Contes et Mhajiates d' Oued Righ

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LE CHACAL ET LE HERISSON

UNE fois, le hérisson et le chacal firent amitié. Le premier dit à l'autre : " Combien as-tu de ruses? " - " J'en ai cent et la moitié d'une ", répondit le chacal, et il lui demanda à son tour : " Combien as-tu de ruses? " - " La moitié d'une. " Ils marchèrent en se promenant sur la route jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à un douar au milieu de la nuit. Ils trouvèrent un silo, descendirent tous deux à l'intérieur et mangèrent du blé jusqu'à ce qu'ils furent rassasiés. Le hérisson dit au chacal : Baisse-toi, pour que je monte sur ta tète et que je regarde. Le chacal se baissa, le hérisson monta sur son dos, sauta et retomba hors de l'ouverture du silo, laissant le chacal à l'intérieur. Il lui dit : " Sauve-toi (comme tu pourras). Vois, moi qui n'ai que la moitié d'une ruse (je me suis sauvé) ; toi qui as cent ruses et demie, tu ne peux te tirer du milieu du silo .

LE LIEVRE ET LE CHACAL

Un lièvre se promenant avec un chacal lui dit : J'ai une ruse. Le chacal répondit: " J'en ai 99. Le lièvre reprend: Entrons dans le verger pour manger. II se mit à manger, et dit à son compagnon : Mange d'excellentes figues. - Que manges-tu? demanda le chacal. - Du raisin, Ils se séparèrent dans le verger et mangèrent jusqu'à ce qu'ils furent rassasiés. - Allons, dit le chacal, partons, nous n'avons plus faim. - Sors, tu es le plus grand. - Sors le premier et vois si le maître du verger n'est pas dehors. Le lièvre sortit, le chacal resta auprès du trou (sans pouvoir passer) : Donne-moi un conseil, dit-il, comment vais-je faire? - Moi qui n'ai qu'une ruse je ne puis conseiller celui qui en a 99. Le lièvre s'enfuit. Le chacal fut pris par le maître du jardin qui lui dit : Que vais-je te faire à présent? - Ce que la justice décide.

" Elle veut que tu périsses. Le chacal reprit : Que j'aille au moins dire adieu à mes enfants, puis je reviendrai.
" Donne ta parole. Le chacal prêta serment, l'homme le lâcha et il s'enfuit.

LE LION, LE CHACAL ET L'HOMME

Au temps passé, alors que les bêtes parlaient, il existait, dit-on, un laboureur qui possédait une paire de boeufs avec lesquels il travaillait. Il avait coutume de partir avec eux de bon matin, et le soir il revenait avec un bœuf. Le lendemain, il en achetait un autre pour labourer et s'en allait dans la friche, mais le lion venait lui en prendre un et lui en laissait un. Il restait désespéré, cherchant quelqu'un qui le conseillât, quand il rencontra le chacal et lui raconta ce qui se passait entre lui et le lion. Le chacal demanda : Que me donneras-tu, et je t'en délivrerai.

" Ce que tu voudras, je te le donnerai.
" Donne-moi un agneau gras, reprit le chacal ; tu suivras mon conseil : demain, quand le lion viendra, je serai là ; j'arriverai sur cette colline, de l'autre côté ; tu apporteras ta hache bien tranchante et quand je te dirai : Qu'est-ce que je vois à présent avec toi ! réponds-moi : C'est un âne que j'ai pris avec moi pour porter de l'orge. Je te dirai : Je suis à la recherche du lion et non de l'âne. Alors il te demandera : Qui est- ce qui te parle? Réponds-lui : C'est le " nems. " II te dira : Cache-moi, car je le crains. Lorsque je te demanderai : Qui est-ce qui est étendu là devant toi ? ré-ponds-moi : C'est une poutre. Je te dirai : Prends ta hache et frappe, pour savoir si ce n'est pas le lion. Tu prendras ta hache et tu le frapperas fort entre les deux yeux. Alors je continuerai : Je n'ai pas bien entendu; frappe-le encore une fois jusqu'à ce qu'il soit mort réellement. "
Le lendemain matin, le lion vint à lui comme les jours passés, pour manger un bœuf. Quand le chacal le vit, il appela son ami et lui dit : Qui est-ce qui est avec toi? - C'est une poutre qui est devant moi. Le chacal reprit : Attention au lion je le cherche. - Qui parle avec toi, demanda celui-ci au laboureur. " Le nems. " - " Cache-moi ", reprit le lion, " car je le crains. " Le laboureur lui dit : " Etends-toi devant moi, ferme les yeux et prends garde de faire un mouvement. " Le lion s'étendit devant lui, ferma les yeux et retint son souffle. Le paysan dit au chacal : " Je n'ai pas vu passer de lion aujourd'hui. " - " Qu'est-ce que je vois étendu devant toi? - " C'est une poutre. " - " Prends ta hache, continua le chacal et frappe cette poutre. " Le laboureur obéit et frappa violemment le lion entre les deux yeux. " Frappe fort, dit encore le chacal, je n'ai pas bien entendu. " II recommença trois ou quatre fois, jusqu'à ce qu'il l'eût tué. Alors il appela le chacal : " Voici, je l'ai tué;; tu peux venir pour que je t'embrasse pour le conseil que tu m'as donné. Demain tu viendras ici prendre l'agneau que je te donnerai. Ils se séparèrent et chacun s'en alla de son côté.
Revenons au paysan. Le lendemain, dès le matin, il prit un agneau, le mit dans un sac dont il ferma l'ouverture, le descendit dans la cour et l'y laissa pendant qu'il allait lâcher les boeufs pour labourer ses parcelles de terre. A ce moment, sa femme delia l'ouverture du sac, mit l'agneau en liberté et le remplaça par un chien. Le paysan prit le sac et s'en alla à son ouvrage. Il attacha ses bœufs et commença à labourer jusqu'à l'arrivée du chacal qui lui dit : " Où est la promesse que tu m'as faite? " - " La voici dans l'intérieur du sac ; va l'ouvrir, tu prendras l'agneau que je te donne. " II suivit son conseil, entre ouvrit le sac, vit deux yeux qui brillaient plus que ceux d'un agneau et dit au laboureur : o Mon ami, tu m'as trompé. " - "En quoi t'ai-je trompé? " reprit l'autre; pour l'agneau, je l'ai mis dans le sac : ouvre-le bien, je ne mens pas. Le chacal suivit son conseil, il ouvrit le sac, un chien en sortit avec violence. Quant le chacal le vit, il s'enfuit en courant, mais le chien s'élança de près derrière lui et finit par le tuer .

LE CHACAL ET L'ANE

Un homme dit un jour à sa femme : " Va mettre un bât sur l'âne, avec une marmite de lait dans un panier, tu y ajouteras des figues et du pain ". L'âne partit et rencontra le chacal qui pleurait. " Que t'est-il arrivé? " lui demanda-t-il. " Je me suis fait mal à la patte. " L'âne reprit : " Si tu ne veux pas me tromper, je te porterai. " Le chacal monta sur lui, prit la marmite de lait et la but : une goutte tomba sur les oreilles de l'âne, a tu me trahis, dit celui-ci : c'est le dîner des travailleurs. Le chacal répondit: " Sans doute, mon pied suppure et il sera tombé une goutte, puis il mangea le pain. L'âne en reçut une miette sur les oreilles et dit encore : tu me trompes, c'est la nourriture des travailleurs. " - Assurément, répondit le chacal, c'est une croûte desséchée que j'ai cassée, " puis il mangea les figues. La queue d'une d'elles tomba sur l'oreille de l'âne qui dit pour la troisième fois : " Tu me trompes, c'est le dîner des travailleurs. " Le chacal répondit : " C'est une autre croûte que j'ai enlevée. " Quand l'âne arriva à son but, le lait, les figues et le pain avaient disparu. Le chacal sauta à terre dès qu'il rencontra une Crète et dit : " Ane, je t'ai joué un tour. "

LE CHACAL ET LA PERDRIX

Le chacal et la perdrix s'étant rencontrés, le premier dit à l'autre : a Qui t'a peinte d'une façon si admirable ? " La perdrix répondit : " Tu deviendras pareil à moi si tu fais ceci : Fixe le ciel jusqu'à ce que tu sois ébloui, et tes yeux brilleront; jette-toi dans le ravin et tu chausseras des souliers;sur un ormeau, tu prendras des dattes : dans les fleurs, tu revetiras une gandoura. " - " C'est ce que je vais faire, dit le chacal ; il se jeta dans le ravin, il se cassa la jambe ; il fixa le ciel et devint aveugle, il sauta sur un ormeau et se tua .

