El A'ars - Le Mariage

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El A'ars - Le Mariage


Henri Potier -
Quand on choisit une fille pour un garçon, la mere du garçon dit si elle accepte ou n'accepte pas la fille qu'a choisie le père. Si la mère ne la veut pas, la parole du père ne vaut rien, car la mère sait que sa propre vie sera d'être toujours ensemble elle et cette petite que le père veut faire entrer dans la maison. Les femmes connaissent ce qu'il y a dans les maisons mieux que les hommes. Elles ne sortent jamais de leur maison mais, par-dessus les terrasses,
quand elles causent avec les voisines, elles apprennent beaucoup de choses. 11 y a aussi les vieilles, qui sont les sSurs du diable et qui s'introduisent entre les pierres du foyer et la marmite, elles répètent (tout ce qu'a vu leur oeil et tout ce qu'a entendu leur oreille. Les femmes savent ce qu'il y a dans la fille que le père prend pour son fils. Si la fille ne leur plaît pas, elles ne craignent pas d'annuler son choix. On ne prend pas une fille qui ne plaît pas à sa belle-mère. Pour la fille, le mieux est d'être bien avec sa belle-mère plus qu'avec son mari parce qu'elle reste avec elle plus qu'avec son mari. Elle reste à travailler avec sa belle-mere tout le long du jour et ne voit son mari que le soir lorsqu'il revient de son travail. C'est cela que l'on désire pour la tranquillité de la maison .
Ce sont toujours les vieilles, les grand-mères et les mères qui choisissent la fille. Pour un mariage, on cherche parmi les cousins germains ou dans l'Aarch, parce qu'ils se connaissent bien entre eux. On ne regarde pas ce que veut le garçon, mais on considère la richesse et l'origine.
Une fille ne peut avoir d'avis quant au choix du mari .
Le jeune homme ne peut désigner à son père celle qu'il aime, mais il peut le dire à sa mère. Ou bien les siens s'aperçoivent du fait et s'en rendent compte par l'envoi (que le garçon fait) de petites choses à l'être aimé, par exemple un flacon de parfum ou une bague.
Les deux familles des enfants parlent de mariage quand les enfants sont encore petits. Pour célébrer les noces, ils attendent qu'ils aient grandi ou qu'on ait réuni l'argent. Les mariages ont lieu en même temps afin de se soutenir les uns les autres. On se marie au printemps après la vente de la récolte de dattes ou, parfois, en automne après la récolte des céréales .
Alors la poudre éclate. Pour le " jeu de la poudre " , il faut une permission du caïd et de l'Administration. Pendant le mariage a lieu la visite aux " marabouts " situes à l'extérieur ou dans les autres fractions ; c'est une tournée obligatoire pour les maries et les mariées .
L'heure venue du départ de la future mariée au domicile conjugal (El Hadjba) ou elle doit passée une semaine avec son marie ,on prépare la Djahfa ( Bassour) ou pour ce qui ne possédait pas de chameau , un mulet ou une charrette , la jeune mariée est soulevée par son oncle ou son frère pour ne pas effleurer la terre envelopper dans un burnous en la met sur le dos du chameau ou du mulet.
le dernier jour de mariage chez le mari ,parce que le mariage durait toute une semaine ,le dimanche les Ranayets vont chez la mariée (jour de la noce),et le jeudi chez le mari (Nhar El Khrouj) et la mariée est invitée à danser aux deux fêtes .Chez ses parents son visage est couvert avec le foulard rouge et Tabba El Khadra (Bakhmar),on lui accroche des billets d'argent à son foulard au niveau de la tête et sur ses épaules .Le jeudi elle est bien coiffée maquillée et habillée par les femmes proches de sa famille .Elle porte un Jebin en or ou argent sur le front et on lui accroche des billets d'argent comme chez ses parents mais on amène un petit garçon pour qu'il lui mette une ceinture en or autour de la taille et la ferme :on croit en faisant cela que la femme aura des garçons ou au moins son premier sera un garçon ,
Quand la mariée termine sa danse on ramasse l'argent qui lui a été offert et on le remet selon le jour soit à sa mére soit à sa belle mére .

