L' invention des Murs de Sable

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L' invention des Murs de Sable


L'EMPLOI DES MURS ANTI-SABLE OU "DRAA" SUR LES PISTES DU SAHARA SEPTENTRIONAL

Le problème le plus sérieux pour l'entretien des pistes sahariennes, celui de l'ensablement, était résolu jusqu'à une date récente par des déviations ou des déblaiements. Un système ingénieux et simple permet aujourd'hui d'assurer une libre circulation à peu de frais.
Il s'agit de la méthode des murs anti-sable, dits draa, qui paraît n'être connue et pratiquée que dans un cercle restreint du Sahara septentrional, le Souf. Elle a son spécialiste dans la personne de Si BELKACEM, d'El Oued, et ses expérimentateurs parmi le personnel des Ponts et Chaussées, qui assure maintenant l'entretien des pistes.
Si Belkacem, qui assume le titre d'" Ingénieur des Dunes ", prétend bénéficier d'un don d'Allah. Il dispose ses murs anti-sable d'instinct et sans calcul. Ce sont de simples levées de sables recouvertes d'une argile pulvérulente que l'on trouve sur place et bâties parallèlement à la piste.
Dans certains cas, Si Belkacem demande que l'on exécute des corrections du profil de la piste dans le sens d'un adoucissement des formes. Les résultats sont certains. Ainsi, en mai 1947, aux Trois Pitons, près d'Ouargla, la piste bitumée était submergée par une dune et on avait dû faire une assez longue déviation. Si Belkacem, travaillant pour le compte de l'Annexe d'Ouargla, construisit ses murs anti-sable, et en 1948 la piste est restée libre en permanence.
Les ingénieurs des Ponts et Chaussées sont en train de perfectionner la méthode des draa. S'ils n'ont pas de don divin spécial, ils possèdent un esprit pratique et une longue habitude du désert. Leurs recherches portent principalement sur la consolidation des draa, qui sont fragiles et nécessitent un entretien constant. La moindre chancrure produite dans le mur provoque un dépôt de sable, et tout est à recommencer. Dans l'Annexe d'El Oued, où un grand nombre de murs anti-sable protégeaient la piste de Chegga-El Oued, ceux-ci n'assuraient plus aucune protection. On a alors expérimenté d'autres genres de revêtement.
Le plâtre donne des résultats excellents, mais est trop onéreux. En outre la carapace trop rigide peut se fissurer. La surface du draa, imprégnée de bitume fluide, assure un entretien moins dispendieux.
Un troisième essai, qui paraît donner de bons résultats, consiste tout simplement à revêtir le draa d'un placage de dalles de gypse. C'est un procédé à bon marché, puisque le gypse abonde au désert.
On a aussi constaté que, pour détruire une dune, il n'est point nécessaire de déblayer le sable à la main ou à la machine (scraper). On peut utiliser le vent lui-même en construisant sur la surface de la dune la crête de ce qui sera ultérieurement le mur. Le vent emporte le sable peu à peu par dessus le mur et le disperse au loin. A mesure que le vent déblaie, on profile le mur en descendant vers le niveau de la piste.
La hauteur des draa est commandée par la topographie des lieux. Ils doivent toujours dépasser la crête de la dune. Ainsi les murs des Trois Pitons, près d'Ouargla, atteignent 2 à 3 m. de hauteur. Ceux que le Subdivisionnaire de Touggourt a construits au kilomètre 30 de la piste Touggourt-Ouargla ont de 0 m. 60 à 1 m. Quelle que soit la direction du vent, la piste reste ainsi libre, alors que, auparavant, on devait entretenir des équipes en permanence sur les lieux pour maintenir la circulation.
Le draa peut avoir une forme conique. Ces gros tas de sable pointus ressemblent de loin à un campement de nomades. On les dispose, au nombre de trois à cinq, sur le flanc de la dune tourné vers la piste, selon une direction perpendiculaire à celle-ci. Le vent tourbillonnant entre eux emporte le sable. On peut combiner aussi les deux systèmes, murs et cônes.
Cette méthode était probablement connue dans l'antiquité, mais l'usage s'en était perdu au cours des siècles. Nous avons encore beaucoup à apprendre des Anciens en Afrique du Nord.