LE HERISSON ET LE CHACAL

Le hérisson et le chacal s'associèrent pour cultiver des oignons dans un potager. Quand Ils furent mûrs, le hérisson dit à son compagnon : Je te laisse le choix : prends ce qui est sur la terre ou ce qui est dessous. " Le chacal répondit : Je prendrai ce qui est dessus " et il alla couper les tiges. Ils semèrent ensuite un champ de blé : quand il fut mûr, le hérisson dit encore au chacal : Je te laisse le choix : prends ce qui est sur terre ou ce qui est dessous. - " Cette fois, répondit son compagnon, je prendrai ce qui est dessous. " Le hérisson alla moissonner le champ, battit le blé, il mit ensuite la paille en meule, le grain n'était pas encore dans l'aire. Le chacal lui dit : Tu m'as trompé, recommençons le partage, son compagnon refusa. " Luttons à la course, proposa le chacal; le premier qui arrivera à l'aire, prendra ce qu'elle contient. " - " Soit, " dit le hérisson ils partirent, mais il plaça son frère à l'intérieur d'un tas de blé et l'y cacha. La course eut lieu ; le chacal trouva le frère du hérisson qui mesurait du blé. " Recommençons, dit-il. - Soit ! , Ils partirent. Son compagnon prit la place de son frère, et après la course le chacal le trouva encore mesurant du blé et s'en alla .

L'HOMME, LA VIPERE ET LE HERISSON

Un homme trouva une petite vipère : il l'emporta et l'éleva. Quand elle fut devenue grande, elle s'enroula un jour autour de son cou. " Descends, " lui dit-il. Elle refusa, " Allons au tribunal. " - " Cours, " dit-elle. En route ils rencontrèrent un hérisson qui leur dit. " Où allez-vous ainsi? " L'homme lui répondit : " J'ai élevé cette vipère quand elle était petite : aujourd'hui, elle refuse de descendre. " Là-dessus, une femme apporta du couscouss. " Descends, dit-il, tu mangeras du couscouss. " La vipère descendit, le hérisson dit à l'homme : " Tue-la. " L'autre lui écrasa la tête. Puis comme le hérisson était sage, il se sauva et entra dans un buisson. " II s'est enfui, dit l'homme, sans cela, je l'aurais emporté pour la nourriture de nos
enfants. " - " L'homme est noir de tète, reprit le hérisson : s'il brûle, ne lui donne pas à boire . "

LE CHACAL

Un chacal entra un jour dans un jardin où il mangea des pastèques. Le maître du jardin le surprit :il se sauva vers une colline et revint dans le potager. L'homme le chercha sur la colline, ne le trouva pas et s'en retourna dans son jardin. Le chacal était en train de manger des melons verts. En entendant l'homme venir, il fit le mort. Le maître appela ses voisins et leur dit : " Vous le voyez, il fait le mort, réfléchissez, qu'en fe-rons-nous. " - Pends-le à un palmier, lui dirent les voisins ; ses cousins le verront et ne viendront plus. L'homme reprit : Je vais le jeter dehors. II le traîna par la patte, et le lança dehors, le chacal s'enfuit .

LE CHACAL ET LE COQ

Une fois un chacal arriva : les poules l'en-tendirent. Il se mit à les poursuivre, le coq s'enfuit et monta sur un arbre. Le chacal lui dit : N'es-tu pas mon frère ? Viens prier. " Le coq répliqua : " Comment prierais-tu ? Je ne suis pas le moueddin, attends que vienne l'imâm. - " Qui est l'imâm? " - II arrive, c'est un lévrier. " Le chacal reprit : " Priez, mon ablution n'est plus valable. " - " Nous t'attendrons. - Non, priez (sans moi), on ne trouve d'eau qu'à deux ou trois jours d'ici .

LE FAUCON ET LE CORBEAU

Un corbeau vint à laisser un fils : un faucon le trouva petit et sans plumes, il lui porta à manger. Quand le jeune corbeau.fut grand, le faucon lui dit: Le Seigneur nous a creés pour travailler pour notre existence : à présent, c'est une obligation pour tout le monde . "

POURQUOI LE CORBEAU EST NOIR

Lorsque Dieu créa le corbeau, il était blanc. Le maître du monde le punit parce que le méchant n'avait pas exécuté ses ordres. Un jour il lui dit : " Voici deux sacs : le premier est rempli d'argent; le second, de poux. Porte-le sac d'argent aux musulmans et l'autre aux chrétiens. " Le corbeau partit, mais trouvant que le sac d'argent était trop lourd, il le donna aux premiers qu'il rencontra: c'étaient des chrétiens. Il porta le sac de poux aux musulmans. Depuis lors, les chrétiens ont de l'argent et les musulmans des poux. En conséquence, le Seigneur dit au corbeau : " Puisque tu n'as pas accompli mes ordres, tu deviendra noir .

ORIGINE DU LION, DU CHAT ET DU RAT

Au temps où notre seigneur Noé construisait l'arche, le sanglier vint la nuit la battre (en brèche) et enleva une planche avec ses défenses. Lorsqu'il se réveilla, notre seigneur Noé vint travailler à son ouvrage, trouva l'arche brisée et la répara. Le lendemain, il la trouva brisée de nouveau et la répara encore. Le troisième jour, le sanglier continua d'agir ainsi. Quand notre seigneur Noé s'en aperçut, il se fâcha, et voulant réparer à la hâte l'endroit brisé, il se blessa à la main. Il creusa un trou dans le sable y fit couler son sang, le recouvrit de terre et s'en alla. Quand son sang fut échauffé par les rayons du soleil, un lion en naquit. Le lendemain, le sanglier voulut agir comme précédemment, mais il trouva le lion qui veillait. Celui-ci lui dit : " Misérable, retire-toi, ou je te tue. " Le sanglier refusa : le lion se jeta sur lui et le dévora : depuis ce temps le lion mange de la chair de sanglier. Les deux animaux étaient dans l'arche de notre seigneur Noé, chacun à sa place : le sanglier éternua; de son éternument sortit un rat : le lion éternua, de son éternument sortit un chat, c'est pourquoi le chat mange le rat.

SALOMON ET LE GRIFFON

Notre seigneur Salomon causait un jour avec les génies. Il leur dit : " II est né une fille à Djabersa et un garçon à Djaberka : ce garçon et cette fille se rencontreront, " ajouta-t-il. Le griffon dit aux génies : " Malgré la volonté de la puissance divine, je ne les laisserai pas se réunir. " Le fils du roi de Djaberka vint chez Salomon, mais à peine arrivé, il tomba malade. Le griffon enleva la fille du roi de Djabersa et la porta sur un figuier au bord de la mer. Le vent poussa le prince qui s'était embarqué : il dit à ses compagnons : " Débarquez-moi. " II alla sous ce figuier et s'y coucha. La jeune fille lui jeta des feuilles, il ouvrit les yeux et elle lui dit : " Outre le griffon, je suis seule ici avec ma mère. D'où viens-tu ? " - De Djaberka. " - " Pourquoi, continus-t-elle, le Seigneur n'a-t-il pas créé d'êtres humains excepté moi, ma mère et notre seigneur Salomon ? " II lui répondit : " Dieu a créé toute espèce d'hommes et de pays. " - " Va, reprit-elle, amène un cheval et égorge-le, apporte aussi du camphre pour dessécher le cuir que tu pendras au haut du mât. " Le griffon revint et elle se mit à pleurer en disant : Pourquoi ne me conduis-tu pas chez notre seigneur Salomon? " - Demain, je t'emmènerai. " Elle dit au fils du roi : Va te cacher dans l'intérieur du cheval. " II s'y cacha. Le lendemain, le griffon l'enleva avec le cadavre du cheval et la jeune fille partit. Quand ils arrivèrent chez notre seigneur Salomon, celui-ci dit au griffon: " Je t'avais annoncé que la jeune fille et le jeune homme seraient réunis. " Plein de honte, le griffon s'enfuit sur le champ dans une île .

SALOMON ET LE DRAGON

On raconte qu'autrefois un dragon descendit dans une source au-dessus de Cherchel; il avait des enfants. Un jour, ceux-ci sortirent par l'ouverture de la caverne pour jouer. Les enfants de la ville arrivèrent, les frappèrent et en tuèrent quatre. Leur père l'apprit, se mit aussitôt en colère et jeta du poison dans l'eau. Tout le peuple de la ville qui en but mourut empoisonné.- Les survivants se plaignirent à Salomon. Celui-ci eut pitié d'eux; il partit avec eux, égorgea un coq, prit sa tète, la planta sur la sienne et s'en alla chez le dragon. Il lui donna l'assurance qu'il ne lui ferait pas de mal : " Tu n'auras rien à craindre, tant que cette tête sera sur moi. " Le dragon le crut, plaça la sienne sur le pommeau de la selle, devant Salomon qui se retira en le traînant. Il sortit de son trou, et quand il fut arrivé dans la Metidja, le prince le tua. Il se jeta sur la queue du cheval de Salomon et la coupa ras. Le roi s'enfuit rapidement jusqu'à Hammam Righa ; il ordonna aux djinns de lui chauffer de l'eau et lava le sang du dragon qui avait coule sur lui.

