La Takouka Folklore Ouargli

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La Takouka Folklore Ouargli

La Takouka
Croquis Sahariens
Takouka takouka takouka! danse de l'hyménée en pays d'Ouargla. Ton nom est à lui seul est un rythme marqué, scandé et déjà dessiné sur nos lèvres par le heurt de tes syllabes berbères.
Rien qu'à te prononcer je revois ces longs cortèges aux rangs ,successifs de fillettes et de vierges s'avançant ondulant d'un mouvement tellement lent et tellement harmonieux qu'on a l'impression d'une vague irisée venant s'étaler sur une plage à la fin de sa course..
Superbement parées, drapées dans des étoffes relatantes, les danseuses par taille et par âge, se serrent étroitement formant de longues chaînes qui se succèdent, s'étaient, pyramident et que dominent les bras des matrones agitant les vastes tambourins, ou de grands mannequins de chiffons bariolés destinés à éloigner les démons et à préserver du mauvais oeil.
Toutes, petites et grandes, balancent de haut en bas, par petits coups saccadés et suivant le rythme de la musique, les mains dont les paumes peintes de henné sont appliquées l'une contre l'autre.
Encore que les costumes soient de couleurs vives où le rouge groseille et le vert dominent, l'ensemble parait sombre, parce que au-dessus des costumes des petites du premier rang, s'étagent les visages bronzés de toutes ces danseuses.
Une coiffure savante, et qui discipline des cheveux crépus et noirs, affecte la forme d'un casque dont la visière descendrait jusqu'à la naissance du nez, et qui laisserait échapper sur les côtés , de longues méches ornées de pendeloques de cuivre, d'argent ou d'or , et venant encadrer le visage des fillettes . Une pièce de laine noire accrochée derrière la tête et dont les pans passent sous le menton et engoncent le cou , contribue à donner à l'ensemble un aspect sévère .
Les vêtements sont clairs , les bijoux et cependant dans cette symphonie c'est le noir qui semble dominer parce que'instinctivement le regard se reporte vers ces têtes crépues qui s'étagent ; têtes de tous petits enfants , têtes de fillettes , têtes de jeunes filles .
Et le cortège toujours dansant , toujours ondulant s'avance a pas
Menus menus .Toutes ces fillettes , et il en est qui n'ont pas quatre ans processionnent , balançant leurs hanches mises en relief par une ceinture serrée au niveau des cuisses .
L'ample morceau d'étoffe sans ceinture qui par-dessus les chemisettes les drape harmonieusement , longues ailes au bras tendus en avant, amples plis s'écartant symétriquement un souffle léger et tout le cortège s'avance , s'avance doucement comme un mur de poussière dorée aux soirs de sirocco .
Tous ces enfants ces enfants accompagnes leurs marche , de chants mélancoliques et doux qui contrastent étrangement avec les sons assourdis des tambourins et les stridences de la Ghaita . Marchant à reculons le joueur de flageolet berbère semble attirer à lui vers le pavillon argenté de son instrument diabolique, tout l'ensemble que dominent les tambourins, et sur lesquels plane la chantante prière à Vénus des fillettes d'Ouargla. Et parmi tontes ces têtes noires, en contraste violent apparaissent, oscillant et dansant aussi, des mouchoirs de soie éclatante, recouvrant les figures des fiancées de la ville, de celles qui ont été choisies dans des takouka précédentes.
Les autres...
Les autres; yeux constamment baissés vers le sol, s'attachent à donner aux mouvements du bassin, le plus d'ampleur possible, sans déranger la position des pieds encerclés de bracelets, de la taille enserrée d'un cordonnet de soie.
Et voici la nuit qui arrive et le cortège atteint la Jemmâ du village, place sainte de la tribu.
Les danseuses s'assoient à terre au voisinage des grands feux de palmes dont la lueur cuivrée et enfumée donne un relief extraordinaire aux costumes. D'un peu partout, d'antres cortèges arrivent. Les joueurs de Ghaïta sont allés dans les ruelles du village chercher avec, le même cérémonial d'autres fiancées dont le mariage est proche et celles-ci s'avancent tête voilée de soie pourpre ou verte, accompagnées de leurs " soeurs d'honneur ".
Les hommes, les jeunes gens arrivent à leur tour porteurs de palmes enflammées, de bougies, d'antiques lampes à huile, voir de lampes à acétylène, qui jettent la stridence de leur flamme - lumière; et bruit - dans cette symphonie antique.
De nombreuses femmes jeunes ou vieilles se glissent comme des ombres et vont s'asseoir discrètement sur l'emplacement qui leur est réservé.
Et un peu partout, l'eau bout dans les théières reposant sur de petits brasiers improvisés, et les verres délicats contenant la boisson divine, sont offerts aux fiancés par leurs frères d'honneur.
Les chaines de danseuses se reforment, et maintenant évoluent séparées appuyant toujours vers la gauche, dans le cercle des jeunes gens.
Les fiancées occupent le centre des diverses chaînes ayant à leur droite et à leur gauche, leurs soeurs d'honneur. Toutes ces chaînes dansent suivant une direction bien rectiligne, pivotant autour d'une de leur extrémité, lorsqu'elles viennent à rencontrer le cercle des jeunes gens. L'intérieur présente bientôt l'aspect d'un polygone étoilé, en perpétuelle ébauche, aux lignes flottantes, dansantes, ondulantes et chantantes et on transformation constante.
Les danseuses fatiguées viennent s'asseoir dans le groupe des femmes, mais vite reposées, repartent ondulant, former un nouveau maillon aux chaînes serpentantes.
A la lueur des djerids enflammés, les fillettes couvertes de bijoux apparaissent assez semblables a des madones noires. Dans le casque de leur chevelure, des étoiles d'or, rehaussées en leur centre d'un rubis étincellent. Les colliers de bimbeloterie, de clinquant, mais aussi d'argent, s'étagent et descendent à hauteur de la poitrine. De longues épingles d'argent coincées dans les anneaux de grandes dimensions, réunies par de longues chaînettes d'argent, accrochent à l'épaule les draperies qui constituent véritablement une robe de style. Et brinquebalant, sautillant sur le tout, les amulettes d'argent ou de cuivre heurtent les colliers étagés de pièces d'or, de pendeloques, de clinquant. Sur les cheveux noirs, des cercles de coquillages blancs, des cordonnets de perles bleus, tranchant violemment; quelques parures de corail aussi, et de larges plaques rondes, de filigrane d'or, jettent leur feu sur la poitrine infantile des plus nobles et des plus riches.
Les cheveux sont oints d'huile, de parfums, de henné, les yeux sont faits au kohl, il n'est pas jusqu'à l'inférieur de la bouche et à la langue qui n'ait été teintes et parfumées avec une décotion d'écorce de chêne.
Et ainsi parée, tout bijoux, toute soierie, tout parfum. la jeune vierge d'Ouargla diadème de roses, et des plumes d'autruches piquées dans les cheveux, attend aux soirs de printemps qu'un jeune homme lui couvre le visage d'un mouchoir de soie, et en fasse de sa fiancée.