Le Sahara et l'écologie humaine

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LE SAHARA ET L'ECOLOGIE HUMAINE

Le Sahara est habité depuis des siècles, et même des millénaires, par des populations blanches plus ou moins fortement métissées de Noirs. La plupart des nomades, sauf les Toubou sont de race blanche tandis que les sédentaires des oasis sont presque tous diversement nigrifiés. Cependant les Noirs proprement dits sont des populations des pays intertropicaux, chauds et humides et qui connaissent au moins une saison pluvieuse. Depuis Quelques dizaines d'années des Blancs européens, militaires ou fonctionnaires, quelquefois commerçants, vivent au Sahara de façon temporaire ou exceptionnellement permanente, sans que, le plus souvent, les familles y demeurent é. Depuis quelques années enfin, depuis que le Sahara a révélé ses richesses générales, des ingénieurs, des techniciens, des ouvriers spécialisés, des convoyeurs originaires de l'Europe occidentale et particulièrement de France, quelques Américains et quelques Anglais aussi vivent et travaillent dans des bureaux ou sur des chantiers du Sahara algérien, libyen et mauritanien. Des centres industriels, des villes peut-être vont y être créés.
Comment les différents représentants de l'humanité, les autochtones et surtout les immigrés récents sont-ils acclimatés ou s'acclimatent-ils à l'un des plus chauds déserts du globe? Tel est le problème qui préoccupe un certain nombre de spécialistes comme les médecins du " Centre d'études et d'informations des problèmes humains dans les zones arides " (Frohuza) ou les participants des " Journées d'information médico-sociales sahariennes " organisées à Paris, à la Maison de l'UNESCO, en avril 1959. Le problème, en réalité, n'est pas entièrement neuf comme le montre l'abondance de la bibliographie de langue anglaise pour des régions plus ou moins similaires : les Américains s'en sont préoccupés pour leurs propres déserts, à vrai dire pour la plupart des semi-déserts ; avec ou après les Anglais ils ont procédé à des recherches dans les pays du Proche-Orient. Par ailleurs, dès 1953, le directeur de l'Institut Pasteur d'Alger, le Dr Edmond Sergent, posait nettement et avec une compétence particulière le problème pour le Sahara lui-même, et pas seulement pour les immigrés blancs.
L'agressivité du climat. - J. Dubief a souvent insisté sur le caractère majeur du climat saharien qui est la siccité de l'air, son déficit " de saturation ". Ce caractère s'accentue au Sahara, qui est particulièrement chaud par suite de sa position et de sa masse, avec une très faible nébulosité et une grande durée de l'insolation, une forte radiation solaire globale, mais aussi une radiation réfléchie par la terre et un important rayonnement obscur du sol en été. Les chiffres de température le plus souvent publiés, ceux qui sont pris sous abri et à 2 m au-dessus du sol, descendent rarement au-dessous de -5 °C et montent exceptionnellement au-dessus de 50 °C. Ils rendent mal compte des températures réelles dans ce pays sans ombre, hors des oasis, surtout des températures à la surface du sol qui subissent de bien plus fortes amplitudes diurnes et annuelles, s'abaissant jusqu'à - 10 °C et - 15 °C à basse altitude en hiver, et s'élevant en été jusqu'à des maxima de 70 °C et plus. Mais c'est la durée des fortes chaleurs, la longueur des étés qui croît du Nord au Sud, qui fait la dureté du climat saharien. Elle provoque pendant plusieurs mois une evaporation considérable qu'il est pratiquement impossible de mesurer, mais qui, théoriquement, dépasse certainement 1,2 ou 3 m d'eau.
Or, par les fortes chaleurs, le corps humain ne maintient sa température normale, il ne conserve son équilibre thermique, que par l'èvapo-transpiration (evaporation sans sueur et sudation). Elle augmente d'autant plus que la température de l'air s'élève au-dessus de 40 °C et que l'individu se livre à un travail musculaire plus dur. Les abondantes sudations s'accompagnent d'un accroissement du débit sanguin spontané, donc des fréquences cardiaques (comptées par palpitations du pouls). Le corps humain subit de telles pertes en eau et on sels (CLNa surtout) que, si elles ne sont pas rapidement récupérées par une abondante boisson, des troubles apparaissent, plus ou moins sérieux. La forte radiation et les hautes températures n'ont pas seulement pour conséquence d'aggraver les simples coups de soleil ; des organismes appauvris on eau et en sels sont exposés à des coups de chaleur avec fièvre et délire, à des crampes des muscles striés chez les travailleurs manuels, à des syncopes ou encore à de graves hyperthermies accompagnées de températures rectales de 40 à 41 °C, troubles qui proviennent d'un dérèglement de la thermorégulation et d'un plus ou moins brutal déséquilibre du système cardio-vasculaire.