SALOMON ET LE VOLEUR D'OIES

Un homme alla un jour chez notre seigneur Salomon et lui dit : " Quelqu'un m'a volé des oies, je ne le connais pas. "- Ne t'inquiète pas, dit Salomon, je le trouverai. Lorsque les gens furent entres à la mosquee, le roi leur dit : " II y a parmi vous un voleur d'oies qui est entré à la mosquée : il a des plumes sur la tête. " Le voleur eut peur et porta la main sur sa tète : Salomon le vit et cria : " Voici le coupable, saisissez-le. "

SIDI SMIAN ET SIDI AHMED BEN YOUSEF

Au temps passé, à l'époque de Smian, quand celui-ci avait la coutume de couper les routes, il arriva qu'une nuit, il se rencontra avec Sidi Ahmed ben Yousef, monté sur sa mule. Sidi Smian le sourd lui dit : " Descends de ta mule. " Sidi Ahmed répondit : " C'est un mulet et non une mule - C'est un mulet (à moi) qui s'est enfui. Que t'importe, " dit Smian. " Regarde, répliqua Sidi Ahmed, elle est changée. " L'autre regarda la monture et trouva que c'était une mule. Le saint opéra cinq ou six fois la métamorphose de la mule en mulet. A la fin, Smian lui dit : " Mule ou mulet, cette monture est a moi. " - " Va-t'en avec le bien, répliqua Sidi Ahmed, sinon je t'avale. " - Essaie, " dit Smian. A cette parole, le saint se retourna vers lui, l'avala puis le vomit. " Qu'as-tu trouvé dans mon ventre? " lui demanda-t-il. " J'ai trouve une tablette écrite des deux côtés. " - " L'as-tu lue tout entière, ou seulement d'un côté. " - Je ne l'ai lue que d'un côté. " - " Louange à Dieu, repartit Sidi Ahmed, de ce que tu ne l'as lue que d'un côté. Si tu l'avais lue des deux, tu n'aurais pas laissé de quoi vivre à mes enfants. " - " Va, lui dit Smian, tu mourras enterré dans le fumier des juifs. " " Va toi-même et non pas moi, répondit Sidi Ahmed; s'il plaît à Dieu, tu vivras désormais dans un pays de tristesse et de poison .

AVENTURE DE SIDI MOHAMMED ADJELI ET DE MOULEY MOHAMMED

Un jour Mouley Mohammed " manda à Sidi Adjeli de venir à Maroc : sinon il le mettrait en prison. Le saint refusa d'aller à la ville jusqu'à ce que le prince lui eût envoyé le son chapelet et son dalil comme gages de sûreté Alors il se mit en route et arriva à Maroc où il ne mangea ni ne but jusqu'à ce que trois jours fussent passés. Le sultan lui dit : Que désires-tu chez moi? Je te le donnerai. Sidi Adjeli répondit : " Je ne te demande qu'une chose, c'est de remplir de blé la musette de ma mule. " Le prince appela le gardien et lui dit : Remplis la musette de sa mule. " Le gardien alla ouvrir la porte du premier grenier et mit du blé dans la musette jusqu'à ce que le premier grenier fut entièrement vidé. Il en ouvrit un autre qui fut également épuisé, puis un troisième et un quatrième et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les greniers du roi fussent vidés. Il voulut ouvrir les silos, mais leur gardien alla parler au sultan avec celui des greniers : Seigneur, dirent-ils, les greniers royaux sont tous vides sans qu'on ait pu remplir la musette de la mule du saint . Des âniers vinrent de Fas et de tous les pays, emportant du blé sur des chameaux et des mulets. Les gens leur demandèrent : Pourquoi emportez- vous ce blé? " - " C'est celui de Sidi Mohammed Adjeli que nous prenons, " répondirent-ils. La nouvelle en arriva au roi qui dit au saint : " Pourquoi agis-tu ainsi, à présent que les greniers royaux sont vides? " Alors il convoqua les gens de son conseil et voulut faire couper la tête de Sidi Mohammed. " Sors, " lui dit-il. Le saint répondit : Attends que j'aie fait mes ablutions pour la prière. Les gens du makhzen qui l'entouraient le mirent au milieu d'eux en attendant qu'il eût terminé ses ablutions pour le conduire au conseil du roi et lui trancher la tête. Quand Sidi Mohammed eut achevé ses ablutions, il leva les yeux au ciel, entra dans la cuvette (ou il se lavait) et disparut lorsque les gardiens qui se tenaient au-dessus de sa tète virent qu'il n'était plus la, ils allèrent (le chercher inutilement) dans sa maison à Tagountafi.

LE SCORPION ET LE KHAMMES .

Le propriétaire d'un jardin avait un khammès qui moissonnait de l'orge et à qui il portait à déjeûner. Il arriva au bord d'une rivière qu'il voulut traverser pour aller à son jardin : il trouva une tortue et un scorpion. Celui-ci monta sur la première qui lui fit traverser la rivière, puis elle revint; tandis que le scorpion courait vers un pal-mier sous lequel dormait un homme. Il trouva un serpent enroulé autour du cou du dormeur, la bouche près de sa tête, et prêt à le mordre quand il s'éveillerait. Le scorpion alla frapper la tête du serpent, y introduisit son venin et le tua. Le propriétaire du jardin contemplait cela avec effroi : il éveilla l'homme et lui dit : Lève-toi, vois ce qui est à côté de toi . L'autre obéit, eut peur et voulut fuir. Son maître demanda : Quelle bonne œuvre as-tu faite aujourd'hui devant Dieu ? Le khammès répondit : " J'ai fait l'aumône d'un peu de pain à une vieille femme : Dieu a inventé ce moyen pour me sauver de la mort. Ma vie sera longue. Louange à Dieu "

LE PARI IMPIE

Un homme vint un jour à la porte de la ville : il y trouva des gens avec lesquels il s'assit, et plaça ses chaussures avec les leurs. Il leur dit : " Je vous parie que j'irai cette nuit enfoncer un clou dans la mosquée du Cheikh Sidi Aïssa. " Ils tinrent ce pari. Il partit : les gens le suivaient. Il alla à la mosquée; quand il fut arrivé, il enfonça le clou dans le sol et voulut se lever, mais il ne put car il avait accroché son burnous après le clou : il appela les gens à son secours (on vint), il était mort de frayeur.

LE JARDIN HANTE

UN homme qui possédait beaucoup d'argent avait deux filles : Le fils du khalifeh du roi demanda l'une et le fils du qadhi, l'autre, mais leur père ne voulut pas les laisser se marier, bien qu'elles le désirassent. Il avait un jardin près de sa maison. Quand il faisait nuit, les jeunes filles s'y rendaient, les jeunes gens venaient les retrouver, et ils passaient le temps à s'entretenir. Une nuit, leur père les vit : le lendemain matin, il égorgea ses filles, les enterra dans son jardin et partit pour le pèlerinage.
Cela dura ainsi jusqu'à ce qu'une nuit, le fils du qadhi et celui du khalifah dirent a un jeune homme qui savait jouer du luth et du rebab : Viens avec nous dans le jardin de celui qui ne voulait pas nous donner ses filles en mariage : tu nous joueras de tes instruments. Ils convinrent de s'y rencontrer cette nuit-là. Le musicien alla au jardin, mais les deux jeunes gens ne vinrent pas. Il demeura à jouer seul : au milieu de la nuit, deux lampes apparurent et les deux jeunes filles sortirent de terre sous les lampes. Elles dirent au musicien : " Nous sommes deux sœurs, filles du maître du jardin ; notre père nous a égorgées et nous a enterrées ici : toi, tues notre frère pour cette nuit ci : Nous te donnerons l'argent.que notre père a enfoui dans trois marmites. Creuse ici, " ajoutèrent-elles. Il obéit, trouva les trois marmites, les emporta et devint riche, tandis que les deux jeunes filles retournaient dans leurs fosses .

