Géologie de Touggourt

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MEMOIRE SUR LE SAHARA ORIENTAL

MEMOIRE SUR LE SAHARA ORIENTAL

CH . LAURENT P 19

Mégarin

Nous voici arrivés à Mégarin, première ville de l'Oued-R'ir, située à l'extrémité d'une vaste plaine qui s'infléchit brusquement pour descendre au niveau des chotts qui reçoivent les eaux artificielles fournies par les puits artésiens que les Arabes construisent pour les besoins de leurs oasis. Le sol de la plaine est sableux et contient des cristaux de gypse cristallisé en fer de lance, tandis que celui de la vallée, ou pour mieux dire de la plaine inférieure, est de plus en plus argileux à mesure que l'on s'avance vers la partie marécageuse qui occupe le bas-fond ; au-dessous on exploite une argile rouge dont les habitants façonnent des briques grossières qui, séchées au soleil, constituent avec des palmiers les seuls matériaux de construction. Cette localité, peu importante comme population, a été en quelque sorte le dernier rempart des habitants du désert : c'est sa prise, il y a deux ans, qui a amené la reddition de Tuggurt.

L'oasis de Mégarin est arrosée par plusieurs puits jaillissants creusés par les Arabes, ou plutôt par des noirs qui semblent avoir monopolisé cette industrie. Comme nous trouverons dans tout l'Oued-R'ir beaucoup de sources artificielles semblables, nous allons décrire les moyens généralement employés.

Le fonçage de ces puits, dont la profondeur varie entre 45 et 80 mètres, se fait au moyen des instruments les plus grossiers : ordinairement une petite pioche à manche court. Ils présentent généralement une excavation carrée de 0".60 à (0".90) de coté, rarement plus; ils sont boisés en palmier refendu longitudinalement, et présentent des fragments assez semblables à notre bois de chauffage. A peine équarris et assemblés à mi-bois, ils constiluent des cadres grossiers, plus ou moins jointifs, placés horizontalement. On remédie au mauvais ajustage de ces cadres entre eux au moyen d'une courroie d'argile mélangée avec des noyaux de dattes et autres matières ligneuses du palmier, qui, glissée entre ce coffrage et les terrains, fait un calfatage plus ou moins parfait.

Ce boisage se prolonge dans toutes les parties du puits sujettes aux éboulements. Pour le reste, la roche, ordinairement un gypse terreux, présente assez de solidité pour se maintenir seule.

Les puits sont descendus ainsi jusqu'au point où se trouve, suivant l'expression des Arabes, la mer souterraine, à moins que dans la partie supérieure on n'ait rencontre des eaux parasites assez abondantes pour que l'épuisement n'ait pu avoir lieu avec les faibles moyens dont on dispose dans le pays, ou que l'on n'ait rencontré une roche un peu trop dure pour que les instruments arabes aient pu l'entamer; et ces deux cas sont assez fréquents. Un assez grand nombre de puits annoncent ces défaites de l'industrie des Rouaras (habitants de l'Oued-R'ir).

Si, au contraire, on a pu arriver sans encombre sur la roche qui recouvre les sables aquifères, laquelle semble être le plus souvent un gypse impur endurci et un peu feuilleté, quelquefois une couche argileuse d'un blanc verdâtre, un homme spécial attaché à une corde descend et fait dans le fond le trou qui doit livrer passage à l'eau, laquelle, dans bien des cas, s'élance par cet orifice avec assez de force pour rouler et asphyxier le malheureux ouvrier qui s'est chargé de l'opération et que l'on ne peut toujours remonter assez vivement.

L'eau s'élève dans le puits avec une vitesse plus ou moins grande, mais rarement sa force ascensionnelle suffit pour qu'elle se déverse au-dessus du sol avec les sables qu'elle tient en suspension. Cette eau, surgissant du fond du puits par un orifice moins grand que le puits lui-même, change de vitesse ; la pression, augmentant à mesure de son élévation, vient modifier son allure et provoque un ensablement plus ou moins considérable, puisqu'il atteint une hauteur de 25 à 30 mètres, qu'il faut enlever, au moins en partie, pour que la source puisse s'épancher à la surface du sol et y prendre un écoulement constant. Ce sont des plongeurs qui retirent ces sables; mais j'ai la conviction qu'aussitôt que leur masse devient assez faible pour que l'eau puisse la traverser et couler au sol avec un peu d'abondance, ils cessent ce travail, qui," déjà si difficile et périlleux, doit leur devenir impossible par suite du courant ascensionnel qui s'établit.
C'est à Mégarin que nous avons eu pour la première fois l'occasion de voir ces plongeurs ; ils désensablaient un puits qui est la propriété du marabout Si-el-Mennouar. La profondeur totale était de 53 mètres; les sables l'avaient obstrué jusqu'à 35 mètres; 10 mètres avaient déjà été extraits : c'est donc à 45 mètres qu'ils opéraient au moment où je les ai vus. L'eau était dormante, avait une température de 16 à 17 degrés centigrades et dégageait une forte odeur d'hydrogène carboné et sulfuré.
Au-dessus de l'ouverture du puits, qui présentait une section de Om.8O de côté, deux montants en palmier supportaient une traverse du même bois portant une encoche produite par l'usure de la corde, faite avec la matière textile de ce même arbre. Cette corde sert à remonter et descendre le coufin ou panier que le plongeur doit remplir de sable. Ce n'est qu'à Tuggurt que j'ai vu une petite molette en bois faisant l'office de poulie.
La corde qui descend ce panier est amenée, pendant cette opération, le long de la paroi du puits opposée à celle où se trouve attachée à l'un des poteaux une seconde corde qui sert de signal et qu'un poids assez lourd fixe au fond. Cette seconde corde sert également à aider les plongeurs dans leurs manœuvres descendantes et ascendantes.
Près de l'ouverture du puits se trouve un feu assez vif où ces plongeurs, la plupart phthisiques et abrutis par l'abus du kif (espèce de chanvre indien qu'ils fument), se chauffent fortement et avec le plus grand soin tout le corps avant d'entreprendre leur descente. Leurs cheveux sont rasés et leurs oreilles seules sont bouchées avec du coton imprégné de graisse de chèvre (dit-on).
Ainsi chauffé et préparé, l'homme dont le tour de faire le plongeon est arrivé, descend dans le puits et entre dans l'eau jusqu'au-dessus des épaules. Assujetti dans cette position au moyen des pieds, qu'il fixe aux boisages, il fait ses ablutions, quelques prières, puis tousse, crache, éternue, se mouche, amène sa bouche au niveau de l'eau, fait une série d'aspirations et d'expirations assez bruyantes, et enfin, tous ces préparatifs terminés (ils durent au moins devant les étrangers une dizaine de minutes), il saisit la corde et semble se laisser glisser. Arrivé au fond, à l'aide des mains, ou plutôt d'une main, il remplit le panier qui l'y a précédé. L'opération faite, il ressaisit sa corde des deux mains et remonte. Il est probable que souvent il est obligé de s'aider de cette corde ou du poids qui y est fixé pour se maintenir au fond, ayant à vaincre une force ascensionnelle qui tient à le ramener à la surface. Tout plongeur connaît cet effet, et, s'il est encore augmenté par un certain mouvement ascensionnel de l'eau , on comprend que l'on doit éprouver quelques difficultés à se maintenir dans une position stable qui permette d'accomplir ce travail.
Quelquefois il arrive que le plongeur est suffoqué, soit avant d'arriver au fond, soit pendant son travail, soit pendant qu'il accomplit son ascension pour revenir au jour. Un de ses camarades, qui, tout le temps que dure l'opération, tient attentivement une corde servant de direction et de signal à sa sortie de l'eau, averti, par quelques mouvements ou secousses imprimés à la corde, du danger que court le patient, se précipite à son secours, tandis qu'un autre le remplace à son poste d'observation, qu'il quitte aussi à un nouveau signal pour aller au secours de ses deux confrères, ainsi que je l'ai vu. Trois plongeurs se trouvaient donc ensemble ; deux ayant réclamé du secours dans ce puits de dimensions si restreintes, cette grappe humaine est revenue à la surface, le premier descendu en dessus et le dernier en dessous.

