CONTRIBUTION A L'ANTHROPOLOGIE DES OUARGLIS

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CONTRIBUTION A L'ANTHROPOLOGIE DES OUARGLIS

CONTRIBUTION A L'ANTHROPOLOGIE DES OUARGLIS
(POPULATION NOIRE D'UNE OASIS SAHARIENNE)
par Robert GESSAIN et Henri LHOTE
INTRODUCTION
DONNEES DES AUTEURS PRECEDENTS
ANTHROPOLOGIE DES Ourglis
I.- Répartition selon l'âge
II.- Caractères descriptifs
III.- Caractères anthropométriques
A. Mesures et indices de la tête et de la face
B. Mesures et indices du corps et des membres
IV - Groupes sanguins
CONCLUSIONS
INTRODUCTION.
Le matériel anthropologique que nous présentons ici nous a paru intéressant à publier malgré le petit nombre de sujets (44 hommes) car, d'une part, il comble une lacune des connaissances anthropologiques et, d'autre part, les mesures faites en 1938 prennent un caractère de témoin du temps où les conditions de milieu étaient très différentes de ce qu'elles sont devenues.
Ajoutons que la population mélanoderme de l'oasis de Ouargla semble être un groupe qui n'a pas été renouvelé durant le dernier siècle par un apport nouveau d'esclaves noirs et que cette population peut être considérée comme ayant un certain degré d'endogamie. Cette absence de mélange récent peut, peut-être, expliquer certains caractères anthropologiques.
Notre matériel est constitué par 44 représentants mâles de la population sédentaire de l'oasis de Ouargla appartenant aux groupes : Béni Sissine (12), Béni Brahim (22) et Béni Ouagguine (10).
Nos sujets peuvent être classés anthropologiquement comme étant des Haratin quoique ce terme ait généralement un sens plus restreint (population sédentaire des oasis de l'Ouest Saharien). Ils appartiennent tous à la même classe sociale ; ce sont des paysans, jardiniers de palmeraie.
Pales (1952) écrit à ce sujet ce qui suit (p. 15) : " Le terme de Hartani (pl, Haratin) a des emplois divers dont Ph. Marçais a récemment précisé la signification. En bref, il indique soit la couleur (" de couleur foncée ou très foncée ") soit le métissage lato sensu (" mulâtre, métis ") ".
Cabot Briggs (1958) s'exprime en ces termes (p. 58) : " La plupart des centres agricoles de la moitié méridionale du Sahara sont peuplés principalement par des populations négroïdes connues sous les noms de " Chouchan ", " Fezzanais " ou " Dauada " dans le désert oriental et central, et dans l'Ouest sous le nom de " Haratin ", terme plus général que nous utiliserons pour les désigner tous ".
Nous-mêmes emploierons, dans cet article, le terme de Haratin pour désigner toutes les populations mélanodermes des oasis sahariennes, reconnaissant par là que ces groupes humains, qui forment dans l'ensemble la classe des agriculteurs-jardiniers des oasis, posent des problèmes anthropologiques communs.
DONNEES DES AUTEURS PRECEDENTS.
Les publications anthropologiques sur les populations noires du Sahara sont peu nombreuses et portent sur un très petit nombre de sujets.
Dès 1913, Bertholon et Chantre avaient réuni dans leur ouvrage classique : Recherches anthropologiques dans la Berberie orientale, les données des anthropologues qui les avaient précédés et celles recueillies par eux-mêmes. Cet ouvrage, riche en faits anthropométriques, n'est pas facile à utiliser. Mais il contient cependant les données intéressantes concernant les populations mélanodermes de quelques oasis sahariennes que nous citerons comme comparaisons dans le cours de notre travail.
Draper a recueilli en 1927 à Tamanrasset des données anthropométriques sur 15 hommes ; les mesures individuelles ont été publiées par Monod en 1931.
Draper a examiné la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, la forme des cheveux, la pilosité faciale et corporelle. Il a noté l'âge et mesuré la stature, la taille assis, la grande envergure, les longueurs et largeur de la tête, la largeur frontale minimale, la longueur morphologique de la face, la largeur de la face, la largeur bigoniale (non utilisée comme matériel comparatif), la longueur et la largeur du nez, la circonférence crânienne,
le périmètre thoracique. Mais ni les moyennes de ces mensurations ni les indices n'ont été publiés. Nous les avons calculés nous-mêmes. Quatre sujets, aux dires de Draper, avaient subi une déformation crânienne dans l'enfance.
Kossovitch, en 1934, a mesuré 267 sujets à El Goléa, In Salah, Gao et Kidal. Il ne donne malheureusement que les moyennes des mesures et indices suivants : stature, indice céphalique, indice facial morphologique, indice nasal.
Cipriani, en 1937, publie des documents anthropologiques recueillis en 1932, dans deux séries de populations sédentaires du Fezzan qu'il appelle " Dauada " et " Fezzanais ". Il a publié les mesures suivantes : stature, grande envergure, indice skélique, indice trochantérique, rapport à la stature du membre supérieur, rapport du membre supérieur à la hauteur trochantérienne, rapport des largeurs bi-acromiale et bi-iliaque à la stature, indice ilio-acromial, indice céphalique horizontal, deux indices céphaliques verticaux, indice facial morphologique, indice nasal, circonférence céphalique, périmètre thoracique et son rapport à la stature, indice céphalo-facial. Ces caractères ont été étudiés sur 8 Dauada et 16 Fezzanais d'après le tableau récapitulatif de Cipriani (p. 369). Mais pour certains caractères, cet auteur semble avoir mesuré un nombre différent de sujets ; nous l'indiquerons chaque fois que cette précision aura été publiée par lui.