LA FEMME ET LA FEE

Une femme, qu'on appelait Omm Halimah, alla un jour à la rivière pour laver à la source ancienne. Seule, au milieu du jour, elle commençait son ouvrage, quand une femme lui apparut et lui dit : Soyons amies, toi et moi, et faisons-nous une promesse. Lorsque tu viendras à cette source, apporte-moi du henné et des parfums : tu les jetteras dans la fontaine qui donne sur le qsar. J'en sortirai et je te donnerai de l'argent. La femme de Bou Semghoun revenait chaque jour et allait trouver l'autre qui lui donnait des pièces de monnaie. Omm halimah était pauvre : lorsqu'elle se fut liée avec la fée, elle devint riche tout à coup. Les gens furent curieux de savoir comment elle avait acquis si vite de la fortune. Il y avait un
homme riche, possesseur de grands biens : on l'appelait Mouley Ismail. On dit à Omm halimah : " Tu es la maîtresse de Mouley Ismail; il te donne des pièces de monnaie. " Elle répondit : Jamais je n'ai été sa maîtresse. Un jour elle alla à la source pour se laver, les gens la suivirent jusqu'à ce qu'elle fut arrivée. La fée alla à sa rencontre et lui donna de l'argent, les gens les surprirent, mais désormais elle ne sortit plus.

LA SAGE-FEMME ET LA FEE

Une nuit elle etait dans sa maison lorsqu'une fée vint la trouver et lui dit : " Donne-moi du henné et des parfums, je serai ton amie. Je suis sur le point d'accoucher. Lorsque le moment de l'enfantement sera arrivé, j'enverrai chez toi mon fils noir. Quand elle accoucha, elle envoya son fils sous la forme d'un chat. Il entra de nuit chez la femme qui dit : " C'est le fils de la fée. " Elle se leva, il partit suivi par elle et elle arriva près de son amie qui venait de mettre au monde une fille noire. La fée lui donna de l'argent et elle revint dans sa maison .

HAMED BEN SEGGAD

Il y' avait dans une ville un homme nommé
Hamed ben Seggad. Il habitait seul avec sa mère : il ne possédait rien que sa chasse. Un jour les habitants de la ville dirent au roi : " Hamed ben Seggad l'emporte sur toi. "
Il leur demanda : " Dites-moi pourquoi vous me parlez ainsi! Sinon je vous couperai la tête. " - Comme il ne mange que de la chair des oiseaux, il l'emporte sur toi pour la nourriture. " Le roi fit venir Hamed et lui dit : Tu chasseras pour moi et je fournirai ta nourriture et celle de ta mère, a Chaque jour Hamed apportait du gibier au prince, aussi celui-ci l'aimait-il extrêmement. Les habitants de la ville,en furent jaloux : ils allèrent trouver le sultan et lui dirent : Hamed ben Seggad est courageux : il pourrait t'apporter l'arbre de corail et le palmier des bêtes sauvages. Le roi lui dit : " Si tu n'as pas peur, apporte-moi l'arbre de corail et le palmier des bêtes sauvages. " - " C'est bien, " dit Hamed ; et le lendemain il emmena tous les gens de la ville. Quand il arriva à l'arbre, il tua tous les animaux sauvages, coupa le palmier et le chargea sur les épaules des gens, et le sultan bâtit le château de corail. En voyant combien tout lui réussissait, on dit au roi : Puisqu'il vient à bout de tout ce qu'il entreprend, dis lui de t'amener la femme aux parures d'argent, Le prince répéta ces paroles à Hamed qui lui dit : La tâche que tu m'indiques est rude, néanmoins je te l'amènerai. Il se mit en route et arriva à un endroit où il trouva un homme qui faisait paître un troupeau, portait une meule suspendue à son cou et jouait de la flûte. Hamed se dit : " Par Dieu, je ne pourrais pas soulever un petit rocher, et cet homme suspend une meule à son cou! " Le berger lui dit : " Tu es ce Hamed ben Seggad qui a bâti le château de corail. - " Qui te l'a appris? "- Un oiseau qui volait dans le ciel. " Il ajouta : " J'irai avec toi. "-- " Viens, dit Hamed. Le berger enleva la meule de son cou et ses brebis furent changées en pierres. En route, ils ren-contrèrent un homme nu qui se roulait dans la neige : Ils se dirent : " Le froid nous pique et celui-là se roule dans la neige sans que le froid le tue. " L'homme lui dit : " Tu es Hamed ben Seggad qui a bâti un château de corail. " - Qui te l'a dit? " - Un oiseau qui passait en volant dans le ciel l'a annoncé. Je t'accompagnerai. - " Viens, " dit Hamed. Après avoir cheminé quelque temps, ils rencontrèrent un homme qui avait de longues oreilles : Par Dieu, dirent-ils, nous n'avons que de petites oreilles et celles de cet homme sont immenses. - C'est le Seigneur qui les a créées ainsi, mais s'il plaît à Dieu, je t'accompagnerai, car tu es Hamed ben Seggad. " Ils arrivèrent à la maison où était la femme aux parures d'argent, Hamed dit aux habitants : " Donnez-nous cette femme pour que nous l'emmenions. " - " Bien " répondirent les ogres ses frères. Ils égorgèrent un bœuf, le placèrent sur une claie qu'ils enlevèrent et déposèrent avec l'aide de quatre-vingt-dix-neuf hommes. Ils dirent ensuite à Hamed : .Donne-nous un des tiens qui déplace cette claie. Celui qui suspendait des meules à son cou répliqua : " C'est moi qui la déplacerai. " Quand il l'eût posée à terre, on servit du couscouss avec ce bœuf. Les ogres dirent : Mangez tout ce qu'on vous a apporté. " Ils mangèrent un peu, et celui qui avait de longues oreilles y cacha le reste de la nourriture. Les frères reprirent : " Donne-nous un d'entre vous qui ira cueillir une branche d'un arbre qui est seul au sommet d'une montagne à deux journées de marche dans la neige". Celui qui se roulait dans la neige partit et apporta la branche. " II reste encore une épreuve, dirent les ogres : " Une perdrix vole dans le ciel, que l'un de vous la frappe. " Hamed ben Seggad la tua. On lui donna la femme, mais avant son de part, les frères de celle-ci lui remirent une plume en lui disant: " Lorsqu'on le fera quelque chose contre ton gré, jette cette plume sur le foyer, nous arriverons. " Quand ils vinrent à la ville, les habitants dirent à cette femme : " Le vieux sultan va t'épouser. " Elle répliqua : " Un vieillard ne m'aura pas, " et elle jeta sa plume dans le feu ; ses frères arrivèrent, tuèrent tous les habitants de la ville ainsi que le roi et donnèrent la femme à Hamed ben Seggad .

LA SERVIETTE MAGIQUE

Un taleb vint faire une proclamation en ces termes : " Y a-t-il quelqu'un qui se vende pour 100 mitqals? " Un individu se vendit : l'étranger l'amena chez le qadhi qui rédigea l'acte de vente. Il prit les 100 mitqals, les donna à sa mère et partit avec le taleb. Ils allèrent à un endroit où le dernier se mit à lire des formules : la terre s'ouvrit, l'homme y entra. L'autre lui dit : Apporte moi la lampe, le chandelier de roseau et la boîte ". Il prit celle-ci et sortit en la tenant dans sa poche. " Où est la boîte? " demanda le taleb. " - " Je ne l'ai pas trouvée^ " - " Par Dieu, partons. " Il l'amena dans la montagne, lui jeta une pierre et s'en alla. Celui qu'il avait fait partir demeura (sur place) pendant trois jours. il revint à lui; rentra dans son pays et loua une maison. Il ouvrit la boîte, trouva au milieu une serviette de soie qu'il ouvrit et où il trouva sept plis. Il en défit un : des génies vinrent autour de la chambre, une jeune fille se mit à danser jusqu'à ce que le jour se leva. L'homme resta là toute la journée jusqu'à la nnit. Le roi sortit ce soir-là, il entendit le bruit de la danse, frappa à là porte et entra avec son vizir on le reçut avec un h'aïk rouge. Il se divertit jusqu'à ce que le jour se leva : il rentra avec son vizir. Celui-ci manda l'homme et lui dit : " Donne-moi la boîte qui est chez toi ". Il l'apporta chez le roi qui lui dit : " Donne-moi la cage qui est chez toi pour me divertir : je te marierai avec ma fille ". L'homme obéit et épousa la fille du Sultan. Celui-ci se divertit avec la cage; puis à sa mort, son gendre lui succéda .

LE MARI DE LA FEE

Un homme appelé Mouley ech Cherif, de la famille des Cheurfa, était maître d'école et habitait à Bou Semghoun ". Il alla tout seul à Ouarqa pour y enseigner. Lorsqu'il arriva, une source d'eau chaude s'éleva et il en sortit une fée qui lui dit : " Epouse-moi ". Il la prit pour femme et, quand il fut pour repartir, elle quitta la source et le suivit. Elle demeura avec lui comme son épouse et il en eut deux filles, l'une qu'on appelait Halimah ; nous ne savons pas le nom de l'autre. Leur mère mourut et elles restèrent orphelines. Quand leur père s'en alla, elles l'accompagnèrent et demeurèrent avec lui jusqu'à sa mort.

