Etudes Complétes des Puits de Touggourt jusqu'a 1875

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CHAPITRE XIII
SAHARA. (SUITE.)
TOUGOURT ET SES ANNEXES (OUED RHIR.
L'oasis de Touggourt compte 48.844 habitants et 350,000 palmiers. Elle se divise en quatre centres principaux de population, ayant eux-mêmes une ou plusieurs annexes, ainsi que l'indique le tableau suivant:
CENTRES PRINCIPAUX ANNEXES OBSERVATIONS.
Touggourt Balouch
Nezla Sidi Mohamed Ben Yahia fondateur de Touggourt
Sidi Boudjenane

Tebesbest Sidi Bouaziz
Beni Assouad
Zaouia Rfia


Tougourt est la capitale de l'Oued Rhir. C'est
Touggourt est la capitale de l'Oued Rhir. C'est dans la kasbah que demeurait l'ancien souverain de l'Oued Rhir. Cette construction, très grossièrement faite, est occupée aujourd'hui par M. Hauer. Le génie militaire a fait bâtir une belle caserne dans une partie un peu basse de la ville. Elle est sur le bord du grand fossé qui entoure la ville, et, par conséquent, communique facilement avec le dehors. L'altitude est de 69 mètres dans la cour de la caserne. La plupart des maisons de Touggourt sont bâties en briques de terre gypseuse séchée au soleil. Mais quelques-unes sont bâties, de même que la kasbah, en moellons de roche gypseuse, tendre, reliés par un mortier de Plâtre cuit et de sable fin. La ville est entourée par un fossé où l'on déversait le trop-plein des eaux d'arrosage et où l'on jetait toute espèce d'immondices. Aussi il s'en dégageait des odeurs infectes et très-malsaines en été, surtout pour les Européens. L'administration française a changé cet état des choses. On a commencé à combler le fossé et on a rectifié les pentes, de manière à empêcher la stagnation de l'eau. Par suite, il n'y avait pas d'odeur nauséabonde dans la ville au mois d'avril 1861, et il était permis d'espérer que le séjour en serait plus supportable pendant les fortes chaleurs de l'été.
Touggourt est la résidence d'un caïd qui commande dans tout l'Oued Rhir et dans le Souf. Il a sous ses ordres un khalifa pour l'Oued Rhir, un khalifa pour le Souf, et des kebar ou chefs dans les annexes. Il y a un cadi à Touggourt pour rendre la justice dans l'Oued Rhir et un autre dans le Souf.
Les Rouara (habitants de l'Oued Rhir) paraissent attachés à la France, surtout à cause de l'introduction de la sonde, qui leur donne de l'eau dans les points où ils étaient incapables de l'obtenir. En outre, notre administration ferme et juste les a débarrassés de l'oppression des nomades qui venaient leur prendre une bonne partie de la récolte des dattes sans payer. L'autorité française a constaté avec soin tous les titres de propriété et les fait respecter de tous. Le quart environ de l'oasis appartient aux nomades, le reste appartient aux Rouara, qui en jouissent sans trouble.
Les nomades de la province de Constantine sont au nombre de soixante mille environ. On sait que tous les ans ils vont dans le Tell pour chercher les céréales que le Sahara ne produit pas en quantités suffisantes. Ils apportent en échange des laines et des dattes. Ces migrations périodiques sont souvent une source de rixes dans les campements, à cause des pâturages dont s'emparent les nomades. Aussi l'autorité française cherche à diminuer et même à empêcher complètement ces migrations, soit en multipliant les puits artésiens dans le Sahara, soit par des barrages sur les rivières qui descendent du Tell dans le Sahara. Les Turcs avaient une autre politique. Comme ils se souciaient peu de civiliser les peuples soumis à leur domination, ils ne cher-chaient qu'à prélever le plus d'impôts possible. L'obligation où étaient les nomades d'aller acheter dans le Tell les céréales qui leur manquaient les mettaient ainsi à la disposition des dominateurs du Tell, qui prélevaient les impôts au moment des migrations.
Le genre de vie des nomades en fait des hommes plus énergiques que les Rouara, qui, du reste, sont beaucoup moins nombreux. Ces derniers constituent une population d'environ 25,000 âmes. Autant la nature est belle dans les oasis, autant l'homme et surtout la femme sont laids; la plus grande partie des oasis de l'Oued Rhir, depuis Oum Thiour jusqu'à Touggourt, est habitée par une race qui tient beaucoup de la race nègre, et qui résulte des mélanges du blanc avec le noir par l'union des sexes. Mais le noir y dominé énormément. Les femmes sont hideuses; elles ont les cheveux crépus et les lèvres très grosses. Les enfants seuls ont le privilège d'être beaux comme les enfants de toutes les races et de tous les pays. Partout nous avons reçu de ces populations un accueil des plus sympathiques. Quand nous entrions dans un village, les hommes accroupis devant les portes des maisons se levaient immédiatement par déférence pour nous. C'est ce que n'ont jamais fait les Arabes des douars. Nous signalerons cette circonstance futile, pour mieux faire voir la différence qui existe dans le caractère des Arabes et des Rouara. Nous croyons que l'on peut compter sur l'attachement de ces derniers. Nous n'oserions pas en dire autant des Arabes nomades. Dans son rapport sur les forages artésiens de la campagne de 1859-1860, M. le général Desvaux s'exprime, du reste, comme il suit :
Les forages artésiens commencés en 1856 dans la province de Constantine, par ordre de M. le maréchal Randon, gouverneur général, ont été continués sans interruption depuis cette époque. Accueillis avec enthousiasme par les indigènes, avec sympathie en France, ces travaux n'ont cessé de produire les plus utiles résultats. Les oasis de l'Oued Rhir se sont relevées de leurs ruines; des fontaines, des villages, ont surgi du milieu du désert. Une partie du fertile bassin du Hodna a pu être arrosée. Dans l'Oued Rhir (Touggourt), la confiance est devenue si générale et si complète, que les indigènes, certains de jouir des fruits de leur travail, se livrent avec ardeur à de nouveaux sondages, plantent des palmiers et reconstruisent leurs habitations. Les tribus de la province de Constantine viennent y commercer isolément ou par caravanes, n'ayant plus à redouter les accidents d'autrefois.
Un changement aussi absolu dans l'état social et politique de cette partie du Sahara est dû à la justice d'une administration surveillée par l'autorité française et aux bienfaits des sondages restés, jusqu'en 1855, en dehors du mouvement de civilisation que la conquête de 1830 fait pénétrer dans l'Algérie entière; les populations de l'Oued Rhir, à qui la force de la France venait de se révéler par la victoire de Maggarin, trouvaient enfin justice et protection. A ces Ben Djellab qui tarissaient les sources de la fortune publique, qui ne reculaient devant aucun méfait, aucun crime, succédait un nouveau pouvoir occupé sans relâche de la réorganisation administrative et des moyens de faire oublier les maux passés.
Nous avons pu juger par nous-mème de la fidélité du tableau tracé par M. le général Desvaux. La propriété a acquis dans l'Oued Rhir une très grande valeur, par suite de la sécurité donnée au pays par l'autorité française. Ainsi un beau palmier, qui valait 10 francs du temps de la tyrannie des Ben Djellab, vaut aujourd'hui 40 francs.
Les Rouara cultivent avec un grand soin leurs jardins de palmiers, dont les magnifiques palmes ombragent des cultures de légumes, d'orge et de divers arbres fruitiers. Le palmier profite des soins donnés aux autres cultures et du fumier qui leur est nécessaire. Aussi les Rouara recherchent avec soin tous les détritus organiques pour faire du fumier. Ils creusent des fosses où ils. font pourrir ces matières. On sait que le palmier est un arbre dioïque, c'est-à-dire portant les sexes isolés sur des pieds différents. La fécondation naturelle étant trop incertaine, les indigènes la favorisent en secouant le pollen du pied mâle sur le régime de fleurs porté par le pied femelle. Un palmier mâle suffit pour féconder cent palmiers femelles. Nous étions à Touggourt au moment de cette fécondation. Un jardin de 400 pal-miers exige un khammés ou serviteur travaillant toute l'année.
Les bourgeons qui poussent au pied des grands palmiers sont conservés avec soin, parce qu'ils servent aux plantations nouvelles. Ils coûtent de 65 centimes à 1 fr. 20 cent, chacun. La datte ne se sème pas.
L'oasis de Touggourt est arrosée par un très grand nombre de puits jaillissants indigènes. On nous en a signalé environ trois cent quatorze, dont le débit moyen est de 200 litres par minute, ce qui donne un débit total de 62,800 litres par minute ou de 1,046 litres par seconde. On voit que c'est une véritable rivière due complètement à l'industrie de l'homme; car il n'y a ni chriats ni behour dans l'oasis même de Touggourt.
D'après la tradition arabe, il n'existait autrefois que des chriats et des behour dans l'Oued Rhir. Et c'est ce qui a motivé la création des premières oasis qui ont embelli les solitudes du Sahara. D'un côté, les progrès des cultures avec l'accroissement de la population, de l'autre la diminution naturelle des débits des chriats et des behour, affaiblirent à la longue les ressources de l'irrigation. Aussi raconte-t-on que chriats et behour cessèrent un jour de couler. Les marabouts se mirent alors en prière, et Dieu leur inspira la pensée de creuser des puits, ce qui fut mis immédiatement à exécution et couronné du plus éclatant succès.
Telle est, d'après les Rouara, l'origine de leurs puits jaillissants. Cette tradition nous paraît en complète harmonie avec les faits géologiques que nous avons observés. Comme ces derniers, elle montre que les chriats et les behour existaient dans le Sahara avant l'apparition de l'homme, et qu'ils sont alimentés par de véritables sources jaillissantes naturelles.
Nous allons décrire maintenant avec détail le procédé employé par les indigènes pour creuser leurs puits jaillissants. On commence par faire un grand trou de quatre à cinq mètres de côté sur trois à quatre mètres de pro-fondeur. Ce trou se remplit d'eau qu'il faut épuiser, ce qui exige beaucoup de monde. Aussi le propriétaire d'un jardin ne pourrait y parvenir, s'il était réduit à ses propres forces. De là est résulté pour ces populations primitives le besoin de s'associer. Au commencement du travail, tous les habitants du village voisin aident sans rétribution aucune à l'épuisement de la première excavation, que l'on vide avec des outres en peaux de bouc. Si on ne parvient. pas à l'épuiser, on abandonne ce travail pour se porter en un point voisin. Comme la couche gypso-calcaire supérieure n'est pas partout d'une structure homogène, elle présente un degré de perméabilité variable d'un point à un autre. Aussi peut-on espérer réussir à côté d'un point que les eaux parasites (El-Ma Fessed) ont forcé d'abandonner.
Quand l'excavation a été vidée, on élève un boisage à section carrée de 80 à 90 centimètres de côté en troncs de palmiers jointifs, jusqu'au niveau du sol, et on établit sur l'ouverture du puits un échafaudage, (figure 1), composé de deux troncs de palmiers A, A' de 2m 5o à 3 mètres de haut, reliés au sommet et au milieu par deux petites traverses horizontales a b, a' b', en bois de grenadier, sur lesquelles sont fixées deux traverses verticales cd, c' d' en bois de même nature. La partie inférieure de ces dernières traverses repose dans des entailles de la traverse a b' et y est fixée de plus par des cordes en feuilles de palmier. La partie supérieure des traverses cd, c' d1, est simplement attachée par des cordes à la traverse ab. Une poulie en bois de
grenadier ee , de 3o centimètres de diamètre, se meut dans le plan vertical du centre du puits, autour d'un axe de fer gg' qui est enfilé dans les deux montants verticaux cd c'd'.
Sur la poulie s'enroule un cable fait en feuilles de palmier encore vertes, et qui sert à enlever, à l'aide d'un couffin ou d'une peau de bouc, soit les déblais, soit les eaux ascendantes dont on veut se débarrasser. Pendant la première période du creusement du puits, les manœuvres sont occupés à la surface, deux de chaque côté du puits. Les uns tirent de bas en haut le câble portant le couffin. Les autres agissent de haut en bas sur la partie du câble enroulée sur la poulie. Ce sont des khammes ou serviteurs des propriétaires qui font creuser le puits. Ils ne sont ni payés, ni nourris pour ce travail.