Pales a publié, en 1952, quelques mesures sur 8 sujets du Trarza (Sahara occidental). Cet auteur publie l'âge et la stature, la taille assis, l'indice cornique, la longueur et la largeur de la tête, l'indice céphalique, la hauteur et la largeur du nez. l'indice nasal. Pales a publié les chiffres individuels et les moyennes. Malheureusement, des erreurs sont apparues à l'impression. Nous avons donc rétabli, en accord avec le Dr Pales, les moyennes de la longueur de la tête, de la largeur de la tête et de l'indice céphalique.
Cabot Briggs a groupé, dans un ouvrage récent : The living races of the Sahara desert (1958), les principales données anthropologiques concernant les Sahariens, éparses dans la littérature. Il convient cependant de ne pas utiliser les données de Cabot Briggs sans critique.
Les difficultés d'utilisation de l'ouvrage de Bertholon et Chantre expliquent sans doute que Cabot Briggs n'en ait pas fait mention. Ce dernier auteur dit (p. 183) avoir utilisé trois séries de Haratin pour les données anthropométriques : Draper (1931), Cipriani (1937) et Pales (1952). Traitant des groupes sanguins, il cite (p. 184) les travaux de Horrenberger (1933) et de Kossovitch (1934). Mais Cabot Briggs n'a pas utilisé les données anthropométriques publiées par Kossovitch et qui concernent 267 sujets ! De plus. Cabot Briggs, dans ses tableaux comparatifs, ne donne qu'une seule série de Haratin. Est-ce une addition des trois séries de Draper, de Cipriani et de Pales ? On comprend mal le nombre des sujets de Cabot Briggs car ce nombre ne correspond pas à la somme des nombres des auteurs qu'il cite.
Dans cet article, nous utiliserons pour nos comparaisons, d'une part les chiffres donnés par Cabot Briggs. malgré l'imprécision de leur origine qui diminue beaucoup leur valeur, d'autre part, ceux des auteurs qui l'ont précédé, après nous être référés aux publications originales.
ANTHROPOLOGIE DES OUARGLIS.
Nous publierons nos données dans l'ordre suivant :
1° la répartition selon l'âge ;
2° les caractères anthroposcopiques (couleur des yeux et de la peau) ;
3° les caractères anthropométriques :
a) tête : mesures absolues et indices ;
b) corps : mesures absolues et mesures relatives. Après chaque mesure nous donnerons quelques données comparatives.
I. - Répartition de nos sujets selon l'âge.
Les âges de nos sujets varient de 15 à 62 ans, ce qui n'est pas favorable pour un matériel anthropométrique. En effet, on éli-mine classiquement tous les individus qui n'ont pas atteint leur stature d'adulte et ceux touchés par la sénescence.
Les 43 sujets pour lesquels un âge a été noté ont, en moyenne, 28 ans.
VOIR TABLEAU 1
II nous faudrait donc retirer de notre matériel les 12 sujets (soit 27 %) (cf. tabl. 1) n'ayant pas 20 ans, car nous devrions les considérer comme n'ayant pas atteint la taille des adultes. Cependant, la moyenne de la stature de ces sujets (164,6) étant
supérieure à la moyenne de l'ensemble de notre matériel (164.0), nous avons laissé ces sujets n'ayant pas 20 ans dans notre série.
VOIR TABLEAU 2
II convient de faire deux remarques. Tout d'abord, les âges sont incertains, car il n'y a pas d'état civil, les âges notés sont très aléatoires. Ensuite, l'observateur qui avait l'intention de mesurer des adultes a mesuré ceux qui présentaient l'allure extérieure d'adultes. Nous pouvons donc considérer que, malgré les âges notés qui peuvent laisser penser qu'il s'y trouve des adolescents n'ayant pas encore atteint la stature adulte, notre matériel a, du point de vue de la maturation staturale, une certaine homogénéité.
A la limite supérieure des âges, 2 hommes ont 52 et 62 ans. leur taille respective est de 156,5 et de 160,5. Ils sont plus petits que la moyenne. On pourrait penser qu'un début de sénescence a diminué leur taille. Nous discuterons ces deux cas au chapitre de la stature.
VOIR TABLEAU 3
Les sujets Dauada étudiés par Cipriani n'étaient certainement pas homogènes du point de vue de l'âge puisque cet auteur a calculé les moyennes de toutes ses mensurations, à la fois pour l'ensemble des 8 Dauada mesurés et pour 3 groupes d'âges : jeunes d'environ 18 ans, adultes et vieillards (chacune de ces catégories d'âges ne comportant qu'un nombre extrêmement faible de sujets !). Enfin, Cipriani n'a publié ni les âges individuels, ni l'âge moyen. Il nous suffira de considérer les chiffres donnés par cet auteur en ce qui concerne la taille, qui, chez ces sujets, croît du groupe le plus jeune à celui des adultes et à celui des vieillards, pour considérer que ces différences ne sont rien d'autre que l'effet du très petit nombre de sujets mesurés. Nous ne tiendrons donc jamais compte de ses catégories d'âge et nous prendrons pour moyenne, dans nos comparaisons, les moyennes des adultes (sauf indications contraires).
Kossovitch, qui a étudié le plus grand nombre de Haratin, n'a pas publié leur âge.
C'est notre matériel qui, du point de vue de l'âge, présente la plus grande variabilité, mais la moyenne d'âge de notre série est tout à fait comparable à celles des autres auteurs.
II. - Caractères descriptifs.
Notre série de sujets Ouargli a été étudiée du point de vue de la couleur de la peau et de la couleur des yeux.
Couleur de la peau.
25 sujets ont été examinés à l'aide de l'échelle de Schultz. La variabilité s'étend du n° 18 au n° 27 de cette échelle, comme on peut le voir au tableau IV.