L'ENFANT ET LE ROI DES GENIES

Il y avait un cheikh qui instruisait deux talebs. Un jour on apportai l'un d'eux un plat de couscouss avec de la viande. Le génie s'empara de lui et l'enleva. Quand on fut arrivé là-bas, il l'instruisit. Un jour l'enfant pleura. Le roi des génies lui demanda : " Pourquoi pleures-tu? " - " Je pleure à cause, de mon père et de ma mère : je ne veux plus rester, - Le roi demanda à ses enfants : " Qui le ramènera ?" - " Moi, dit l'un d'eux, mais comment le ramènerai-je ? " - " Emmène-le en bouchant ses oreilles avec de la laine pour qu'il n'entende pas les anges adorer le Seigneur. " Quand ils arrivèrent à un certain endroit, l'enfant entendit les anges adorer le Seigneur et il fit comme eux ". Son guide le lâcha et il resta pendant trois jours sans s'éveiller. Lorsqu'il revint à lui, il se mit en route et trouva une chienne qui dormait, pendant que ses petits aboyaient dans son ventre. II marcha et rencontra ensuite une ânesse assaillie par un essaim de mouches. Plus, loin, il vit deux arbres, sur l'un se posait un oiseau bleu, puis il volait sur l'autre et chantait. Il trouva ensuite une fontaine dont le fond était en argent, la voûte en or et les eaux blanches. Il marcha et rencontra un homme debout pendant trois jours sans dire un mot. Enfin il arriva à une ville protégée par Dieu, mais ou personne n'entrait. Il rencontra un homme intelligent et lui dit : " J'ai à te questionner. " - Que veux-tu me demander? " - " j'ai trouvé une chienne qui dormait pendant que ses petits aboyaient dans son ven-tre. " Le sage répondit : " C'est le bien du monde que le vieillard se laise parce qu'il a honte de parler. " - J'ai vu une ânesse assaillie par un essaim de mouches. " - C'est Djoudj et Madjoudj de Dieu (Gog et Magog) et l'Antéchrist, " - " J'ai rencontré deux arbres, un oiseau bleu se posait sur l'un, puis volait sur l'autre et chantait. " - " C'est l'image de l'homme qui a deux femmes : quand il parle à l'une, l'autre se fâche. " - " J'ai vu une fontaine dont le fond était d'argent, la voûte d'or et les eaux blanches. " - " C'est la fontaine de vie, celui qui y boit ne mourra pas. " - "J'ai trouvé un homme qui priait : je suis resté trois jours, il n'a pas parle. " - " C'est celui qui n'a jamais prié sur la terre et qui s'en ac-quitte. " - " Envoie-moi chez mes parents ", acheva l'enfant. Le vieillard vit un leger nuage, il lui dit : Emporte cette créature humaine en Egypte, " et le nuage le porta chez ses parents .

LA FEE ET LES TALEBS

Il y avait dans le Sous, dans un village qu'on appelle Ouarzemmimen deux talebs qui étaient frères. L'un d'eux partit et s'en alla pour lire (des formules magiques) jusqu'à ce qu'il arriva dans le Gharb, à un endroit appelé Tazia, chez les Ait Arous , près de Mouley Abd es Salam. Quelques gens lui dirent un jour : " Dans tel endroit il y a un trésor, allons le chercher. " II partit avec eux. Lorsqu'ils furent arrivés et qu'il eût récité ses formules, une fée sortit : le ciel trembla, la terre trembla. Le taleb effrayé, retint sa respiration, mais la fée le tua. La nouvelle de sa mort arriva à son frère qui jura de partir et de se saisir de la fée qui l'avait tué. Il s'informa de tribu en tribu jusqu'à ce qu'il arriva à cet endroit. Quand il lut ses formules, la fée sortit : il la saisit et la fît entrer dans un encrier. Il rammena dans son pays a Ouarzemmimen : elle fut en son pouvoir dans sa maison. Il lui donna une hache de fer et l'envoya couper des broussailles (jujubier sauvage) et de l'argan " jusqu'à sa mort.

L'OGRE ET LES DEUX FEMMES .

Il était un homme qui avait deux femmes; l'une intelligente, l'autre sotte. Un jour, elles allèrent cueillir des fèves, elles descendirent dans celles de l'ogre, ayant amené avec elles un âne pour emporter les fèves. L'ocre les vit : il alla prendre l'âne, l'emmena, le tua, et partit inviter les femmes à venir dîner chez lui. Il les conduisit à sa maison et leur servit la chair de l'âne. La femme intelligente reconnut ce que c'était; mais la sotte en mangea sans s'en douter. La première cacha sa part sous la natte. Quand elles eurent fini le repas, l'ogre leur dit: " Rendez-moi ce que vous avez mangé. " La femme intelligente lui rendit sa part. La sotte lui dit: Grand'père, qu'est-ce que cela ? Tu nous a donné de la viande à manger, et à présent tu t'en repens! La sage tira sa part de dessous la natte et dit : " Grand'père, voici ma portion, je n'ai pas mangé. " L'ogre tua la sotte et laissa la femme intelligente retourner à la maison.

L'INSCRIPTION MYSTERIEUSE

Une femme habitait autrefois à Bou Semghoun et possédait beaucoup d'argent. Un roi en entendit parler et désira vivement s'emparer de sa fortune. Quand cette nouvelle arriva h la femme, elle enleva ses richesses sur des mulets, - monta sur le Tamedda et cacha ses trésors en arrivant ; la roche de Tira. Elle y écrivit une inscription, dont nous ne savons ce qu'elle signifie.

LES SEPT FRERES

Voici une histoire qui s'est passée autrefois.
Un homme avait sept fils qui possédaient sept chevaux, sept fusils et sept pistolets pourchasser. Leur mère devint enceinte. Ils dirent à leur père : " Si notre mère accou-che d'une fille, nous resterons; si c'est d'un garçon, nous partirons. " Elle mit au monde un fils. Ils demandèrent : " Qu'a-t-elle enfanté .' " - " Un fils. " Ils montèrent à cheval et partirent en emportant des provisions avec eux . Ils arrivèrent à un arbre, se partagèrent leur pain et mangèrent. Le lendemain ils partirent et voyagèrent jusqu'à un endroit où ils trouvèrent un puits où ils puisèrent de l'eau. Les aînés se dirent : Allons, descendons ce jeûne enfant dans le puits. Ils se réunirent contre lui, le descendirent et partirent en le laissant là. Ils arrivèrent à une ville.
Le jeune homme resta quelque temps dans le puits où on l'avait descendu, jusqu'à ce qu'un jour une caravane passant par là se mit à puiser de l'eau. Les gens en buvant entendirent quelque chose qui s'agitait dans le fond, Attends un peu, " dirent-ils. Ils descendirent une corde, le jeune homme la prit et remonta : il était noir comme un nègre. Les gens l'emmenèrent et le vendirent à un homme qui le conduisit chez lui. Il y resta pendant un mois et redevint blanc comme la neige. La femme de son maître lui dit : " Allons, partons ensemble. " - " Jamais, " répondit-il. Le soir l'homme revint et demanda : " Que fait le nègre. " - Vends-le, " lui dit sa femme. Il lui dit : " Voici que tu es libre, dispose de ta personne . "
Le jeune homme s'en alla et arriva a une ville où il y avait une fontaine habitée par un serpent. On n'y pouvait puiser sans qu'il mangeât une femme. C'était ce jour-la, le tour de la fille du roi d'être mangée. Le jeune homme lui dit : " Pourquoi pleures-tu ? " - " C'est que c'est mon tour d'être dévorée aujourd'hui, L'etranger reprit : " Courage, je le tuerai s'il plaît à Dieu, le Seigneur. " La jeune fille entra dans la fontaine : le serpent s'élança contre elle, mais dès qu'il montra sa tête, le jeune homme le frappa d'un bâton et la fit voler. Il en fit autant à une autre tête jusqu'à ce que le serpent mourut. Tous les gens de la ville allèrent puiser de l'eau. Le roi demanda : " Qui a fait cela. " - " C'est lui, dit-on, l'étranger qui est arrivé hier. " - " Ammenez-le moi " On le conduisit devant le prince. " C'est toi qui a tué le serpent? " - " C'est moi. " Le roi lui donna sa fille et le nomma son lieutenant : la noce dura sept jours .
Mon conte est fini avant que mes ressources soient épuisées.