Le premier mouvement de ceux qui ont été secourus est d'embrasser le sommet de la tète de leur sauveur en signe de reconnaissance. Il est à remarquer que ceux qui plongent au secours de leur confrère le font instantanément, sans se préoccuper des préparatifs si minutieux pratiqués par le premier descendu.
Sur six plongeurs successifs réunis autour de ce puits, la durée de chaque immersion a varié entre deux minutes, la plus prompte, et deux minutes quarante secondes, la plus longue. M. Berbrugger dit avoir observé cinq minutes cinquante-cinq secondes. Plusieurs officiers supérieurs qui étaient présents avec moi à l'opération m'ont affirmé avoir vu l'année précédente rester trois minutes. On remarquera que la profondeur du puits n'était à ce moment que de 45 mètres ; que l'eau était dormante ; que, sur six plongeurs, deux ont réclamé le secours, et que le résultat de leur travail fut deux coufins de sable pouvant contenir 8 à 10 litres. Que doit-il donc se passer lorsque le puits a 80 mètres et que l'eau a un écoulement, quelque léger qu'il soit ?
Chaque plongeur doit être à jeun, et cette observation est rigoureuse, sous peine de grands dangers. Cela se comprend, d'ailleurs, avec la pression qu'ils ont à supporter. Leur journée com-porte pour chacun d'eux quatre voyages, soit donc 40 litres au maximum de sable extrait.
Lorsque la journée de ces hommes fut terminée, nous fîmes descendre devant eux et au bout de leur corde une soupape à boulet que j'avais fait exécuter dans les ateliers du génie de Biskra, avec un bout de tube assez mince, une bombe pour soupape ayant son siège en bois. Cet instrument, assez imparfait, nous a cependant suffîsamment reussi pour démontrer aux habitants et aux plongeurs que cette industrie si périlleuse pouvait facilement être remplacée par des moyens simples et beaucoup moins coûteux, car chaque voyage de cette soupape à boulet, bien que trop légère, ramenait au sol une quantité de sable plus considérable qu'un plongeur, et cela toutes les sept minutes, sans interruption. Notre court séjour à Mégarin nous a empêchés de continuer cette opération, ainsi que l'eût désiré le marabout.
Tuggurt ou Tougourt
54 métres d'altitude au point culminant de la ville
Tuggurt, ou Tougourt , est la capitale de l'Oued -R'ir . Mieux bâtie que les villes précédentes , elle posséde une mosquée , une casbah, et est enveloppée circulairement par un mur entouré d'un large fossé dont les eaux sont fournies par trois puits qui se trouvent dans l'intérieur de la ville.

Ces puits ont une profondeur qui varie, suivant la hauteur des points où ils ont été pratiqués, de 45 à 55 mètres. Ils traversent un gypse impur qui se trouve souvent à la surface du sol, des marnes jaunâtres qui ont une puissance de 35 à 40 mètres, une roche arénacée formée de sable siliceux, de gypse et d'argile, une roche rouge gypseuse formée au moyen de petits cristaux de gypse réunis par un ciment argilo-sableux, et e une une couche argileuse blanc-verdâtre très-compacte qui recouvre la nappe aquifère contenue dans des sables assez purs.
Bien que Tougourt n'ait qu'une population de 1,257 habitants fixes et 250 individus flottants, son importance commerciale est immense ; elle est, avec Temacin, sa rivale, le lieu d'échange pour tout le commerce du sud. Son antiquité parait assez grande , une ruine d'ancienne mosquée et celle actuelle, construite, comme quelques-unes de ses principales habitations, en pierre de gypse impur avec des briques cuites et autres matériaux que l'on croit tirés de Tunis, attestent une richesse et une stabilité que l'on ne retrouve que dans l'Algérie septentrionale. Son oasis contient, dit-on, près de 400,000 palmiers et un grand nombre d'arbres fruitiers ; quelques jardins produisent des Iégumineux en abondance. Une certaine quantité de puits servent à l'irrigation de ces vastes plantations, et plusieurs villages sous la dépendance de Tougourt occupent différents points de cet immense jardin. Parmi ceux-ci le plus proche est Nezla.
Nezla
Bâti sur une petite eminence, cette espèce de hameau, construit entièrement à l'arabe, c'est-à-dire en terre séchée au soleil, est entouré par des jardins et de petits étangs que les puits entretiennent d'eau pendant l'hiver, mais qui l'été sont pour la plupart desséchés. L'origine de ces étangs provient de l'enlèvement des terres employées aux constructions. Pendant les chaleurs ils se dessèchent ; l'eau y croupit, exhale une odeur détestable ; des miasmes s'échappent des matières animales qui entrent en décomposition et colorent l'eau d'une teinte rougeâtre, indice certain du commencement des fièvres pernicieuses qui assiègent le pays pendant plusieurs mois. Les Arabes eux-mêmes n'échappent point au fléau ; la race nègre seule semble n'être nullement affectée par ce milieu infect.
C'est dans un des jardins de Nezla que nous avons trouvé un puits ensablé et dont le boisage en assez bon état permettait sans inconvénient le jeu de notre soupape. Nous avons fait, en présence des Arabes et des creuseurs de puits, l'opération complète du désensablement.
Ce puits, appartenant à un nommé Si-Abd-el-Kader, nom très commun en Afrique, était, au dire du creuseur lui-même, d'une profondeur de 55 mètres, il y plongea et reconnut qu'il était ensablé jusqu'à 45 mètres.
En descendant la soupape, nous n'éprouvâmes aucun arrêt jusqu'à 47 mètres : il y avait donc déjà une première erreur. En sept heures et demie un demi-mètre cube environ de sable fut extrait, avec une assez grande quantité de boue liquide. La source, le soir même, avait, au dire des Arabes et du propriétaire, augmenté d'un tiers, aucun obstacle ne s'était présenté; le dernier terrain retiré consistait en un sable mélangé de quelques parties isolées d'une argile verdâtre assez compacte.
Le lendemain on continua l'opération ; mais bientôt la soupape cessa de ramener du sable, et on n'obtint plus, bien qu'on ne fût qu'à 49m.5O, qu'une argile sableuse très-fine ; la source avait repris, nous assura le propriétaire, son écoulement primitif, et peut-être un peu plus.
Le même plongeur qui avait exploré le puits avant notre travail prétendit que notre instrument devait avoir abîmé le boisage ; il obtint du propriétaire l'autorisation d'aller voir au fond, et revint disant qu'effectivement il y avait des bois de détachés. Ces assertions sur la profondeur et l'ensablement ayant été reconnues fausses, nous cherchâmes à vérifier si son dernier récit était plus vrai. Nous redescendîmes donc la soupape, qui, promenée dans tout le parcours de notre champ d'opération, ne tloucha de bois nulle part ; elle ne ramena qu'une boue très-liquide, mélangée cependant de quelques fibres ligneuses et très-courtes de palmier dont tout le volume réuni ne présentait pas celui de deux doigts.

