El Djamaa - L'Ecole coranique

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LES ECOLES CORANIQUES.

On appelle msid (ou djâma) l'école coranique de la ville ou du village, installée dans une chambre, ou quelquefois dans une petite mosquée. La chri 'â est l'école coranique du douar, chez les nomades ou demi-nomades; elle a d'ordinaire pour abri une tente. Le msid et la chrî'à sont diriges par un seul maître, qui enseigne le Coran aux enfants.
Le maître d'école sait le Coran par cœur, c'est généralement son seul titre; il a lui aussi, fait ses études dans une école coranique. On l'appelle Taleb ou Anaam Sidi à la campagne.
L'enseignement au msïd ou a la chrî'à n'est pas gratuit, mais le taux de la rétribution scolaire n'est pas fixe; il est laissé au bon plaisir des parents, qui donnent selon leurs moyens. Dans les villes, les gens aisés donnent jusqu'à cinq francs par mois, les autres donnent moins, les pauvres peuvent même ne pas payer. Dans la campagne, le paiement se fait à l'année et en nature, pour toutes les familles du douar, au moment de la récolte. Dans les deux cas d'ailleurs, les parents de l'élève doivent faire des cadeaux au taleb, à l'occasion de certaines fêtes musulmanes et lorsque l'enfant a terminé l'étude de chacune des portions, qui servent de divisions dans l'étude du Coran.
Le msid ne réunit pas toujours les conditions d'hygiène nécessaires, et les enfants sont parfois enfermés trop nombreux dans une salle trop petite.
Le jeune Musulman entre à l'école coranique vers l'âge de 5 ou 10 ans et y reste tant qu'il ne sait, pas tout le Coran par cœur. à moins que les parents jugent à propos de le retirer avant la fin de ses études. L'enfant doué d'une assez bonne mémoire met de 5 à 10 ans pour apprendre le Coran.
A son entrée au msîd, l'élève est muni d'une planchette, d'un encrier (Douaya) et d'encre (çmaq): le maître lui fait des plumes en bois de roseau ( Klam).
Après avoir appris à lire et à écrire les lettres de l'alphabet arabe et les signes voyelles, " Alif La Chiya ALih - El Ba Nokta Man Taht - Eta Thnin Man Foug - W Etha Thlatha Man Fog - W El Ha La Chiy Aliha - W El Jim Nokta Man Taht - W El Kha Nokta Man Fog - W Edel La Chiya Alih - W Edhel Nokta Man Fog - …etc. ,le maître fait écrire à l'enfant la première sourate du Coran, El fâtiha et la lui fait apprendre par cœur. On continue de même pour les autres sourates. Lorsque l'élève sait la sourate ou le fragment de sourate qu'il a écrit sur un côté de la planchette, il écrit la suite de l'autre côté et l'apprend, tout en revisant la leçon précédente, écrite au verso.
La durée des classes est de 8 à 10 heures par jour à la ville et de 12 à 15 heures à la campagne. A la campagne, le maître d'école célibataire couche dans la classe, ainsi que les élèves étrangers au douar ou au village.
L'enfant apprend ainsi par coeur, sans en omettre une voyelle, le Coran tout entier, sans en comprendre un mot, car il lui est interdit de chercher à comprendre ce texte sacré, et le maître d'école se garde bien de le lui expliquer; il en serait d'ailleurs le plus souvent incapable, et s'il le pouvait, il croirait faire acte d'impiété en interprétant la parole d'Allah.
La peine corporelle, la correction à coups de baguette, par le taleb, est la seule punition en vigueur dans ces écoles. Le père, loin de se plaindre de la rigueur du maître d'école, l'encourage à frapper fort :" tue, le dit-il, et moi j'ensevelirai ".
Dès son entrée à l'école coranique, le jeune écolier est soumis à une série de rites ayant pour objet de lui rendre la divinité propice, et de lui faciliter la mémoire pour qu'il retienne vite et bien le livre d'Allah. La façon de réciter, l'imposition de certaines formules, la nature de certains cadeaux, la manière d'enduire la planchette et de l'orner à certains jours, la façon dont le maître administré la correction, la nature même de la baguette qui sert à frapper le mauvais élève, etc., ont une influence occulte, mais certaine, sur la conciliation des faveurs divines.