On leur donne seulement des pourboires consistant en dattes. Le mineur qui travaille au fond du puits est le seul qui soit payé; il porte le nom de meallem, le savant. C'est également un khammes; mais il est plus habile que les autres, car il doit abattre la roche et boiser les parois du puits. Il court également plus de dangers que ses camarades. Il est parfois asphyxié par le dégagement des gaz irrespirables; en outre, lorsqu'il crève le banc qui retient prisonnière la mer souterraine, ainsi que l'appellent les arabes, l'eau jaillissante et les sables se précipitent et remontent dans le puits avec une telle violence, que parfois le mineur est asphyxié avant qu'il ait pu être remonté au sol par ses camarades.
Il travaille assis au fond du puits, sans lumière, avec une petite pioche ou bêche appelée fas, qui sert également pour la culture des jardins.
(La figure 2) donne le plan et l'élévation de cet instrument. Elle montre que celui-ci a bien peu de puissance pour briser les roches dures. On comprend dès lors que le meallem soit souvent arrêté par ces dernières et que de nombreux puits soient abandonnés avant d'arriver à la nappe jaillissante, par suite de l'imperfection des outils employés dans l'Oued Rhir. C'est une nouvelle preuve des effets déplorables de la routine chez les hommes. Les Mozabites creusent en effet des puits de 60 a 70 mètres de profondeur dans des calcaires très durs et des dolomies cristallines, et cela dans une région brûlée comme l'Oued Rhir par les ardeurs du soleil. Des relations fréquentes existent entre l'Oued Rhir et le Béni Mzab; et, malgré cela, les Rouara n'ont pas cherché à introduire chez eux les pics lourds et acérés employés par leurs voisins et coreligionnaires pour le percement des roches dures. Ce simple perfectionnement rendrait bien moins considérable le nombre des puits abandonnés par les Rouara à cause de la dureté de la roche. Les troncs de palmiers destinés au boisage sont refendus en deux, quatre, six ou huit parties verticales, selon l'épaisseur que l'on veut donner aux bois d'étançonnage. On les fait ensuite macérer dans l'eau courante quatre ou cinq jours, afin de chasser les parties solubles du bois. Sans cette précaution, l'eau des puits jaillissants sentirait mauvais. Un charpentier spécial prépare les cadres sur le sol. Il emploie deux systèmes d'assemblage. Pour les gros cadres, chaque côté ab, se termine d'un bout par un tenon et de l'autre par une fourche dans laquelle pénètre le tenon du bout contigu. Les petits cadres, sont assemblés a mi-bois. On met un cadre porteur dont la section est de 14 centimètres sur 12 , et par dessus, six cadres dont l'épaisseur normale aux parois diminue jusqu'à 5 centimètres. Lorsque les eaux d'infiltration ne gênent pas, on dame de l'argile entre les cadres et les parois du trou. Dans le cas contraire, on dame un mélange d'argile et d'écorce filamenteuse de palmier appelée lief par les indigènes. Bouchemal, riche indigène, qui a fait creuser de nombreux puits dans ses jardins de Touggourt, nous a assuré que les cadres de certains palmiers donnent des émanations odorantes dangereuses. Tous les palmiers ne sont pas également propres à faire des cadres. On choisit de préférence le gars, le haloua et le deglet nour. Ce dernier, qui fournit les dattes les plus estimées, est moins bon que les deux autres pour le boisage. Les vieux palmiers ne valent rien; il faut des palmiers de moyen âge et en plein rapport. Un puits de 42 mètres de profondeur exige d'ordinaire soixante dix à quatre-vingts palmiers, soit soixante quinze en moyenne. Chaque palmier ne donne guère que 4 mètres de hauteur de bois de bonne qualité à partir du sol. Le reste ne vaut rien pour des cadres .
On voit par là que le boisage d'un puit de 42 mètres de profondeur coûte fort cher. En évaluant seulement à 20 francs chaque pied abattu, ce qui est un minimum, d'après ce que nous avons dit, le prix d'achat des bois serait de 1,500 francs. Et, si le puits doit être abandonné avant d'ar-river à la nappe, c'est une dépense perdue. Il faut y ajouter encore la paie du charpentier , et celle du Meallem.
On ajoute, toujours 1 franc de plus par accroissement de 7 mètres de profondeur.
La nourriture du meallem est payée en sus par le propriétaire. Elle peut être évaluée à 1 franc par jour.
Quand on ne rencontre aucun obstacle, on peut faire un puits de 42 mètres en trente sept postes de dix heures de travail.
Mais il est bien rare que les dépenses se bornent à celles indiquées ci-dessus. Le 16 avril 1861, nous avons assisté à l'épuisement des eaux et des sables entraînés par la nappe jaillissante que l'on avait rencontrée le matin même, dans un puits en creusement depuis deux ans et dont le travail était repris depuis neuf mois par les khammes des propriétaires intéressés. Le creusement du puits jusqu'à la nappe avait donc nécessairement coûté beaucoup plus cher que le prix établi ci-dessus. Du matin au soir, les sables aquifères s'étaient élevés de 25 mètres dans le puits, et les khammes se proposaient d'enlever ces sables sur une hauteur suffisante pour permettre à l'eau jaillissante d'arriver au niveau du sol. A cet effet, le câble porte, à chaque extrémité, deux outres en peau de bouc, de la capacité de 50 litres environ, servant à l'épuisement des eaux jaillissantes, épuisement qui permet aux sables d'être tenus en suspension dans le puits. Six khammes manœuvrent à la surface du sol, trois de chaque côté du puits. Une demi-brigade tire de haut en bas pour faire descendre l'outre vide. Deux khammes tirent du côté opposé pour faire monter l'outre pleine. Le troisième se tient à côté de ses camarades pour saisir l'outre pleine, dès qu'elle est arrivée au-dessus du niveau du sol, la déverser dans la séguia et la rejeter vide dans le puits. Il aide ensuite avec ses deux autres camarades à la descente de l'outre vide. Comme ce poste est un des moins fatigants, c'est à tour de rôle qu'il est occupé par chaque khammes. Ceux-ci travaillent avec une énergie sans pareille et chantent une espèce de refrain sauvage pour faire leurs mouvements en cadence; leurs cris s'entendent à un kilomètre de distance; et, quand on n'est pas prévenu, on se demande avec étonnement d'où proviennent ces étranges clameurs.
Ces hommes, aux trois quarts nègres, à moitié nus, couverts de boue des pieds à la tète, développant des efforts surhumains pour enlever les outres pleines d'eau boueuse, font un contraste frappant avec la splendide beauté de la nature qui les entoure. C'est certainement un spectacle des plus curieux à contempler.
Quand les sables ont été mis en mouvement par un épuisement suffisamment long, on descend de chaque côté du puits au moyen de deux poulies en fer i, i', attachées par une corde à la traverse supérieure ab, des marmites en cuivre k, k't de la capacité de 6 à 7 litres chacune, fixées à l'extrémité d'un cable qui passe sur la poulie correspondante. Chaque câble porte, à ses deux extrémités, une ou deux marmites, de telle sorte que, lorsque les marmites d'un côté remontent, celles de l'autre côté du câble redescendent. Le mouvement ascensionnel de l'eau, facilité par l'épuisement continu, met les sables en mouvement, et ceux-ci se précipitent et se tassent dans les marmites qui sont dans le puits. Deux khammes agissent alors sur le câble double i k, en se tenant l'un de chaque côté du puits. Quand les marmites remontent pleines de sable, les dix khammes qui travaillent à l'orifice du puits poussent des cris de joie avec ensemble, en bénissant Dieu. Ce travail d'épuisement des sables doit se continuer nuit et jour, si l'on parvient à gagner de vitesse les sables ascendants et à rendre graduellement au puits la profondeur qu'il a perdue. Mais, si les sables se tassent dans le puits et ne se précipitent plus seuls dans les marmites en cuivre, ou bien si, au bout de quelques jours, il est reconnu qu'ils ne diminuent plus de hauteur dans le puits, alors la tâche des khammes est finie. Le travail d'épuisement des khammes est des plus pénibles. Tous les propriétaires intéressés à l'achèvement du puits fournissent leur contingent de khammes, qui viennent travailler une journée à tour de rôle.
On ne laisse alors dans les jardins que les khammes indispensables pour la culture. Tous les autres sont mis en réquisition pour l'épuisement continu des sables. Ils se relèvent par postes d'une demi-heure; et, dès qu'ils sont remplacés par une nouvelle brigade, ils vont se chauffer autour d'un grand feu pour reprendre de nouvelles forces. La boue qui souille leurs torses nus donne au cercle de khammes accroupis autour du feu un aspect véritablement infernal. C'est un tableau digne d'exciter vivement là curiosité des touristes. Pendant qu'une brigade se repose, le propriétaire du puits, craignant qu'un seul instant d'arrêt ne laisse tasser les sables et ne fasse perdre tout le travail déjà exécuté, excite et gourmande constamment les khammes qui travaillent. Ce sont des cris continuels de part et d'autre, des prières, des imprécations, des mouvements désordonnés, qui pour l'Européen sont un des plus saisissants tableaux de mœurs de l'Oued Rhir. Quand le niveau des sables baisse, et que tout fait espérer un prompt succès, c'est une joie qui est partagée par toute la population, et la musique indigène vient alors animer les travailleurs et les encourager à terminer leur rude tâche le plus promptement possible.
Lorsque, après un travail opiniâtre, il est bien constaté que le niveau des sables ne baisse pas, le travail des khammes est terminé, et celui des retassin commence. Leur mission consiste à enlever les sables aquifères qui ont été entraînés par la nappe jaillissante, et non pas à creuser le roc dur et encore vierge qui a résisté au meallem travaillant à sec. Nous avons assisté au travail des retassin dans le puits d'Aïn Djeberouna, qui était parvenu à 52 mètres de profondeur, lorsqu'on a rencontré la nappe jaillissante. Les sables aquifères étaient remontés dans le puits de 22m 50, et les khammes, n'ayant pu faire baisser le niveau des sables avaient cédé la place aux retassin. Ceux-ci s'étaient mis à l'œuvre le 20 mars 1861. Le 17 avril 1861, ils étaient parvenus à 4 mètres, et avaient par conséquent enlevé 4m 50 de hauteur de sables, soit 8m 03 en vingt-cinq jours environ. L'eau noire et fétide dans laquelle plongeaient les retassin était à la température de 23° . Elle ne coulait pas au dehors, de sorte que la nappe jaillissante était complètement bouchée par les sables tassés au-dessus.
Voici comment les retassin procèdent à leur dangereux travail.
Une brigade se compose de quatre plongeurs et d'un chef. Celui-ci se tient assis sur le bord du puits, la main sur une corde aa, figures 2 et 3, qui est fixée autour d'un montant vertical B et descend au fond du puits, en suivant le milieu d'une paroi. Une grosse pierre maintient la corde a a fortement tendue, de sorte que les secousses communiquées à cette corde par le plongeur sont ressenties immédiatement par la main du chef et indiquent à ce dernier ce qui se passe au fond du puits.