Quittant alors l'aplomb de la poulie et amenant à un second voyage la soupape près des boisages, nous sentîmes effectivement que l'instrument les accrochait. Nous n'avons fait aucun effort et nous nous sommes transportés à la paroi opposée : là l'instrument s'arrêta à 1 métre environ du fond; il se soulevait facilement, mais refusait de descendre plus bas. Nous fîmes alors remonter, et la soupape revint au sol, ramenant un morceau de boisage engagé entre le boulet et son siège par une de ses extrémités. Il fallait que ce morceau de bois, dont la dimension était de 1 m.15 de longueur, occupât au fond une position presque verticale, qui nous semble impossible, si son déplacement eût été opéré par notre instrument. En outre, ce bois si tendre et si facile à détériorer ne portait aucune trace, même légère, d'un corps dur; il était complètement intact, sa longueur était complète et accusait un coffrage de 0m.90 intérieur ; or celui de ce puits ne présente dans un sens que Om.6O et de l'autre 0m.72 : il y a donc tout lieu de supposer qu'il lui était étranger.

Ce petit incident nous a démontré qu'au Sahara, aussi bien que dans nos cités manufacturières d'Europe, un instrument de progrès éveille toujours une grande inquiétude parmi les ouvriers qui exploitent une industrie, si pénible et dangereuse qu'elle soit. Les plongeurs sahariens jouissent d'assez grands privilèges : exempts d'impôts et bien payés, ils ont vu avec regret un instrument d'un usage aussi simple et d'une manœuvre aussi facile se substituer à leur manière si périlleuse d'opérer. Comme ils forment une corporation assez puissante ; que cette industrie, la seule qu'ils exploitent, les a rendus chétifs; que la perspective d'une mort prématurée les a conviés à des habitudes de kif qui ont amené chez la plupart d'entre eux une espèce d'abrutissement, le général Desvaux, mû par un sentiment d'humanité, les fit enrôler, promettant que pendant leur existence ils jouiraient eux seuls du privilège de se servir de cet instrument, en conservant tous les avantages qui leur étaient accordés. Plusieurs d'entre eux, moins abrutis, demandèrent immédiatement l'instrument pour en faire usage, et quelques propriétaires manifestèrent le désir que semblable opération fût faite à leurs puits. Evidemment l'administration de l'Algérie, qui accomplit et se propose tant de projets de civilisation et d'amélioration, qui y réussit déjà avec tant de succès dans ces pays, tout en sauvegardant une industrie existante, fera le nécessaire pour lui faire adopter un système plus conforme aux exigences de l'humanité.