Rbit Ala Thaniya - Lier Les Filles

Lier Les Filles
Serrer un fils , ou faire le nœud de la fille ,cela veut dire simplement que l'homme devient impuissant sexuellement devant sa partenaire légitime ou sa future mariée ou une fille qu'il désire violer . Ceci fait, la mère serre ce fil dans un sachet à amulettes en cuir qu'elle suspend sur sa poitrine. Le matin du jour du fil, elle sort le dit fil de son sachet. Avant que les femmes n'arrivent, elle le donne à sa fille, en lui disant : " Tiens, enfonce-le dans l'eau qui reste de la teinture et dis : je suis fil, toi tu es fil. " La mariée s'exécute en disant : " Je suis fil ", et c'est elle qui va devenir comme un fil mouillé et non plus l'homme ; " toi, tu es fil ", c'est le marie qui va devenir solide comme un mur.
Si la mere a lié sa fille quand elle était encore petite, aujourd'hui qu'elle est devenue grande et qu'elle entreprend de se marier, il est nécessaire qu'elle soit déliée. Si la mère n'avait pas délié sa fille au jour du transfert, son mari ne parviendrait pas à la déflorer : un fil mouillé peut-il percer un mur très dur ?
Ce n'est pas toujours sa mère, celle qui l'a mise au monde, qui lie la fille quand elle est petite, ce peut être sa mère d'éducation ou une tante paternelle ou maternelle. Ne délie la fille que la personne qui l'a liée. Elle garde le fil caché jusqu'au matin du " jour du fil " pour la délier. C'est la mère qui lie sa fille quand elle n'a pas trouvé une autre femme pour le faire.
Certains hommes n'acceptent pas de donner à leurs enfants une "mère d'éducation ". C'est pour cela que la mère elle-même les élève chez elle. Si elle a beaucoup de filles, elle les lie elle-même. Pour cette ligature, chaque fille a son fil et, pour reconnaître celui de chacune, la mère leur fait des marques : pour la première fille, elle fera un nœud à son fil ; pour la deuxième, deux nœuds ; pour la troisième, trois, et ainsi de suite. La fille puinée a un nœud de plus que sa sœur qui la précède.
Toutes les femmes de Touggourt ne lient pas leur fille de cette façon. Certaines les lient au piquet d'attache d'une chèvre, à un métier & tisser, dans un sachet d'étoffe et de bien d'autres manières que connaissent les femmes qui s'occupent des filles.
La ligature des filles par le piquet d'attache d'une chèvre se fait aussi, quand elles sont petites. Les femmes arrachent le piquet auquel est attachée une chèvre, versent du sable fin de dune dans le trou. Une fois le trou rempli de sable, la fille vient uriner dessus, puis on remet le piquet à sa place. Depuis ce moment-là, le piquet en question ne sera pas arraché jusqu'à ce que cette fille se marie. Alors on l'arrachera et la fille y urinera pour être déliée. Pendant cette opération, pas un mot n'est proféré. On ne délie pas toujours le jour même du fil, mais quand on veut avant le transfert.
Pour la ligature par le métier à tisser, les femmes prennent du fil de trame, le placent sur le métier, montent celui-ci et le disposent comme il faut. Cela fini, on amène la fille, on la fait passer à travers les fils de chaîne. Après son passage, on coupe bien les fils sur le métier car, si le dernier jour il manquait un bout de fil à peine long comme un crochet de quenouille, la fille ne serait pas déliée. Le dernier jour donc, avant que la fille ne se rende à sa retraite, on lui monte un métier et on la délie en la faisant passer au travers, selon le rite de la première fois. On fait tout cela sans dire un mot.