L'OISEAU MERVEILLEUX ET LE JUIF

Il y avait un homme qui ne possédait rien : il ramassait du bois. Un jour, il rencontra un oiseau qu'il mit en cage : son fils trouva le lendemain, dans la cage, un rubis qu'il vendit. Chaque jour il en vendait un. Quand il fut riche, il partit en Orient faire le pèlerinage, laissant deux enfants et une ferntne. Celle-ci chaque jour, portait un rubis au juif. Ce dernier lui dit : " Tue l'oiseau, et tu ap-porteras une poéle à frire. " - " Va, dit la femme, tu le mangeras. " En revenant de la mosquée, ses enfants trouvèrent dans la poêle à frire la tète et le coeur de l'oiseau, il les prirent et mangèrent, l'un la tête, l'autre le cœur. La femme battit ses fils et leur dit : " Pourquoi avez-vous mangé cela ?... Ils partirent furieux. Le juif vint lui dire : " A quoi cela te sert-il ?" Il s'en alla. Les enfants quittèrent leurs pays. La femme se fit juive et épousa le juif.
Sur la route, ses fils virent auprès d'eux un étang. L'un d'eux dit à son frère : Séparons-nous.. " Ils se quittèrent. Il arriva que le roi d'un pays mourut après avoir dit : " Prenez l'homme que vous trouverez dormant à l'entrée de la porte ; il régnera sur vous. L'un des enfants devint roi. Trois pigeons vinrent à lui, il leur dit : " Qui êtes-vous? Ils s'approchèrent: Volez, " continua-t-il. Ils s'envolèrent à l'Ouest.
Le père des enfants, en revenant de l'Orient, trouva sa maison appartenant h un juif et sa femme convertie au judaïsme, " Je ne suis plus musulmane, " dit-elle à son mari. Il répondit : Par Dieu, allons vers le roi de justice. " Ils partirent. Quand il arrriva près de son fils, il lui dit : Tu es mon fils, ta mère s'est faite juive. " - Par Dieu, dit le prince, examinons comment. " - " Juge-la, qu'elle meure. " Le roi la condamna au feu : les Arabes vinrent et la brûlèrent .

LA CAVERNE DES DJINNS

Dans un certain village, il y a un endroit ,où existe une caverne, les démons y parient : on l'appelle Taghia Ikhinefnem. Celui qui désire quelque chose apporte des victimes qu'il égorge et y passe la nuit. Sidi Mohammed ou Slimane el Djazouli y monta et y passa la nuit. Quand il revint dans sa maison, il trouva tout ce qu'il voulut.

LA COLLINE DES DJINNS

Il existe un puits au milieu de la colline d'Illa-Illa " où vivent beaucoup de djinns qui tuent ceux qui y montent. Un homme dit aux gens : " Je vous promets d'y monter : levez-vous et attendez-moi en bas de la colline jusqu'à ce que je descende. Quand il monta, les djinns le saisirent : il demeura étranglé tout en criant : " Il y en a, il y en a

LA PIERRE FONDUE

Un individu de Bou Semghoun alla à Ouarqa et rapporta une pierre que fit fondre un savant de Bou Semghoun : elle devint du cuivre rouge. Les deux individus qui avaient porté la pierre moururent : on l'appelait Berchan (noire), et celui qui la fit fondre, Dahman Ou Sahhoul.

LE TRESOR DE RAS EL AIN

Un homme marcha jusqu'à ce qu'il arriva au pays de Ras el Oued . Il s'informa d'un endroit appelé El Oued AïnTiout Oulidj . Il s'avança jusqu'à un village élevé nommé Laqçabt, et monta jusqu'à Ras el Aïn . Là il trouva une ville que les chrétiens habitaient dans le temps passé. Il y avait là beaucoup d'argent : les gens en trouvèrent, non pas une fois ni deux : les Maghrébins s'y enrichirent.

MOITIE DE COQ

Dans le temps passé, un homme avait deux femmes; l'une était intelligente; l'autre sotte. Elles possédaient un coq en commun. Un jour elles se disputèrent à son sujet; elles se le partagèrent et chacune en prit la moitié : la sotte fit cuire sa part ; la sotte laissa vivre la sienne qui marchait sur une patte et n'avait qu'une aile. Quelques jours se passèrent ainsi. Alors Moitié de Coq dit à sa maîtresse : Prépare-moi des provisions pour que j'aille en pèlerinage. " Elle lui donna ce qu'il lui fallait pour son voyage.
Moitié de Coq se leva de bon matin, prit la route du pèlerinage : au milieu de la journée, elle fut fatiguée et descendit vers un ruisseau pour se reposer. Voici qu'un chacal vint y boire. Moitié de Coq sauta sur son dos, lui vola, un poil qu'elle cacha sous son aile et se remit en marche. Elle chemina jusqu'au soir et s'arrêta sur un arbre pour y passer la nuit.
Elle n'était pas encore reposée lorsqu'elle vit un lion passer près de l'arbre où elle avait pris son gîte. Aussitôt qu'elle l'aperçut, elle sauta sur son dos et lui vola un poil qu'elle mit avec celui du chacal. Le lendemain matin, elle se leva de bonne heure et se remit en route. Arrivée au milieu d'une forêt, elle rencontra un sanglier et lui demanda :" Donne-moi un poil de ton dos comme l'ont fait le roi des animaux et le plus rusé : le chacal et le lion. Le sanglier répondit : " Puisque ces deux personnages importants parmi les animaux t'en ont donné, je t'accorderai aussi ce que tu demandes. "Il arracha un poil de son dos et le remit à Moitié de Coq. Celle-ci reprit sa route et arriva à la grande maison d'un roi. Elle se mit à chanter et à dire : " Demain le roi mourra, et je prendrai sa femme. " En entendant ces paroles, le roi donna à ses nègres l'ordre de se saisir de Moitié de Coq et de la jeter au milieu de l'étable des brebis et des chèvres pour-être foulée aux pieds et tuee par elles, afin d'être débarrassé de son chant. Les nègres s'en emparèrent et la jetèrent dans l'étable pour y périr. - Lorsqu'elle y fut descendue, Moitié de Coq tira de dessous son aile le poil du chacal et le brûla dans le feu. Dès qu'elle l'eût mis près de la flamme, le chacal arriva en disant : " Pourquoi brûles-tu mon poil ? dés que je l'ai senti, je suis venu en courant. " Moitié de Coq répondit : " Voici ma situation, tire-moi de là. - " C'est chose fa-cile ", dit le chacal, et aussitôt il glapit pour appeler tous ses frères : ils se réunirent près de lui, et il leur donna cet ordre : " Mes frères, sauvez-moi de Moitié de Coq, car elle a un poil de mon dos qu'elle a mis au feu. Je ne veux pas brûler ; tirez-la de l'étable des bêtes du roi et vous tirerez mon poil de ces mains. " Aussitôt les chacals coururent à cette -étable, étranglèrent tout ce qui s'y trouvait et délivrèrent Moitié de Coq. Le lendemain, le roi trouva ses étables désertes et ses animaux morts. Il chercha Moitié de Coq, mais inutilement. Celle-ci, le lendemain, à l'heure du souper, se mit à chanter comme la première fois. Le prince appela ses nègres et leur dit : " Saisissez-là et jetez-là dans l'etable des bœufs pour qu'ils l'écrasent sous leurs pieds. " Les nègres s'en emparèrent et la précipitèrent au milieu de l'etable. Dès qu'elle y fut descendue, elle prit le poil du lion et le mit dans le feu. Le lion arriva en rugissant et lui dit : Pour-quoi brûles-tu mon poil ? J'ai senti de ma caverne l'odeur de poil brûlé et je suis venu en courant pour savoir le motif de ta conduite. " Moitié de Coq répondit : Voici ma situation, tire-moi de là. " Le lion sortit et rugit pour appeler ses frères : ceux-ci arrivèrent en toute hâte et lui dirent : " Pourquoi nous appelles-tu, maintenant? - " Tirez Moitié de Coq de l'étable des bœufs, car elle a un de mes poils qu'elle peut mettre au feu ; si vous ne la délivrez pas, elle le brûlera, et je ne veux pas sentir l'odeur du poil brûlé pendant que je vivrai. Ses frères lui obéirent; ils tuèrent aussitôt tous les bœufs de l'étable.
Le lendemain, le roi vit que ses animaux étaient tous morts : il entra dans une colère telle qu'il voulait s'étrangler. Il chercha après Moitié de Coq pour la tuer de ses propres mains : il chercha longtemps sans la trouver et revint chez lui pour se reposer.
Au coucher du soleil, elle vint à sa place habituelle et chanta comme les fois précédentes. Le roi appela ses nègres et leur dit : " Cette fois, placez-là dans une maison dont vous fermerez bien les portes jusqu'à demain : je la tuerai moi-même. " Les nègres la saisirent aussitôt et la placèrent dans la chambre du trésor. Quand elle y fut descendue, elle vit de l'argent sous ses pieds ; elle attendit jusqu'à ce qu'elle n'eût rien à craindre des maîtres de la maison qui dormaient tous, tira de dessous son aile le poil du sanglier; elle alluma du feu et l'y plaça. Aussitôt le sanglier arriva en courant et en faisant trembler la terre : il poussa sa hure qui ébranla le mur dont la moitié s'écroula, pénétra jusqu'à Moitié de Coq et lui dit- : " Pourquoi brûles-tu mon poil en ce moment? " - " Excuse-moi, tu vois la situation où je me trouve, sans compter ce qui m'attend demain, car le roi veut me tuer de ses propres mains si tu ne me tires de prison. " Le sanglier reprit : " La chose est facile : ne crains pas; je vais t'ouvrir la porte pour que tu puisses sortir ; en vérité, tu es assez restée ici. Lève-toi, va prendre de l'argent en suffisance pour toi et tes enfants. "
Moitié de Coq obéit; elle se roula dans l'or, emporta tout ce qui s'attacha à ses ailes et à ses pattes et en avala jusqu'à ce qu'elle fut rassasiée.
Elle reprit le chemin qu'elle avait suivi le premier Jour, et lorsqu'elle arriva près de la maison, elle appela sa maîtresse et lui dit : " Frappe à présent, ne crains pas de me tuer. " Sa maîtresse se mit à frapper jusqu'à ce que Moitié de Coq l'appela de dessous la natte : " Assez, à présent, roule la natte. " Elle obéit et vit la terre toute luisante d'or.
A l'époque où Moitié de Coq revint de pèlerinage, les deux femmes possédaient une chienne en commun. La sotte voyant que sa compagne avait reçu beaucoup d'argent lui dit : "Nous allons partager cette chienne. "; La femmè intelligente répondit : " Nous ne pourrons rien en faire, laisse-là vivre; je t'abandonne là moitié que je possède. Garde-là à toi seule : moi, je n'en ai pas-besoin, "; La sotte dit à sa chienne :" Va en pèlerinage: comme a fait Moitté de Coq et ,importe-moi de l'or. " La chienne se leva pour obéir à sa maîtresse : elle se mit en route le matin et arriva à une fontaine. Comme elle avait soif, elle voulut boire : quand elle s'abaissa, elle vit au milieu de la fontaine une pierre jaune, elle l'enleva dans sa gueule et revint en courant. Quand elle arriva à la maison, elle appela sa maîtresse et lui dit : " Prépare des nattes et des baguettes : voici que je suis revenu de pèlerinage. " La sotte prépara des nattes sous lesquelles la chienne courut dès qu'elle entendit la voix de sa maîtresse, et lui dit : " Frappe avec modération. " La femme saisit les baguettes et la frappa avec toute la force possible. La chienne cria longtemps pour faire cesser les coups : sa maîtresse refusa jusqu'à ce que l'animal fut froid. Elle enleva les nattes et trouva la chienne morte avec la pierre jaune dans la gueule ".

