Corpus des inscriptions arabes à Touggourt

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Corpus des inscriptions arabes à Touggourt

Corpus des inscriptions Arabes et Turques de l'Algerie

Gustave Mercier P 109
Touggourt
Inscription gravée en caractére de type Mekki sur une plaque de marbre blanc , placée au dessus de la porte de la grande mosquée de Touggourt .Sa hauteur au dessus du sol n'a pas permis d'en mesurer les dimensions .

TRADUCTION. - "Au nom de Dieu, Clément et Miséricordieux! Que Dieu répande ses grâces sur Notre Seigneur Mohammed !
" A été terminée la construction de cette mosquée très magnifique grâce à la puissance de Dieu
" et à son aide bienfaisante, par les soins de celui qui l'a fondée dans un sentiment de piété et pour être agréable à Dieu, l'Emir très fortuné,
" très pondéré, très juste, dont le but a été de se rapprocher par ainsi de la face de Dieu Très-Généreux,
" le Cheikh Ibrahim, fils du feu Cheikh Ahmed ben Mohammed ben
" Djellab, arnnée 1220. L'assistance vient de Dieu! " Du 1er avril 1805 au 20 mars 1806.)
Nous relevons entre la lecture ci-dessus et celle de Cherbonneau quelques divergences : à la 3e ligne, ,"على يد من أسس" au lieu de على يد من أحسن que donne Cherbonneau; à la 4" ligne و رضوان au lieu de و رضوانه.
Les Ben Djellab, qui prenaient avant notre conquête le titre pompeux de Sultans du Touggourt, descendent, s'il faut en croire la tradition, d'un Cherif du Maroc de la famille des Beni-Merin, venu s'installer dans le pays au commencement du XV° siècle (1). L'aménité de son caractère et les bienfaits dont lui et ses descendants comblèrent les populations de l'Oued Righ lui auraient valu le surnom de جلاب, mot à mot l'attirant. Faut-il voir là une de ces ety-mologies comme les Arabes excellent à en inventer, ou est-ce au contraire la véritable origine du nom patronymique de la famille? L'inscription suivante, sans trancher la question, nous montrera du moins que l'explication ci-dessus du mot Djellab était universellement admise.

Féraud (1) a réuni les traditions ayant cours chez les indigènes sur Touggourt, et écrit une monographie détaillée de la famille Ben Djellab. Nous nous contenterons d'y renvoyer le lecteur.
Ibrahim était un des fils du Sultan Ahmed ben Amor, mort pendant son pèlerinage à la Mekke. Jeune encore, il fut investi du pouvoir en remplacement de son oncle Farhate. La première partie de son règne devait être traversée d'épisodes dramatiques. 1l entra en lutte contre le bey Salah, et ne tarda pas à devenir victime de la ruse des Ben-Gana, alliés de ce dernier. Pris par trahison, il fut interné à Constantine, puis replacé à la tête de ses étals par ce même bey Salah. Son retour marqua une ère de prospérité pour l'Oued Righ; c'est alors que la grande mosquée put. être achevée. Cependant ses frères ne tardèrent pas à lui disputer son héritage. Après plusieurs années de luttes, il périt dans un guet-apens dressé par son frère Mohammed. Nous croyons devoir placer la date de sa mort vers l'année 1815.

Inscriptions gravées en relief sur la chaire ds la mosquée de Touggourt. Le minbar est entièrement construit en bois, et les phrases suivantes sont sculptées en caractères barbsresques de grandes dimensions, couvrant de longues bandes qui courent autour de l'a chaire.
1° Longueur de l'inscription : 0,80m. Hauteur : 0.l2m. une seule ligne.
TRADUCTION. - Au nom de Dieu, Clément et Misécordieux: Que Dieu répande ses graces sur Noire Seigneur
Mohammed.

" 2°' Longueur' de l'inscription : 0,89m, Hautenr : 0,12m. -deux lignes dont les grandes lettres s'enchevêtrent.
Traduction - " A reconstruit ce minbar le cheikh qui porte le nom Brahim, dont la générosité est vantée par nombre de gens dans tout pays: c'est un descendant de Djellab ( l'Attirant), et il nous a attire par ses bienfaits"
3°- Longeur: 0.12 m -Une seule ligne enchevetrée.
Traduction - " Il fut généreux , car il agissait sous l'inspiration d'une belle âme. Il préféra les biens éternels à un monde périssable "
4° Longueur : 0.82 m ,Hauteur 0.12 m . Une seule ligne enchevetrée .
Traduction - "(Ce prince) d'une générosité sublime a batie un temple pour dieu ; il voulu ainsi obtenir au jour des récompenses le plus magnifique des bienfaits"
5° Longueur : 0.60m .Hauteur 0.14 m - Face anterieur , audessus de la porte ; deux lignes .
Traduction - " Il a été terminé avec l'aide de dieu à la fin du mois de Safar de l'année 1219 -mires; la solution de l'énigme en fait comprendre le sens."