LES CEREMONIES DE MARIAGE A TEBESBEST

  • Il n'est pas aussi simple de se marier en pays berbére qu'on le pourrait supposer.L'amour tel que nous le concevons se manifeste rarement , c'est une affaire et l'on en discute longuement les conditions .

Cette discussion, te chert', se passe à la maison paternelle du fiancé. Là sont déjà réunies trois ou quatre personnes de sa famille auxquelles viennent bientôt se joindre le père de la fiancée , ou son représentant légal, sa mère et ses tantes.
Dés le lendemain, il doit aller sur le souk acheter les objets indiqués; s'il est honnête, Il dépense intégralement la dot reçue.
On ne se fait d'ailleurs pas faute d'examiner soigneusement ses emplettes dès qu'il les rapporte.
Le futur époux, accompagné de ses deux mezouar, ses garçons d'honneur, parcourt le village, s'arrêtent à la porte de chacun de ses amis. Il les convoque pour aller chercher le bois nécessaire à la cuisson de tous le couscous qui sera consommé pendant les fêtes du mariage.
Les jeunes gens mettent une hâte relative à faire ce travail est tant qu'il durera , la premiere partie de la nuit sera occupée à des chants et à des danses . La provision terminée selon un rite bien réglé , les cérémonies du mariage commence ; elles dureront sept jours .
Premiére journée : N'har El Hedjba , Jour de l'isolement .
Les pères ont acheté du blé; de plus, ils ont publié l'èvenement en faisant porter ostensiblement des cadeaux et un demi mouton à la maison de la fiancée.
Aussitôt, quatre ou cinq femmes des deux familles sont allées voir leurs voisines et leurs amies pour les prier d'aider a broyer le couscous. En groupe, elles se rendent dans l'une des maisons en fête et en reviennent chargées de deux ou de quatre litres de blé. De retour chez elles, elles s'accroupissent devant le moulin et une sourde rumeur de grains broyés emplit le village. Mais des voisines viennent aux nouvelles, on délaisse la tâche pour laquelle on a un délai de quarante-huit heures .
Papotages et médisances sont interrompus par des you-yous. Ces z'gharit font se lever toutes les femmes : on porte, en grande pompe, le trousseau dans la maison de L'a'roussa, la fiancée, et des robes pour toutes ses parentes et servantes ; il est de règle que l'âris, fiancé, habille a neuf toute la " maison " de sa future épouse. Ensuite, on distribue des dattes aux porteuses et l'on prépare la kasra, la galette de froment pour le repas de noce.
Le futur mari n'a pas perdu son temps ; il s'est installé dans la dar el hedjba, la maison de l'isolement, qui appartient à un membre de sa famille ou lui est prêtée par un ami. Puis il a donné l'ordre à ses mezouar d'aller acheter du savon !.
DEUXIEME JOURNEE :
Tandis que les femmes broient quelques poignées de couscous, les jeunes gens usent le savon acheté la veille : ils lavent non seulement leur linge et leurs vêtements mais aussi ceux des hommes qui doivent assister à la cérémonie, sous la surveillance de l'âris à qui on a remis le " sabre d'honneur ".
Ce sabre est de fabrication ancienne et arabe; à Tébesbest, celui d'un étranger ne serait pas admis : lorsqu'on n'en a pas, on en emprunte un et quand on le rend, il est d'usage de gratifier son propriétaire d'un petit cadeau . La lame ainsi que nous le verrons plus loin , n'est sortie du fourreau - qui doit être de cuir - que pour couper le Djerid . Il ne quittera plus cette arme
d'apparat et tout le monde le saluera du nom de " sultan ". Il se drapera, chaque fois qu'il aura l'occasion de sortir, dans son burnous dont une petite fille tiendra l'aile gauche. Cette jeune demoiselle d'honneur et le signe distinctif du premier mariage contracté par l'époux.