Une deuxième corde def descend dans le puits en face de la corde aa, le long de la paroi opposée. D'un côté, elle porte le couffin destiné à recevoir les sables; de l'autre, elle passe sans poulie par-dessus la traverse horizontale c b fixée sur les montants verticaux B B'.
Le retas qui doit plonger fait d'abord quelques préparatifs. Il se bouche les oreilles avec du suif. Il se plonge dans l'eau jusqu'aux épaules, en se tenant avec les pieds contre les parois du puits. Il se lave les yeux et le nez, se mouche, aspire fortement deux ou trois fois et rejette l'air contre l'eau, en produisant une espèce de sifflement. Il fait une courte prière mentale, puis se laisse couler le long de la corde tendue a a'. Tout le travail se fait dans le plus grand silence. Les ordres se donnent par signes. On sent que l'on est en présence d'un danger imminent et qu'à chaque instant le plongeur court le risque de la vie. Un deuxième retas tient à la main la corde d ef, à laquelle est suspendu le couffin, et la maintient contre la paroi, afin qu'elle ne gène pas le retas qui descend dans le puits. Une secousse a la corde a' a, tenue par le chef, indique qu'il faut laisser aller le couffin jusqu'au fond. Sur un signe du chef, cette manœuvre se fait immédiatement. Une deuxième secousse, imprimée à la corde du chef, indique que le couffin est plein. Sur un nouveau signe du chef, le deuxième retas enroule l'extrémité d de la corde def autour du piquet k fixé à l'un des angles du puits, et maintient cette corde tendue pour qu'elle ne gène pas le plongeur qui remonte. Dès que celui-ci est arrivé au jour, il sort du puits aidé par ses camarades et va se chauffer autour d'un bon feu de palmier. On retire alors le couffin plein de sables, et un nouveau retas se prépare à descendre. Le travail commence à neuf heures du matin, lorsque le soleil est déjà haut sur l'horizon, et finit à trois heures du soir. Chaque retas plonge un nombre de fois variable, suivant la profondeur du puits. Il plonge six à sept fois par jour à 45 mètres. II ne peut plonger au delà de 75 mètres de profondeur ; on baisse alors le seuil de la séguia et on enlève les cadres supérieurs, afin de rendre possible le travail. Les trois plongeurs que nous avons vus ont passé sous l'eau 2', 10° à 2',32°. Il en est qui restent 5',55"sous l'eau, d'après M. Berbrugger . Les retassin exercent, on le voit, un métier très dangereux. La plupart deviennent phthisiques et ne vivent pas longtemps. Quelquefois il se passe dans les puits des drames invisibles des plus émouvants. En 1860 un plongeur s'étant trouvé indisposé au fond du puits, un deuxième retas se précipite en bas, au signe du chef, enlève son camarade sur ses épaules et remonte. Arrivé près du jour avec son précieux fardeau, les forces l'abandonnent et les deux plongeurs retombent au fond du puits. Un troisième retas plonge immédiatement, relève ses deux camarades sur une certaine hauteur, puis retombe. Un quatrième se précipite à son tour, charge les trois retassin sur ses robustes épaules, et reparaît au jour avec sa grappe de frères évanouis. Un seul de ces quatre plongeurs a succombé à l'asphyxie. Ce n'est pas sans un sentiment de terreur qu'on assiste au travail des retassin. On admire le courage de ces hommes qui, pour un bien modique salaire, font un métier où leur vie est constamment en jeu. Cependant les retassin aiment passionnément leur profession. Ils sont très honorés dans tout l'Oued Rhir, qui en compte une vingtaine environ. C'est avec regret qu'ils ont vu la sonde française s'implanter dans le Sahara et donner des résultats magnifiques, sans aucun danger pour personne. Ils ont compris que la perfection de nos appareils diminuait le prestige de leur profession. Cependant celle-ci ne paraît pas devoir disparaître. Les fanatiques musulmans espèrent que les Français pourront être un jour chassés de l'Algérie. Mais le Sahara vivra toujours avec ses terres brûlées par les rayons d'un soleil ardent, et pour lesquelles l'eau est le besoin capital. Aussi l'industrie des retassin conservera-t-elle de profondes racines dans le cœur des indigènes. Le retas est comme le mineur. Il aime son métier par-dessus toute chose, malgré le danger qu'il présente. Une rétribution un peu plus élevée que celle des autres travailleurs l'encourage à le conserver. Le propriétaire du puits paye à la brigade de cinq hommes 0f'35 par couffin de sable de Om,30 de diamètre sur 0, 16 de hauteur moyenne. En admettant une extraction de six couffins par retas, le gain de la brigade sera de ofr,35x6x4=8fr,60, et le salaire d'un homme, sera de 1fr,68 par journée de six heures de travail. Le retas reçoit de plus sa nourriture, qui est évaluée 1 franc par jour. Avant de commencer le travail, le propriétaire donne pour toute la brigade un sac de blé (8 décalitres), valant 40 francs. Il en donne autant à la fin.
Si un obstacle se présente dans le cours du travail, les retassin imposent de nouvelles conditions au propriétaire et se font payer des suppléments en argent. Aussi est-il fort difficile, pour ne pas dire impossible, d'évaluer le prix de revient du curage d'un puits jaillissant. Il est variable avec la hauteur du sable à enlever et les difficultés de l'extraction. Il est rare qu'il descende au-dessous de 14 à 1,500 francs.
La durée des puits est très-variable dans l'Oued Rhir. On nous en a signalé ayant plus de quatre-vingts ans d'existence. Dans l'oasis de Touggourt, elle est de quinze ans en moyenne. Au bout de six ans, le débit commence à diminuer et il baisse progressivement jusqu'à la mort. C'est toujours par un défaut de boisage que les puits périssent. Le boisage n'arrive pas d'ordinaire jusqu'au niveau de la nappe jaillissante. Dans l'oasis de Touggourt, il ne descend guère au-dessous de 30 mètres, à cause de la solidité des marnes gypseuses inférieures. Le premier cadre porteur du fond, étant mal assis, s'éboule au bout d'un temps plus ou moins long. Il entraîne avec lui les cadres moins épais qui sont au-dessus. Les marnes, n'étant plus soutenues, s'éboulent alors et obstruent la base du puits, dont le débit diminue graduellement par suite de l'entassement des déblais. Il est rare que les cadres de soutènement soient écrasés par la pression des marnes encaissantes. Ils sont peu sujets à se pourrir dans l'eau, et c'est ce qui explique la grande durée de certains puits.
Pour augmenter la durée de leurs puits, les indigènes ont essayé de les tuber avec de gros tuyaux en poterie cuite au feu. Ce procédé a été introduit, il y a soixante ans environ, par un Tunisien, qui l'a employé dans deux puits de Touggourt. On creuse le puits en le boisant en troncs de palmiers, à la manière ordinaire. Lorsqu'on est arrivé au-dessus de la nappe jaillissante, et avant de lui donner issue, on place le tubage en allant de bas en haut, par bouts de 0m,50 de haut et de 0m70 à 0m,80 de diamètre. L'anneau inférieur de la colonne est solidement assis dans le fond du puits, dont la section doit être en harmonie avec celle du tube. A mesure qu'on élève la colonne, on dame fortement de l'argile entre elle et les parois du puits ou le coffrage en bois. Lorsque la colonne est posée, on achève de creuser le puits par les procédés déjà décrits. Le tubage en poterie ne s'est pas généralisé dans l'Oued Rhir, parce qu'il rend plus difficile le travail du meallem qui doit achever le puits jusqu'à la nappe jaillissante. Lorsque celle-ci a été rencontrée et qu'elle a fait remonter les sables, le travail des retassin est aussi beaucoup plus pénible, parce que les dimensions du puits sont plus petites. Les retassin ne peuvent ni monter ni descendre aussi facilement que dans les puits cuvelés en bois, où ils s'appuient des pieds et des mains contre les saillies des cadres. Il n'y a- que deux puits tubes dans l'oasis de Touggourt. L'un d'eux avait soixante ans d'existence et 54m,50 de profondeur, le 17 avril 1861, ce qui prouve que le tubage est en lui-même une excellente chose au point de vue de la durée des puits, puisque cette dernière n'est en moyenne que de quinze ans à Touggourt. Il débitait par seconde environ 2 litres d'eau potable, à la température de 24°,75, et dans laquelle jouaient de petits poissons.
Le sultan Ben Djellab avait fait creuser dans la Kasbah un puits artésien qui a été également tube en poterie. Mais les sables ont envahi ce puits, qui a cessé de couler.
Quand un puits meurt, tous les propriétaires des jardins intéressés s'associent pour creuser à côté un autre puits. Aussi l'oasis de Touggourt est-elle partout criblée de puits morts ou vivants. L'examen de ces puits morts est peu fait pour conduire à l'hypothèse qui attribue la formation des behour à de grands éboulements résultant de l'extinction de plusieurs puits indigènes trop rapprochés. A ce compte l'oasis de Touggourt devrait être remplacée aujourd'hui par un ou plusieurs behour.
La proportion des puits que les indigènes ne peuvent terminer, soit par suite de la dureté de la roche, soit par suite de l'invasion des eaux parasites, est très-variable d'une oasis à l'autre.
A Mraier, Tamerna Djedida, Sidi Rached, Bram, Ksour, Sidi Sliman, les indigènes réussissent rarement à creuser les puits jusqu'à la nappe jaillissante.
A Rhamra les trois quarts des puits ne peuvent être achevés. A Moghar, Sidi Khelil, El-Harihira, la moitié doit être abandonnée ; à Touggourt, le tiers. On comprend dès lors combien la sonde française est appelée à rendre de services dans ces oasis. Certitude du succès partout où existe une nappe jaillissante, absence complète de danger pour les ouvriers, économie incontestable dès que les indigènes doivent lutter contre des nappes parasites qui ne gênent en rien la manœuvre de la sonde, conservation des plus beaux palmiers, qu'il n'est plus nécessaire de sacrifier pour un boisage destiné à périr en peu d'années, rapidité beaucoup plus grande dans l'exécution, durée bien plus longue des puits artésiens et facilité de les nettoyer lorsqu'ils sont encombrés par les sables; tels sont les principaux avantages de la sonde française, avantages qui sont, du reste, parfaitement appréciés par la plus grande partie des habitants de l'Oued Rhir.
Avant de décrire les forages nouveaux exécutés par ordre de M. le général Desvaux dans l'oasis de Tougourt, nous ferons connaître les puits principaux creusés par les indigènes.
REGION DE ZAOUIA.
Dans la région de Zaouïa, nous avons visité l'Ain bel Hadjia, l'Ain el-Hammari et l'Ain el-Assaïnia.
Le puits d'Ain bel Hadjia est creusé depuis quatre ans. Sa profondeur est de 54m,70. Son débit est de 6lit,63 par seconde, à la température de 25°,50, celle de l'air étant de 24°, à 3hi5' du soir. L'eau est limpide, de bon goût. De temps en temps il s'en dégage des bulles de gaz. Recueillie le 14 avril 1861, elle a présenté la composition suivante (voir le tableau n° 8, analyse n° 89) :