LE PRESENT DE LA FEE

Un jour qu'une jeune fille de Bou Semghoun était allée à Ouarqa, des génies l'emportèrent. Son frère partit chercher sa sœur : elle sortit de la montagne pour le saluer et lui dit : " Je suis mariée à un djinn, attends-moi, je te donnerai quelque chose que tu apporteras à ma mère. " Elle lui apporta un sac de cendres et ajouta : " Ne t'arrête pas en route jusqu'à ce que tu sois arrivé chez ta mère. " Quand il. fut à Ouarqa, il se dit : Je vais m'arrêter pour voir ce qu'elle m'a donné. " II regarda et ne trouvant que de la cendre, il vida le sac et n'en laissa qu'un peu au fond. " Lorsqu'il arriva chez sa mère, il lui dit : " Voici, regarde ce que ta fille m'a donné. - " Secoue-le, " dit-elle. Ils trou-vèrent des pièces de monnaie. Il retourna en courant à l'endroit où il avait jeté la cendre, mais ne trouva rien. Il revint alors chez sa sœur à Ouarqa : elle sortit au-devant de lui et lui dit : " Va, je te donnerai rien, puisque, ce que je t'ai donné quand tu es venu, tu l'as secoué "

LE TRESOR DE GHOUNDJAIA

Un homme vint du Sous à Bou Semghoun; il emmena deux individus avec lui à Ghoundjaïa pour enlever des trésors. Ils prirent avec eux 70 bougies, entrèrent dans la caverne et y marchèrent jusqu'à ce que 35 bougies fussent consumées; ils revinrent en brûlant les 35 qui restaient et sortirent de la caverne .

LA VIEILLE ET LA MOUCHE

UNE vieille femme était allée un jour à la fontaine, laissant chez elle un pot de lait. Quand elle revint, elle trouva une mouche tombée dans le lait : elle lui enleva la queue ; la mouche lui dit : " Rends-moi ma queue pour que j'aille conduire chez mes parents une mariée. " La vieille lui répondit : " Amène-moi une chèvre. " La chèvre lui dit : Apporte-moi de l'herbe. " La mouche alla vers le figuier. Celui-ci lui répondit : Donne-moi du fumier. " Elle s'adressa au bœuf: " Bœuf, donne-moi du fumier pour le figuier, celui-ci me donnera des feuilles que je porterai à la chèvre, la chèvre me fournira du lait que je donnerai à ma grand-mère qui me rendra ma queue, afin que j'aille chez mes parents conduire une mariée, " Le bœuf lui donna du fumier, elle le porta au figuier qui lui donna du feuillage, elle le porta à la chèvre et reçut du lait ; en échange, la vieille lui rendit sa queue, et elle alla chez ses parents conduire une nouvelle mariee .
Mon histoire a été de vallée en vallée ; je l'ai racontée à des fils de nobles : pour nous, que Dieu nous pardonne et qu'il extermine les chacals.

L'ETRANGER

On raconte qu'il y a longtemps un voyageur marcha sur une route jusqu'à un endroit désert où il apercevait de la fumée. Il s'en approcha, et quand il fut arrivé, il trouva un homme seul avec un cheval, deux faucons et trois jeunes chiens. Au matin, il se leva, monta à cheval, prit les chiens, s'en alla et combattit seul jusqu'au soir contre des troupes, puis il s'en retourna. Ceux avec lesquels il avait lutté se nommaient Ifragatin. Cela dura jusqu'à ce qu'un jour ils se dirent: Que ferons-nous ? " Ils allèrent trouver un vieillard pour lui demander conseil. Il leur dit : Comment est celui qui monte à cheval ?" - " Il a un cheval, deux faucons et trois jeunes chiens, " répondirent-ils. Le vieillard reprit : Amenez-lui six femmes, deux faucons femelles, trois chiennes et deux juments. Le lendemain ils agirent ainsi. A son arrivée, les femmes étaient en avant. Quand il les vit, son cœur se porta vers elles : les chiens coururent aux chiennes, les fau-cons firent de même, ainsi que le cheval quand il aperçut les juments : il bondit vers elles. La tribu entoura l'homme, le fit prisonnier et l'emmena. Il demeura ainsi pendant six jours : l'un disait " Je vais le tuer ; " un autre disait non; enfin quelqu'un se leva et dit : " Faites-le mourir. " On rassembla du bois, on le brûla et il mourut.

RENCONTRES SINGULIERES

Jadis un homme était en route : il rencontra une jument qui paissait dans les prés : elle était maigre, décharnée et n'avait que la peau et les os. Il marcha jusqu'à un endroit où il trouva une jument grasse, quoiqu'elle ne mangeât pas. Il alla plus loin et rencontra un mouton qui donnait des coups contre un rocher jusqu'au soir pour y passer la nuit. En avançant, il rencontra un serpent qui se balançait dans un trou où il ne pouvait se retirer. Plus loin, il vit un homme qui jouait avec une boule: ses enfants étaient des vieillards. Il arriva prés d'un vieillard qui lui dit : "Je vais t'expliquer tout ceci : la jument maigre que tu as vue représente l'homme riche dont les frères ne possèdent rien; la jument grasse représente l'homme pauvre dont les frères sont riches. Le serpent qui se balançait sans pouvoir entrer ni sortir est l'image de la parole, qui, une fois prononcee et entendue, ne peut plus revenir en arrière. Le mouton qui donne des coups contre le rocher pour y passer la nuit, désigne l'homme qui a une mauvaise maison. Celui dont tu as vu les enfants vieillis, tandis qu'il jouait aux boules, que représente-t-il ? Cet homme a pris une belle femme et ne vieillit pas : ses enfants en ont pris de mauvaises.

LE SOT ET LA CORDE

Un imbécile nommé Salah ne venait jamais à la mosquée que lorsque la prière était terminée. Un jour qu'il priait, il vit une corde suspendue à la voûte; elle se balançait et lui heurta le visage. Il se dit en lui-même : II faut couper cette corde : il la saisit, monta, jusqu'en haut, et une fois arrivé, tira un couteau de sa poche et coupa la corde. Il tomba avec elle, mais il y avait des tapis étendus sur le sol; il tomba sur l'un d'eux et Dieu le sauva.

