumiïa et Hussein bou Hanek. Au bout de ce temps, une intrigue de famille amena la chute d'Ahmed. Il fut expulsé de ses ?tals par son cousin Omar ben Djellab, et se sauva dans le Zab Tunisien , où il rencontra Abou-Aziz , le redoutable cheikh des Hanenchas. Plusieurs tribus, telles que les Oulad-Moulat, les Selmïa et les Touroud, lui étaient restées fidèles. Elles avaient émigré avec lui. Il intéressa Abou-Aziz à sa cause, en lui promettant, s'il voulait le ramener à Tuggurt par la force des armes, de lui donner cinquante mille réaux bacétas, deux cents chamelles, quatre cents haïks (couverture de laine) et six cents charges de dattes. La proposition fut acceptée : mais Bou- Aziz, soit qu'il n'eût pas assez de confiance en ses propres forces, soit qu'il ne voulût pas assumer à lui seul la responsabilité de cette expédition, s'empressa d'écrire au bey de Tunis, et trouva de bonnes raisons pour le décider à prendre le commandement des troupes alliées.
L'armée s'avançait dans le désert et commençait à entrer sur le territoire de l'Oued-Righ. Le cheikh Omar, averti à temps, pensa qu'il n'avait pas d'autre moyen d'àffermir sa puissance et de légitimer son usurpation, que de recourir à la protection du chef des Hanenchas. Il n'y avait pas de temps à perdre. Attendre, c'était faire tourner l'expédition au profit du prince dépossédé. Il envoya son oncle Ferhat ben Djerada, cheikh des Béni Ali, au-devant d'Abou Aziz, avec la mission de lui offrir une somme plus considérable que celle qui lui avait été pro-mise par le cheikh Ahmed, s'il consentait à exterminer les Oulad-Moulat. Dans la politique musulmane les plus grosses sommes commandent la sympathie. Ainsi l'on vit les armes préparées pour la vengeance de l'opprimé, passer du côté de l'usurpaleur. Pour prix de leur dévouement, les tribus émmigrées furent châtiées et massacrées en partie. Tandis que Bou Aziz, traître à la foi jurée, pénétrait dans les murs de Tuggurt et recevait l'or et l'ovation si facilement gagnés, l'infortuné Ahmed, privé de l'espoir de recouvrer ses états, allait cacher sa honte à Amâss, où il termina sa carrière, laissant quatre enfants mâles, dont deux furent mis à mort par le cheikh Omar. Dieu permit que les deux autres échappassent à sa cruauté. Le cheikh Mohammed-el-Akhdar s'enfuit avec sa mère à Ghadamès ou Rhadamès ; quant à son frère Mohammed Mahçâss, il fut envoyé en exil par ses deux oncles, fils de Soula ou, comme il est dit plus haut, Es-Souaïa.

IX.

On était en l'année 1153(de J.-C. 1740). Maître enfin du pouvoir qu'il avait fait légitimer par les troupes coalisées de Tunis et des Hanenchas, le cheikh Omar crut avoir conquis le repos pour longtemps. Il régna, en effet, dix-sept ans, sans avoir de démêlés avec les puissances étrangères, ni de factions dans l'intérieur de ses ?tats. Mais l'année 1170 (de J.-G. 1756) fut signalée par une révolte. Ses deux frères Ali-Bâss et Ahmed prirent les armes contre lui et s'avancèrent jusqu'à Sidi Khâled. Omar voulut conserver par la ruse une autorité qu'il avait acquise par la force. Il envoya son khalifat au camp des deux princes et leur fit promettre L'amân, s'ils rentraient dans le devoir. La paix ayant été acceptée, Ali-Bâss et Ahmed vinrent sans défiance a la rencontre du cheikh Omar, et s'arrêtèrent à un endroit qu'on appelle Chouchet-es-Salatin, près de l'oasis d'EI-?cçour Mais, au moment où descendus de cheval, ils s'approchaient du sultan pour lui baiser la main en signe de soumission, les nègres de la garde se jetèrent sur eux et les égorgèrent traîtreusement sous les yeux de leur frère. On voit encore leurs tombeaux dans la mosquée de Sidi-Meçaoud, à l'ancienne Mégarin, petit village situé a quatre lieues de Tuggurt. Ce fut le dernier acte du cheikh Omar avant sa mort, qui arriva la même année.