En résumé, l'examen des matières extraites du puits semble démontrer que le nettoyage est complit, puisque les sables qui obstruaient la source sont complètement enlevés, que les matières qui leur sont inférieures, que l'on n'obtient que difficilement, ne peuvent rationnellement se trouver au-dessus de la source, et qu'enfin celle-ci est plus abondante qu'elle n'a été dans aucun temps. Il semble résulter aussi du témoignage, un peu douteux il est vrai, du plongeur, que la source vient par côté, et non du fond, ainsi que semble l'admettre généralement l'idée que ces puits sont alimentés par une mer souterraine recouverte par une espèce de roche : il est donc à présumer que ce fait n'aurait rien de général et se présenterait suivant les localités.
Témacin. Altitude + 54 mètres.
A Témacin, dernière ville du Sahara oriental, les puits ont une profondeur moins grande qu'à Tuggurt ; ils sont généralement ensablés jusqu'à 35 mètres. D'après le récit des Arabes, les eaux existeraient entre 40 et 46 mètres. Comme on le voit d'après les profils ci-joints, la nappe se relèverait vers le grand désert, où nécessairement elle se prolonge encore, surtout si on accepte l'assertion répandue dans le pays, qu'elle provient de hautes montagnes qui se trouveraient vers le sud, et que, par conséquent, elle coule de ce point vers le nord. Mais, si au contraire on admet que les eaux proviennent de la ceinture nord du Sahara, on serait peu éloigné du point où elles atteignent leur niveau hydrostatique. Un puits jeté dans le grand désert à 8 ou 10 kilomètres au sud de Témacin donnerait probablement encore des résultats favorables si rien n'était changé dans la constitution du terrain et le régime des eaux; il serait un premier jalon posé dans cette direction; les autres pourraient être espacés de 25 à 30 kilomètres, si cette première expérience confirmait le prolongement de la nappe aquifère, ainsi que l'indiquent les Arabes, et en tout cas jusqu'au point ou elle se rapprocherait de son minimum d'ascension. Si d'un côté on a des chances de succès sur une grande partie du Sahara oriental, de l'autre on peut espérer que le grand désert serait très diminué, puisqu'une partie de cette route, presque impraticable aujourd'hui, serait approvisionnée d'eau, élément essentiel et le plus embarrassant des longs voyages.
Entre Témacin et Tougourt, bien que la distance ne soit que de 12 kilomètres environ, on assure que pendant ce trajet chaque année des voyageurs périsssent de soif et de chaleur. L'absence de tout abri, de toute source, provoque chez eux pendant ce court espace ce phénomène d'hallucination qui se manifeste si souvent dans les sables mouvants de l'Oued-Souf.
Tèbesbest et Zaouiat.
En se dirigeant de Tougourt vers le nord, on trouve encore, pour ainsi dire faisant partie de la même oasis, Tèbesbest et Zaouiat-, les puits varient de 50 à 60 mètres de profondeur, bien que le niveau du sol s'abaisse sensiblement jusqu'à + 32 mètres au-dessus du niveau de la mer.
R'omra.
La source de R'omra précède une ruine de mosquée située sur une petite eminence et environnée de plusieurs petits étangs autour desquels la végétation semble assez active, bien qu'il n'existe plus que des tamarins, deux ou trois palmiers et des plantes marécageuses. Cette ruine, cette végétation abandonnée à elle-même, indiquent évidemment l'ancienne existence d'un groupe populeux qui, par des circonstances inconnues, a émigré -, la source de R'omra est donc , selon toutes les probabilités, un ancien puits dont l'origine est oubliée. Quelques puits morts, c'est-à-dire sans écoulement, l'eau stationnant à 1 mètre en contre-bas du sol, se trouvent dans les environs, et plus loin on aperçoit l'oasis de R'omra, alimentée par une grande quantité de sources. Nous avons vainement cherché le point de départ des eaux, nous n'avons pu le découvrir dans le terrain marécageux, envahi par les plantes aquatiques qui le cachent. Ces eaux sont limpides, mais peut-être plus saumàtres que celles rencontrées jusqu'alors.
Sidi-Rached. Altitude + 43 mètres.
L'oasis de Sidi-Rached, encombrée par les sables qui lui viennent de l'ouest, a néanmoins encore une partie prospère, arrosée par un assez beau puits, foré il y a soixante ans environ. On a traversé, dit-on, 23 mètres d'une roche fort dure faisant feu sous l'outil ; cela ne peut être que des parties exceptionnelles, car il semble peu probable que les instruments des Arabes puissent attaquer et percer 25 mètres d'un terrain de cette nature : il a 54 mètres de profondeur.
Un autre puits commencé dans le voisinage de ce premier, probablement en prévoyance de son extinction prochaine par suite du mauvais état du cuvelage, n'a pu dépasser une faible profondeur. Les eaux parasites, et peut-être les infiltrations des puits voisins, ont été assez abondantes pour paralyser les Arabes, dont les moyens d'épuisement sont très-restreints.
Un troisième puits situé un peu plus loin donne une faible quantité d'eau; on n'a pas pu, à ce qu'il parait, ouvrir à la nappe une section suffisante à son écoulement : l'eau serait arrivée lente-ment, mais cependant avec trop d'abondance pour permettre i l'ouvrier d'achever son œuvre ; il s'est arrêté à 48 mètres, et l'eau se trouve entre SO et 55. Cette circonstance du peu d'eau qui s'é-coule de ce puits rend son voisinage des eaux parasites sulfureuses beaucoup plus sensible au goût et à l'odorat que dans les autres puits, dont le débit varie de 100 à 600 litres à la minute.
Tout le pays parcouru depuis Tougourt jusqu'à Sidi-Rached est assez uniforme ; le sol, argileux et imprégné du sel des chotts ou marais salés, est entrecoupé de petites dunes avec gypse cristallin sur les crêtes.

Adoucissement des Eaux de la Nappe Albienne de la Région de Touggourt

jeudi 8 juillet 2010, 11:32

Adoucissement des Eaux de la Nappe Albienne de la Région de Touggourt (Sud-est Algérie) : Procédé à la Chaux et au Carbonate de Sodium
A. Messaitfa, M. Saidi, K. Baouia, M. Hadjadj

Université de Ouargla, Faculté des Sciences et Sciences de l'Ingénieur, Algérie
courriel : mewalid@yahoo.com
A. Meghezi

Université de Biskra, Département de Chimie

Dans la région de Touggourt (Sud-est Algérie), en exploite la nappe du Continental Intercalaire dite nappe de " l'albien ". Le débit d'exploitation est de 150 L/s, soit 12960m3/j, ce qui représente une capacité d'exploitation de 14,2 millions de m3/an. Ces eaux sont fortement minéralisées (1,8 à 2,5 g/L), et d'une dureté très élevée (102°f). Bien que la teneur de ces eaux en calcium (267mg/L) est proche de la norme de potabilité préconisées par l'OMS, (200mg/L), alors que la concentration en magnésium (85,5mg/L) est près de deux fois inférieur à la norme (150mg/L); les teneurs en ces deux éléments sont suffisantes, dans les conditions de température (55 à 60 °C) et de pH (7,3 à 7,5), d'entraîner la formation de tartre (figure 1). Ce dernier est le problème majeur qui menace de nos jours le devenir des ouvrages hydrauliques (conduites, refroidisseur, vannes, …) dans la région de Touggourt. Depuis longtemps, le problème qu'engendre ce phénomène, a atteint un niveau localement alarmant.

Les résultats obtenus dans cette recherche d'adoucissement des eaux géothermales de la région de Touggourt, par la chaux seule et en excès, ont montré que la dureté des eaux est de type non carbonaté (permanente), l'efficacité d'élimination des ions calcium et magnésium est très faible, respectivement 23,2% et 3,8%. La dureté de l'eau est passée de 102°f à 85,2°f, soit une diminution de 16,5%. Par ailleurs, le traitement des eaux au carbonate de sodium et à la chaux seule était très efficace, la dureté de l'eau est réduite à 26°f, soit un taux de réduction de 74,5%, mais le procédé au carbonate de sodium, a ajouté à l'eau traitée 274,7mg/L de sodium à la teneur existante dans les eaux de départ (323,3mg/L). Cependant, et afin de minimiser la salinisation des eaux traitées, il faut limiter le traitement de la dureté à la norme de potabilité préconisée par l'OMS (50°f). Le poids de boue produite est de 1,58g/L. Ainsi, pour une consommation annuelle en eau de 14,2 Mm3/an, on évalue à 2243 tonnes/an la masse de tartre, soit 61,5 Quintaux/jour. La vitesse moyenne d'entartrage est de 1,1cm/an. La plus grande vitesse (1,4cm/an) est enregistré dans les conduites situées au premier kilomètre de la tête de puits ou l'eau est de forte température (55 à 60°C).

Les Secrets de la Rose des Sables

mardi 6 juillet 2010, 16:11
Roses des sables

par Gérard Breton

Nous sommes au bord d'un chott ou d'une sebkha, quelque part au Sahara. Le sol est sableux, fait de ce même sable fin et clair que les dunes de l'erg, au loin. Dans le ciel bleu, le soleil. L'eau, dans le sol, n'est pas très profonde parce que nous sommes dans une dépression et un puits l'atteindrait facilement, mais elle serait impropre à la consommation. En effet, elle est salée et riche en sulfate de calcium dissout. Attardons nous un peu sur ce composé chimique. On peut dissoudre du sulfate de calcium (Ca SO4) dans de l'eau, mais au maximum environ 2 grammes dans un litre d'eau : on dit alors que l'eau est saturée en sulfate de calcium. Une telle eau est dite séléniteuse, elle ne peut pas servir à savonner, à faire cuire les légumes, à préparer le thé ou le café, et il n'est pas recommandé de la boire. Le sel ou chlorure de sodium (Na Cl) a un point de saturation différent : on peut en dissoudre 360 grammes dans un litre d'eau.