VOIR TABLEAU 4
Tous les sujets sont mélanodermes. Rappelons que dans l'échelle de Schultz le n° 30 représente la teinte de peau la plus noire. 60 % des sujets sont dans les classes 22 et 23 représentant des teintes foncées, mais plus claires que celles des Noirs d'Afrique occidentale. Les teintes de peau se laissent répartir en trois groupes : 20 % des sujets (18 à 20) sont de teinte plus claire que la masse des 60 % groupés en 22-23 ; 20 % sont plus foncés (24 à 27).
Si nos nombres n'étaient pas aussi petits et si la technique des échelles chromatiques de peau était plus satisfaisante, on serait tenté d'interpréter cette répartition en groupes, sur le plan génétique.
Bertholon et Chantre publient (p. 154) que les habitants de Ouargla rentrent dans la catégorie " noir-brun ", " ils la dépassent souvent et sont noirs ".
Les mêmes auteurs (p. 170) notent la " pigmentation rouge-brun rencontrée chez 10 sujets de Ouargla appartenant aux groupes des négroïdes de pigmentation rouge-brun qui forment la majeure partie de la population des oasis ".
Draper a utilisé l'échelle de Broca ; il a examiné 15 sujets. Il est impossible d'établir une comparaison valable entre deux observations chiffrées prises avec des échelles différentes. Si quelque chose peut être dit, c'est qu'il semble que les sujets vus par Draper aient été plus clairs que ceux de notre série. Cependant, la variabilité chez Draper est aussi grande.
Cipriani a utilisé l'échelle de von Luschan. Il a poussé la minutie jusqu'à noter la couleur de la peau du front et celle de la peau du bras. Nous ne tiendrons compte que de la pigmentation du bras dont Cipriani dit (p. 366) que cette région est " normalement tenue couverte ". Il répartit ses sujets Dauada dans les catégories de 24 à 30 avec un maximum de fréquence en 29, et ses sujets Fezzanais de 17 à 34 avec deux maxima en 27 et 29, le 34 étant " presque noir ". Remarquons l'étendue beaucoup plus grande de la variabilité chez les Fezzanais et le fait que les sujets de Cipriani sont, dans l'ensemble, moins foncés que les Ouargli observés par Lhote.
Ni Kossovitch ni Pales n'ont publié de données sur la pigmentation. Cabot Briggs donne, à la page 193, un tableau sur la répartition de la couleur de la peau (tabl. Bl). Il répartit 7 sujets mâles dans les 4 catégories suivantes : brun clair 1 male = 14,3 % ; brun moyen 2male = 28,7 % ; brun foncé 3 male = 42,8 % ; noire 1 male = 14,3 %. Ces bases numériques nous paraissent nettement insuffisantes.
De tout ce matériel, récolté par différents auteurs, on peut dire qu'il est d'une très grande pauvreté ; le très faible nombre des sujets examinés, la mauvaise technique d'observation de la couleur de la peau ne permettent aucune autre conclusion sur la pigmentation cutanée des Haratin que de dire qu'ils sont mélanodermes et que les variations de teintes sont chez eux très étendues.
Couleur des yeux.
Nos observations, faites avec l'échelle de Schultz, ont porté sur 20 sujets dont le tableau V donne la répartition de la pigmentation de l'iris.
VOIR TABLEAU 5
La distribution se fait entre les n° 14, 15 et 16 qui correspondent aux 3 teintes les plus foncées de l'échelle de Schultz. Cependant, 75 % des sujets n'ont pas les yeux très noirs.
Remarquons que la couleur des yeux est plus foncée que celle de la peau en ce sens que les yeux se groupent dans les numéros les plus élevés de l'échelle. Ceci trouve une explication facile si l'on considère que les Haratin (lato sensu) sont métis de mélanodermes et de leucodermes mais que ces leucodermes eux-mêmes ont des yeux foncés.
Il est remarquable que la variabilité est très restreinte. Du point de vue de l'étendue des variations, les couleurs des yeux et de la peau sont très différentes.
Bertholon et Chantre écrivent (p. 150) que les yeux noirs prédominent dans les oasis sahariennes. Ces auteurs n'ont pas publié de notation chiffrée de couleur des yeux, en utilisant une échelle.
Draper a examiné la couleur des yeux de 15 sujets masculins en employant l'échelle de Broca. Il a réparti ses sujets en trois catégories : n° 2 (7 male) ; n° 3 (7 male) ; n° 4 (1 male), catégories qui correspondent dans l'échelle de Broca à des teintes brun clair, moyen et foncé. Mais aucun des sujets examinés par Draper n'apppartient à la catégorie des yeux noirs les plus foncés qui, dans l'échelle de Broca. est le n° 1 ; ceci contrairement à nos propres notations à l'aide de l'échelle de Schultz. De plus, Draper a poussé l'observation jusqu'à distinguer une couleur périphérique de l'iris qui est, dans la majorité des cas, gris (12 cas sur 14), une fois marron, une fois bleu.
Cipriani, qui a utilisé l'échelle de von Luschan, répartit la couleur des yeux de ses sujets Dauada en deux catégories 2 et 3 avec un maximum de fréquence en 2.
Cabot Briggs publie p. 194 (tabl. B2) la couleur des yeux de 3 Haratin (l'origine de ces 3 sujets est difficile à définir) : un brun moyen, 2 bruns foncés noirs.
Le matériel sur lequel on peut s'appuyer pour étudier la pigmentation des yeux de Haratin (lato sensu) est d'une grande pauvreté. Cependant, il paraît certain que la couleur des yeux de cette population est plus foncée dans la gamme des possibilités humaines que celle de la peau et qu'elle ne présente pas l'étendue des variations des pigmentations cutanées.
Forme des cheveux et pilosité.