X.

Le cheikh Mohammed ben Djellab succéda a Omar, en l'année 1170 (de J.-G. 1756). Ahmed-EI-Kli recevait à la même époque le caftan de l'investiture à Constantine. Les quatre années du règne de Mohammed s'écoulèrent sans événement sérieux. Il quitta ses états pour accomplir le pèlerinage de la Mecque. C'était un usage répandu chez les princes deTuggurt.

XI.

Un acte solennel déposé par le cheikh Mohammed entre les mains de la Djema'a , l'an 1174 (de J.-C. 1760) institua son fils Amran gouverneur intérimaire de la principauté de l'Oued-Righr. Neuf mois après, des troubles survenus dans le pays de Souf menacèrent la liberté du commerce et la tranquillité publique. Le cheikh laissa son khalifa dans la Casba de Tuggurt, avec une forte garnison, et pénétra à marches forcées dans le territoire de Souf. Arrivé à El-Oued, qui en est la capitale, il tomba malade. Les progrès du mal furent si rapides, qu'il n'eut pas le temps de faire des dispositions en faveur de son fils unique, Taher. On était dans la saison des fièvres, si dangereuses même pour les indigènes. Taher ne survécut que quelques jours à son père. Il mourut a Souf, laissant un fils en bas âge, nommé Ibrahim.

XII.

Tandis que l'armée expéditionnaire , privée de ses chefs, commençait à se démoraliser, les guerriers de Souf, enhardis par la circonstance, harcelaient le camp nuit et jour. Sur ces entrefaites, le cheikh Mohammed revint du Hedjaz. La fortune de Tuggurt était revenue avec lui. C'était peu pour ce prince de rétablir la pais dans le désert. Il consacra les cinq dernières années de son règne à amé-liorer le sort de ses sujets, d'un côté en affermissant la justice, de l'autre en allégeant les impôts. Afin de prévenir les crimes de violence et de meurtre qui se renouvelaient avec une fréquence déplorable, il substitua la peine de mort a la dia ou amende au profit de la victime ou de sa famille. J'ai même entendu dire à un vieillard, qui tenait le fait de son propre père, que le cheikh Mohammed, avant de livrer les condamnés au bourreau, les faisait agenouiller devant lui et leur traçait une incision sous la gorge avec son yatagan.

XIII.

Le cheikh Mohammed ayant acquitté sa dette envers le Seigneur, le premier jour de l'année 1179 (deJ.-G. 1765), son fils lui succéda. Ce prince n'avait que sept mois à vivre; il ne fit que passer sur le trône.

XIV.

Omar ben Djellab devint sultan des oasis de Tuggurt dans les derniers jours du mois de cha'aban de l'année 1179 ( de J.-G. 1765).
Son règne ne dura que cinq mois. Il eut cependant des désordres à réprimer chez, les Selmia et les Rahman, dont plusieurs fractions possèdent à titre de propriété un grand nombre de palmiers au nord de l'Oued-Djédi, et vont surveiller la récolte pendant l'automne.
Après avoir équipé une armée composée en grande partie de cavaliers, il quitta la Casba, pour n'y plus rentrer. Ce fut à Sidi-Khaled, village situé prés des Ouled-Djellal, qu'il mourut de maladie, sans avoir eu le temps de faire sentir aux rebelles la force de ses armes. Il laissait trois fils, le cheikh Ahmed, le cheikh Abd-el-Kader et le cheikh Ferhat.
L'ainé de ses fils, qui était le cheikh Ahmed-ben-Djellab, fut son successeur. En 1180 (de J.-C. 1766) il prit en main le gouvernement, et sut par une sage administration ramener la tranquillité. On ne vit plus sous son règne les populations épuisées par la guerre et par tous les malheurs qu'elle entraine. émigrer loin du territoire de Tuggurt. Et comme si les intrigues des grands étaient le plus cruel fléau d'un ?tat, le cheikh Ahmed frappa sans pitié les fonctionnaires du Makhzen, convaincus d'avoir voulu substituer leurs intérêts a ceux des sujets. Cependant , au milieu des préoccupations de la politique, il n'oubliait pas ses devoirs de religion. Le saint pèlerinage était le but de ses désirs. Il se rendit à la Mecque, où la mort vint le frapper. Il laissa quatre fils à savoir : Mohammed, Ibrabim, Abd-errahman et Ali. Le second fut rappelé par Dieu sous le règne de son frère aîné Mohammed, en 1221 ( de J.-C. 1806). Le dernier mourut à la fleur de l'âge, pendant le gouvernement trop court du cheikh Ibrahim , en l'année 1207 ( de J.-C. 1792 ).