TROISIEME JOURNEE :
Autour des chegaguif, des entassements de tessons de poteries, qui marquent l'emplacements des mausolées de Lalla Mliha et de Lalla Aicha , sa fille , les gens de la noce se réunissent . Les femmes se tiennent à l'écart des hommes dont le fiancé se sépare accompagné de ses mezouars. Presque au même moment, l'arousa sous le même voile que ses demoiselles d'honneur, quitte le groupe féminin et part dans une direction opposée à celle de l'Aris, ils se rendent au bain purificateur qui précède le mariage, scene charmante dont l'on se plaît à recomposer le tableau. Dans la palmeraie derrière un tissu de laine, un haouli rouge, les futurs époux se deshabillent et se lavent à grande eau ; elle est tiède et ruisselle sur leurs chairs aux tons ocreux; sur leurs membres que nul rude travail n'a déformés, elle coule et s'insinue en longs rubans argentés.
Le bain achevé, ils retournent auprès de leurs amis que des tambourinaires et des joueurs de ghaita sont venus rejoindre .L'on chante des versets du Coran et une complainte en l'honneur de Lalla Mliha et de Lalla Aicha. ensuite on plasmodie un poéme interminable qui s'appelle la Hamziya .Puis commence la promenade d'un trajet de plusieurs kilomètres qui doit mener aux koubbas des environs.
Avant de partir, il convient d'accomplir un rite qui se renouvellera a chacune d'elles : on distribue aux pauvres un peu de la kasra cuite la veille et des dattes, tandis que les tantes des fiances - de préférence la tante paternelle pour le jeune homme et la tante maternelle pour la jeune fille - leur teignent la plante des pieds et 1'intérieur des mains avec du henné dont elles portent une provision dans de petits récipients en terre cuite.
Souvent à ce moment, on peut être témoin d'une scène surprenante des jeunes filles et des enfants restes en arrière se frottent la figure et les bras avec du sable pris sous les tessons de Lalla Mliha; quelques-uns même en avalent une poignée. Ils font cela avec un air grave, des yeux extasiés dont le regard est illuminé par la lumière intérieure d'une foi totale.
Le cortège s'éloigné, ils courent le rejoignent. Bientôt ils se perdent parmi le groupe qui se dissout dans le bain d'or du soleil déclinant, tandis que le sourd grondement des tebels et des bendirs, les notes eclatantes de la ghaïta arrivent par bouffées apportées par le vent. Enfin, ils disparaissent, voilés par un nuage de fine poussière qui semble d'argent en fusion.
QUATRIEME JOURNEE :
C'est le jour du contrat.
Au matin, les pères, accompagnés des deux fiances et des gens de la noce, se rendent à la mahakma pour faire dresser l'acte par le Cadhi, magistrat musulman qui, conformément à la promesse faite par la France lors de notre prise de possession, applique la loi coranique dans les relations entre indigènes.
Son premier soin, lorsqu'il s'agit d'un mariage, est de s'assurer que la fiancée a bien l'âge requis, c'est-à-dire qu'elle est pubère. Pour cela, il charge un âoun, un huisier, de la conduire chez la gabla, une matronne à la fois accoucheuse et quelque peu médecin qui reçoit pour... son expertise, une remunération de deux francs. Il arrive que la gabla ou l'Aoune , ou les deux ont déjà reçu davantage pour pas dire la vérité ; il arrive aussi que le Cadhi est vicime d'une supercherie.
Si Mohammed avait une fille de dix ans : Fatima. Pour des raisons d'intérêt, il désirait la marier à un vieillard cacochyme. D'accord sur la dot, restait à tromper le juge, la gabla, pressentie, s'étant montrée insensible à toutes les propositions d'argent. Fatima était grande pour son âge: le Cadhi, vieux et à demi-aveugle, peut-être n'exigerait-il pas l'avis de la sage-femme ?... Les espérances du père et du fiancé furent déçues ; la matrone déclara Fatima trop jeune et inapte au mariage.
Les deux compères ne se tinrent pas pour battus ; ils laissèrent passer vingt jours et retournèrent à la mahakma, accompagner par une femme grande, drapée dans la malahfa et d'un tel embonpoint que le magistrat crut avoir devant lui une peesonne déjà agée sans plus de renseignements , il delivra l'acte demandé.