Dans un marais salant, lorsque l'eau s'évapore, au-delà du point de saturation, le sel cristallise. Il en va de même pour le sulfate de calcium : une eau séléniteuse qui s'évapore dépose du sulfate de calcium hydraté (Ca SO4, 2H2O) : c'est le minéral que l'on appelle le gypse. La croûte blanche sur le sol des chotts et des sebkhas est constituée de cristaux microscopiques de gypse. Le mot vient de l'arabe ??? , qui signifie plâtre ou pierre à plâtre. En effet, si je chauffe du gypse, il perd son eau de cristallisation et se transforme en une poudre blanche, le plâtre. Lorsque l'on ajoute de l'eau au plâtre (lorsque l'on " gâche " le plâtre), le sulfate de calcium absorbe de l'eau et donne une nouvelle forme hydratée de sulfate de calcium, qui cristallise en aiguilles microscopiques enchevêtrées en augmentant très légèrement de volume : le plâtre fait prise.

Après tous ces détours autour du sel et du sulfate de calcium, nous sommes en mesure de revenir dans notre sebkha ou notre chott et d'essayer de comprendre comment se forment les roses des sables.
Première étape : explication simplifiée

L'eau que l'on pourrait atteindre en creusant un puits (d'où le nom de nappe phréatique) est riche en sulfate de calcium. Par capillarité, elle va imbiber le sable, et, ainsi, monter vers la surface du sol. A` cause du soleil, de la chaleur et du vent, l'évaporation est intense en surface, ce qui contribue à entretenir l'ascension de l'eau vers la surface. Entre la nappe et la surface, il y a donc un niveau où la saturation est atteinte : le gypse commence à cristalliser.
Les cristaux, de forme lenticulaire, sont d'abord de petite taille et au fur et à mesure de l'apport de sulfate de calcium, ils grandissent en englobant un peu du sable dans lequel ils croissent. Les cristaux peuvent être enchevêtrés, associés : c'est la rose des sables. On peut se convaincre de ce qui précède en examinant la cassure d'un " pétale " de rose des sables, c'est-à-dire d'un monocristal de gypse : on verra, à l'œil nu, les étapes successives de la croissance et à l'aide d'une loupe, les grains de sable englobés par la croissance du cristal. On vérifiera alors que c'est le même sable que celui dans lequel on a recueilli la rose des sables. La couleur de la rose des sables provient de la superposition de la couleur naturelle du gypse, souvent de couleur miel, et celle du sable.

Si les cristaux de gypse sont microscopiques et abondants, ils cimentent le sable et forment une couche dure de grès à ciment gypseux que l'on trouve parfois, soit en surface, soit près de la surface, au-dessus des niveaux contenant les roses des sables. C'est le cas dans les carrières de notre ami Lassaâd Alaoui à Rjim Maâtoug.

Le palmier (ainsi que quelques autres plantes du désert) absorbe l'eau du sol par ses racines, mais celles-ci ont une particularité : elles sont capables d'absorber l'eau, mais de " refuser " le sulfate de calcium ou le chlorure de sodium dissout : la racine joue le rôle de " filtre " en absorbant sélectivement les molécules de la nappe. C'est d'ailleurs pourquoi les palmiers et autres plantes du désert sont adaptés à pousser sur le bord des sebkhas ou des chotts, là où la forte concentration en sel et en gypse empêcherait les autres plantes de se développer. Si les racines absorbent l'eau et laissent à l'extérieur le sulfate de calcium, celui-ci dépasse la saturation et cristallise en formant un manchon de fines roses des sables autour de la racine : le mécanisme est le même que pour la formation des roses des sables au-dessus de la nappe, mais la cause est différente : capillarité et évaporation dans le premier cas, absorption sélective par les racines dans le second cas.

Cette curiosité a été observée dans plusieurs gisements de roses de sables. Il s'agit de manchons cylindriques formés de très petits cristaux de gypse massif avec, à la périphérie des " pétales " de gypse, enchevêtrés, et ayant la forme, la couleur et la taille de ceux des roses des sables environnantes. Parfois, dans l'axe du cylindre, on observe encore la racine (par exemple de palmier, ou d'herbe), ou le creux laissé par la disparition de la racine, mais parfois le cylindre est plein : du gypse a colmaté le creux.

Connaît-on des roses des sables fossiles ? La réponse est oui. J'en ai recueilli, vieilles de six millions d'années, dans le sud de l'Espagne. Des roses des sables formées il y a 25 à 30 millions d'années ont été recueillies au Portel, dans l'Aude, par mon ami Daniel Vizcaïno.
J'ai aussi recueilli, dans les environs de Timimoun en Algérie, des " roses de barytine " où le sulfate de calcium est remplacé par du sulfate de baryum : les " roses ", de quelques centimètres de diamètre, étaient parfaitement sphériques, avec une forte densité de pétales aux bords non aigus. Il est probable que le mécanisme de formation de ces " roses de baryte " était différent de celui des roses des sables parce que le sulfate de baryum est infiniment moins soluble dans l'eau que le sulfate de calcium. Mais tous les gypses que l'on trouve dans les roches ne proviennent pas d'un processus évaporitique comme les roses des sables. Certains se forment lors de l'oxydation d'un sulfure de fer, la pyrite, en milieu calcaire (pyrite + oxygène + eau + calcaire ? oxydes de fer hydratés + gypse + dioxyde de carbone).