XVI.

Le cheikh Abd-el-Kader, deuxième fils du sultan Omar, avait reçu le commandement des mains de son frère, lorsqu'il partit pour la terre du Hedjaz. En 1190 (de J.-C. 1776) il fut salué cheikh des Oa-sis. Salah-bey régnait alors à Constantine, et se contentait difficilement du tribut dérisoire que lui payait Tuggurt. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait de changer cet état de choses, puisqu'il y songea sérieusement plus tard, quand il fut sûr de réussir; mais la distance, le climat et la difficulté de mener de l'artillerie à travers les sables du désert, peut-être aussi les affaires souvent compliquées de la province, le forcèrent de retarder une expédition d'autant plus glorieuse, qu'avant lui aucun bey de Constantine n'avait osé l'entreprendre. L'histoire n'a recueilli aucun fait important sur le cheikh Abd-el-Kader pendant les six années de son règne. Il mourut sans postérité, vers la fin de l'année 1197 (deJ.-C. 1782).

XVII.

Le jour de sa mort fut celui de l'avènement de son frère Ferhat. De fréquentes négociations furent entamées par Salah-bey avec ce prince, au sujet de l'impôt: mais on n'arrivait point a un arrangement raisonnable. La principauté de l'Oued-Rigr avait défié tous les beys de Constantine. Elle crut pouvoir se moquer des menaces de Salah-bey. Il ne vint pas à l'idée du cheikh Ferhat que pendant la saison d'hiver le désert serait parcouru aisément par l'armée turque. Cependant vers la fin d'octobre de l'année 1204 (de J.-C. 1788), l'impôt de Tolga, Bou-Chagroun, Zaatcha et autres oasis, avait été versé entre les mains du khalifat, à Lichâna. Le mo-ment parut favorable à Salah-bey.Il vint prendre le commandement des troupes , prés de l'Oued-Djédi, et s'avança avec quelques pieces d'artillerie jusqu'aux environs de Sidi-Khelil, malgré une neige épaisse, qui faillit l'engloutir. L'année 1204 est dé-signée par les gens du pays sous le nom de ?m e-tseldj, l'année de la neige.
Pour ne pas épuiser ses forces le long de la route, le bey se contenta de châtier une seule oasis et marqua la place du châtiment par un monceau de ruines. Le dix-huitième jour, il planta ses tentes en vue de la capitale, que protégeait un fossé profond et rempli d'eau. Les canonniers établirent leurs batteries sur des esplanades construites en troncs de palmier, et ouvrirent le feu contre la porte dite Bab-El Khadera, celle de Sidi abd es-Selam, et le quartier Et-Tellis, où est située la Casba. Pendant ce temps-la, une partie des soldats abattaient à coups de hache les arbres qui constituent la richesse du pays. Le siège dura plusieurs semaines. Salah-bey avait juré de ne pas lever son camp avant d'avoir détruit Tuggurt de fond en comble. La poudre et les munitions ne lui manquaient pas. Sa vo-lonté était une volonté de fer. Il fallut donc que le cheikh Ferhat comprit la situation. Un drapeau blanc, signe de soumission, fut hissé du haut de la mosquée appelée Djama-el-Malekia. A cette vue le bey fit cesser le feu et attendit les propositions de l'ennemi. Il fut convenu que l'Oued-Rigr payerait les frais de la guerre, et verserait entre les mains des Turcs un impôt de trois cent mille reaux bacetas. Tel fut le résultat d'une révolte qu'avaient amenée la faiblesse et la pusillanimité des prédécesseurs de Salah-bey. Mais Ferhat ben Djellab ne devait pas jouir longtemps du repos ; Ses sujets l'accusèrent d'avoir épuisé le pays par une lutte insensée contre le gouvernement de Constantine. Après tout, la contribution de guerre avait été payée par les grands et par les propriétaires de palmiers. Les gens de Souf levèrent l'étendard de la révolte. Ferhat lança contre eux sa cavalerie : mais il mourut à El-Oued, laissant un fils nommé le Cheikh El-Khâzen. Son régne avait duré dix ans.