L'exposition au soleil et la transpiration peuvent aussi entraîner des affections de la peau qui deviennent vite ennuyeuses comme la miliaire (éruption qu'accompagne un léger érythème) ou l'anhidrose (affection des glandes sudoripares). D'autre part, quand la température de la peau dépasse 41 °C, il peut se produire, en dehors de toute brûlure, des accidents généraux graves à retentissement hépatique.
Sans provoquer de véritables troubles, la chaleur, lorsqu'elle dure, et que dure le travail, cause une diminution progressive de l'attention et un relâchement des réflexes, des aptitudes " psychosensorielles " et musculaires : ce sont là des observations faciles à faire, mais elles ont été l'objet d'expériences et de mesures. Aisés à voir aussi sont la lassitude, le mauvais sommeil, l'irritabilité et divers " états nostalgiques " qui traduisent une fatigue de l'organisme ; et les docteurs décèlent à la longue, même sur des gens apparemment bien portants, des symptômes d'insuffisance hépatique et la fréquence anormalement élevée des lithiases (sable dans l'organisme) qui provoquent une fatigue générale.
Ajoutons que l'agressivité du climat saharien est accrue par le vent, qu'aucun obstacle n'arrête, surtout quand la température de l'air dépasse celle de la peau, et que les vents de sable et de poussière paraissent provoquer des déséquilibres électro-statiques. Enfin, la forte luminosité, résultat de la radiation réfléchie par la terre, est une fatigue et une cause de troubles pour les yeux ; de même les poussières.
Les " états nostalgiques ", l'irritabilité qui atteignent parfois assez rapidement les Blancs d'Europe immigrés au Sahara n'ont pas toujours des causes purement physiologiques. L'éloignement des siens, l'isolement dans une nature austère on l'appartenance à un petit groupe dont on ne peut se séparer, l'absence de distractions et une abstinence sexuelle plus ou moins longue ont des conséquences psychologiques et physiologiques qu'il est impossible de séparer.
Remèdes et palliatifs. - Pour éviter les troubles plus ou moins graves qui résultent d'une évapo-transpiration continue ou forte, et tout d'abord pour simplement étancher sa soif, il est indispensable de boire et de beaucoup boire : 5 à 10 l d'eau par jour et parfois plus, selon la saison et selon que l'individu est au travail ou au repos, que ses occupations sont sédentaires ou non et qu'elles ont lieu à l'ombre ou au soleil. Mais il ne suffit pas de remplacer l'eau perdue par le corps : cette eau est riche en sels, particulièrement en CLNa, qu'il lui faut également récupérer. Aussi est-il recommandé non seulement de boire beaucoup et de préférence à de courts intervalles, mais aussi d'absorber d'assez grandes quantités de sel ; dans les chantiers bien organisés, ceux des pétroliers par exemple, des dragées de chlorure de sodium lactose sont distribuées au moment des repas pour pallier l'absorption d'eaux trop douces ou minérales importées.
Les populations sahariennes et bien des Européens qui vivent au désert sont obligés de boire les eaux du pays qui sont généralement plus ou moins chargées en sels, mais en sels divers, en particulier en chlorures de magnésie qui sont nocifs pour l'intestin. Mais l'organisme s'y habitue à la longue, pourvu que la teneur ne soit pas trop forte. En fait, la plupart des eaux du Sahara portent en elles le remède nécessaire aux pertes en sels de l'organisme, le chlorure de sodium indispensable ; mais il est difficile de trouver des compensations exactes : le rôle du potassium et même du magnésium commence seulement à être connu. Quoi qu'il en soit, l'ingestion abondante d'eau douce sans compensation saline peut entraîner des troubles graves.