Notre ami Lassaâd Alaoui, qui vit et cultive ses roses des sables au bord du Chott el Jerid, dans le Sud tunisien, a une connaissance profonde des roses des sables, connaissance qu'il a acquise à leur contact depuis de nombreuses années, en les recherchant, en les extrayant, en les travaillant. Son explication de leur genèse, toute imprégnée de poésie et de symbolisme, reste parfaitement exacte sur de nombreux points et témoigne de son sens de l'observation. Ce qu'il appelle la " racine " de son rosier ? Des zones de sable déjà cimenté par du gypse microcristallin, qui témoigne du processus de cristallisation du gypse donc de la possibilité de croissance des cristaux. La nécessité que l'eau de la nappe où se forment les roses des sables soit salée ? Oui, parce que le gypse est plus soluble dans l'eau salée : 2,65 g/l dans l'eau douce, trois fois plus (8,2 g/l) dans l'eau saturée en sel. Les cristaux dans le sable de surface ? Ceux formés rapidement - donc très petits, lors de remontées exceptionnelles de la nappe. Paillettes de gypse, très lumineux c'est-à-dire très réfléchissant : les cristaux sont encore petits et n'ont pas englobé de sable. " La rose est constituée, mais ne cessera de grandir et de se transformer qu'à partir de son extraction " : cette phrase du " jardinier des roses des sables " nous servira de conclusion tant elle est exacte et profonde.
Deuxième étape : les choses sont un peu plus compliquées !
On peut se poser la question : en combien de temps se forme une rose des sables ? Quelques dizaines d'années ? Quelques siècles ? Quelques millénaires ? Je serais tenté de privilégier une durée de formation courte parce que le sulfate de calcium est - par rapport à d'autres sels comme le carbonate de calcium, constituant des roches calcaires - très soluble. Mais cette proposition relève plus d'une approche intuitive que d'une explication rationnelle. En fait, comme dans la nature les choses ne sont jamais simples, on peut penser que les roses des sables n'ont pas toutes grandi à la même vitesse. Comment savoir ? Casser le cristal et compter le nombre de couches de croissance, ainsi qu'on le fait avec les cernes des arbres pour connaître leur âge ? On saura le nombre d'apports importants de sulfate de calcium, mais ces apports ne sont vraisemblablement pas annuels, loin s'en faut.
Car le niveau de la nappe varie selon son alimentation par les précipitations. Et il y a aussi des variations décennales ou séculaires, une tendance à monter, ou une tendance à descendre. C'est probablement ce qui explique qu'il y ait plusieurs niveaux à roses des sables, cinq chez Lassaâd Alaoui, correspondant à cinq niveaux principaux de la nappe (il s'agit bien sûr de niveaux moyens). En simplifiant, les plus petites roses des sables sont celles qui ont eu le moins de temps pour grandir. L'observation de Lassaâd qu'il y a des sites où les roses des sables sont de plus en plus grosses au fur et à mesure que l'on s'enfonce et d'autres sites où c'est l'inverse s'explique alors probablement par une tendance à la montée de la nappe dans le premier cas, à la baisse de la nappe dans le second.
Bien sûr, on a simplifié le phénomène aussi en supposant que, pendant une durée donnée de fonctionnement, la composition de l'eau de la nappe est constante. C'est sûrement exagéré : elle est plus ou moins concentrée en sulfate de calcium. Il peut même arriver, en période de haut niveau de nappe, que l'eau soit très peu concentrée. Dans ce cas, il peut y avoir redissolution du gypse, qui se traduira par des cannelures sur les " pétales " de la rose des sables. De plus, dans une phase ultérieure, de petits cristaux de gypse peuvent se former, puis grandir parallèlement à ces cannelures.
Pourquoi les agrégats de cristaux de gypse peuvent avoir des formes différentes ? Les roses des sables de Touggourt ou El Oued en Algérie, et de Rjim Maâtoug en Tunisie, pourtant relativement proches, sont très différentes : celles de Touggourt ne soutiennent même pas la comparaison avec une rose. J'imagine (mais seules des analyses chimiques pourraient le démontrer) que la composition chimique de l'eau de la nappe a son importance. Les éléments qu'elle contient (sel NaCl, carbonates CO3= et oligo-éléments) et leur concentration peuvent orienter la forme de la cristallisation et donner des prismes trapus ou des éventails à Toggourt, des associations denses de " pétales " élégants à Rjim Maâtoug, ou encore des groupes sobres et dépouillés de cristaux lenticulaires rouges couleur du sable à Timimoun en Algérie.

Les richesses de Bordj Mellala

jeudi 22 avril 2010, 16:39

Le dossier portant classification de ce site déposé au niveau du comité national de classification des sites archéologiques l'année dernière, a conquis, vu la consistance des rapports, de nombreux chercheurs et archéologues étrangers et nationaux qui ont ou avaient exploré le site de Bordj Mellala durant la période coloniale et ensuite depuis l'indépendance du pays.

Les recherches et les fouilles effectuées ont, en effet, révélé une grande richesse archéologique du site qui remonte à l'ère préhistorique. Les vestiges qui s'y trouvent consistent, notamment, en des ossements et des squelettes, des coquilles pétrifiées et des flèches. Les collections d'outils préhistoriques rassemblées à Ouargla par le Pr Huguenot durant la période s'étalant entre 1892 à 1909 ont été dispersées entre Alger, Tunis, Rome et Paris, alors que quelques pièces se trouvent toujours au niveau du Musée saharien de Ouargla. La collection déposée au Musée du Bardo à Alger est d'une grande importance. Elle fait l'objet de plusieurs publications dont la plus prestigieuse est sans doute les Essais sur les armatures de pointes de flèches du Sahara publiée dans la fameuse revue Lybica. L'ère paléolithique, soit il y a entre 200 000 et 100 000 ans, a été mise en évidence à Ouargla par Bernadette Savelli qui avait découvert, dans les années 1980, 86 bifaces dans la zone de l'erg Touareg située à 20 km au sud de Ouargla. Ces précieuses pièces ont été déposées au Musée du Bardo à Alger.

L'ère épipaléolithique, soit il y a entre 8000 et 6000 ans ainsi que le néolithique, soit moins de 6 000 ans, sont aussi abondamment présents dans la région, alors que la carte ne signale que quelques gisements plus caractérisés. Concernant l'ère épipaléolithique, de nombreux outils ont été inventoriés : 193 à El Hamraïa, 252 à Bordj Mellala, 160 aux Burins, 292 aux Vieux Puits, 260 à l'œuf décoré, 80 aux Deux œufs, 945 à Hassi Mouilah I, 75 à Hassi Mouilah II, 1185 à Hassi el Hadjar. pour le néolithique, 1755 outils inventoriés à Bordj Mellala et 100 aux Perles, soit entre 3750 et 2400 ans. Le gisement dit " les Dunes " ou " Guenifida " date, quant à lui, d'environ 5400 ans. C'est toute une période de l'histoire de Ouargla qui sera ainsi redécouverte et remise dans l'actualité. Il est à rappeler que la région de Ouargla compte quatre sites classés patrimoine national, à savoir le Musée saharien, le Vieux Ksar de Ouargla, le Vieux Ksar de Temacine et la Ville antique Ibadhite de Sedrata. Cette dernière a fait l'objet d'une série de recherches et d'exploration, notamment par des équipes allemandes. Signalons enfin que 52 autres sites ont été répertoriés et classés par le comité de wilaya pour la protection des biens culturels rattaché à la direction de la culture de la wilaya, dont le Vieux Ksar de N'goussa, le Ksar de Mestaoua à Touggourt, la Place Citroën et les Sépultures des Chouyoukh du sultanat de Beni Djellab, les Rois déchus de Touggourt. Le dossier de classification du Ksar de N'goussa est également à l'étude, au moment où l'Association de la culture et de la rénovation du Ksar de Ouargla savoure la classification du Ksar du même nom en tant que secteur à préserver, le 18 décembre dernier, par la commission nationale du patrimoine culturel.

