Etudes de photo-interprétation dans le Sahara Algerien

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Oasis du Sahara algérien. Etudes de photo-interprétation

Etudes de photo-interprétation

Oasis du Sahara algérien. Etudes de photo-interprétation
C. Nesson, M. Rouvillois-Brigol, J. Vallet, Monique Mainguet
Oasis du Sahara algérien
Les oasis de l'oued Righ, dont fait partie Touggourt, s'étirent sur 150 km entre la retombée d'une table de grès tertiaire - à 20 km environ de son pied -- et l'Erg oriental. Une quarantaine d'oasis s'égrènent du nord au sud dans un couloir, en bordure d'un chapelet de sebkhas inondées annuellement et localisées dans des formations quaternaires sablo-gypseuses. Jaillissements artésiens naturels et puits creuses par l'homme ont permis à la surface cultivée d'atteindre 10 000 ha et de nourrir 70 000 sédentaires ou semi-nomades dont l'économie agricole est surtout liée aux palmeraies. Les précipitations y sont inférieures à 100 mm/an. Cette région aride a été aménagée selon des modes très variés. Rigoles d'irrigation (seguias} et fossés de drainage {khandegs) forment la trame de ces terroirs qui sont, pour les plus anciens, tantôt circulaires autour d'anciens lacs artésiens (behour), taris de nos jours, tantôt créés à partir de puits creusés par l'homme pour l'irrigation par gravites. C. Nesson étudie cinq types de terroirs :

Le terroir de Chemora, dans l'oued Righ même, s'est développé au pied de l'escarpement oriental qui domine de 10 m environ la dépression ; des puits, au pied de l'escarpement, fournissent l'eau à une seguia principale tracée à l'horizontale de telle sorte que l'eau puisse circuler dans un sens ou dans l'autre en fonction de la répartition des parts d'eau. A partir de cette seguia principale l'eau est distribuée par des seguias secondaires perpendiculaires au bord de la vallée. Le parcellaire a une forme laniérée, limitée par les khandegs évacuateurs d'eaux usées avant qu'elles ne s'évaporent en laissant des dépôts de sels. La protection des cultures contre le vent et l'ensablement dû à Erg Chech se fait par des murets d'argile surmontés de haies de palmes (Tabbiya) sèches et permet des cultures variées sous les palmiers : céréales, légumes...
Le terroir d'El Koda en auréole autour d'une butte, utilise le même mode d'irrigation par gravité. Le fond de fa dépression, au pied de l'escarpement, a été artificiellement remblayé pour permettre l'extension de la surface irriguée.
Le terroir géométrique de Merdjadja, de 80 ha, a été créé sur un sol sablo-gypseux dont la pente est de 0,14 P. 100 et organisé en vue d'une exploitation industrielle de la palmeraie.
Le terroir annulaire de Tamerna Djedîda a une structure rayonnante. Il est organisé sur le pourtour d'une butte occupée par le village, en contrebas des puits et des seguias horizontales.
Le terroir circulaire de Bram, en voie de dégradation, est l'exemple le plus remarquable de disposition radio-concentrique autour d'un behar (lac artésien), tari de nos jours.
Madeleine Rouvillois-Brigol présente dans la seconde partie de l'ouvrage la palmeraie d'Ouargla dans la vallée sèche de l'oued Mya. Cette palmeraie irriguée doit son existence à la présence entre 30 et 60 m de profondeur d'une nappe aquifère. L'oasis a d'abord été irriguée par des puits de 30 à 40 m de profondeur. Après une première période de prospérité, elle déclina du XVIe au XIXe siècle. Vers la fin du XIXe de nouveaux puits furent creusés, entraînant un abaissement du niveau piézo-métrique de la nappe, que les cultivateurs se sont efforcés de compenser en abaissant le niveau de leurs jardins au prix d'énormes terrassements. Ce creusement a atteint une profondeur de 5 à 6 m dans les parties les plus hautes de la palmeraie, sans pouvoir empêcher le déclin et l'abandon de secteurs entiers. Depuis une vingtaine d'années l'utilisation de nouvelles techniques de pompage exploitant la nappe albienne entre 1 165 et 1 315 m de profondeur et la nappe mio-pliocène ont permis la revivification de la palmeraie, accompagnée de travaux d'assainissement (drainage], de nouveaux modes de répartition de l'eau et d'une extension considérable de l'agglomération et de l'habitat.Essor urbain du ksar d'Ouargla de 1952 à 1968 (deux missions photographiques aériennes prises à seize ans d'intervalle mettent bien en valeur cette évolution) ; sédentarisation des nomades avec l'apparition de nouveaux villages au SW d'Ouargla et toutes les conséquences de cette évolution démographique ; surplantation de la palmeraie au voisinage des puits ; développement de palmeraies isolées en cuvettes.