Chlorures de potassium, de sodium et de magnésium.. 2, 1746
Sulfates de chaux et de magnésie...................... 2 ,1718
Carbonates de chaux et de magnésie.................... 0 ,1040
Peroxyde de fer, silice libre............................ Traces.
Matières organiques................................ Indét.
TOTAL des sels par kilogramme d'eau.. 4 ,4504
Auteur : DE MARIGNY.
Parmi les eaux de l'Oued Rhir, c'est une de celles qui sont le moins chargées de sels.
Le puits d'Ain el-Hammari a été creusé, il y a six ans, et se meurt aujourd'hui (avril 1861). Son débit n'est que 2 litres par seconde, à la température de 24°.50; l'eau est de bon goût.
Le puits d'Aïn el-Assaïnia a une profondeur de 50,m,60; Un débit de 6 litres par seconde, à la température de 25°,66; l'eau est de bon goût.



RةGION DE TEBESBEST.


  • A Tebesbest les puits sont ouverts sur une place située à l'est du village, qui est garni d'une série d'excavations, provenant d'anciens puits éboulés ou taris, et de tentatives de percement que les eaux d'infiltration ont forcé d'interrompre, qui font de ce terrain un foyer d'infection et de pestilence, du milieu duquel jaillissent les eaux des puits qui alimentent aujourd'hui l'oasis. Leur profondeur varie de 40 à 60 mètres. Ceux qui sont creusés le plus bas sont en même temps les plus abondants. Tous les jardins sont établis à l'est du village, et les sables qui recouvrent ici les gypses, sur une hauteur variable, qui atteint parfois 2 mètres, forcent les cultures à se reporter vers l'orient, dans la direction d'un marais qui enceint ce groupe d'oasis. Les dégâts causés par les sables que le vent d'ouest amène sur les jardins sont incessants. De grandes étendues de terrains ont été envahies ainsi et condamnées à la stérilité, dans un intervalle que la mémoire des anciens habitants leur permet d'embrasser.

La terre végétale de ce groupe d'oasis est formée, en raison de cette action permanente des vents, d'une forte proportion de sable alliée aux éléments gypseux que présente le sol proprement dit. Un échantillon pris à Tebesbest a donné, à l'analyse :
Sable siliceux.................................... 0gr,5778
Argile ............................. 0,0558
Phosphate de chaux.
Peroxyde de fer................................... 0 ,0308
Sulfate de chaux.................................. 0 ,2 103
Sulfate de magnésie................................ 0 ,0200
Chlorures alcalins.............................. . . . 0,0063
Eau et matière organique.......................... 0,0990
TOTAL.......................... 1 ,0000
D'après les renseignements que nous avons recueillis nous-même, la profondeur moyenne des puits de Tebesbest serait de 55 mètres, ce qui confirme les assertions de M. Dubocq. Mais parfois on descend à 75 mètres. Des puits dont les orifices sont situés au même niveau, et qui ne sont distants l'un de l'autre que de 50 mètres, présentent ces différences de hauteur jusqu'à la nappe jaillissante. Le débit moyen des puits est de 200 litres par minute.

RةGION DE NEZLA.

Nous n'avons visité aucun puits de la région de Nezla.

REGION DE TOUGOURT.

L'intérieur de la ville renferme trois puits jaillissants indigènes.
L'un d'eux, l'Aïn el-Blad (puits de la ville) avoisine la porte des jardins. Il est âgé de 20 ans (avril 1861).
Sa profondeur primitive était de 52m,50. Nous avons trouvé avec le fil à plomb 53m,90 ; par suite de l'extensibilité du fil on peut admettre que cette profondeur n'a pas changé. Son débit, mesuré avec un bidon, est de 2lt,62 par seconde, à la température de 24°,50 ; l'eau est de bon goût. Recueillie le 17 avril 1861, elle a présenté la composition suivante (voir le tableau n° 8, analyse n° 91 ) :
Chlorures de potassium, de sodium et de magnésium....... 1.6994
Sulfates de chaux et de magnésie............... 2.1415 Carbonates de chaux et de magnésie... ...... 0,1150
Peroxyde de fer, silice.............................. 0,0050
Matière organique................................. Indét.
TOTAL des sels par kilogramme d'eau. 3 ,9609
Auteur : DE MARIGNY.
Cette eau est encore plus pure que celle de Zaouïa.
Les deux autres puits sont creusés dans le jardin du cheik, à la kasbah. Le plus ancien, qui, en février 1848, remontait, d'après M. Dubocq, à une soixantaine d'années, avait alors dix mètres de profondeur. Il paraissait presque entièrement tari. Il est muraille en briques à sa partie supérieure et tube dans le fond en tuyaux de poterie, ainsi que nous l'avons dit plus haut. C'est un puits mort aujourd'hui.
Le deuxième qui, en 1848, avait, d'après M. Dubocq, 55 mètres de profondeur, comptait alors quatorze ans d'âge. Il débitait, à cette époque, 2 litres par seconde, soit 120 litres par minute. Comme on ne nous a pas parlé de ce puits, nous supposons qu'il était mort en 1861, car, à ce moment, il aurait compté vingt-sept ans, ce qui est beaucoup pour Touggourt.
Le puits d'Aïn el-Souq (source du marché) ou d'Ain el-Berra (source de l'extérieur) est en dehors de la ville. Il est creusé depuis quinze ans. Sa profondeur primitive était de 55 mètres. Sa profondeur actuelle ( 17 avril 1861) est de 52m,60, ce qui indique un encombrement de 2m,40 de hauteur. Sa section vide est un carré de 90 centimètres de côté, sa température est de 240,50, et son goût est potable.
Son débit a été mesuré par la vitesse de l'eau dans le canal de fuite et la section mouillée de ce dernier. Cette section présente en moyenne 30 centimètres de large sur 5 centimètres de profondeur. Un flotteur a parcouru dans le canal 9 mètres en 27",50, ce qui donne pour l'eau une vitesse à la surface de 33 centimètres par seconde.
Nous avons adopté pour coefficient de réduction 0,80, afin d'avoir la vitesse moyenne du courant. Le débit a été finalement obtenu par la formule :
D=0.80XbXhXv dans laquelle b est la largeur moyenne de la section mouillée, h, la hauteur moyenne de la lame d'eau, v, la vitesse de l'eau à la surface, ou le chemin qu'un flotteur parcourt dans une seconde. Telle est la formule que nous avons employée généralement dans les calculs de jaugeage des sources du Sahara. Remplaçant, dans le cas actuel, les lettres par leurs valeurs, on trouve, pour le débit de l'Aïn el-Souq, 3lit96 par seconde.
Il est un autre procédé de jaugeage que nous avons appliqué à l'Aïn el-Souq.
On bouche d'une manière subite le canal d'écoulement du puits artésien; avec un ou deux bidons et mieux avec des baquets, on fait vider rapidement Peau du puits. L'on note la seconde à laquelle on bouche le canal, et le nombre et, par suite, la capacité totale des bidons retirés. A un signal donné par l'observateur, on cesse de retirer l'eau, on débouche subitement le canal, et l'on note l'instant précis auquel l'eau a repris son cours habituel dans le canal de fuite. Le temps écoulé entre le commencement et la fin de l'expérience indique exactement le temps pendant lequel la source a fourni les bidons extraits. Car l'écoulement naturel est remplacé tout simplement par l'extraction à main d'homme. Une division donne ensuite le débit par seconde. Ce procédé, appliqué à l'Ain el-Souq, a donné 4lt3 par seconde. La moyenne des débits obtenus par les deux procédés indiqués ci-dessus donne 4lt,045 par seconde, soit 43 litres par minute.

RةGION DU KOUDIAT.(LOKDA)

Au sud-ouest de Touggourt, entre cette ville et Temacin, il y a un plateau sensiblement horizontal à l'œil, élevé de 10 mètres environ au-dessus de la dépression qui mène de Touggourt à Temacin. Il porte le nom de Koudiat, la colline. Des jardins ont été créés récemment sur le flanc occidental de ce plateau, à l'aide de nouveaux puits désignés sous le nom de puits du Koudiat.
Le puits le plus éloigné de Touggourt a été creusé en 1855; il donnait, à cette époque, 180 litres par minute, soit 3 litres par seconde. Il est à peu près mort aujourd'hui (17 avril 1861). Il ne donne que 0 lt 33 environ par seconde, à la température de 24°. Le goût en est potable. Les Rouara ont placé l'ouverture du puits sur le flanc même du mamelon, à 7 mètres au-dessus du niveau de la plaine à arroser. Pour donner écoulement à l'eau jaillissante, ils ont dû faire ensuite, à partir de l'orifice du puits, une tranchée de 6 mètres de profondeur, maximum qui va en diminuant vers la plaine. Le choix fait pour l'emplacement du puits ne nous parait pas rationnel, il eût mieux valu placer l'orifice au point de la plaine où débouche la séguia. On aurait ainsi évité la nécessité de faire une haute tranchée dans des terrains peu consistants.
Le puits n° 2, en marchant vers Touggourt, est creusé depuis deux ans. Son orifice se trouve au fond d'une tranchée de 3 mètres de profondeur maximum qui a été ouverte après la rencontre de l'eau jaillissante, un peu au-dessous du niveau supérieur atteint par celle-ci. Il a 43 mètres de profondeur d'après M. Hauer. La moyenne de deux jaugeages nous a donné, le 17 avril 1861, un débit de 11 litres par seconde, à la température de 24.50 .L'eau est potable.
A 15 mètres nord-nord-est de là, on trouve le puits n° 3, qui est âgé de quatre ans (avril 1861).
Profondeur primitive................ 42m,50
Profondeur actuelle...........,....... 38m,40
Encombrement au fond du puits. 4 ,10
Débit moindre que le précédent.5 litres par seconde.
Température de l'eau.................. 24° 50
Le puits n° 4 est situé à 15 mètres nord-nord-est du précédent. Il a un débit de 3lit,60 par seconde, à la température de 24°,60.
L'eau est de bon goût.
Le puits du Koudiat n° 5 appartient au beylik, c'est-à-dire à l'administration française. Il est creusé depuis peu; sa profondeur est de 41 mètres; son débit est de 2lit,63 par seconde à la température de 24.50.
A côté, se trouve le puits du Koudiat n° 6, qui se meurt aujourd'hui. Son débit n'est que de 1.lt 50 par seconde. On a creusé le puits n° 5 pour le remplacer.
Le puits du Koudiat n° 7 a une profondeur de 40 mètres, un débit de 1ltr,50 par seconde et une température de 23°,50. Il n'a pu être poussé jusqu'à la nappe principale, qui est un peu plus bas.
Le puits du Koudiat n° 8, qui est le plus rapproché de Touggourt, est mort depuis dix ans. Il a donné beaucoup d'eau à l'origine. Aujourd'hui il ne reste qu'un trou plein d'eau à la température de 19°50. Le goût de l'eau est très hépatique.
On remarquera que presque tous les puits morts dégagent une forte odeur d'hydrogène sulfuré, en même temps que l'eau a un goût hépatique bien prononcé. Cela résulte sans doute de l'action de la matière organique des bois d'étançonnage sur les eaux d'infiltration qui remplissent le trou. Cette action ne peut se produire au même degré dans les puits vivants, parce qu'il y a un renouvellement continu de l'eau.
D'après M. le lieutenant Marcou, un puits jaillissant peut arroser six fois autant de palmiers qu'il débite de litres par minute. Ainsi 1 litre par seconde, soit 60 litres par minute, suffit pour 360 palmiers. On compte ordinairement 300 palmiers par hectare. 1 litre par seconde suffit donc pour l'arrosage de 1hect,2O cullivé en palmiers.
L'oasis de Touggourt, renfermant 350,000 palmiers, exige pour son irrigation complète 350.000/360= 972 litres par seconde. Ce qui justifie le débit moyen de 1,046 litres par seconde, que nous avons donné, pour l'ensemble de tous les puits de l'oasis de Touggourt.
Le trop plein des eaux d'arrosage de la fraction proprement dite de Touggourt est recueilli dans un grand canal et est utilisé dans les jardins de Tebesbest et de Zaouîa qui sont à l'aval.
On traverse , pour arriver à la nappe aquifère, cinq variétés de roche désignées par lesindigènes sous les noms de : El-Sbah, El-Tin, El-Tizaouïn,El-Hadjar, El-Mazoul.
La première roche, El-Sbah, n'est autre que le banc de gypse terreux qui forme le sol des environs de Touggourt. Elle disparaît quelquefois, et l'on rencontre immédiatement une roche marneuse, de couleur jaune rougeâtre, empâtant des cristaux de gypse, appelée El-Tin ou El-Trab. Son épaisseur est considérable. Dans un puits en percement à Zaouîa, qui avait atteint une profondeur de 56m,5o, on s'était arrêté au Tizaouîn, et l'on n'avait traversé, à l'orifice, qu'un banc gypseux de 1 mètre d'épaisseur, de sorte que la puissance des bancs de marne était de 3m,5o. C'est à la partie supérieure de ces bancs que l'on rencontre deux nappes d'eau saumâtre qui obligent parfois, par leur abondance, a renoncer aux travaux.
Le Tizaouîn est un mélange de sable siliceux, de plâtre et d'argile, à structure arénacée; il recouvre une roche gypseuse, rougeâtre et compacte, dite El-Hadjar, la pierre, formée d'un agrégat de petits cristaux lamellaires de gypse d'un blanc jaunâtre, réunis par un ciment argilo-sableux.
La cinquième couche, El-Mazoul, est une argile d'un blanc verdàtre, très compacte et très grasse, au-dessous de laquelle se trouvent les sables aquifères.
La nappe aquifère ne se présente pas toujours immédiatement au-dessous du banc d'El-Mazoul; et l'on a quelquefois 15 à 20 mètres à creuser dans le sable avant d'arriver à l'eau. Le sable que l'on traverse est très-fin et principalement formé de petits cristaux de quartz et de paillettes de gypse que l'on peut confondre avec du mica. Un échantillon venant de Tebesbest a donné, à l'analyse :
Sable siliceux................................... 0gr,4890
Argile.......................................... 0 ,0372
Peroxyde de fer.................................... 0,0645
Carbonate de chaux............................... 0,0494
----------. de magnésie.........,...................0 ,0508
Sulfate de chaux.................................. 0,1220