Les 3e, 4° et 5° parties de l'inscription sont en vers du mètre taouil, ainsi que la 2e ligne de la 2° partie.
L'année 1219 correspond à la période qui s'étend du 12 avril 1804 au 1er avril 1805. Le chronogramme ميرس que l'on peut lire également ميرسي, ne donne dans aucun cas de solution satisfaisante. Cherbonneau a lu ميرش Mirech qui est plus plausible, la valeur de la lettre ش étant 1.000 tandis que celle de س n'est que 300. Mais il est manifeste que les trois points du ش- manquent dans l'inscription, et cependant le sculpteur disposait d'une place suffisante pour les inscrire. La valeur du mot mirech serait 1250, ce qui daterait l'inscription du 10 mai 1834 au 28 avril 1835.
Tel est l'avis de Cherbonneau (1) et de Péraud (2), qui attribuent ainsi la restauration de la mosquée à Ibrahim, fils de Mohammed ben Djellab. Ce prince succéda à son frère Amer vers l'armée 1830 ; son règne fut de courte durée. Dès 1831, il partait pour accomplir le pèlerinage de La Mekke et laissait le pouvoir par intérim à son jeune frère Ali, qui ne tardait pas à entrer en relations avec nous, espérant obtenir du gouvernement français l'investiture permanente du pouvoir. Aussi fut-il désagréablement surpris lorsqu'il reçut la nouvelle qu'Ibrahim, après une absence de dix-huit-mois, venait de débarquer à Bône. Dans une lettre au gouverneur d'Alger, on le voit insister pour le prier " d'autoriser son frère à rester à Bône avec sa famille et ses biens. " Ce séjour forcé parmi nous n'était pas du goût d'Ibrahim, qui reprit immédiatement la route de ses états où il donna de grandes fêtes pour célébrer son retour. Ali, pour qui les douceurs de la vie privée n'avaient plus de charmes, profita de ces réjouissances pour introduire dans la Kasba quelques serviteurs dévoués, avec l'aide desquels il poignarda son frère (1833).
Il nous paraît difficile que dans un règne aussi agité et aussi court Ibrahim ait eu le temps de reconstruire, même partiellement, la grande mosquée de Touggourt. D'ailleurs, cet édifice datait de vingt-cinq ans à peine, et il nous semble improbable qu'il tombât en ruines dès cette époque, quelles que soient les défectuosités de l'architecture arabe et son peu de durée. Enfin, la date de 1S34-35 ne cadre même pas avec celle de la mort d'Ibrahim. Ce sont là de nouvelles raisons qui nous portent à croire, contrairement à l'opinion de Cherbonneau et de Féraud, que la lecture du chronogramme mirech est mauvaise, et que le seul auteur de la reconstruction de la mosquée, y compris son minbar,- est cet Ibrahim dont il est question dans l'inscription précédente et qui régnait en 1804.
Cette opinion est confirmée par la lecture des chiffres placés au-dessus du mot :سنة Cherbonneau et Féraud ont hésité dans cette lecture, parce que la queue du م du mot فتم, à la ligne supérieure, vient s'enchevêtrer avec la partie supérieure des chiffres, auxquels un espace trop restreint avait d'ailleurs été réservé par le sculpteur. Celui-ci a été obligé de caser le 1 de 19 sous le crochet du 2, ce qui donne au groupe de chiffres cette figuration : 129. Il nous parait impossible d'y lire autre chose que \1219.
Nous avons vu par l'inscription précédente que la mosquée elle-même avait été achevée en 1220, année qui a commencé le 1°* avril 1805. Il faut donc admettre que le minbar a été établi un peu avant l'achèvement complet de la mosquée; que de plus, Ibrahim est moins l'auteur d'une construction nouvelle que d'une reconstruction ou restauration. Il nous paraît de toute probabilité que Touggourt possédât effectivement une grande mosquée dès avant 1804.