Les mouvements migratoires en Algerie

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LES MOUVEMENTS MIGRATOIRES EN ALGERIE DE 1987 A 1998

SEDET, Paris 7 André Prenant
Entre 1987 et 1998, comme depuis, la population rurale a continué à décroître en proportion par rapport à la population urbaine, mais aussi dans l'absolu dans certaines régions, les plus touchées par la violence de masse islamiste, celles des axes montagneux telliens des Béni Chougran aux montagnes de Jijel, soit par concentration, dans des villages locaux ainsi urbanisés, des habitants chassés de leur périphérie menacée, soit par leur départ vers les villes locales ou sises à la périphérie des régions touchées, dans les Hautes Plaines ou vers les pôles littoraux. Mais dans ces cas aussi a joué la concentration dans de petites agglomérations ainsi gonflées.
Si, contrairement à la décennie précédente, les grands pôles littoraux, dont ceux d'Alger et Annaba, ont reçu des migrants, notamment réfugiés des campagnes, excédant largement à Oran le nombre des partants, ceux-ci se sont plus diffusés dans les périphéries des grandes agglomérations, que ce soit autour de ces pôles ou autour des grandes villes de l'intérieur, - Sétif, Constantine, Tlemcen, Sidi-Bel-Abbès-, qu'autour des villes oasiennes, anciennes medinat, telles Ouargla ou Touggourt. Contrairement à la période précédente, peu de centres nés de créations industrielles ont attiré des migrants, hormis quelques uns, exceptionnellement restés prospères ou riches en logements sociaux, proches des grandes aires de départ, tels 'Ain el-Kebira, 'Aïn Oussera, Berrouaghia , Oued Rhiou. Mais c'est surtout le Sahara pétrolier, en premier lieu Hassi Messaoud, qui les a relayés.
Depuis la fin du XX° siècle, les petits centres concentrant les afflux, déjà nourris par l' "informel ", dans les aires montagneuses de départ comme en périphérie des grands centres ou dans leur rayon rural de commandement , ont consolidé leur caractère urbain avec la création et la croissance de petites entreprises, le plus souvent commerciales, nées de l'informel formalisé ou non, parfois de petites industries .créées solidement ou non, avec des aides publiques dans des secteurs déjà desservis par l'entreprise publique ainsi concurrencée, et devenant ainsi trop vite encombrés ,- minoterie privée, matériaux de construction, etc...-,trop fréquemment jusqu'à la faillite.
Aux bilans migratoires des wilayat les plus attractives, des causes différentes.
Les bilans migratoires les plus excédentaires ont affecté, de 1987 à 1998, quatre wilayat sahariennes sur huit, -avec des taux de + 18,4 à + 3,4 % de leur population résidente en 1987-, six wilayat littorales, dont une sub-littorale (Blida) sur seize, -avec des taux de 6,25 à 2,3 %, contre seulement quatre des vingt-deux wilayat intérieures non désertiques, toutes quatre présahariennes, dont trois très peu densément peuplées, avec les taux les moins excédentaires de ce niveau ( de 3,3 à 2,3 %).
Trois des quatre wilayat sahariennes concernées sont encore moins peuplées : celle de Tamanrasset, autour de 100 000 habitants, celles de Tindouf et d'Illizi, de 20 000.Les taux d'excédent migratoire de ces deux dernières, - + 11 et + 18,4 % sur onze ans-,ne représentent donc de l'arrivée que de très petits nombres de migrants d'autres wilayat, - 3 796 et 4 977 -, face à encore moins de sorties, 1 900 et 1 424. En wilaya d'Illizi, les arrivants viennent, pour 16, 14 et 12 %, de trois wilayat voisines : Tamanrasset, Ouargla, El-Oued, dont les deux premières sont aussi très excédentaires, pour 10 % de celle, en marge S-O. du désert et très dépourvue, d'Adrar, mais aussi pour 6 et 7 % d'Alger et de l'étranger. Les arrivées en wilaya
de Tindouf résultent plus simplement, pour plus de moitié, du déversement de migrants de la wilaya voisine de Bechar, lors d'échanges très inégaux, puisqu'avec six fois moins de retours.
En wilaya de Ouargla, un taux d'excédent d'entrées beaucoup plus faible (+ 4,3 %) représente un bien plus grand nombre de migrants, et même, malgré un taux encore plus bas (+3,4 %) , un nombre excédentaire du même ordre (3 284), dû à bien plus d'entrées (8 376) en wilaya de Tamanrasset. En wilaya de Ouargla,, 36 % des entrées se sont portées sur les espaces urbains liés au chef-lieu, 30 % ont répondu à l'attraction du pôle pétrolier de Hassi Messaoud, et même marginalement (1,5 %) sur le minuscule point d'avenir pétrolier d'El-Borma. Si 22 % d'entre elles résultent d'apports de la wilaya voisine d'El-Oued, - moins sur Hassi Messaoud et Ouargla que vers les urbanisations projetées de Touggourt sur ses oasis, l'origine algéroise est ici la seconde, avec 15 % des entrées (3 144), aux deux cinquièmes (1 289) dirigées vers Hassi Messaoud, bien plus que vers l'ensemble urbain de Ouargla (929) ; les provenances plus proches n'y jouent respectivement que pour 7 % , 5 % , et 4 % depuis les wilayat de Batna, Biskra et Ghardaïa.
De même, en wilaya de Tamanrasset, l'excédent migratoire est dû pour un quart aux entrées de l'étranger, -et pas seulement d'Afrique sub-saharienne -. Par ailleurs, le quart des 22 % des entrées qui y proviennent de la wilaya, ici voisine, d'Adrar voisine n'y vont pas au-delà d'In Salah, proche de ses limites ; les 6 % venus d'Alger vont, pour les 4/5, au chef lieu et dans les projections urbanisées qui s'y sont agglomérées, comme les 5 % et les 3,5 % venus des wilayat de Ghardaïa et de Ouargla. L'agglomération de Tamanrasset centralise aussi plus de la moitié des entrées de migrants intérieurs à la wilaya (2 073 sur 3 929), contre à peine un tiers de leurs sorties (1 263).