-----de soude.................................. 0,0100
Chlorure de magnésium............................0,0475

------de sodium................................ 0 ,0186
--------de potassium.............................. 0 ,0025
Eau et matière volatiles....... ................0,1085
TOTAI.......................... 1 ,0000
Auteur : DUBOCQ.
Dans l'oasis de Touggourt, M. le caporal Dhem et M. le capitaine Zickel ont terminé en quelques jours, au diamètre de 25 centimètres, à l'aide d'un petit appareil de sondage manœuvré par des indigènes, vingt-six puits qui avaient été abandonnés par les Rouara, soit à cause de la dureté de la roche gypseuse ou marneuse qui restait à creuser sur 4 à 10 mètres de haut, soit à cause de l'affluence des sables aquifères. Ce résultat montre incontestablement l'avantage de la sonde française sur les procédés primitifs employés par les indigènes. Voici un tableau résumé présentant les résultats obtenus dans la plupart de ces sondages.

SONDAGE D'AIN BOUGUETTAIA N° 2

Profondeur maximum des nappes jaillissantes …70 m
Debit primitif total des nappes jaillissantes P/minutes 240 Ltr
SONDAGE DE LA CASERNE DE TOUGGOURT.
Profondeur maximum des nappes jaillissantes................. 61 m
Débit primitif total des nappes jaillissantes, par minute..........10 lit
Pendant notre séjour à Touggourt, nous avons vu fonctionner dans la cour de la caserne un atelier de forage manœuvré par des indigènes, sous la direction de M- le sergent Dhem.
L'atelier exécutait un puits entièrement neuf, dans la cour de la caserne, à 2m,5o ou 3 mètres au-dessus du niveau ordinaire des puits des jardins.
Le sondage avait été commencé le 30 mars 1861 . Le 30 avril 1861 , il était parvenu à 67 m80 .
A 7 kilomètres sud-sud-ouest de Touggourt, l'on trouve le behar Merdjadja, belle nappe d'eau à 74 mètres d'altitude, de 2 kilomètres de long et 300 mètres de largeur maximum, et qui présente la forme indiquée par les figures 4 et 5.
Sa profondeur est considérable. M. Hauer, qui l'a fait sonder, a trouvé 40 mètres au centre. La température de l'eau est de 21° sur les bords, celle de l'air étant de 21°,66; la faible température du behar vient soit de ce qu'il ne communique pas avec la grande nappe artésienne de Tougourt, soit de l'action réfrigérante de l'air extérieur sur la grande surface du behar, action qui n'est pas contre balancée par un renouvellement assez rapide de l'eau souterraine. Le pourtour du Behar est couvert de joncs, mais n'est pas marécageux; il n'y a qu'une touffe de palmiers à ras du sol, à l'extrémité sud.
L'eau a un goût salé et un peu amer, parce qu'elle n'a pas d'écoulement; recueillie le 16 avril 1861 , elle a présenté la composition suivante (voir le tableau n° 8, analyse n° 90) :
Chlorures de potassium, de sodium et de magnésium....... 6gr,572
Sulfates de chaui et de magnésie.. 4,701
Carbonatede chaux............................. 0 ,162
Peroxyde de fer, silice libre................ 0 ,057
Matière organique........................... Indét.
TOTAL des sels par kilogramme d'eau.11 ,492
Auteur : VILLE.
Cette eau renferme 3gr,152 de sulfate de chaux par kilogramme, c'est-à-dire une proportion bien plus forte que celle que 1 kilogramme d'eau distillée peut dissoudre. Cela tient à sa richesse en sel marin, qui augmente sa solubilité pour le sulfate de chaux.
D'après un nivellement de M. le capitaine du génie Revin, le niveau du behar serait à 5 mètres au-dessus de la plaine qui le sépare de Touggourt. On pourrait donc, à l'aide d'une longue tranchée, utiliser ce behar pour l'irrigation de cultures nouvelles. Afin de juger des ressources dont on pourrait ainsi disposer, il faudrait connaître la hauteur d'eau qui s'évapore annuellement à Touggourt sous l'action des rayons solaires; le niveau du lac étant constant, en multipliant cette hauteur par la surface du lac, on aurait l'approvisionnement annuel disponible et, par suite, le débit moyen par seconde.
On remarquera qu'entre le niveau fg du behar et les plaines latérales ik, cd, il y a un exhaussement du terrain defghi, dû, peut-être, au soulèvement du sol qui a produit le behar. Cet exhaussement est, du reste, très-peu prononcé; et, en raison de la friabilité de la roche gypso-sableuse encaissante, il est impossible de se baser sur la stratification pour en conclure l'existence réelle d'un soulèvement.

ROUTE DE TOUGOURT A OUARGLA.

Nous avons quitté Touggourt le 18 avril 1861, pour nous diriger sur Temacin, avec le regret de laisser sur notre gauche les oasis du Souf, que l'époque avancée de l'année et la durée assignée à notre mission nous ont empêché de visiter. Tous les renseignements qui nous ont été donnés, soit par les indigènes qui ont visité le Souf, soit par MM. Vatonne et Desor, concordent pour placer les sables quartzo-gypseux du Souf dans le terrain quaternaire. M. Desor y a trouvé, à l'état fossile, la mélanie, si répandue dans tout l'Oued Rhir. Les oasis du Souf n'étant pas arrosées par des puits artésiens, leur étude ne nous offrait pas un intérêt aussi immédiat que celle des autres régions du Sahara.
Sur la route de Touggourt à Temacin, à 1,500 mètres sud-ouest de Touggourt, les sables supérieurs sont endurcis et constituent un grès quartzeux, d'un gris blanchâtre, à grains fins. Le même grès se trouve du côté de Meggarin et y a été exploité pour la construction de la caserne de Tougourt. C'est le grès quaternaire que nous aurons plus tard l'occasion de signaler à Chabouniah, dans la province d'Alger. Il constitue le même horizon géologique que les grandes dunes sableuses du Souf et d'Ouargla, dunes qui ne sont autre chose que des bans de grès, sans ciment, déposés dans la mer saharienne.
Le plateau qui règne entre Touggourt et Temacin est la continuation de celui du Koudiat. La stratification est indiquée par des assises intérieures de marnes rougeâtres, les mêmes qu'on rencontre dans les sondages de Touggourt; elle paraît sensiblement horizontale à l'oeil et parallèle au relief extérieur du sol.
Avant l'occupation française, Temacin était la capitale d'un petit Etat indépendant qui souvent était en guerre avec Touggourt, et qui, malgré son infériorité numérique, avait souvent le dessus dans les combats. Nous avons logé dans la kasbah, qui est occupée aujourd'hui par un jeune kaïd soumis à l'autorité française et qui est le fils de l'ancienne sultane noire de Temacin. Après la mort de son mari, celle-ci a régné 14 ans et a glorieusement maintenu son indépendance contre les tentatives d'envahissement du sultan noir de Touggourt; cette femme paraît avoir une cinquantaine d'années ( 18 avril 1861);
elle a les yeux très-vifs, l'air intelligent. Elle est venue au-devant de nous sur la porte de sa maison et nous a serré la main. Puis sa fille est venue en faire autant, accompagnée de deux petits négrillons. La sultane mère a conservé dans sa chute un grand air de dignité.
La ville de Temacin est bâtie sur un mamelon; elle est entourée d'un fossé plein d'eau stagnante et d'une ceinture de faubourgs situés en dehors du fossé. En même temps que nous, est arrivée à Temacin une caravane nombreuse de nomades, venant du côté de Laghouat et apportant des moutons et de la laine qu'elle se proposait d'échanger contre des dattes. Immédiatement , de nombreux moutons ont été écorchés et mis en vente et les issues ont été jetées dans le fossé de ceinture, qui est le réceptacle des immondices de la ville.
L'oasis de Temacin, dont l'altitude est de 71 mètres, est arrosée par un behar, un grand nombre de puits indigènes et trois puits français.
Le behar de Temacin a une forme.assez irrégulière, subrectangulaire, de 500 mètres de long sur 300 mètres de large. Sa profondeur est très-faible sur les bords. Elle est, en un point, de 3 à 4 mètres, sa température est de 2O°,33. L'eau a un goût assez fortement salé. Son débit était de 33 litres par seconde, le 18 avril 1861. Mais il est dû, pour une très-petite partie seulement, à la source qui surgit dans le behar. Ce dernier reçoit en effet le trop plein de toutes les eaux d'irrigation de l'oasis. En été, comme ces eaux sont absorbées en entier par le besoin des cultures, le behar n'a plus d'écoulement. Tous les puits creusés autour du village avaient primitivement une profondeur de 32 à 35 mètres.
Le puits indigène d'Aïn Bab el-Akhdar n° 1 est un puits mort situé sur le bord du fossé de ceinture de Temacin.
Sa profondeur actuelle est de 26m,60; il est rempli d'eau à la température de 23°,50, au goût hépatique, sans écoulement au dehors. Il a vécu huit ans. Il est mort depuis la fin de 1860.
Le puits indigène d'Aïn Bab el-Akhdar n° a est âgé de neuf ans ( 18 avril 1861). Sa profondeur actuelle est de 33 mètres comme à l'origine.
Son débit est de 65 centilitres par seconde à la température de 24°33.
L'eau n'a pas mauvais goût.
A 15 mètres du précédent, se trouve le puits indigène d'Aïn Bab el-Akhdar n° 3, creusé depuis 1859.
Profondeur primitive............. 35m50
actuelle (18 avril 1861). 34 m00
Encombrement du fond du puits...1,50
Débit par seconde................. 1lt,70
Température de l'eau................ 24° 20
Goût potable.