Nos observations n'ont porté ni sur la pilosité ni sur la forme des cheveux. Cependant, notre matériel photographique permet quelques conclusions.
Forme des cheveux. - Sur 32 photographies individuelles permettant une lecture de la forme des cheveux, nous notons 20 cheveux crépus et 12 frisés.
Bertholon et Chantre (p. 154) notent que 76% des habitants de Ouargla ont les cheveux frisés.
Draper a étudié, de ce point de vue, 15 sujets qu'il répartit comme suit :crépus:4; bouclés : 10 ; ondulés : 1.
En admettant que notre catégorie " frisés " corresponde à la catégorie " bouclés " de Draper, nous devons constater que notre série présente un plus grand pourcentage de forme crépue que celle de Draper. Cela va rejoindre ce que nous avons déjà dit à propos des autres caractères descriptifs : la série de Draper a une pigmentation plus claire et les cheveux moins négroïdes.
Cipriani (p. 366) dit des Dauada que leurs " cheveux noirs sont laineux " et (p. 370) des Fezzanais qu'ils ont "les cheveux noirs, crépus et laineux ". Cet auteur n'a pas établi de catégorie de formes pour les cheveux.
Cabot Briggs ne publie, en ce qui concerne la forme des cheveux, que 4 sujets, tous porteurs de cheveux crépus.
Pilosité faciale et corporelle.
Nos 32 photographies ne permettent pas d'étudier valablement la pilosité faciale. Cependant, 12 de nos sujets ont visiblement de la barbe qui, dans certains cas, paraît plus frisée que crépue. Ceci fait pencher notre série vers un type de pilosité plus méditerranéenne que négroïde.
Bertholon et Chantre n'ont rien publié sur la pilosité du point de vue anthropologique.
Draper, sur le cas, cite 14 cas de pilosité corporelle rare ou nulle, un cas de pilosité " abondante, même dorsale ".
Pour la pilosité faciale, on peut répartir les observations de Draper en 3 catégories : pilosité faciale rare ou nulle : 4 cas ; moyenne : 10 cas ; abondante : 1 cas (il s'agit là du même sujet qui montrait une pilosité dorsale). Il est remarquable de constater que la pilosité faciale est. d'après Draper, plus développée que ne l'est la pilosité corporelle.
Cabot Briggs ne donne pas de tableau concernant la pilosité.
De l'ensemble de ces observations, qui restent extrêmement fragmentaires et insatisfaisantes, on peut cependant penser qu'il existe une dissociation entre la pilosité faciale, relativement importante, et la pilosité corporelle rare ou nulle.
Cette dissociation peut, peut-être, être rapportée au métissage entre Négroïdes à faible pilosité corporelle et faciale, et Méditerranéens à pilosité faciale très développée et corporelle assez développée.
Forme du nez.
La forme du nez n'a pas été notée sur nos fiches. Cependant, on peut tirer quelques indications des sujets photographiés. Les nez concaves nous paraissent les plus fréquents, mais certains de nos sujets ont des nez droits ; les nez convexes sont de beaucoup les plus rares.
Rappelons que Bertholon et Chantre écrivent (p. 129) que " les populations à nez concave prédominent dans les oasis sahariennes ". Mais soulignons que l'observation montre une grande variabilité des formes du nez comme le font les mesures (cf. indice nasal p. 23).
III. - Caractères anthropométriques.
Nous avons étudié 29 mesures directes (12 de la tète et 17 du corps). Nous avons établi 10 indices pour la tête et la face, et avons fait le rapport de 15 mesures du corps à la stature ; deux indices corporels ont été calculés (indices acromio-iliaque et antibrachial).
La méthode de mensurations a été celle enseignée par le Laboratoire d'Anthropologie du Musée de l'Homme. Lhote a appris de M. Lester, sous-directeur du laboratoire d'Anthropologie, la technique des mensurations.
La hauteur auriculaire de la tête a été déduite en soustrayant de la stature la hauteur du conduit auditif au-dessus du sol.
Par un fâcheux oubli, la hauteur du dactylion n'a pas été inscrite sur les fiches anthropométriques. En conséquence, nous ne pouvons déduire la hauteur totale du membre supérieur mais les trois segments du membre supérieur ont été mesurés : longueur du bras du point acromial au point radial, longueur de l'avant-bras du point radial au point stylion, longueur de la main du point stylion à l'extrémité du médius en projection.
L'élaboration statistique a été faite selon les formules classiques. Pour chaque mesure ou indice, nous avons calculé la moyenne et son erreur, l'écart standard désigné par à et le coefficient de variation v.
Nous traiterons successivement des mesures et indices de la tète et de la face, puis des mesures et indices du corps.
A. - Mesures et indices de la tête et de la face.
Il a été mesuré, pour chaque sujet, 12 mesures de la tête et de la face. Nous étudierons ensemble la longueur et la largeur de la tête et l'indice céphalique.
VOIR TABLEAU 6
VOIR TABLEAU 7
Tous les sujets sont dolichocéphales ou mésocéphales ; 64 % sont dolichocéphales, soit près des 2/3, dont 14 % hyperdolichocéphales.
Bertholon et Chantre publient (p. 48) la valeur de l'indice céphalique de quatre séries d'habitants de Ouargla. Nous reproduisons ces données au tableau ci-dessous :
VOIR TABLEAU 8
II est intéressant de remarquer que la composition tribale du matériel de Bertholon et Chantre est la même que celle de nos sujets pour 3 tribus ; ils ont mesuré, de plus, des Béni Anin. Nous avons calculé la moyenne de l'indice céphalique pour les 4 séries de Bertholon et Chantre en tenant compte du nombre t!e sujets dans chaque série.
Bertholon et Chantre citent (p. 72) l'indice céphalique d'une série de mélanodermes sahariens mesurés par Amat. Ce sont des négroïdes du Mzab dont l'indice céphalique est de 74,8: nous ne savons pas le nombre de sujets de cette série.