XVIII

En 1207 (de J.-C. 1792) le cheikh Ibrahim prit les renes du gouvernement. Ce prince débonnaire n'eut pas la force de se maintenir plus d'une année sur le trône. Une conspiration de la Djéma'a ayant éclaté contre lui pendant une nuit, il fut obligé, pour échapper à la mort, de se sauver par la porte de la Casba, en escaladant le fossé avec une dizaine de cavaliers dévoués. On n'entendit plus parler de lui.

XIX.

L'élu de la Djéma'a fut le cheikh Ibrahim-el-hadj-benGâna. Sa dévotion, poussée jusqu'au fanatisme, lui fit exercer quelques persécutions contre les ouvriers juifs établis dans le quartier occidenlal de la ville, que l'on appelle Medjaria. Vers la fin de l'année 1209 (de J.-C. 1794), c'est-à-dire, après douze mois environ de règne, il conduisit à la Mekke la caravane des pèlerins.

XX.

Son neveu Ali-ben-Kaïdoum, qu'il avait fait dépositaire du commandement pendant son absence, oublia la foi jurée et força la Djéma'a à le reconnaître comme sultan de l'Oued-Rigr. Un vendredi, vers l'heure de midi, lorsqu'il se rendait à la mosquée principale avec son escorte d'honneur, musique en téte, un marabout des Selmîa se précipita au-devant de son cheval, et l'ayant arrêté, osa adresser au sultan des reproches sévères sur sa conduite : - Fils de l'impiété et de la trahison, lui cria-t-il, tu goûteras bientôt l'amertume de ton forfait. L'épée du commandement, que tu as usurpée, se retournera contre ta poitrine. Souviens-toi que notre Seigneur Mahomet a dit : La porte de l'injustice est la porte de la mort. " A ces mots, Ali-ben-Kaïdoum poussa son cheval contre le marabout et l'écrasa. Quelques mois s'étaient à peine écoulés, que le cheikh Ibrahim reparut dans ses états. Il n'eut pas à lutter longtemps contre un prince, qui n'avait eu que le courage de profiter de son absence. Dédaignant une vengeance facile, il le laissa fuir et n'eut plus d'au-tre pensée que de relever et d'affermir l'autorité. Son règne dura douze années.

XXI.

Vers la fin de l'année 1220 (de J.-C. 1803), le cheikh El-Khâzen, fils du cheikh Ferhat, pénétra les armes à la main dans les ?tats de Tuggurt, et se montra devant la capital avec des goums nombreux. Comme il n'en voulait point à la personne d'ibrahim, et que son ambition n'avait pour objet que le trône qui avait appartenu à son père, il fit offrir au sultan la vie sauve et une escorte, s'il consentait a abdiquer. Pour toute réponse, Ibrahim se sauva à Sidi Khaled. C'était peu pour El-Khâzen d'être en possession de l'autorité, il voulut faire bénir son entrée. Dans ce but, il offrit à la principale mosquée de Tuggurt des livres Saints et, entre autrcs, un magnifique exemplaire d'EI-Bokhari , qui avait été payé deux cents réaux à Tunis. En outre, il créa des avantages pour les thalebs et les marabouts, auxquels il supposait quelque influence dans le pays. Mais il était dans la destinée de l'Oued Rigr de ne pas jouir d'un gouvernement stable. La proie revenait au plus hardi. Il y avait si peu d'union entre les oasis de la principauté, que rien ne paraissait plus aisé que de s'y former un parti. L'ainé des fils du cheikh Ahmed ben Djellab, encouragé par ses frères et par quelques grandes familles, d'autant plus dévouées à sa cause que, depuis la mort de son père, elles avaient été dépouillées de leurs privilèges, entraîna la redoutable tribu des Oulad Moulât, prit la Casba et fit étrangler le cheikh El-Khazen, en presence de ses serviteurs. En même temps, il déclarait ennemi de l'?tal quiconque manifesterait des regrets en faveur du défunt.