Le puits indigène d'Aïn Bakhedit est situé à l'extrémité nord-est de l'oasis, dans le quartier de Chemorra.
Il est âgé de vingt ans (18 avril 1861).
Profondeur primitive................. 42m,00
actuelle...................... 38 ,70
Encombrement au fond du puitt. 3 ,30
Débit par seconde, moyenne de deux observations.......... 5lt16
Température de l'eau................... 24°,33
Goût nullement désagréable.

L'eau recueillie le 18 avril 1861 a présenté la composition suivante (voir le tableau n° 8, analyse n° 92) :
Chlorures de potassium, de sodium et de magnésium....... 2gr,0355
Sulfates de chaux et de magnésie...................... 1 ,9598
Carbonates de chaux et de magnésie..................... 0,1660
Peroxyde de fer, silice............................... 0 ,0070
Matière organique................................. Indét.
TOTAL des sels par kilogramme d'eau.. 4 ,1683
Auteur : DE MARIGNY.
Cette eau est comparable à celle de Touggourt.
Le puits indigène d'Aïn Feradji est creusé depuis la fin de 1860.

Profondeur primitive...................... 42m,00
______- actuelle ( 18 avril 1861)....... 36 ,50
Hauteur des sables que les retassin n'ont pu enlever.......... 5 ,50
Débit par seconde................................... 12m,00
Température de l'eau............................. 24 ,5o
Ce puits est le plus abondant de tous ceux de Temacin.
Les premiéres excavation à ciel ouvert qui est exécuté , à frais communs par tous les habitants de Temacin pour préparer l'emplacement d'un puits , a de 8 à 13 mètres de diamètre. On descend parfois sans cuvelage à 15 mètres de profondeur, à cause de la ténacité des marnes rouges (Tin). Dès que les éboulements sont à craindre, on boise le puits jusqu'au sol, et l'on remblaye le vide extérieur aux cadres. A Touggourt, l'excavation préparatoire n'a que 5 à 6 mètres de profondeur au plus, parce qu'on y est beaucoup plus gêné qu'à Temacin par les eaux d'infiltration superficielle.
Nous avons vu un puits indigène en creusement, dans l'oasis de Temacin. A la surface, le sol végétal est gris cendré sur 2 mètres environ d'épaisseur. Il est formé de gypse farineux mêlé de sables. Après cela vient une épaisseur considérable de marne rougeâtre ou jaunâtre mêlée de cristaux de gypse, tantôt très-liante et d'autres fois très-mélangée de sables. C'est le Tin des Rouara. Il domine dans tous les puits de Temacin.
Le puits en creusement avait 25 dras, soit 12m, 5o de profondeur. Le meallem était occupé à le boiser; deux khammes étaient à l'orifice du sol pour descendre les bois.
Dans les déblais de gypse farineux gris de la surface déposés autour de l'orifice du puits, nous avons trouvé de petites paludines blanches et des mélanies ayant une teinte un peu jaunâtre. Ce sont les mêmes coquilles qui vivent aujourd'hui dans les sources. Le sol gypseux, très-fin, qui forme le soi de l'oasis, n'appartient pas au terrain quaternaire. Ce sont des alluvions anciennes déposées après les grandes érosions qui ont produit les nombreux plateaux, koudiats et gour, que nous avons eu l'occasion de voir dans le Sahara. La partie supérieure du terrain saharien se compose ici d'un agrégat grossier de cristaux de gypse et de sable bien différent du sol végétal gypseux gris appelé trab, terre, par les indigènes. Aussi l'on ne peut considérer les coquilles d'eau douce indiquées ci-dessus comme caractérisant le saharien. Elles lui sont postérieures.
Un deuxième puits en construction avait atteint la profondeur de 67 coudées (dras), soit 33m,5o. Les déblais accumulés autour du puits se composaient de marne rougeâtre, plus ou moins gypseuse. Parfois la roche est un gypse grenu, marneux, un peu dur, moins dur cependant que celui qui est appelé el-hadjart la pierre.
Un échantillon retiré de ce puits a présenté la composition suivante :
Sable et argile.
Sables quartzeux, silice combinée. ....... 0gr,6890
Alumine.......................... 0 ,0520
Peroxyde de fer..................... 0 ,0380
Magnésie.......................... 0 ,0110
Chaux............................ 0 ,0140
TOTAL. Sable et argile............ 0 ,8040
Carbonate de chaux.....................0gr,0794
Carbonate de magnésie............... Traces.
Phosphates terreux..................... Traces
Sulfate de chaux...................... 0 ,0496
Chlorure de sodium.........................0 ,0044
Eau, matière organique...................0 ,0625
TOTAL......................... 1 ,0000
Auteur : VATONNE.
On voit que c'est un mélange de sable, d'argile, de calcaire et de gypse. C'est le sable qui domine et qui donne le cachet niinéralogique à la roche.
La zaouïa de Temacin est un village religieux situé à 2,600 mètres sud-ouest de Temacin dont il est une dépendance. C'est là que demeure Si Mohammed el-Aïd, chef de l'ordre religieux de Tedjini, " marabout dont on a peine à se figurer la puissance et qui rappelle les évêques souverains du moyen âge, dit M. le général Desvaux dans son rapport sur les sondages de la campage 1856-1857. Ce marabout exerce une grande influence religieuse sur les tribus nomades qui vont jusqu'à Tunis, Rhedames et le Soudan, et paraît complètement dévoué à la France. C'est un homme d'environ quarante ans, très-gros, au type nègre fortement accusé. Il a quatre femmes et cinq concubines. Il appartient à la même famille que le marabout qui réside à Aïn Mahdi, dans la province d'Alger. Depuis l'occupation française, il a fait construire pour lui et deux de ses frères un vrai palais surmonté de grandes coupoles, et où l'on voit de vastes galeries avec des piliers, des balustrades. Le tout est couvert, à l'intérieur, de peintures et de versets du Coran. Grâce à une lettre de recommandation de M. le général Desvaux, dont l'appui nous a été si utile pendant tout notre voyage dans la province de Constantine, nous avons reçu de Sidi Mohammed el-Aïd un accueil très-cordial. Il nous a offert à déjeuner dans une salle ornée à la française avec des divans,
des fauteuils, des pendules et des candélabres, qu'il tient de la munificence de l'autorité française. Pendant que nous mangions le kouskoussou, nous avons été agréablement surpris par un morceau de l'opéra des noces de Jeannette qui fut joué par l'orgue enfermé dans l'une des pendules. Cela nous rappelait, au milieu de la barbarie musulmane, Alger, Paris, la France. C'était un écho affaibli de la patrie lointaine, écho qui vibrait délicieusement dans notre cœur.
Les jardins de la zaouïa sont arrosés par des puits indigènes et deux puits français. Le puits indigène d'Aïn Tarmouts a une profondeur de 42 mètres d'après les Rouara, et un débit de 11it 80 par seconde, à la température de 24°,50.
L'eau est de bon goût.
Le puits indigène du jardin de la mosquée porte le nom d'Aïn Cheikh.
Il a une profondeur de 42 mètres,
Une température de 24°50,
Un débit de 14 litres par minute.
De temps en temps des bulles de gaz crèvent à l'orifice du puits.
Dans le village se trouve le puits indigène de Lalla Fatima.
Profondeur actuelle................. 44m,00
Température de l'eau,..................... 24°50
Débit, par minute.............................14lit00
On voit que les puits de la Zaouïa sont très-peu abondants. Leur débit varie de 14 litres à 108 litres par minute.
M. le général Desvaux, afin d'attacher plus fortement à notre cause Si Mohammed el-Aïd, a fait exécuter trois sondages dans la Zaouïa.
SO.NDAGE D'AIN BARAKA.
Profondeur maximum des nappes jaillissantes............. 66m,oo
Débit primitif total des nappes jaillissantes, par minute...... .32lit00
Le premier est dans la mosquée de Tamelath, C'est l'Aïn Baraka ou source de la bénédiction. Il a été commencé par M. Jus, le 3 décembre 1856.
Un autre sondage, l'Aïn el-Habbab, source des amis, fut entrepris par M. Jus à 110 mètres du précédent, dans les jardins de la Zaouïa. Commencé le 12 février 1867 au diamètre de 35 centimètres, il fut terminé le 5 mars 1858, à la profondeur de 58m,50.
Le sondage d'Ain Touareg a été commencé le 8 mai 1861 par M, Zickel, dans la Zaouïa de Temacin, au diamètre initial de 3o centimètres, et suspendu le 24 Mai 1861, à la profondeur de 51m,66.
Les couches sont analogues à celles des deux sondages précédents. La couche de gypse n° 6 correspond à la couche de marne gypseuse n° 10 d'Aïn el-Habbab. La couche de sable n° 7 correspond à la couche de sable n° 10 d'Aïn el-Habbab. A 48m,68 du sol, on a trouvé à Ain Touareg trois nappes ascendantes qui ont sans doute été masquées, à Aïn el-Habbab, par la nappe ascendante trouvée à 45 centimètres sous le sol. La nappe jaillissante trouvée à Aïn Touareg à 51 m,66, avec un débit de 200 litres par minute, à 24°,40, correspond à la nappe jaillissante trouvée à Aïn el-Habbab à 58m5o.
A l'extrémité sud de l'oasis de Temacin, au delà de la Zouaïa, se trouve le puits indigène d'Aïn Sebkha, au point c de la coupe,
Profondeur primitive...........42m00
Profondeur actuelle (19 avril 1861). 45 ,15
Accroissement de profondeur..... 3 ,15
Débit par seconde.............. 6,38
Température................. 24° ,00
Goût un peu hépatique.
Ce puits est plus abondant que ceux de la Zaouïa, et cela peut tenir à ce que son orifice est à un niveau un peu plus bas. Il est placé en c, au pied d'un plateau g h, paraissant hori-zontal à l'œil, et se composant d'un banc de gypse en cristaux blancs, laiteux, d'un centi-mètre de long, groupés comme ceux du soufre sous forme de rosettes, mais plus petits géné-ralement. Le gypse est jauni par un mélange de sables quartzeux fins. Le banc a 1 mètre environ d'épaisseur. Par le bas, le sable aug-mente et constitue parfois des couches de grès tendre, tantôt blanc, tantôt ferrugineux. Sur les bords du chott ce grès, de même que les gypses supérieurs, présente une pente très-prononcée vers l'Om, A la base du plateau, les marnes dominent. Elles sont d'un gris blanchâtre dans un puits commencé près d'Ain Sebkha et abandonné par suite de l'irruption des eaux parasites.
Le plateau d'Ain Sebkha est découpé au sud-ouest, pour laisser l'assiette du chott au bord duquel est l'oasis de Blidet Amar. Celle-ci est assez importante. Elle compte 500 habitants et 30,000 palmiers et se trouve à 79 mètres d'altitude. Le village est bâti sur le flanc du plateau supérieur.
L'oasis est arrosée par 38 puits artésiens vivants. En admettant, comme pour Touggourt, qu'un litre par seconde soit nécessaire pour 360 palmiers, les 30,000 palmiers exigeront 83lit,33 par seconde, ce qui donne, pour les 38 puits, un débit moyen de 2lit20 par seconde. C'est en harmonie avec ce que nous avons observé sur les lieux.
Le puits indigène d'Ain Fellous est situé dans le village. Il a été creusé en 1860.
Profondeur primitive, 44 dras, soit.. 22m,00
Profondeur actuelle (avril 1861).... 18 ,40
Encombrement au fond du puits. 3 ,60
Débit par seconde................... 1 lt 00
Température de Teau................... 24°00
Goût de l'eau légèrement hépatique, point salé,
Les débris extraits du puits se composent essentiellement de marnes jaunes, rouges, d'un gris clair : c'est le Tin. Au-dessous vient une roche gypseuse d'un gris verdâtre, à très-petites paillettes cristallines : c'est le Tizaouin qui recouvre les sables aquifères.
A côté est un puits mort, qui a vécu 14 ou 15 ans et débite environ 3 litres par minute d'une eau hépatique qui est à la température de 22° et dépose beaucoup de matières blanchâtres. Cette différence de température avec l'Ain Fellous indique que le puits mort est encore alimenté par une petite nappe jaillissante voisine de la surface.
A l'orifice de ce puits mort, sous une couche supérieure de sables quartzeux mêlés de gypse, on remarque une lentille de marne bleue, plastique, parfois fortement colorée en noir par des matières bitumineuses, et présentant entre ses feuillets certaines parties à l'état de charbon de bois friable et d'autres à l'état de charbon roux. C'est un indice de lignite terreux bien peu important, il est vrai, mais qui nous a frappé parce que nous le voyions pour la première fois dans l'Oued Rhir. D'après le cheikh, on aurait également
trouvé les marnes avec indices de lignites dans le puits d'Aïn Fellous.
Le puits indigène d'Aïn Baalal est situé dans l'intérieur de l'oasis. II a été creusé en 1860.
Profondeur primitive................. 22m00
Profondeur actuelle (avril 1861)..... 22 ,00
Encombrement au fond du trou....... 0 ,00
Débit par seconde, jaugé......... 6lit40
Température de l'eau...........................26° ,20
Goût de l'eau, hépatique, point salé.
Au-dessus des sables aquifères on a trouvé un calcaire marneux, blanc, à cassure terreuse, avec quelques mouchetures de jaune, semblable à la carapace calcaire saharienne de la province d'Alger.
Dans le même jardin il y a un autre puits creusé en 1846.
Profondeur actuelle................... 22m,oo _
Débit par seconde.......................... 3lit00
Température de Teau.......................... 23° ,50
Goût bon.
On trouve dans le canal de fuite des mélanopsides, des mélanies et des petites coquilles turriculées.
Le puits indigène d'آïn el-Brari est situé à l'extrémité sud de l'oasis. Il est creusé depuis 1855.
Profondeur primitive, 50 dras, soit.... 25m00
Débit par seconde, environ............ 3lit,00
Température de l'eau.................. 24,33 _
Goût bon.
De petits poissons vivent dans l'Aïn el-Brari, L'orifice de ce puits est à un niveau plus élevé que le village, car nous avons toujours dû monter pour y arriver
A 3o mètres plus au sud, autre puits indigène portant, comme le précédent, le nom d'Ain el-Brari; il date de 1857.
Profondeur primitive, 50 Dras, soit..... 25m,oo
Débit par seconde, environ.................. 3lit,00
Température de l'eau...................... 24° ,33
Goût bon.
Il y a du grès autour de l'ouverture de ce puits.
L'eau recueillie le 19 avril 1861 a présenté la composition suivante (voir le tableau n° 8, analyse n° 93):
Chlorures de potassium, de sodium et de magnésium....... 1gr,7278
Sulfates de chaux et de magnésie... 2 ,1950
Carbonates de chaux et de magnésie... 0 ,0870
Peroxyde de fer, silice.............................0 ,0040
Matière organique............................... Indét.
TOTAL des sels par kilogramme d'eau. 4 ,0138
Auteur : DE MARIGNY.
Dans les puits qui précèdent, la profondeur varie de 22 à 25 mètres. On nous a assuré que, dans les autres puits, elle atteignait parfois 40 mètres, de telle sortet que les puits artésiens sont, en général, moins profonds à Blidet Amar qu'à Temacin, quoique ces deux oasis ne soient séparées que par une distance sud-nord de 7 kilomètres. Ainsi la nappe artésienne principale se rapproche du sol en marchant vers le sud. Comme le plateau de Blidet Amar est le même que celui de Temacin, il est probable que les marnes sableuses ont moins d'épaisseur sous le sol de la première oasis.
L'oasis d'El-Goug est située à 4 kilomètres est de Blidet Amar, à la tète de cette longue série de petits chotts qui aboutissent au grand chott Melrhir et qui constituent, sur la carte, une sorte de vallée où les eaux superficielles courent généralement du sud au nord.
Le temps nous a manqué pour visiter l'oasis d'El-Goug, qui, du reste, a peu d'importance, car elle compte 175 habitants et 4,000 palmiers. Elle est arrosée par trois puits indigènes dont le débit total est d'environ 11 litres par seconde, à raison de 360 palmiers par litre. D'après les renseignements que nous avons recueillis, ces puits ont une profondeur variable de 32 à 37 mètres.
Le puits principal (Aïn el-Brari ) débite 6 à 7 litres par seconde, comme l'Aïn Baalal n° 1 de Blidet Amar. Les deux autres puits sont moins importants, ce qui confirme le débit total de 11 litres par seconde, indiqué plus haut.
C'est à El-Goug et Blidet Amar que se termine la ligne de puits artésiens qui commence à la Gara de Nza ben Rzig. Aux deux extrémités de cette ligne dirigée nord-sud, les sondages donnent les nappes jaillissantes les plus faibles. Dans la région moyenne les débits sont les plus forts et atteignent 4,500 litres par minute, soit 75 litres par seconde.
A Blidet Amar nous avons constaté que les couches sahariennes (quaternaires) plongent a l'Om. en sens inverse du plongement observé au sud de Nza ben Rzig et Bared. La constitution géologique du sol, rapprochée des résultats obtenus dans les sondages, donné dès lors lieu de supposer qu'il existe, entre Nza ben Rzig et Blidet Amar, une grande cuvette artésienne dont les eaux souterraines, coulant du nord-ouest au sud-est, viendraient de la ré-gion saharienne comprise entre Laghouat et l'Oued Rhir. Outre les eaux de pluie tombant directement sur ce plateau et pouvant s'infiltrer dans les couches profondes, il faut compter, comme élément important de l'alimentation des nappes jaillissantes, sur les nappes souterraines qui passent directement des terrains crétacés du Tell dans les terrains pliocène et quaternaire du Sahara. Le bassin de l'Oued Rhir serait à peu près parallèle à celui qui s'étend entre Nza ben Rzig au sud et les collines du Koudiat Dohor au nord. II est dès lors probable que les sondages pourraient réussir à l'est de l'Oued Rhir, sur la route du Souf, dans les points dont l'altitude ne serait pas trop élevée. Un bon nivellement et une étude géologique des lieux permettraient sans nul doute de déterminer, dans cette direction, de nouveaux points où les sondages offriraient des chances de succès.