Lorsqu'elle rentra chez ses parents , Fatima retira en hâte ses vêtements ; elle etouffait sous le poids du haut guennour ; le turban porté par les hommes dont on l'avait coiffée pour la grandir , et de la laine dont on avait bourré sa robe pour la grossir.
Bien que les substitutions de personnes ne soient pas pour gêner les descendants des races sémitiques, il sera de plus en plus difficile d'user de tels subterfuges maintenant que la constitution de l'état-civil est rendue obligatoire, même dans les Territoires du Sud, et les Autorités françaises ont interdit le mariage des filles avant l'âge de quinze ans.
Le contrat signé, les fiancés retournent chez leurs parents où, dans les grands plats de bois les femmes de la maison remuent et mouillent la semoule avant de la faire cuire, cette semoule que, depuis deux jours, les amies et les voisines ne cessent de broyer dans les lourds moulins de granit Après la prière du moghreb on court prevenir les invités ; bientôt ils arrivent et s'assoient en rond autour du couscous amoncelé.
Avant de se séparer, on applique encore du henné aux deux fiancés.
CINQUIEME JOURNEE, n'hâr er Rebh ,jour du succès :
Dès l'aube. meddiouat et mezouar s'en vont a travers le village et frappent de porte en porte. Ils se sont faits quêteurs et partout on leur donne, chacun selon ses moyens ; les plus riches offrent cent francs ,les plus pauvres quelques sous ; à chaque maison, on leur enduit les mains de henné. L'argent recueilli est rapporté aux futurs époux à qui, en même temps, on remet une amulette écrite par un taleb , un lettré , elle s'appelle Horz ou Hadjab , ils ne doivent jamais quitter ce petit sachet en cuir renfermant un papier sur lequel , en plus de quelques lignes extraites en général du Coran , figure obligatoirement le nom d'Allah . Autre talisman, l'Aroussa attache à son épaule droite, et de manière à ce qu'il soit apparent, un couteau gainé de cuir dont la lame d'acier à la propriété de conjurer les effets du mauvais oeil.
Elle ne s'en séparera qu'au moment de la naissance de ses enfants: avec lui, l'on coupera le cordon ombilical et un morceau de ce cordon que l'on placera sous la couche du nouveau-né, ainsi que le couteau ; si la femme est obligée de sortir de sa chambre pendant la durée de la parturition, le sien devant rester près de la gabla, elle se munira toujours d'un autre couteau tant, chez les Berbères, est grande la crainte du mauvais œil. Ils en ont peur a tel point que si l'enfant naît pendant l'absence de son père, on le lui présente des son arrivée mais au travers d' un tamis à couscous pour que le premier coup d'oeil, même paternel, ne risque pas de lui porter malheur . Notons un dernier détail ; le couteau reste sous les couvertures servant de lit à l'enfant pendant environ deux ans , jusqu'au moment ou le bébé est hors d'atteinte des maladies du premier âge . A côté de lui , on conserve le morceau du cordon ombilical désseché , maceré dans de l'eau , il sera un remède, le cas échéant , pour soigner les yeux du nouveau né !..
Au cours du n'har er rebeh ,on partage le couscous chez les parents pendant que les mères préparent à la dar el hedjba la chambre nuptiale. Dans cette maison retirée aura lieu la nuit de noces et, là, les jeunes époux abriteront leurs amours pendant sept jours. Ensuite, ils iront à leur demeure personnelle ou plus souvent, ils partageront celle d'un frère ou d'un parent.
A la nuit tombante, un cortège s'organise à la lumière de djérids allumes; si les nouveaux mariés sont riches, ils y a une fezzâa, une fantasia à pied, et le baroud, la poudre, parle : on conduit L'a'ris à la dar el hedjba. II se retire avec quelques amis soit dans une pièce, soit dans une cour isolée.