Un autre remède à l'agressivité du climat estival du Sahara est la climatisation des habitations et des locaux de détente. La solution apportée par les populations sahariennes à ce problème est tout à fait insuffisante. Leurs maisons aux terrasses et aux murs épais n'offrent qu'un isolement thermique très relatif et le séjour d'été y est insupportable avec des températures stationnaires de 36 °C à 38 °C. Quant aux tentes, - tentes de toiles " arabes ", tentes de peau des Touaregs, et aux bouchi des Toubou, -elles isolent à peine leurs habitants de l'atmosphère extérieure. Civils et militaires ont recherché divers moyens de maintenir des températures supportables dans leurs bureaux et dans leurs logements. D'intéressantes expériences ont été faites à Colomb-Béchar. On oriente les pièces au Sud et au Nord et on protège les faces Est et Ouest qui reçoivent les rayons solaires obliquement ; on renforce et on isole les toitures (qui reçoivent le plus de radiations) de telle sorte que les combles soient ventilés ; on munit d'auvents les portes et les fenêtres. Des matériaux isolants ou réfléchissants sont employés : laine de verre, plaques de fibro-ciment distantes des murs, tôles d'acier, aluminium. La verdure atténue le pouvoir réfléchissant du sol et on a intérêt à enterrer un peu la maison. L'usage des ventilateurs n'est qu'un palliatif.
Mais seule la climatisation parvient à abaisser et à régler la température au-dessous de la température cutanée moyenne, donc à assurer une détente suffisante de l'organisme. C'est le cas de certaines maisons de Colomb-Béchar et des cabines et des bâtiments utilisés depuis quelques années par la plupart des chantiers, notamment les chantiers pétroliers. Ils sont faits de matériaux de faible conductibilité qui isolent l'intérieur du local de l'air extérieur et qui y maintiennent une température artificiellement réglée. Dans les locaux plus vastes et de modèles divers, il est nécessaire de tenir compte du nombre et de l'activité des occupants, car un homme produit, selon ses occupations, 100 à 1 000 calories par heure et il dissipe dans le même temps, dans l'atmosphère conditionnée, quelque 100 g de vapeur d'eau. Or, il est préférable de maintenir une faible humidité. Une température de 27 °C à 30 °C paraît agréable si l'humidité relative n'est pas supérieure à 55 p. 100.
Donc, dans de bonnes conditions, les travailleurs manuels sont soustraits aux inconvénients majeurs de l'été saharien pendant une grande partie de la journée. Des observations faites sur des sondeurs, à Hassi-Messaoud, ont montré que les efforts de thermo-régulation imposés à leur organisme étaient presque réduits à leurs 8 h quotidiennes de travail. Les travaux en plein air, par forte chaleur surtout, doivent se faire la tête couverte d'une coiffure légère et aérée et le corps protégé par un vêtement qui l'isole des radiations. Tous les indigènes sahariens vivent habillés : c'est une remarque faite depuis longtemps.
Les diététiciens ne sont pas tout à fait d'accord sur le régime alimentaire qui convient, selon les saisons et surtout l'été, aux immigrés du Sahara. Ils insistent cependant sur les dangers de l'alcool et la nocivité d'une alimentation lourde au cours de l'été, les besoins d'une nourriture variée et fraîche qui devrait être plus légère et peut-être plus vitaminée (vitamines B et C) à la saison chaude, et qui bien souvent ne peut l'être que par suite de coûteux transports. Enfin, les conditions de vie anormale qu'imposent le Sahara, l'éloignement et l'isolement exigent un minimum d'hygiène mentale : l'organisation des loisirs, des congés assez rapprochés, si possible une piscine.
Blancs et Noirs. - Si les remèdes à l'agressivité du climat saharien et aux conditions de vie qu'on mène au désert commencent à être relativement connus, il s'en faut qu'ils soient applicables à la majorité des Blancs immigrés. Seules les installations centrales et les principaux chantiers des grosses compagnies minières peuvent supporter les frais de la climatisation des locaux d'habitation et des bureaux, et du transport " conditionné " de produits alimentaires frais venant du Nord, d'Alger en particulier, ou encore de Tripoli ou de Dakar. Elles offrent des conditions de vie exceptionnelles et somme toute artificielles, dont ne peuvent qu'essayer de se rapprocher les groupes plus restreints démunis de gros moyens, les chantiers trop temporaires ou trop isolés, les équipes en déplacements fréquents ou constants et, malgré la climatisation de certaines cabines de camions, la plupart des transporteurs. A la longue tous les Européens sont éprouvés par le climat : il fatigue ce qu'on pourrait appeler leur appareil thermo-régulateur et amène ainsi l'un ou l'autre des troubles ou des états énumérés plus haut.