Nous avons intégré la moyenne (calculée par R. Gessain) des sujets de Ouargla de Bertholon et Chantre dans le tableau VIII mais non les sujets du Mzab d'Amat.
Sans donner le nombre des sujets, Bertholon et Chantre ont publié (p. 84 et 85) un certain nombre de valeurs de l'indice céphalique pour les populations noires des oasis : Fezzanais de Mourzouk : 73,9; de Chaty : 75,5 ; de Tragen; 76,0. Par ailleurs,ces auteurs donnent pour les indices céphaliques de Ghadamès : 73,1 ; de Souf : 73,4 ; de Touggourt : 74,4. Pour Ouargla, Bertholon et Chantre trouvent une moyenne générale de 74,5, moyenne supérieure à celle des 4 fractions tribales dont nous avons donné le détail au tableau VII.
Bertholon et Chantre formulent une interprétation basée sur ces indices céphaliques ; pour ces auteurs (p. 85), les populations noires du Sahara ne semblent pas tenir la forme de leur crâne de leurs voisins soudanais. Us sont plus dolichocéphales et se rapprochent, de ce point de vue, des Méditerranéens d'Afrique du Nord.
VOIR TABLEAU 9
En comparant les différentes données de ce tableau, on voit que notre série a en moyenne des têtes plus petites, à la fois plus courtes et plus étroites que toutes les autres séries. Mais les proportions de la tête ne changent pas. En effet, l'indice céphalique de nos sujets est tout à fait analogue à ceux des autres auteurs.
Remarquons l'homogénéité des résultats pour l'indice céphalique des auteurs ayant étudié les Haratin. Les moyennes de tous les groupes de Haratin étudiés se situent, entre 72,9 et, 75,4 dans la catégorie des dolichocéphales (et encore faut-il remarquer que le chiffre de 72,9 [Cipriani] ne peut être retenu sans critique).
Lhote a noté pour un cas (homme de 52 ans) une déformation crânienne. Draper a noté cette particularité pour 4 cas.
Des pratiques de déformations crâniennes par massage et pressions du crâne des petits-enfants ont été décrites chez les Peuhls du Niger et chez les Touareg. Ces pressions se font en appuyant sur les parties latérales du crâne comme pour tendre à l'allonger d'avant en arrière. Lhote estime qu'il est possible que des coutumes de massage aient pu persister dans certaines familles.
Nous étudierons ensemble la hauteur de la tête et les deux indices céphaliques verticaux.
VOIR TABLEAU 10
Nos sujets sont, en moyenne, fortement hypsicéphales et acrocéphales.
La majorité de nos sujets ont une voûte haute. Seulement 10 % pour un indice et 5 % pour l'autre ont une voûte moyenne.
Bertholon et Chantre donnent (p. 94), pour 12 Sujets deOuar-gla, un indice vertical moyen de 85,41. Nous donnons, au tableau ci-après, les seules valeurs publiées sur des mélanodermes du Sahara pour la hauteur de la tête et les deux indices verticaux.
VOIR TABLEAU 11
Les Dauada ont des valeurs comparables à celîes de notre série ; les Fezzanais ont des voûtes encore plus élevées.
Nous étudierons ensemble la largeur frontale et l'indice fronlo-pariétal.
VOIR TABLEAU 12
En. comparant notre série aux chiffres du tableau XI, on voit que, chez nos sujets, la largeur frontale est un peu plus élevée ; en conséquence, l'indice fronto-pariétal s'élève chez eux et d'autant plus qu'ils ont, comme nous l'avons dit, le crâne plus étroit.
Nous étudierons ensemble la largeur bizygomatique, l'indice fronto-zygomatique et l'indice céphalo-facial.
VOIR TABLEAU 12
La moyenne de notre série s'inscrit dans la catégorie des macropsides. C'est celle également où se situent plus de 50 % de nos sujets, mais cependant la répartition pour ce caractère est largement étalée.
Il n'existe aucune donnée comparative pour la largeur bizygomatique et l'indice fronto-zygomatique chez les auteurs ayant étudié les mélanodermes du Sahara.
VOIR TABLEAU 13
Soulignons les concordances des résultats de Cipriani et de nous-mêmes pour cet indice transversal de la face.
Nous étudierons ensemble les deux hauteurs de la face et les indices correspondants.
VOIR TABLEAU 14
La moyenne de notre série s'inscrit dans la catégorie des leptoprosopes. En effet, 48 % de nos sujets ont des faces longues ou très longues. Cependant, 35 % sont mésoprosopes et 16 % ont des faces relativement courtes.
VOIR TABLEAU 15
Bertholon et Chantre ont employé, pour la hauteur de la face, une technique non classique : hauteur ophryon-point menton-nier au lieu de nasion-point mentonnier ; ceci rend impossible les comparaisons métriques des valeurs absolues et des indices de la face.
Cependant, nous pouvons rappeler les termes de la description de ces auteurs (p. 138) : " les populations des oasis ont la face généralement longue ".
Cabot Briggs publie un indice facial morphologique sans donner la hauteur de la face. Il n'y a pas de données comparatives concernant les Haratin pour la hauteur physionomique et l'indice physionomique.
La hauteur morphologique donnée par Draper est nettement plus élevée que la nôtre ; comme il en est de même pour la hauteur du nez où la moyenne de Draper s'écarte par excès de l'ensemble des moyennes de trois auteurs (cf. tabl. XV), il semble qu'on en puisse conclure que Draper a mal précisé le nasion ou même pris la glabelle comme point de repère.
En ce qui concerne l'indice facial morphologique, soulignons la concordance des résultats de Cabot Briggs, de Cipriani et des nôtres.