La fiancée est alors chez son père où on la pare. Son costume offre quelques particularités: ses cheveux sont pris dans un foulard et de ses épaules tombe un voile tissé specialement pour la circonstance et obligatoirement de couleur verte. Un autre voile lui couvre le visage, il est toujours rouge ou décoré de telle façon que le rouge domine; il ne sera soulevé par le marié qu'au moment où il sera sur le point de consommer le mariage.
La jeune épouse, vêtue d'une ample jupe et couverte de bijoux, est enveloppée dans le burnous de son mari. De plus, le sabre d'honneur de ce dernier lui est suspendu au cou, tout ce qui est métal étant un préservateur contre le mauvais oeil.
Un mezouar vient prendre l'ârousa chez son père; il l'installe sur un cheval ou sur une mule couverts de tapis, de talismans et de bijoux et la conduit en cortège constitué en grande partie par l'élément féminin, tandis qu'éclatent de toutes parts cris de fête et you-yous. Le garçon d'honneur monte en croupe derrière la mariée et la maintient comme s'il s'agissait d'un rapt ; la monture est toujours tenue, en main par un parent de la jeune fille; il recoit, pour sa peine, une modique rémunération. Sous aucun prétexte - ce serait de très mauvaîs augure - entre la dar el hedjba et la demeure paternelle. l'Arousa ne doit toucher terre , aussi, arrivé à la maison des amours, le mezouar descend le premier, prend la mariée dans ses bras et, suivi de ses meddiouat va la déposer debout sur la couche nuptiale, un matelas recouvert d'un tapis, puis il se retire et rapporte le sabre au mari.
Dehors stridulent encore les you-yous. Les compliments s'entendent comme un murmure : mabrouk, mabrouk âlih,

et sont repris en chœur par toutes les femmes présentes dans la chambre.L'une d'elle est chargée de recevoir la vierge tremblante . On la choisie avec soin: elle doit être réputée comme une femme heureuse et par conséquent, n'avoir jamais été répudiée ni divorcée. Dés que le garçon d'honneur est sorti, elle monte sur le lit, se place vis-à-vis de la mariée, prend ses mains dans les siennes et l'oblige à s'accroupir et à se relever sept fois. A la septième, elle lui impose une main sur la tête et lui dit :
" Sois heureuse comme moi-même et pendant longtemps "
Puis elle se retire avec toutes ses compagnes et les Mezzouars aménent l'aris jusqu'a la porte entrebaillée. Pour bien montrer l'autorité et impressionner sa jeune épouse , il ouvre en frappant un violent coup et entre.
Il trouve l'ârousa assise sur le lit dans une attitude hiératique, immobile et silencieuse, le visage toujours couvert, et elle tolérera que son mari lui ôte son voile seulement lorsqu'il lui aura remis une somme d'argent variable selon ses moyens mais - surtout si le jeune: homme ne la connaît pas - elle spéculera sur le désir qu'il a de la voir et en mots brefs, presque par mono-syllabes, elle exigera davantage.