Essai d'explications des formes dunaires sahariennes

A. Clos-Argeduc, . Etudes de photo-interprétation
Etudes de photo-interprétation des formes dunaires sahariennes
Cent millions de photographies aériennes d'échelles variées couvrent notre planète. Or il s'agit du seul moyen d'investigation actuel offrant une physionomie synthétique et absolument fidèle d'un paysage.
Par sa ténacité, et à l'aide de sa vaste culture mathématique et physique, A. CLOS-ARCEDUC est l'un des plus efficaces utilisateurs de cet outil. Dans cet ouvrage, il apporte non seulement de très nombreux résultats nouveaux et prouvés sur les formes de construction éolienne, mais aussi un parfait exemple de méthode scientifique de photo-interprétation.
1° Résultats dans la connaissance des dunes, de leurs mécanismes de formation et de migration.
L'auteur, dans un premier chapitre, démontre que les oscillations stationnaires à direction de propagation horizontale des milieux aqueux et aériens sont responsables de dépôts à structure périodique : formations pré littorales ou dunes sahariennes. Il démontre que, dans une zone d'oscillations stationnaires, les dépôts sédimentaires se localisent autour des lignes nodales si l'oscillation est simple. Les zones d'érosion maximale sont au niveau des "lignes ventrales ". Il en résulte que les ergs sahariens sont des formes à structure fixe aussi longtemps que subsiste le système d'oscillation qui a présidé à leur genèse ; les chaînes sableuses des ergs suivent les mêmes mécanismes de conservation que les barkhanes : les remous formés sous le vent ramènent le sable à la ride, entre les chaînes des ergs la déflation balaye le sable vers les chaînes voisines .
Autre conclusion fondamentale de ce travail : il n'existe qu'un seul type de dunes dont la direction est invariablement celle du vent efficace annuel moyen : la barkhane. Le plan de symétrie vertical d'une barkhane et de sa traîne aérodynamique est parallèle au parcours de la dune en cause.
ةtudiant plus de 100 000 clichés, A. Clos-Arceduc met en évidence que le silk (crête de sable formée derrière les obstacles) et gelb (crête de sillage), que l'on a cru longtemps longitudinaux, font avec la résultante annuelle du vent un angle compris entre 15 et 35 grades,
En liaison avec deux systèmes croisés d'oscillations rectilignes qui se superposent l'auteur nous fait découvrir un modelé purement éolien à trois niveaux.
Reprenant la théorie connue des physiciens sur les ondes d'écho, il réussit à montrer la généralité des phénomènes de réflexion dans la répartition topographique des rides ghordiques et apporte une explication très satisfaisante de la position et du tracé des limites des ergs nord-sahariens.
2° Contribution à la méthodologie de la photo-interprétation.
Partant de l'idée qu'il existe un problème géographique chaque fois qu'une vue aérienne présente des " objets "non expliqués par les théories en usage, A. Clos-Arceduc offre au lecteur les mécanismes de recherche d'une solution :

  • étude d'un objet ;
  • étude de groupes d'objets de même nature et de leurs relations structurales ;
  • déduction d'hypothèses vérifiables concernant la genèse et le milieu favorable à celle-ci ;
  • recherche d'objets équivalents à ceux observés (ici de phénomènes périodiques) : nuages " undulatus ", cordons prélittoraux ;
  • tentative de reproduction de l'apparence observée afin de déterminer le type de paysage où ces phénomènes sont susceptibles d'être retrouvés ;
  • recherche, enfin, des photographies aériennes répondant aux conditions déterminées.

Le travail d'A. Clos-Arceduc fournit une foule de réponses convaincantes aux problèmes géomorphologiques des dunes sahariennes ; beaucoup de théories qui, dans ce domaine, ont fait fortune pendant 30 ans se voient infirmées.
Le lecteur trouvera dans cet ouvrage " spécialisé " un parfait exemple d'esprit scientifique ; il profitera de la révélation faite par l'auteur avec modestie, simplicité, rigueur et souvent humour, mais toujours de façon enthousiasmante, des étapes de sa recherche.
Monique MAINGUET-MICHEL.