La présence seule de l'école coranique dans un douar ou un village est considérée comme une source de bénédictions pour les habitants. Et les familles qui n'envoient pas d'enfants à cette école, contribuent pour une part au paiement du maître d'école, pour participer, elles aussi, aux grâces attachées à l'établissement.
Quand il s'agit du texte d'un livre sacré, comme le Coran, le pouvoir surnaturel qui s'y rapporte est encore bien plus grand et l'on sait que des versets du Coran tracés sur un morceau de papier constituent de puissants fétiches, de précieuses amulettes, capables de délivrer de la maladie, de protéger contre le malheur et les mauvaises influences. Les mots et les versets du Coran ont une valeur magique par eux-mêmes bien plus encore par leur signification. Aussi bien Allah ne permet-il pas à quiconque de retenir dans sa mémoire le Livre qu'il a révélé au dernier des Prophètes envoyé aux humains! Ceux auxquels il accorde cette faveur sont ceux qu'il juge dignes de ses bienfaits et auxquels il communique par conséquent une parcelle de sa puissance. Le Musulman qui arrive à posséder le Coran dans sa mémoire, passe donc aux yeux de tous pour un favorisé d'Allah.
Le taleb, ainsi formé, se borne d'ordinaire à mener une existence de bénévole ; Il vit pour ainsi dire de la charité publique; il se fait payer les amulettes qu'il écrit pour ses coreligionnaires; il se contente de cette existence de medecin-charlatan, lorsqu'il ne se sent pas le courage d'ouvrir à son tour une école coranique.

LES ZAOUIAS.

lundi 11 octobre 2010, 10:16

Nombreux sont les gens pour lesquels le mot zaouïa est synonyme d'école musulmane; on désigne aussi en Maghrib (depuis la fin du XIII° siècle de J.-C. environ), un groupe de constructions élevées autour ou auprès du tombeau d'un saint vénéré. Ces constructions comprennent les appartements du marabout descendant du saint défunt et de ses serviteurs, des logements pour les pèlerins venant visiter le tombeau et pour les voyageurs de passage, qui y sont hébergés, une école où l'on enseigne, suivant les cas et les capacités des professeurs, le Coran, la théologie, le droit et quelquefois la grammaire, la rhétorique, la logique, etc. Les étudiants étrangers à la ville ou au village, siège de la zaouïa, sont également logés et hébergés sur le produit des offrandes pieuses déposées par les fidèles entre les mains du mokaddem ou chef de l'établissement, ou aussi à l'aide des revenus des biens (habous), abandonnes entièrement au profil de la zaouïa.
Par extension, le mot zaouïa en est arrivé aussi à désigner l'ensemble des appartements formant le siège d'une confrérie religieuse. Ces bâtiments comprennent aussi quelquefois une ou plusieurs salles de cours. On appelle infime zaouïa la simple chambre dans laquelle se réunissent les membres d'une confrérie religieuse, pour y répéter ensemble, des centaines de fois de suite, la formule pieuse ou dhikr de la confrérie.
La Zaouïa est en somme, comme on l'a dit, une sorte de monastère ou l'on se livre à la prière et à l'étude des choses de la religion. Il semble bien que la zaouïa ait remplacé le ribât, qui était, dans les premiers siècles de l'Islam, un couvent de moines guerriers qui, tantôt faisaient des incursions dans le pays des infidèles, et tantôt s'instruisaient dans la science religieuse.
Dans le département, c'est le mot djamà que l'on emploie d'ordinaire pour désigner une école. Ce mot djamà (qui réunit) signifiait au moyen-âge " mosquée-cathédrale "; il a pris, dans le langage populaire moderne, le sens de " mosquée " et de " salle de classe " et, pour éviter la confusion, on dit alors djamà-ç-çalat (salle de la prière) ou djamà-l'-qiraya (salle de l'étude).
Que l'on désigne ces sortes d'écoles sous le nom de Zaouias ou de Djawamas, renseignement que l'on y donne, peut être, soit le simple enseignement coranique, comme dans les msids, soit un enseignement plus étendu.