XXII.

Le règne d'EI-Khâzen avait à peine duré une année. Mohammed, fils d'Ahmed ben Djellab, plus heureux que sa victime, jouit paisiblement et sans éclat de l'autorité pendant seize années. Mais la dix-septième fut signalée par un événement dont je trouve le récit dans l'histoire d'Ahmed-bey-el-Mamlouk, bey de Constantine. " En 1236 (de J.-C.1821 ), un jeune seigneur de la puissante famille de Bou Akkâz, nommé Ferhat ben Said, se présenta sans escorte au palais d'Ahmed-el-Mamelouk, à Constantine. Il annonça au bey que l'amitié des tribus de l'Oued lui permettait de faire valoir ses prétentions du gouvernement de Tuggurt ; que cependant il n'oserait rien entreprendre sans avoir obtenu son alliance ; qu'il venait lui offrir 50,000 bacétas pour un coup de main. A cette époque, le khalifat du Sahra était Abdallah Khodja, et les Arabes nomades avaient pour cheikh l'oncle paternel de Ferhat ben Saïd. Ahmed-el-Mamelouk écrivit à ces deux chefs, qui achevaient à Lichâna la perception de l'impôt, de partir sans délai avec Ferhat. Déjà ils avaient traversé l'Ourd Djedei. Mais la nouvelle de cette expédition les avait devancés ; Soit hasard, soit trahison, Mohammed ben Djellab fut averti à temps. En conséquence , il adressa aux deux chefs des émissaires fidèles qui déposèrent entre leurs mains des cadeaux considérables en argent, afin de les déterminer à faire échouer les projets du prétendant. En effet, les prétextes ne manquèrent pas: on trouva que la saison avait été mal choisie, que les soldats avaient besoin de repos après un séjour de deux mois sous les palmiers; que l'eau saumâtre du Sahra et les provisions avariées par la chaleur n'avaient pas laissé que de les affaiblir ; qu'enfin, si l'on voulait être sûrs du succès, il fallait remettre l'expédition à l'année suivante. Il n'est pas prouvé que Ferhat ait connu l'intrigue.
Toutefois il leva ses tentes, la rage dans le coeur, et quitta son oncle. Un mois après, l'armée turque de retour à Constantine, prenait ses quartiers d'hiver au Bardo, sur la rive gauche du Rummel.
Ferhat ben Saïd commença à comprendre que la partie n'était point perdue, s'il trouvait le bey dans les mêmes sentiments Alors il s'approcha de lui avec confiance; et, pour lui rappeler sa promesse d'une manière délicate, entra dans le medjles (salle de réception) du palais, revêtu du burnous d'investiture qu'il avait reçu de sa main l'année précédente. Ahmed-el-Mamelouk lui dit avec un geste bienveillant: " ma parole fait ta force. Dieu m'a entendu. " Quand la saison parut favorable, le bey fit déployer son étendard et se mit à la tête des troupes. Il laissa à Lichâna et à Tolga le khalifat Ahmed-chaouche avec l'arrière-garde ; traversa le désert, ayant à ses côtés Ferhat et le cheikh-el-ârab; et pénétra sans coup férir dans les oasis de Tuggurt. Mohammed ben Djellab avait bien songé à laisser l'armée ennemie s'épuiser par des luttes partielles devant chaque forêt de palmiers: mais il aima mieux la décourager par l'abscence des obstacles pendant une marche de plusieurs semaines, et l'attendra avec ses sujets dévoués derrière les murs crénelés de sa capitale. Un edit du prince enjoignait, sous peine de mort, à tous les habitants des oasis, depuis Mraier jusqu'à Mégarin, de quitter leurs foyers et de se réfugier à Tuggurt.
Quelque habile que fut cette tactique, elle n'empécba pas le bey de Constantine d'arriver à Mégarin, où il campa. Ses troupes n'avaient point souffert. Le lendemain Ahmed-el-Mamelouk, précédé de ses chaouches et de sa musique militaire. poussa une reconnaissance sous les murs de Tuggurt. Près de lui s'étaient groupés les principaux officiers turcs, ainsi que les chefs des goums arabes. Au moment où l'escorte passait en vue de la Casba, un coup de feu partit de la ville et une balle siffla en mourant dans le sable à quelques pas du Bey. On apprit plus tard que celui qui avait déchargé son chichana (fusil cannelé à l'intérieur) sur le Bey était Omar, fils de Mohammed ben Djellab.
Ahmed-el Mamelouk continua l'examen des lieux avec cette dignité qui caractérise les Turcs. Mais une fois rentré au camp, il ordonna la dévastation des jardins et offrit à ses soldats un rial bacéta pour chaque palmier abattu. Le travail commença. Malgré l'insuffisance des instruments, il y avait plus de deux cents arbres couchés sur le sable au moment de l'asr ( 4 heures après midi). Ce que voyant, les talcbs sortirent des zaouias , en chantant la ilaha ila allah (il n'y a de Dieu que Dieu), Ben Djari, le caïd-eddar de Mohammed ben Djellab, marchait en téte de la procession. C'était un homme qui brillait autant par son éloquence que par son esprit. Il avait fait ses études à Tunis. Sachant bien que les Turcs étaient en général peu sensibles aux prières des gens de mosquée, et qu'ils n'auraient que tout juste assez de compassion pour ne pas leur taire trancher la tête, il venait lui-même comme parlementaire. Le bey trouva son raisonnement péremptoire " Ferhat ben Saïd t'a offert 50,000 bacétat; si tu remmènes ton armée, nous t'en payerons 100,000.
C'est ainsi queTuggurt fut sauvé et que Mohammed ben Djellab recouvra la paix.