Nous étudierons ensemble la hauteur et la largeur du nez et l'indice nasal.
VOIR TABLEAU 16
La moyenne de notre série s'inscrit dans la catégorie des platyrhiniens, quoique près de la limite inférieure, comme plusde la moitié de nos sujets. De plus, 11 % ont le nez extrêmement large. II y a 36 % de mésorhiniens et aucun sujet leptorhinien. C'est là une répartition qui rapproche notre série des Négroïdes.
Bertholon et Chantre ont publié (p. 115) l'indice nasal de 48 Ouargli sans donner les hauteur et largeur du nez.
Les chiffres de Draper, pour la hauteur du nez et l'indice nasal, sont entachés de l'erreur que nous avons déjà signalée à propos de la hauteur morphologique de la face. Kossovitch a sans doute, lui aussi, choisi la glabelle ou établi le nasion en position trop élevée ; cette erreur technique expliquerait à la fois la valeur trop élevée de son indice morphologique de la face (cf. tabl. XV) et son indice nasal très faible et très proche de celui de Draper.
Pour les comparaisons, il convient de ne pas tenir compte des données de Draper et de Kossovitch. Parmi les six séries res-tantes, trois se classent par leur moyenne dans la catégorie des mésorhiniens et très proches des platyrhiniens. Les sujets de Pales ont des nez encore plus larges que ceux de notre série.
Il faut conclure de ce tableau XVI, après rectification des erreurs techniques de Draper et de Kossovitch, que les méla-nodermes du Sahara sont, dans l'ensemble, à la limite inférieure de la platyrhinie.
Rappelons que Berthoion et Chantre écrivent (p. 124), en traitant de l'indice nasal, que le Fezzan et Ouargla sont les lieux où l'influence négroïde est la plus forte : " les diverses fractions de Ouargla fournissent l'indice nasal suivant : Béni Brahim : 79, Béni Sissinc : 87. Béni Ouaghin : 83. La population dominante est négroïde, les éléments blancs ne s'y trouvent plus qu'à l'état d'infiltration ",
Nous étudierons ensemble les largeurs bipalpébrales interne et externe.
VOIR TABLEAU 17
Pour ces mesures, il n'y a aucune donnée comparative dans la littérature anthropologique concernant, les Haratin.
Nous étudierons ensemble la hauteur, la largeur de l'oreille et l'indice auriculaire.
VOIR TABLEAU 18.
II n'y a pour les mesures et indice de l'oreille aucune donnée comparative concernant les Haratin.
B. - Mesures et indices du corps et des membres.
Dans le tableau II, nous avons groupé nos sujets par classes d'âges de 5 ans et mis en regard la moyenne des statures pour chaque classe.
Comme nous l'avons fait remarquer, les sujets dont l'aspect physique a permis de leur attribuer 15 à 19 ans ont une stature moyenne plus élevée que la stature moyenne générale. Nous les avons donc laissés dans notre série. Deux hommes âgés de52et 62 ans sont plus petits que la moyenne générale (156,5 et 160,5).
VOIR TABLEAU 19
Nous avons pensé, comme il est classique de le faire pour des sujets jugés atteints par la sénescence, les retirer de notre série. Nous avons calculé la moyenne générale de notre série en com-prenant ces deux cas (164,0), puis après les avoir retirés(164,3). Le peu de différence entre ces deux moyennes nous a incités à conserver les deux sujets dans notre série.
Nous étudierons ensemble la stature, la taille assis et l'indice cormique.
VOIR TABLEAU 20
Pour la stature, la moyenne de nos sujets se classe dans la catégorie de stature sous-moyenne mais près de la limite des statures surmoyennes. En effet, à considérer la répartition indi-viduelle, il y a pratiquement autant de sujets sur-moyens que sous-moyens. Mais il y a plus de petits que de grands. Presque un quart des sujets sont petits et plus des 4/5 sont petits ou moyens.
Pour l'indice cormique, la moyenne de nos sujets est nettement brachycorme. Il y a dans notre matériel, à ce point de vue, une grande homogénéité, près des 3/4 de nos sujets sont dans la catégorie des troncs courts.
VOIR TABLEAU 21
Dans notre tableau XIX, nous avons donné sous le nom de Bertholon et Chantre pour la stature, la seule série pour laquelle le nombre des sujets est précisé : " 20 esclaves nègres du Mzab d'après Amat ".
Mais Bertholon et Chantre donnent, pour les mélanodermcs du Sahara, un grand nombre de statures : (p. 5) Ghardaia : 163, Touggourt : 163 ; (p. 170 et 172) nègres du Mzab : 161 ; (p. 170) nègres d'El Golea d'après Weissberger : 160.
Ces auteurs citent à la page 32 plusieurs statures : Fezzan : 167, Fezzanais de Chaty : 169, Fezzanaisde Ghat : 170, Ouargla : 167, une fraction de Ouargla, Béni Ouaghin : 170, Laghouat : 169, Tozeur : 169. Ils ajoutent à la même page que les autres oasis fournissent, pour la plupart, des tailles inférieures à 169. Bertholon et Chantre n'ont pas mesuré la taille assis et pas publié l'indice cormique.
Dans son tableau, p. 383, Cipriani donne comme taille moyenne pour les Dauada, la taille de 168,5 qu'il indique p. 366 comme étant celle de son groupe de vieillards. Mais pour toutes les autres mesures, il indique comme moyenne, celle de son groupe d'adultes. Malgré le manque de précision de Cipriani sur le nombre de sujets pour lesquels il a établi ses moyennes, on peut penser à la lecture du tableau p. 383 qu'il a mesuré 8 adultes. Nous prendrons donc comme moyenne de stature, des sujets Dauada de Cipriani, le chiffre qu'il donne lui-même (p, 366) comme étant celui des adultes : 164,6.