S'il existe, moyennant des précautions sévères et un certain entraînement, des possibilités d'acclimatation individuelle au Sahara comme à d'autres déserts chauds, les Blancs d'Europe pourront-ils, en fin de compte, vivre normalement et faire souche au Sahara ? Car l'acclimatement, le Dr Sergent insiste sur ce fait, " n'implique pas seulement l'accoutumance de l'individu transplanté, mais encore la faculté, pour sa descendance, de se perpétuer saine et vigoureuse dans une longue suite de générations, sans croisement avec les indigènes et en conservant tous les caractères d'énergie physique et morale de la souche originelle ". La réponse ne fait aucun doute. Les femmes européennes, même d'origine méditerranéenne, souffrent au moins autant du climat que les hommes et la mortalité de leurs enfants en bas âge y est catastrophique ; " les familles blanches sont inaptes à l'acclimatement au Sahara ". Nous voilà loin de la formule courante : " le climat du Sahara est sain ". Il ne parait tel qu'à ceux qui le parcourent ou le visitent au cours de quelques semaines ou de quelques mois lors de la saison fraîche et qui éprouvent l'effet tonique de la sécheresse et de la pureté de l'air.
Les Africains qui habitent au Sud du Sahara sont des Noirs. Leur pays n'est pas le désert mais l'ensemble des régions intertropicales qui sont chaudes et diversement humides et pluvieuses. Les Noirs purs résistent mieux à la chaleur que les Blancs, du moins à la chaleur humide. On les dit protégés par la pigmentation de la peau et de la rétine contre les rayons solaires ; leur peau serait plus mince et peut-être plus fournie en glandes sudoripares ; il y aurait quelques différences entre leurs glandes surrénales et les nôtres. Rien de tout cela n'est bien certain. Ce qui est sûr, c'est que les Noirs résistent mal au froid et aux brusques variations de température, qu'ils ont les bronches délicates et qu'ils sont facilement exposés à la tuberculose. Or, si le Sahara méridional n'a pratiquement pas d'hiver, ses régions centrales et surtout septentrionales n'ignorent pas le froid, la nuit surtout, ni les sautes de température. Les Noirs peuvent y fournir des travailleurs temporaires ou saisonniers. Ils supportent mieux que les Blancs le paludisme, et l'atmosphère un peu humide des oasis leur convient, du moins dans les régions méridionales. Ils seraient peu aptes cependant à faire souche au Sahara, du moins s'ils ne se métissaient pas. Il faut pourtant excepter les Toubou, nomades noirs du Sahara central, qui paraissent singulièrement aptes à supporter aussi bien les chaleurs estivales des plaines et des plateaux que les nuits fraîches des hauteurs du massif du Tibesti, et qui parcourent à pied des centaines de kilomètres. Il est vrai que ces noirs ne présentent pas la plupart des caractères négroïdes de leurs semblables en couleur.
Les Sahariens. - Les Sahariens, nomades ou sédentaires, vivent et font souche dans un pays qu'ils habitent depuis de nombreuses générations.
Exception faite des Toubou, les nomades sont des Blancs simplement bronzés par le climat quand ce n'est pas par le métissage : tels sont les Maures, les Regueibat, les Touareg, les Chaâmba et les petits groupes de nomades " arabes " du désert de Libye. Ils vivent hors des oasis, de leur atmosphère humide et des maladies qu'on y contracte ; ils ne cultivent pas eux-mêmes et mènent, sauf au cours de quelques grandes randonnées, une vie assez oisive. Ils passaient pour inutilisables pour des travaux réguliers demandant une certaine dépense d'énergie. De nombreux Doui Menia sont employés pourtant depuis plusieurs années dans les mines de houille de Kenadsa et, bien plus au Sud, des nomades ont été engagés par des pétroliers. L'alimentation suffisante et régulière que trouvent les nomades sur les chantiers donne rapidement à certains jeunes des forces et une résistance insoupçonnées.