XXIII.

A sa mort, qui eut lieu en l'année 1237, le Cheikh Omar, son fils, fut proclamé sultan. Il resta maître du pays pendant onze ans.

XXIV.

Ibrahim ben Djellab sucéda à son frère Omar, au commencement de l'année 1248. C'est sous le règne de ce prince que fut bâtie la grande mosquée deTuggurt appelée Djama-el-Kebir. Les dalles dont elle est pavée et les colonnes qui en supportent la voûte sont en marbre de Tunis. Elles ont été amenées à grands frais, tirées sur le sable par un
long attelage d'hommes et de chameaux. Le prince actuel fait la prière du vendredi à Djamaa-el-Kebir. On dit que l'usage est de fermer les portes de la mosquée et celles de la ville pendant la cérémonie de l'office divin. Après un règne de deux ans, Ibrahim ben Djellab partit pour la terre sacrée du Hedjaz.

XXV.

Le pouvoir revint au cheikh Ali. On le salua sultan le 20 du mois divin de redjeb, l'an 1249 (de J. C. 1833). Sous son règne, un Italien vint à Tuggurt pour y fabriquer des canons. Il fondit beaucoup de cuivre sans résultat, et le cheikh Ali lui fît trancher la tète. La fille de cet Italien est devenue la femme de Ben Fetita, caîd du parasol du cheikh actuel.
Avant l'expiration de l'année 1249, il y eut encore un changement dans la dynastie. Au mois de doul-kaada. le cheikh Ahmed Djellab, profitant du départ de son pére pour le Hedjaz, reparut à Tuggurt.

XXVI.

Ahmed ben Djellab eut pour successeur Abd-er-Rahman, dont le beau-frère est Sidi-el-Hadj ben Beleoucha.