ROUTE DE BLIDET AMAR A OUARGLA.

De Blidet Amar, nous nous sommes dirigé sur Bardad, ancienne oasis entièrement ruinée, située à 34 kilomètres vers le sud-ouest. On entre d'abord dans des dunes de sables quartzeux, avec petits fragments de cristaux de gypse. Les vagues de sables n'ont que 3 à 4 mètres de hauteur au plus. On trouve Les débris de calcaire d'eau douce se trouvent sur les plateaux a b ef qui
sont à la même hauteur, et sur le plateau intermédiaire c d, qui est à 2 ou 3 mètres au-dessous. Il y a donc plusieurs couches de ce calcaire intercalées dans les sables gypso-quartzeux. La Gara Debdeba g est un gros témoin de la formation gypso-sableuse. Le plan supérieur du haut plateau saharien s'abaisse d'Aleb el-Mourara vers Bardad. Cela indique que le plateau d'Aleb el-Mourara correspond à l'extrémité méridionale de la grande cuvette de l'Oued Rhir.
Les sables que l'on trouve plus au sud, en se rapprochant de Bardad, appartiennent à des bancs non agrégés de sables gypseux déposés sous les eaux de la mer saharienne. Le relief en forme de dune s'est produit sur place par l'action des vents après que les terrains ont été exondés. Cette origine des dunes est dé-montrée jusqu'à l'évidence par les petits té-moins gypseux qu'on rencontre sur la route de Bardad au milieu des sables quartzeux et au niveau des dunes.
A quelques kilomètres de Bardad on trouve sur la route le puits dit Bir el-Melah, situé au milieu d'une dépression de 100 mètres de diamètre, encaissée de 5 mètres au milieu des sables quaternaires.
Ce puits donne de l'eau à 3 mètres sous le sol de la dépression.
Plus près de Bardad il y a un autre puits, dit Bir Aïn Bardad, qui, à la profondeur de 1m,5o, donne de l'eau potable, à la température de 20°,66.
Bardad est situé à 64 kilomètres sud-ouest de Touggourt, sur la route d'Ouargla. C'est une ancienne oasis détruite par les Touaregs, et qui avait été fondée par les Béni Mzab. S'il faut en croire les traditions, elle était renommée dans tout le sud pour la beauté de ses fruits. Des ruines d'habitations, des troncs de palmiers, une source salée parmi les roseaux qui bordent le chott près duquel elle était bâtie, voilà tout ce qui reste de Bardad. Un sondage a été entrepris sur les bords du chott, pour rendre plus faciles les communications de Touggourt avec Ouargla et reconnaître les rapports qu'il pouvait y avoir entre les bassins artésiens des deux régions sahariennes dont ces villes sont le chef-lieu.
Le détachement de M. Lehaut arriva à Bardad le 26 avril 1859. Les premières journées furent employées à l'installation des hommes. Ils se construisirent de bons gourbis avec les grands arbustes qu'on trouve en grande quantité dans cette partie du Sahara. C'était un travail indispensable, car déjà le thermomètre montait à 40°, et il était impossible de demeurer sous les tentes.
Le premier coup de sonde fut donné le 28 avril 1859, sur le bord méridional du chott de Bardad. On était, le 2 mai, à 9 mètres de profondeur, dans un terrain gypseux, lorsque, par suite des mouvements de troupes qui eurent lieu à cette époque dans l'Algérie, M. Lehaut reçut l'ordre de ramener le détachement du 99e à Batna .

SONDAGE DE BARDAD EXECUTE PAR M- ZICKEL.

Profondeur maximum des nappes jaillissantes............. 66m.48
Débit primitif total des nappes jaillissantes, par minute...... 50lit,00
Un nouveau sondage fut commencé par M. Zickel auprès du précédent, le 16 juin 1861, à 101 mètres d'altitude, au diamètre initial de 35 centimètres. Il a été terminé, le 21 avril 1861, à 94m,95, après avoir rencontré les couches suivantes :
Cette coupe ne présente que des alternances de gypse compacte ou cristallisé et de sables quartzeux rouges, plus ou moins fluides. Elle diffère de celle des sondages de l'Oued Rhir par la présence de couches régulières et épaisses de gypse à 27m,00 du sol. Le gypse forme du reste, des buttes très-élevées au-dessus de l'orifice du sondage. A 54m,03 du sol on a trouvé trois nappes ascendantes, dont le niveau d'eau s'est élevé graduellement de 9cm90 à 40 centimètres au-dessous du sol. A 66m,48, on a trouvé une nappe d'eau jaillissante, salée, dont le débit a augmenté jusqu'à 50 litres par minute, à mesure qu'on s'approfondissait dans les sables.
L'eau du puits artésien de Bardad, recueillie le 20 avril 1861, alors que le sondage était à 90m75, a présenté la composition suivante (voir le tableau n° 8, analyse n° 94)
Chlorures de potassium et de sodium....7gr2740
Nitrates........................................ Traces
Sulfates de soude, de chaux, et de magnésie.............. 5 ,0867
Carbonates de chaux et de magnésie................... 0,1200
Peroxyde de fer, silice................... 0 ,0100
Matière organique......................... Indet
TOTAL des sels par kilogramme d'eau. 12 ,4897
Auteur : VILLE.