Par Houria Alioua

Le Sahara Algerien - Le desert de l'Erg

samedi 17 avril 2010, 19:48

V. LARGEAU P 93

LA HAMADA OU DESERT DE PIERRES L'IGHARGHAR - LES GRANDES DUNES DE L'ERG
Chez les marabouts de Tamellaht. - Belidat-Amer. - Les Arg ed Dam. - la sebkha d'el Merkeb. - Les Koudiat enn Neyel. - Les Koudiat el Hassi-el-Hàmmar. - Aïn-Cihann. - Les Koudiat er Remada. - Koudiat el Hiberchat. -Un fleuve mort. - L'Igharghar. -

Partis de Touggourt le 25 janvier, dans l'après-midi, nous allâmes passer la soirée et la nuit chez les marabouts de la zaouïa de Tamellaht. là, je vis, au souper, devant un immense plat de couscoussou, que mon guide Rabah avait l'appétit de Pantagruel. Lui, son fils ?hmed et mon serviteur Ali nettoyèrent comme il faut la montagne de couscoussou et le mouton qui la couronnait. Et ce sont ces gens qui, dans le Désert, restent parfois des mois entiers sans manger autre chose que cinq ou six dattes par jour avec une poignée de farine délayée dans l'eau !
Le 26, à 7 heures, nous etions en roule : une pente douce nous mena dans une sabkha, grand bassin dessèche d'une largeur moyenne de 2000 mètres. Des collines basses qui l'entourent sortent des sources artésiennes qui arrosent a droite et à gauche, sur une étendue d'un kilomètre environ, de petites oasis appartenant à la zaouïa. Le fond de ce " lac " est recouvert d'une blanche couche de magnésie.
A 8 heures 10, laissant à gauche une grande île calcaire où il y a des fragments de silex taillés, nous sortîmes de la sebkha, qui parait s'étendre encore très loin vers le sud-est, et nous marchâmes sur un sol gypseux, sablonneux, très accidenté, parsemé de quelques touffes de tamarlx et de zeïta'.
A 8 heures 50, nous passâmes à côté de la zaouîa de Sidi-Mohamed-Sayah, et à 8 heures 40 devant le grand village de Beledet-Amer, enclavé dans une belle oasis ; ses maisons délabrées ont surtout pour habitants des nègres sahariens; une cinquantaine de tentes de nomades y ' appartiennent aux. Oulad Amer, tribu nomade qui possède la plus grande part des palmiers de l'oasis.
A 9 heures, déjeuner au puits artésien arabe d'Aïn-Atrous (Source du Bouc), peu abondant, dans un petit jardin de palmiers.
A 11 heures 20, nouvelle sebkha, de peu d'étendue, ayant à droite des dunes de 15 à 20 mètres ; à 1 heure 10, veine de sable dite Areg en Nsa ou dune des femmes, puis colline appelée Koudiat ez bâr-Tachour ou des Pierres dentelées; à 3 heures 50, bivouac sur un lieu élevé, au milieu des touffes de halfa, vulgairement alfa "-.
Le 27, debout à 4 heures, sous un air froid (1° seulement), départ à 5 heures 40, après le café de rigueur.
Bientôt, d'une éminence, nous vîmes au loin, à l'ouest, une grande vallée unie, bordée à l'horizon, par d'abruptes hauteurs; c'était la vallée de l'Oued-Miyâ.
A 6 heures 45, nous entrâmes dans un enchevêtrement de veines assez élevées, de sable roux, que les Arabes appellent ?reg-ed-Dem, c'est-â-dire Veines de sang, à cause de leur couleur foncée. Ces veines dont le sable est très humide à une faible profondeur, nourrissent, outre le halfa, une vigoureuse végétation d'alennda, bel arbrisseau résineux aux longues feuilles aciculaires, lequel atteint une hauteur de 5 mètres dans certaines parties du Sahara.
A 7 heures 50, nous passâmes près de cinq tentes appartenant à une nezla d'Oulad Amer dont les troupeaux, chameaux, chèvres et moutons, étaient épars dans une plaine ondulée, couverte de belles touffes de çfâr grande herbe à épis dont les animaux sont très friands. Puis nous descendîmes dans la petite sebkha d'ElMerkeb ou du vaisseau, que dominent des dunes de 100 mètres; elle est voisine de la Koudiat-el-Merkeb ou Colline du Vaisseau, qui a aussi une centaine de mètres de hauteur, et du Bir-el-Merkeb ou Puits du Vaisseau, dont l'eau est légèrement saumâtre, au dire de mon guide. Ces noms viendraient de ce qu'on a jadis trouvé une barque à moitié pourrie dans la vase mêlée de sable et de magnésie qui fait le fond de cette dépression; mais, en dépit de cette histoire, ou de cette légende, je crois, d'accord avec les lettres, que le vrai nom est Merkeb, la Vigie, de la racine raqaba, regarder, observer.
Sortis de la sebkha, nous longeâmes un lit d'oued desséché, large de 20 à 25 mètres, de temps en temps barré par des dunes basses ; à midi 40 nous étions au sommet des collines de Ehassi-el-Mâmmar ou du Puits plein, hautes de 15 à 20 mètres, abruptes, usées, faites d'un
tuf d'albâtre siliceux. A 2 heures 10, nous franchissions les collines du Cadeau, les Koudiat ennayel, et leur banc de gypse, dont la surface, au ras du sol, est formée de lames très minces, hautes de 25 centimètres, plantées verticalement. Ces lames, claires et transparentes comme du verre, brillaient d'un tel éclat sous le soleil, qu'il nous était impossible de regarder à terre, en sorte que nous ne pûmes avancer que très lentement, a tâtons pour ainsi dire, au milieu de ce dédale éblouissant; une chute n'eût pas été sans danger sur ces lames .tranchantes qui se brisaient, sous les sabots des chameaux, avec un bruit semblable à celui de vitres tombant sur le pavé.
? 3 heures 45, nous établissions notre bivouac près d'une dépression circulaire de 600 mètres de diamètre au milieu de laquelle est creusé le puits d'Aïn-Sahaan ou la source de la Cuvette , puits creusé dans l'argile, coffré en troncs de zeitta, arbuste assez abondant aux alentours; son eau, à 16 degrés, est jaune et sulfureuse, grâce sans doute â la décomposition du coffrage.
Le 28, réveillés â 4 heures trois quarts par une froide brise du nord, le thermomètre étant descendu au-dessous de zéro, nous perdîmes deux heures à chercher nos chameaux, qui nous revinrent d'eux-mêmes. Vers 10 heures, nous laissâmes à gauche le Koudiat-er-Remada ou colline de la Pertes (des troupeaux), ainsi nommée des fréquentes rhazias qui s'y faisaient jadis. A 3 heures et quart, après nous être égarés quelque peu sur la plaine nue, nous coupâmes la route ou plutôt la direction d'Ouargla a El-Oued, ville capitale du Souf, et peu après nous établîmes notre bivouac au pied du coteau des Aspérités (Koudiat-el-Hharchatt).
L'eau corrompue à'Aïn-Sahhana m'avait quelque peu dérangé, et je ressentais, en outre, une assez forte douleur dans les reins. Je me fis un lit avec les grandes herbes sèches où nous étions campés; j'y étendis ma couverture pliée en quatre et j'eus ainsi une couche élastique que je n'aurais pas échangée contre le meilleur matelas de laine.
Ayant dégusté l'eau que mon guide était allé chercher, près de là, à une nezla de la tribu nomade des Beni-Sour, je .m'aperçus avec chagrin que, loin d'être meilleure que celle à'Aïn-Sahann, comme il me l'avait dit, elle était, au contraire, saturée de magnésie, très purgative, abominable ; elle communiqua au café son affreux goût. Voulant, autant que possible, en pallier les mauvais effets, je me fis faire un bon plat de tapioca au beurre que nous mangeâmes avant le COUSCOUSOU ; je fis cuire aussi la dernière d'un petit lot de poules que je devais à la munificence de Sidi Mâammar. ….