Elle n'ignore rien des traits de son époux; elle sait s'il est grand ou petit, jeune ou vieux, beau ou laid. Protégée par les draperies, anonyme de la maiahfa, elle a pu le dévisager tout à son aise chaque fois qu'elle l'a rencontré et surtout pendant ces jours de fêtes, mais lui, sera-t-il heureux ou décu ? Va- t- il se trouver en présence de l'amoureuse de ses rêves voluptueux ou en face d'une ghoula, d'une affreuse sorcière au visage tavelé la peau noire, aux lèvres épaisses, au nez écrasé ?. Ah ! puisse-t-elle avoir les sourcils délicatement dessinés en noun cette forme d'une lettre arabe qui donne à la physionomie un aspect souriant !." Mektoub!... C'était écrit !... Cette femme, telle qu'elle sera, Dieu et son père la lui ont donnée; il ne commettra pas le péché de la rejeter de sa couche dès la première nuit, Il avance un peu gêné, dépose, enfermé dans un mouchoir, dans les plis de la robe de son àrousa, de menus cadeaux achetés à son intention des parfums, des petits miroirs gainés de cuir rouge, des bijoux et, dans une zououada, un sachet de cuir jaune orné de motifs dessinés au feu, la somme d'urgent réclamée avec une respectueuse insistance mais qui dépasse rarement cent francs. Aux meddiouat, il offre quelques dorous, c'est pour elles le signal du départ. Les nouveaux mariés sont seuls, la viérge délie sa ceinture; elle ne la remettra plus que le jour où elle quittera la dar el hedjba, marque apparente de sa soumission à celui qui, désormais, elle appellera : Sidi, mon Seigneur ; pendant cette période de retraite, elle ne fera aucun travail. Alors il soulève le voile. Si la fiancée est belle , elle reçoit des baisers fiévreux sinon L'âris accomplit sans joie un devoir fastidieux et obligatoire car, derrière la porte, un des mezouar pose des questions précises et réitérées jusqu'à ce qu'ayant obtenu une réponse affirmative, il tire un coup de fusil afin de prévenir les parents et les amis que l'hymen est consommé. Mais Dieu est le plus grand ; il arrive que l'on soit obligé de répudier la belle fille demeurée stérile, tandis qu'il donne à la ghoula de nombreux enfants mâles, vigoureux comme le lion du désert, qui fréquentent assidûment les cours de la mosquée, et deviennent savants et pieux musulmans comme le plut lettré des tolba.
Dans la nuit, le gémissement sourd des moulins à grains accompagne leurs rêves une odeur de viandes de mouton et de chameau, bouillies et grillées s'éleve comme les vapeurs d'un sacrifice, avec une fumée bleuâtre, au-dessus des maisons endormies , victuailles achetées grace aux générosités des amis qui ont assisté aux fêtes de cette; cinquième journée.
SIXIEME JOURNEE, Nhar-rebhan errous, jour du baiser des têtes .
Elle se passe à manger le couscous et les viandes cuites pendant la nuit . Mais le soir de cette sixieme journée est marquait par une ceremonie touchante : les deux époux vons demander pardon à leurs parents d'abords a ceux du mari puis à ceux de la femme . Ils se présentent avec un air de grande soumission et de contrition , baisent par-dessus le cheche et le Bekhnoug , le crâne de leur pére et de leur mère en disant " pardonne-moi père , et donne moi ta bénédiction ! "

A quoi, après avoir prononcé la formule consacrée : " Que Dieu te donne sa bênèdiction "
il répond que le passé est mort et remercie Allah de lui avoir donné d'aussi excellents enfants. II ajoute des vœux nombreux et variés et, preuve plus palpable de son amour, un cadeau qui consiste en argent, en objets utiles pour le ménage: glaces, assiettes,vêtements ou en palmiers , en jardin , en animaux , chameaux , anes , chèvres, moutons ou simplement s'il est pauvre en un couple de colombes .
Ensuite L'aris et L'aroussa vont chez tous leurs parents et amis, chacun tient à honneur de leur faire une nouvelle offrande, et le cortége se reforma avec la même pompe ; le mari n'a pas encore déposé sabre d'honneur et la petite fille tient toujours une aile de son burnous . A la porte de la dar El Hadjba , la troupe bruyante se disloque , tandis que les époux vont cacher leur bonheur.

SEPTI?ME JOURN?E, nhar- el kaoudja ou el Djemmar, jour de la luzerne et du coeur de palmier :
Si heureux qu'il soit , le mari doit se lever tôt ; déjà, à sa porte, les mezouar ont frappés, une dizaine de jeunes gens se sont joints à eux. Dans la palmeraie assoupie, à peine dorée par les premiers rayons du soleil levant, les oiseaux s'éveillent, ravis de trouver encore un peu de fraîcheur nocturne, entretenue par l'humidité qui se dégage des ségaias murmurantes et des khandegs à l'eau lourde . Les lauriers, les roses et les géraniums embaument l'atmosphère, la jeune bande avance à souples enjambées et le sol chargé de sels magnesiens craque sous leurs pieds ; ils devisent joyeusement, contents de vivre .La brève excursion qu'ils ont entreprise leur plait , elle est peut être une vague reconnaissance de l'époque lointaine ou les habitants des ksours ne connaissaient que deux soucis; préparer des ghazzîas fructueuses ou organiser la défense contre les djîouch annoncés.