Parmi les sédentaires des oasis, les cultures sont faites par des haratin (sing, hartani) : simples métis selon les uns, ou, selon d'autres, race à part, dont les caractères négroïdes sont nettement accentués. On observe que les Blancs, propriétaires des jardins, ne les cultivent pas eux-mêmes. Est-ce pour des causes physiologiques ou pour des raisons sociales ? Le Blanc résiste incontestablement moins bien que le métis au climat des oasis sahariennes. Mais la plupart refusent de travailler leurs terres, quand, pour cause d'émigration, ils ne trouvent plus de métayers : ce serait pour eux une déchéance. En fait, il y a bien des exceptions à cette attitude des Blancs, par exemple au Souf et dans le Djerid, - et les exploitations de phosphates, dans la région de Gafsa-Metlaoui, utilisent depuis deux tiers de siècle une main-d'œuvre en grande majorité blanche issue d'oasis ou de tribus semi-nomades.
Il faut, je crois, pour expliquer l'aptitude au travail manuel de certains Blancs du désert, tenir compte du climat du Sahara du Nord qui a un hiver caractérisé, période de détente nécessaire à leur organisme. Leurs semblables du Sahara méridional, privés de cette détente, voient au contraire leurs familles s'étioler s'ils ne se métissent pas.
Surtout chez les métis des oasis qui ont été à peu près les seuls travailleurs depuis des siècles, les aptitudes physiques et l'endurance sont singulièrement diminuées par la misère physiologique. Presque tous sont sous-alimentés, et surtout leur alimentation est mal équilibrée avec trop de dattes relativement, et pas assez de céréales ni de corps gras : d'où les syndromes carentiels, le rachitisme, l'avitaminose... que dénoncent les médecins. D'autre part les Sahariens souffrent, dans les oasis notamment, de diverses maladies dues au milieu et à leur faible résistance physique. Les principales et les plus graves sont les affections oculaires (trachome avant tout et autres conjonctivites) que l'on combat difficilement, - d'où le grand nombre d'aveugles, - et, d'autre part, la tuberculose qui est la triste compagne de la misère, de l'ignorance et de la mauvaise hygiène. Viennent ensuite le paludisme et ses séquelles, cause principale de la mauvaise santé des oasiens mais qui est, grâce aux mesures prises, en recul rapide et souvent même en voie d'extinction, puis la syphilis qui est devenue exceptionnelle, sauf chez les Touareg du Hoggar qui vivent très dispersés et dont les moeurs sont très libres. La variole, le typhus exanthématique, la fièvre récurrente ont pratiquement disparu. Mais les maladies des voies respiratoires restent fréquentes en hiver et aux changements de saison, tandis que la mortalité infantile est très forte l'été par suite de gastro-entérites, de diarrhées et de diverses toxicoses.
La misère physiologique de la plupart des populations sahariennes ne résulte donc pas tant du climat et des autres conditions du milieu désertique que de carences alimentaires qui les exposent sans résistance aux diverses maladies. Les remèdes à cet état de choses sont donc tout d'abord d'ordre social. La plupart des endémies sont presque partout en fort recul par suite de l'action déjà ancienne et continue des médecins et de l'encadrement sanitaire : seules les affections oculaires, notamment le redoutable trachome, sont difficiles, mais non impossibles à combattre. Si bien que l'amélioration nécessaire des santés est avant tout liée à une alimentation plus abondante et mieux équilibrée et, secondairement, à quelques notions élémentaires d'hygiène et à une sérieuse surveillance de la qualité des eaux consommées. Si donc l'acclimatement des Blancs d'Europe n'est pas possible, avec le sens qui a été donné à ce mot, si celui des Noirs proprement dits paraît devoir rester cantonné aux marges méridionales du désert, si l'activité des Blancs sahariens reste conditionnée par l'existence d'une saison froide ou nettement fraîche et peut-être limitée à certains travaux, les sang-mêlé des oasis apparaissent en fin de compte comme des populations bien adaptées au milieu saharien. Elles y vivent depuis des siècles dans des conditions alimentaires, sociales et hygiéniques déficientes. Leur santé s'affermit dès que ces conditions s'améliorent. Il n'y aura pas de progrès durable au Sahara sans leur concours, non seulement sans leur participation aux travaux spectaculaires des sociétés minières et pétrolières et aux chantiers publics, mais aussi sans l'amélioration nécessaire des cultures des oasis et d'un élevage qui trouveront dans les jeunes centres de peuplement, définitifs ou provisoires, de nouveaux débouchés. La promotion des populations sahariennes par l'école et l'encadrement social et technique, leur participation de plus en plus large aux travaux et aux bénéfices de la mise en valeur de leur pays est donc possible, aussi bien que dans des pays de climat moins désertique et moins chaud.
J. DESPOIS