Notre série a, parmi les autres séries de Haratin, la taille la plus basse, hormis la série de 20 Noirs du Mzab citée par Bertholon et Chantre.
A ne considérer que les sujets étudiés jusqu'ici, il semble que les Haratin présentent, pour la stature, une grande variabilité. En effet, les moyennes des 8 séries dont nous disposons actuellement (cf. tabl. XIX) se répartissent dans des catégories différentes : la série de Draper est fortement hypsiforme, celles de Kossovitch, Cabot Briggs, Pales et l'une des deux séries de Cipriani sont mésosomes sur-moyennes ; la nôtre et les Dauada de Cipriani sont mésosomes sous-moyennes à la limite, il est vrai, des sur-moyens.
La série de Amat citée par Bertholon et Chantre est sous-moyenne avec la plus faible stature des 8 séries de notre tableau. Mais Bertholon et Chantre ont publié, sans indiquer le nombre des sujets mesurés, de nombreux chiffres de statures s'échelonnant de 160 à 170. Nous pouvons ainsi, sur les chiffres actuellement publiés dans la littérature anthropologique, établir la très grande variabilité de la stature chez les groupes mélanodermes du Sahara.
Pour la taille assis, notre série a les chiffres les plus bas, ce qui concorde avec la petite stature de nos sujets.
On pouvait s'attendre à la concordance exceptionnelle des tailles assis des trois autres auteurs pour les séries de Pales et de Cabot Briggs dont les statures sont très voisines ; mais elle est digne de remarque pour la série de Draper dont la stature moyenne a 6 cm de plus que les deux autres séries, ce qui est, apparemment, dû au fait que les grandes tailles sont grandes par une augmentation de la longueur du membre inférieur. En effet, la comparaison de l'indice cormique nous montre que c'est la série de Draper la plus élevée en stature qui a l'indice cormique le plus bas.
Ainsi, les Haratin sont nettement brachycormes ; seule la série de Pales les montre à la limite inférieure de la métriocormie.
Nous réunissons ci-dessous la hauteur du conduit auditif et son rapport à la stature.
VOIR TABLEAU 22
Pour ces deux valeurs, il n'existe pas de données comparatives sur les Haratin.
Nous étudierons ensemble les hauteurs absolues de l'acrominn el de la fourchette slernale et leurs rapports à la stature.
VOIR TABLEAU 23
La fourchette sternale est plus élevée que I'acromion, ce qui correspond à la règle de la majorité des groupes humains. Pour toutes ces données, il n'y a pas de matériel comparatif en ce qui concerne les Haratin.
Nous grouperons la hauteur de l'épine iliaque et son rapport à la stature.
VOIR TABLEAU 24
Cette mesure tient classiquement lieu de longueur totale du membre inférieur.
VOIR TABLEAU 25
Tous nos sujets sont fortement macroskèles. Le fait qu'ils ont des jambes longues concorde avec leur tronc court qui nous a fait classer au tableau XVIII près de 75 % d'entre eux parmi les brachycormes.
Il n'existe pas de données comparatives pour les Haratin.
Nous étudierons ensemble la hauteur du plateau libial (interligne tibio-fémoral) et de la malléole et leurs rapports à la stature.
VOIR TABLEAU 26
II n'y a aucune donnée comparative pour ces valeurs en ce qui concerne les Haratin.
Nous grouperons les longueurs du bras et de l'avant-bras, leur rapport à la stature et l'indice brachial.
VOIR TABLEAU 27
Nos sujets se répartissent presque également entre les trois catégories des avant-bras longs, moyens ou courts par rapport aux bras.
Il n'y a pas de valeurs comparatives sur les Haratin pour ces données.
Nous grouperons ensemble la longueur de la main et son rapport à la stature.
VOIR TABLEAU 28
II n'y a pas de données comparatives pour ces valeurs.
VOIR TABLEAU 29
Lhote n'a pas mesuré la hauteur du dactylion et n'a pu déduire la longueur directe en projection du membre supérieur. Nous donnons ci-dessus, à titre indicatif, les chiffres obtenus par addition des longueurs du bras, de l'avant-bras et de la main.
VOIR TABLEAU 30
Bertholon et Chantre n'ont pas publié la grande envergure dos 20 Noire du Mzab dont ils ont donné la statured'après Amat ; ils fournissent (p. 30 à 41) un grand nombre de chiffres sur la grande envergure relative à la stature mais de telle façon que nous n'avons pu en tirer correctement des données comparatives.
La grande envergure de notre série est plus faible que celle des autres auteurs, nos sujets étant plus petits de stature. Mais toutes les séries ont des grandes envergures relatives analogues (sauf celle de Draper dont les sujets sont les plus grands). Tous les Haratin ont des bras longs.
Nous étudierons ensemble les diamètres bi-acromial, bi-iliaque, leur rapport à la stature et l'lndlce acromio-iliaque.
VOIR TABLEAU 31
VOIR TABLEAU 32
La moyenne de notre série se classe dans la catégorie des bassins étroits. Plus de 80 % de nos sujets entrent dans cette même catégorie. On peut considérer que, pour ce caractère, notre série de Ouargla a une bonne homogénéité.
VOIR TABLEAU 33
La moyenne des sujets se classe dans la catégorie des troncs trapézoïdes aux épaules larges par rapport aux bassins. Mais seulement 60 % des sujets entrent dans cette même catégorie et 10 % ont un tronc rectangulaire.
VOIR TABLEAU 34
VOIR TABLEAU 35
Pour le diamètre bi-acromial tant en valeur absolue que relative, les chiffres de divers auteurs de notre tableau XXV sont d'une grande concordance.