Un kilogramme de cette eau renfermé 6gr,17 de sel marin. Aussi la nappe jaillissante de Bardad a un goût fortement salé et est impotable. Elle diffère essentiellement, par sa composition et son débit, des nappes jaillissantes de l'Oued Rhir et d'Ouargla. C'est une raison de plus pour admettre que ces trois régions artésiennes correspondent probablement à des cuvettes essentiellement différentes.
Le chott de Bardad est à 91 mètres d'altitude. Il se compose de deux dépressions de 4 kilomètres de longueur chacune et de 1,500 mètres de largeur maximum, séparées par un léger ressaut devant lequel se trouve le sondage. Le sol de ces dépressions, sur une largeur de 1,000 mètres environ, perpendiculaire à la direction générale nord-nord-est, sud-sud-ouest, est formé par une couche de sel marin dont l'épaisseur maximum s'élève à 30 centimètres. Dans une tache blanche de 10 mètres de diamètre, qui est au centre du chott, on remarque au-dessus du sel marin une couche de cristaux de gypse d'un blanc laiteux, en tables parallélogrammiques de 1 centimètre de long sur 2 à 3 millimètres de large et 1 à 2 millimètres d'épaisseur. C'est un fait fort curieux, puisque le sulfate de chaux, qui est moins soluble que le chlorure de sodium, est cependant au-dessus de ce dernier. Cela peut venir de ce que la couche de chlorure de sodium s'accroît de bas en haut par des cristallisations successives de la nappe d'eau salée qui imprègne les Sables du fond du lac.
Le chott de Bardad est limité au nord par des collines gypseuses; parfois le gypse est blanc, farineux. D'autres fois il est plus solide et composé de cristaux enchevêtrés. La surface en est blanche, laiteuse et mélangée de cal-caire. On voit au milieu du gypse quelques rognons testacés de calcaire d'eau douce ou de calcédoine transparente. Parfois les sables quartzeux jaunâtres se mêlent au gypse et produisent, par suite de l'action désagrégeante et corrosive des eaux pluviales, des buttes arrondies qui s'élèvent à 6 ou 8 mètres au-dessus du niveau du chott. Sur la corniche qui correspond au sommet des buttes, on trouve en grand nombre, à l'état fossile, au milieu des sables quartzo-gypseux, la melania taberculata, qui vit encore dans les eaux arté-siennes de l'Oued Rhir. Le plus souvent, la bouche de ces mêlanies est brisée, ce qui témoigne d'un transport par les eaux.
Au moment de notre départ de Bardad, le temps était couvert et le siroco commençait à souffler. Cependant, grâce à là connaissance des lieux, possédée à merveille par M. le lieutenant Zickel, nous persistâmes dans notre voyage. Mais nous eûmes à subir, au milieu des dunes de sable comprises entre Bardad et El-Hadjira, une bourrasque, des plus violentes soufflant tantôt du sud-est, tantôt du sud-ouest. Le sable que le siroco nous chassait avec force , contre le visage rendait la marche très-pénible. L'atmosphère était obscurcie à tel point, qu'on ne voyait rien à deux pas devant soi; parfois la tourmente était si puissante, qu'il fallait nécessairement s'arrêter en tournant le dos au vent. Nous reprenions ensuite une marche incertaine, groupés aussi près que possible les uns des autres. Notre chaouch, qui était resté en arrière avec les bagages, s'est écarté insensiblement de notre petite caravane; et, lorsque celle-ci fut arrivée à El-Hadjira, après une marche de deux heures au milieu des sables, nous constatâmes avec effroi l'absence de ce pauvre garçon. Heureusement la tempête s'était un peu calmée, l'horizon s'était découvert. On courut de tous côtés à la recherche du chaouch, qui fut retrouvé seul, égaré au milieu des dunes, et dans une position des plus critiques pour lui, étranger au Sahara. Enfin, Dieu aidant, nous nous revîmes tous sains et saufs à El-Hadjira, où nous arrivâmes à midi et demi. Nous comprîmes, pendant cette matinée, les récits lamentables des voyageurs racontant les souffrances des caravanes noyées dans les sables du désert par la violence d'une tempête de siroco. Sans doute les dunes de sables sont un véritable danger pour les caravanes qu'elles peuvent engloutir, lorsque les vents soulèvent leurs vagues jusqu'alors immobiles ; mais, au point de vue de la dune, le changement produit est bien peu sensible. Le déplacement général de la masse est nul ou presque nul. Les ossements blanchis des caravanes englouties autrefois dans une tourmente et qui reparaissent au jour plus ou moins longtemps après, montrent bien que la masse inférieure de sable n'a pas bougé et que le relief extérieur de la dune avait seul été modifié par le vent. Cette opinion sur l'origine première des sables qui constituent les dunes du Sahara s'est formée graduellement dans notre esprit pendant notre voyage dans le Sahara, et nous aurons plus loin l'occasion de revenir sur ce sujet et d'apporter de nouvelles preuves à l'appui de notre système, qui diffère complètement de celui qui est généralement admis par la plupart des voyageurs qui ont exploré les déserts de sable de l'Afrique

Le village d'El-Hadjira est mieux bâti qu'aucun de ceux que nous avons vus dans l'Oued Rhir. Les murs sont en moellons de gypse recouverts par un mortier de gypse cuit. Nous y avons été reçus avec cordialité par le frère du marabout de Temacin. C'est un nègre grand et gros, marabout comme son frère, mais qui est loin d'avoir la même influence religieuse sur les populations sahariennes. Le village est bâti sur une corniche gypso-sableuse, à 136 mètres d'altitude, qui termine à l'ouest la région des dunes dans laquelle, le siroco nous a fait tant souffrir.
L'oasis d'El-Hadjira se trouve au pied du village, à 116 mètres d'altitude. Elle ne renferme que 2,500 palmiers. Elle se compose de petits jardins enfouis le plus souvent au milieu d'une plaine de sables rouges, à des profondeurs variables qui atteignent parfois 4 mètres. On parvient ainsi, en dénudant le terrain, à planter le palmier dans une nappe d'eau d'infiltration qui se trouve à 4m 50 sous le sol. Les puits sont maçonnés dans la partie haute pour maintenir les sables mouvants. On puise avec une guerba en cuir , dont le fond se termine par un boyau vertical couvert à son extrémité supérieure. Une cordelette , passant sur un rouleau établi au niveau du sol, sert à tenir le boyau relevé, lorsque la guerba est remontée par une grosse corde qui s'enroule sur une poulie établie au-dessus de l'orifice du puits; on tire à la main l'extrémité commune aux deux cordes qui viennent s'attacher à un petit morceau de bois , et l'on s'éloigne horizontalement du puits. Lorsque le puiseur est arrivé à l'extrémité de la course, la guerba est au-dessus de l'orifice du puits. Le boyau s'allonge horizontalement par dessus le rouleau et déverse l'eau dans le bassin latéral . Quand la guerba est vide, on marche vers le puits et la guerba descend.
Ce moyen de puisage, que nous verrons pratiqué sur une très-grande échelle dans les puits profonds du pays des Béni Mzab, est très-ingénieux, en ce que le déversement de l'eau se fait tout seul par un mécanisme d'une grande simplicité.
La figure 6 montre l'excavation d'un jardin de palmiers gh au-dessous du sol naturel abcd qui constitue un plateau inférieur dominé, à 20 mètres de hauteur, par la corniche e sur laquelle est bâti le village d'El-Hadjira. Des murs de soutènement b, c, maintiennent les parois de sables rouges qui encaissent les jardins. On voit que les habitants d'El-Hadjira ont conquis leur oasis sur les sables par un travail opiniâtre et bien capable d'effrayer, sous la chaleur presque tropicale du Sahara.
L'oasis d'El-Hadjira ressemble en petit aux oasis du Souf et se trouve dans les mêmes conditions géologique et géographique. L'assise sur laquelle est bâti le village est une roche gypso-calcaire, blanche ou rougeâtre, de 0,50 m d'épaisseur. Elle recouvre une énorme épaisseur de sables rouges, quartzeux, fins, semblables à ceux qu'on a retirés du forage de Bardad et ren-fermant des agglomérations de petits cristaux de gypse jaune de miel, et des espèces de baguettes d'un blanc de lait, tantôt pleines, tantôt creuses, qui ont un diamètre variable de 2 à 10 millimètres, une longueur de plusieurs centimètres, et qui sont un mélange de gypse et de sable quartzeux. Le sol de la dépression cd est rouge et sableux. On y trouve disséminées de nombreuses petites concrétions rougeàtres, grosses au plus comme une noisette, à surface extérieure mamelonnée, irrégulière, composées de petits grains de quartz agglutinés par un ciment calcaire rougeâtre.
Les rivières des Béni Mzab coulent en général du nord-ouest au sud-est, et vont se jeter dans une vaste dépression dirigée du sud au nord, entre Ouargla et El-Hadjira. A partir d'El-Hadjira, cette dépression marche du sud-ouest au nord-est, jusqu'à Touggourt. Elle reprend ensuite de nouveau la direction sud-nord, entre Touggourt et le chott Melrhir où elle aboutit. C'est le résultat d'une grande denudation éprouvée par le terrain quaternaire. Sa largeur n'est que de 4 kilomètres environ auprès d'El-Hadjira, et elle est comprise entre deux corniches bien accentuées, celle d'El-Hadjira au sud-est, celle de Taïbet au nord-ouest.
La corniche b de Taïbet est formée, sur un mètre d'épaisseur, par du gypse blanc constituant une roche compacte, à cassure terreuse. Au-dessous viennent des sables quartzeux, rouges, tenaces, traversés par des concrétions blanches, tubuleuses, verticales, reliées par des tablettes horizontales de même nature. Sur les flancs de la corniche b, les sables produisent parfois des escarpements verticaux de 5 à 6 mètres de hauteur.
Le plateau gypseux supérieur a b paraît sensiblement horizontal à l'œil, parce que son relèvement vers le nord-ouest est très-faible. Il forme la continuation du plateau supérieur ef d'El-Hadjira. L'oasis de Taïbet renferme 5,000 palmiers. Elle est arrosée, comme celle d'El-Hadjira, par des puits non jaillissants de quelques mètres de profondeur. Dans les sables rouges de Taïbet, il y a de nombreuses concrétions de calcaire rougeâtre mêlé de sable quartzeux. Tantôt elles sont à l'état de plaquettes, tantôt elles forment des espèces de cailloux de la grosseur d'un œuf de poule, semblables à certains échantillons trouvés dans le sondage de Bardad.
Le bas-fond dn, compris entre El-Hadjira et Taïbet, est couvert de dunes en certains endroits.En d'autres points, on voit de nombreux cailloux roulés, de silex bruns ou noirs qui atteignent la grosseur du poing. Ces mêmes cailloux, mais plus petits, se retrouvent sur le plateau ah, où le gypse leur servait de gangue. Il est probable que ce sont les éléments d'un poudingue qui se présente, à différents niveaux, dans la formation saharienne; et, en effet, nous en avons observé plusieurs agglutinés par un ciment de carapace calcaire d'un blanc grisâtre, mélangée de grains de quartz.
Au nord-ouest de Taïbet, une denudation de 20 kilomètres de longueur sur 12 kilomètres de largeur maximum a produit, dans le haut plateau ab de la figure 7, une grande dépression qui s'ouvre en face d'El-Hadjira, et dans laquelle se trouve l'oasis de Taïbin, qui compte 1,500 palmiers et celle d'El-Alia qui compte 1,000 palmiers.
Ces deux oasis sont arrosées, comme les précédentes, par les eaux d'une nappe qui circule à une faible profondeur sous le sol.