Le 29 janvier, le départ est à 5 heures 40, par un degré au-dessus de zéro. Nous commençons par franchir les Koudiat-el-Hharchat, hautes de 25 mètres environ, abrupt-tes, usées, formées par des grès sahariens et de l'albâtre anhydre dans un état de désagrégation très avancé.
A 6 heures 35, je m'arrêtais, étonné, devant-une immense dépression que je pris d'abord pour une sebkha, mais ce n'en était point une.
Le fond de cette dépression, partout accidenté, était, dans beaucoup d'endroits, couvert de petits cailloux anguleux de grés saharien; dans d'autres, il était très sablonneux et nourrissait quelques touffes de çfar, de henna et de beaux pieds de retem de 2 à 3 mètres. Les rives, abruptes et formées des mêmes éléments que les collines d'el Harchat, n'avaient pas moins de 100 mètres de hauteur du côté du sud-ouest. A l'est, je remarquai une large ouverture au milieu de laquelle deux, masses rocheuses se dessinaient, comme deux îles au milieu d'un fleuve; j'aperçus une autre ouverture a l'ouest. " C'est là, me dit mon guide, un fleuve mort. " Un fleuve mort ! L'lgharghar seul pouvait avoir de telles proportions, la rive opposée étant si éloignée que j'avais peine à en distinguer les formes ; et puis, je me trouvais bien dans le voisinage des lieux que Dournaux-Duperré, mon infortuné prédécesseur, avait explorés dans le pays de l'Igharghar, jusqu'à Bir-el-Achiya, où je me proposais de reprendre la suite de son voyage. Je me disais cela en traversant le lit desséché de l'ancien fleuve, au milieu duquel nous rencontrâmes une " jeune " tombe recouverte de pierres avec des branches d'arbustes plantées par la piété des compagnons du défunt, et déjà flétries, comme depuis tant d'années la flore, autrefois luxuriante sans doute, de ces cantons aujourd'hui arides et désolés. Il ne fallut pas moins de 45 minutes d'une marche assez rapide pour gagner la rive opposée, que nous gravîmes avec beaucoup d'efforts â un endroit où la pente, moins rapide, nous avait paru praticable pour nos chameaux.
Nous nous trouvâmes ensuite sur un plateau sablonneux et accidenté sur lequel poussaient, vigoureux et abondants, le retem arborescent, le henna des chameaux, le çfâr et surtout le halfa dont les touffes serrées ont ici une hauteur extraordinaire ; à chaque pas nous faisions lever des lièvres.
Le fleuve décrivait vers l'ouest une courbe immense; ses rives, très accidentées, étaient bordées de gour nombreux.
Qu'appelle-t-on Gour?
Gour, au singulier gara, désigne des masses de roches demeurées debout, isolées, au milieu d'un fleuve desséché, dans une vallée d'érosion, ou dans une plaine de pierres désagrégées, creusée par les vents. Ces gour indiquent l'ancien niveau des plaines ou des iles. Dans les plaines usées, ils forment, le plus souvent, de longues murailles irrégulières recouvertes d'une calotte de silex ou de grés fin, très tenace, qui a résisté à la désagrégation; cette calotte recouvre toujours des roches gypseuses ou de molasse jaune : ces gour s'usent, cependant, mais lentement et par les flancs, le long desquels glissent successivement les pierres dures de la calotte. Les gour des anciens fleuves doivent, au contraire leur existence à ce que leurs flancs ont résisté à l'impétuosité des courants; ils s'usent maintenant par le sommet, en même temps que les plaines qui les entourent, parce que leur calotte est de même nature que ces plaines. On donne, par extension le nom de gour aux mamelons isolés d'une chaîne
de collines ou du montagnes, dont les flancs ont été taillés par l'action des pluies et des vents.
Nous longeâmes ensuite la longue Dune de l'Eminence, Sif-Arif, laquelle se lève au bord même du fleuve, que nous retraversâmes en 50 minutes, pour nous engager dans une plaine de cailloux de grès siliceux qui mirent ma chaussure en lambeaux et me déchirèrent les pieds. J'aurais pu monter à chameau et mon guide m' y engageait avec instance ; mais alors comment aurais-je pu relever exactement a la boussole les nombreuses sinuosités du fleuve ? Ali et Ahmed, qui n'avaient pas les mêmes préoccupations, se dandinaient gravement entre les chwuaris et leur nonchalance me faisait envie ; mais je tins bon.
A 11 heures, autre descente par des dunes, dans une sinuosité que mon guide me dit s'appeler oued Ben-Chentil. Chaque partie du fleuve a ainsi un nom qui lui est propre, mais le nom général est celui L'Igharghar. .Vers midi, nous quittâmes encore une fois le fleuve mort pour une plaine sablonneuse où la végétation est assez belle, et, quelques minutes après, nous redescendions dans le lit desséché qui porte eu cet endroit le nom d'oued el Hachem, c'est-à-dire le fleuve Courroucé.
Après avoir coupé deux îles pierreuses dont la première, qui n'a pas moins de 90 kilomètres carrés, est traversée, dans toute sa longueur, par une longue veine que mon guide me dit s'appeler Areg-enn-Ncerra, nous allâmes camper, à 4 heures 10, à l'extrémité de la seconde île, dans un lieu sablonneux, nu.