Pour le diamètre bi-iliaque, Cabot Briggs ne donne pas de valeurs relatives alors qu'il publie une valeur absolue. Cipriani fait l'inverse. Les valeurs relatives du diamètre bi-iliaque sont un peu plus faibles dans notre série que dans celles de Cipriani mais toutes classent les Haratin parmi les sténopyèles.
Pour l'indice acromio-iliaque, la série de Cabot Briggs et les Dauada de Cipriani se classent dans les troncs intermédiaires, les Fezzanais de Cipriani et notre série de Ouargla dans les troncs trapézoïdes.
Cette variabilité des moyennes des séries concorde bien avec celle que nous avons constatée à l'intérieur de notre propre série pour les valeurs individuelles.
Les Haratin sont, pour les largeurs proportionnelles du bassin et des épaules, d'une assez grande variabilité.
Il nous reste à étudier le diamètre bilrochantérten absolu et relatif.
VOIR TABLEAU 36
VOIR TABLEAU 37
Nous donnons ces chiffres à titre d'indication car le nombre des sujets est trop petit pour donner lieu à une élaboration statistique et à une interprétation valablement fondée. Remarquons cependant que la répartition de nos sujets Ouargli diffère sensiblement des résultats obtenus par Kossovitch( 1934) sur 267 Haratin d'El Golea, de In Salah. de Gao et de Kidal (A = 35.9 % ; B = 28,0 % ; 0 = 29,0 % ; AB = 7,1 %) et par Horrenberger (1933) sur 202 sujets de groupes de Haratin du Nord (A = 39,6% ; B = 28,2 % ; O = 19,8 % ; AB = 12,4 %).
Ces divergences du matériel de Lhote peuvent être dues au petit nombre et à un échantillonnage laissant apparaître des caractéristiques familiales. Si ces chiffres étaient représentatifs de la population Haratin de Ouargla, l'effet de la fluctuation géné-tique dans un petit groupe endogame pourrait être invoqué.
Seule, une enquête plus complète pourrait, là aussi, résoudre ces problèmes.
CONCLUSIONS.
A la fin de cette étude, nous pouvons résumer les caractéristiques moyennes des hommes de Ouargla.
Ils sont tous mélanodermes avec une assez grande variabilité de couleur et dans l'ensemble leur peau est plus claire que la moyenne des Soudanais. Leurs yeux sont plus foncés et la gamme des variations peu étendue. Leurs cheveux sont plus souvent crépus que frisés niais leur pilosité faciale est d'un type plus méditerranéen que négroïde. Leur tête est dolichocéphale à voûte haute. Leur face est méso-leptoprosope et large par rapport à leur tête. Leur nez est plus fréquemment concave. Ils sont plus souvent platyrhiniens que mésorhiniens.
Leur stature est moyenne, plus souvent petite que grande.
Leurs membres inférieurs sont longs ; ils ont un tronc court et trapézoïde car leurs épaules sont larges par rapport à Jeur bassin étroit. Leurs bras sont modérément longs et la longueur relative de leur avant-bras par rapport au bras est très variable.
Si nous comparons ces caractéristiques moyennes des habitants de Ouargla à celles d'autres mélanodermes sahariens décrits par les autres auteurs, nous arrivons à la conclusion suivante :
Les Ouargli sont, avec les sédentaires du Trarza de Pales, plus négroïdes que les sujets décrits par Kossovitch et ceux de Cabot Briggs ; ces conclusions sont celles qui apparaissent déjà pour les sujets de Ouargla dans l'ouvrage de Bertholon et Chantre.
La question de l'origine de ces populations mélanodermes des oasis sahariennes a été posée depuis les premiers travaux anthropologiques et reste non résolue.
Bertholon et Chantre, dès 1913, faisaient l'hypothèse que ces populations noires des oasis provenaient d'un métissage entre, d'une part des races méditerranéennes dolichocéphales grandes ou petites et, d'autre part, un élément noir, cet élément noir étant, dans l'esprit de ces auteurs, soit des immigrants soudanais, soit une race négroïde de petite taille, substratum ethnique antérieur à l'immigration vers le Sahara des deux races méditer-ranéennes.
Depuis une cinquantaine d'années, les travaux n'ont apporté aucune donnée fondamentale en contradiction avec l'hypothèse d'origine de Bertholon et Chantre. Cependant, le métissage est-il le processus unique de formation de ces types ? Une autre hypothèse a été proposée pour des populations de même apparence " hybride " qui pourrait être appliquée aussi aux Haratin. Ces groupes de caractères intermédiaires pourraientreprésenter un stock humain très ancien antérieur à la séparation des Blancs et des Noirs, ce qui expliquerait leurs particularités anthropologiques composites. Les Haratin ont la peau plus noire que n'est négroïde leur morphologie et, s'il y a parmi eux des mélanodermes à face europoïde, on n'a pas décrit dans les oasis sahariennes de leucodermes à face négroïde tels qu'on en trouve entre métis de Blancs et de Noirs.
L'importante question de l'origine de ces Noirs sahariens mérite que soient rassemblés, selon toutes les techniques anthropologiques, métriques et physiologiques, des documents statistiquement représentatifs de ces groupes.
Le nombre de sujets étudiés est beaucoup trop restreint pour étayer des conclusions valables. Les populations de ce genre, c'est-à-dire apparemment mélangées ou d'un type faisant d'emblée penser qu'elles sont issues de métissage, ont peu, jusqu'à présent, attiré les anthropologistes. Cependant, dans l'optique nouvelle d'une science anthropogénétique, ces populations aux caractères de type hybride deviennent des objets d'études intéressantes.

Types d'hommes Ouargli (cliches H. Lhote).

Types d'hommes Ouargli (cliches H. Lhote).

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Tableau : 4

Tableau : 5

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Tableau : 8

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