En fait, c'est bien une pacifique ghazzia qu'ils entreprennent .Ils pénètrent dans les jardins et, parmi les cultures sous-jacentes abritées par l'ombre chiche des palmiers, ils coupent de la luzerne, arrachent des carottes, des navets, des oignons; ils sautent par-dessus les clôtures de boue couronnées de feuillages secs et, dans les propriétés voisines, font les mêmes ravages. Avant de quitter chacun des jardin , L'aris dégaine son sabre et, en une seule fois - sans quoi il serait considéré comme efféminé - sectionne une djérida que l'on plante à l'endroit le plus dévasté. Ainsi, le propriétaire ou son khammes saura qu'il n'a pas été volé par des maraudeurs mais par les gens d'une noce et , au lieu de recriminer , il estimera que ce larcin équivaut pour lui à une bénédiction .
" Zarattna elbaraka ! l'abondance nous a visités ! s'écriera-t-il, en constatant les dégâts !.
La cueillette achevée, deux des joyeux compagnons abattent :-un palmier robuste mais d'une espèce qui donne des dattes d'une qualité secondaire; on l'ouvre et l'on en prend le djemmar le cœur .La bande, chargée de sa récolte ainsi que des jardiniers, revient au village partager le produit de leur matinale expédition :entre les parents et les principaux personnages qui ont assisté la noce. Cette offrande est, en quelque sorte, la matérialisation d'un voeu; dans le Sahara, où la sécheresse est une veritable cala-mité, elle signifie que l'on souhaite une année verte, c'est-à-dire une année où les pluies abondantes et venues en moment propice apporteront in cha Allah, s'il plaît à Dieu, des verdures en abondance et une bonne récolte de dattes.
Dans cette distribution, la mariée n'est pas oubliée .Assise au milieu d'une cour de la Dar el Hedjba , vêtue de sa plus belle toilette , ornée de tous ses bijoux , le visage bizarement marqueté de taches de plâtre frais , elle guette l'arrivée de son mari . Celui-ci tient dans ses mains un foulard non noué contenant un mélange de luzerne et de djemmar qu'il doit déposer dans les plis de la jupe de l'aroussa, tandis qu'elle
s'efforcera d'essuyer avec une aile de son burnous le plâtre dont elle s'est enduit le visage. Le mari doit parvenir à s'enfuir sans que l'on puisse relever aucune trace de plâtre sur son vêtement...
Les sept jours de réclusion sont passés. Au matin du huitiéme , la jeune femme prépare un mélange de henné et de quelques dattes ghars, puis accompagnée de son mari , elle gagne l'habitation conjugale . Arrivée au seuil , elle lance au dessus de sa porte exterieurement , ce bizarre mastic qu'elle a eu soin d'emporter .S'il tient longtemps, c'est bon signe, mais s'il retombe tout de suite, il faut craindre une calamité imminente.
Après l'avoir laissée interroger le sort, le mari fait pénétrer sa femme dans sa maison et s'il est jaloux, déjà, il referme l'antique serrure de bois à clef. Un bon musulman ne demeure pas chez lui aux heures diurnes, il doit se faire voir à la mosquée, flâner sur le souq, boire des tasses de cafe maure ou de thé à la menthe chez le quahoaadji ,en jouant aux dominos ou aux échecs, s'occuper de ses affaires - à la rigueur - entretenir des relations amoureuses avec quelque belle.
La vie quotidienne a recommencé…

René Pottier et SAAD BEN Ali.