LA FEMME, LE ROI ET LE SERPENT

Une femme avait quatre fils. Lorsqu'ils furent grands, ils partirent pour voler. Un dragon sortit vers eux, les trouva endormis et en tua deux. Quand les autres s'éveillèrent et trouvèrent leurs frères morts : Seigneur Dieu, dirent-ils, quelle est cette aventure ! " - Le serpent arriva; ils le saisirent, le mirent dans une gibecière, l'apportèrent à leur mère et lui dirent : " Mère, ce serpent a tué nos frères. Allons tout de suite le porter au roi qui décidera s'il le tuera ou s'il le lâchera ". Lorsqu'ils l'apportèrent au prince, celui-ci le prit. Leur mère commença de se plaindre en disant : " O roi, la loi ordonne que tu ne le laisses pas vivre : puisqu'il a tué mes enfants, tu le tueras. " Le roi répondit : " Examinons d'abord si tes fils n'avaient pas commis d'injustice envers lui ". Alors le serpent se leva, et par la puissance de Dieu, parla en redressant la tête : " Dis-nous, lui demanda-t-on, pourquoi tu as tué ses enfants? " II répondit : Un jour ils ont fait périr ma femme : je les ai tués à mon tour. " Aussitôt la femme se plaignit et menaça de le faire périr, mais le roi reprit : " Va-t-en, " et il lâcha le serpent. La femme alla dans sa maison, prit du poison, le donna à la négresse et lui dit : " Négresse, jette-le dans la nourriture du roi et que Dieu le guérisse ! La négresse jeta le poison dans la marmite et le mêla avec le souper. On le prit et on le porta au prince. Quand celui-ci en eut mangé, il tomba malade et dit : Amenez-moi la femme; si quelqu'un m'a tué, c'est elle. Il mourut. La femme du roi vint avec la coupable : elle la vainquit et dit : Puisque mon mari est mort, tu mourras aussi. " On l'emmena pour la faire périr.

LE VIEILLARD, LA FEMME ET LES VOLEURS

Un jour deux voleurs entrèrent dans une maison. Ils y trouvèrent une vieille femme, son mari et une chèvre : c'est tout ce qu'il y avait. L'un d'eux, dit à l'autre : " Comment partir sans rien emporter? " Son compagnon répondit : " Nous tuerons le vieillard et la chèvre et nous jouirons de la femme. " .L'homme et sa femme les avaient entendus : " Crie, dit le premier, pour sauver ma vie. " La vieille répondit: " Tais-toi, c'est ton destin qui t'arrive. " - " Comment me tairai-je! répliqua le vieillard , des voleurs veulent me tuer, moi et la chèvre : toi tu ne t'y opposes pas parce que tu les as entendus dire des choses qui te plaisent : je périrai par ta faute : tu es contente de commettre une adultère avec eux! Il cria très fort de façon que les voisins entendirent : les voleurs s'enfuirent et l'homme sauva sa vie et celle de la chèvre.

LE RICHE AVARE

Il existait un avare qui possédait de grandes richesses : son voisin qui était pauvre étant venu à mourir, les gens du quartier s'adressèrent au riche et lui demandèrent un linceul. Il leur répondit : " Revenez une autre fois : je n'ai pas d'argent, a - " Et le mort, demandèrent-ils, nous le salerons? - Oui, salez-le. "

LES TROIS VOLEURS

Trois individus étaient allés couper les routes : ils arrêtèrent un homme, le tuèrent et prirent son argent. Ils envoyèrent l'un d'eux chercher des mets délicats et convinrent entre eux de le tuer. L'autre se dit en partant ; Je mettrai du poison dans la marmite. " Quand ils revint, ils l'assassinèrent. Ils mourut le premier, les deux autres périrent et le trésor resta sans maître .

LA CHARITE

Un enfant était allé avec son père dans un jardin où il tirait de l'eau avec lui. Il eut faim. Son père lui dit : Mon fils, je n'ai rien à te donner, va, chercher dans les feuilles, sous les palmiers, peut-être trouveras-tu une petite datte ou une courge. " L'enfant partit en pleurant et ne trouva rien. Son père se mit à pleurer et à invoquer Dieu. Une femme arriva portant un plat de farine : quand elle fut près d'eux, elle leur dit : " Dieu vous assiste ! " Le père répondit : " Dieu te sauve. - Pourquoi pleures-tu ? - C'est que mon fils va mourir de faim. " - " Toi et ton fils, prenez et mangez l'aumône de Dieu. " Elle donna delà farine peu à peu à l'enfant jusqu'à ce qu'il se leva : ils mangèrent jusqu'à ce qu'ils furent rassasiés et louèrent Dieu

LE ROI ET SA FAMILLE

Au temps jadis, un roi regnait sur le Maghreb : il avait quatre fils. Il partit, lui, sa femme et ses enfants pour l'Orient. Ils s'embarquèrent : leur vaisseau fut submergé avec eux. Les vagues les enlevèrent chacun séparément : l'une emporta la femme; une autre le père, seul, au milieu de la mer dans une île ou il trouva une mine d'argent. Il en emporta fréquemment jusqu'à ce qu'il en eut extrait une grande quantité et s'établie dans le pays. Les gens entendirent souvent parler de lui et apprirent qu'il habitait au milieu de la mer : ils bâtirent des maisons jusqu'à ce qu'il y eut une grande ville. Il fut roi de cette contrée. Quiconque venait pauvre chez Lui, il lui donnait des pièces de monnaie. Un homme pauvre épousa sa femme; quant à ses fils, ils se mirent à étudier, chacun dans un pays différent. Ils devinrent tous savants et craignaient Dieu. Le roi faisait chercher les tolba qui vénéraient le Seigneur : le premier des frères lui fut indiqué; il envoya vers lui. Il cherchait aussi un khodja; le second lui fut désigné, il le manda chez lui. Le prince désirait particulièrement un adel ; un autre frère lui fut indiqué, il le fit venir chez lui ainsi que l'imâm, qui était le quatrième frère. Ils arrivèrent chez leur père sans le connaître et sans être connus de lui. La femme et celui qui l'avait épousée vinrent aussi chez le roi pour se plaindre. Lorsqu'ils se présentèrent, la femme monta seule ce soir-là au palais. Le prince fit chercher les quatre tolba pour passer la nuit chez lui jusqu'au matin. Pendant la nuit, il les épia pour les connaître. L'un d'entre eux leur dit : " Puisque le sommeil ne nous vient pas, que chacun fasse savoir qui il est. " L'un reprit : " Moi, mon père était roi : il avait beaucoup d'argent et quatre fils dont les noms étaient semblables aux vôtres. " Un autre dit : " Moi aussi, mon père était roi, il nous est arrive comme à toi. " Un autre reprit : " Moi aussi, mon père était roi : il nous est arrivé comme à vous. " Le quatrième dit à son tour : Mai aussi, mon père était roi; il nous est arrivé comme à vous trois : vous êtes mes frères, Leur mère les entendit et se prit à pleurer jusqu'au matin. On l'amena au prince qui lui dit : Pour-quoi pleures-tu ? " Elle répondit : J'étais autrefois la femme d'un roi, nous avions quatre fils; nous nous embarquâmes, lui, nos enfants et moi: le vaisseau qui nous portait se brisa ; chacun s'en alla seul, jusqu'à ce que hier, ils ont parlé devant moi pendant la nuit et m'ont indiqué ce qui est arrivé à eux, â leur père et à leur mère. " Le roi reprit : Faites-moi connaître vos aven-tures. " Ils l'en informèrent. Alors le prince se leva en pleurant et dit : " Vous êtes mes fils, " et à la femme : " Tu es ma femme. " Dieu les réunit.

LES VOLEURS

Des coupeurs de route poursuivaient un jour quelqu'un. O homme, lui,crièrent-ils, arrête, que nous t'interrogions. Il leur répondit : Vous n'avez pas à m'interroger : si c'est sur le monde, personne ne le traverse sain et sauf : si c'est sur l'autre, il n'y a que Dieu qui sache ce que c'est : mais si je m'arrête, je me fais du tort. "

BEDDOU

Deux hommes, dont l'un se nommait Beddou et l'autre Amkammel, allaient au marché emportant un panier de figues. Ils rencontrèrent un homme qui labourait et lui dirent : " Le Seigneur te soit en aide. " - " Amen ", répondit-il. L'un d'eux voulut aller se laver : il n'y avait pas d'eau. Le laboureur demanda à celui qui était avec lui: " Comment t'apelles-tu?" - " Beddou. " -" Par Dieu, Beddou, garde mes boeufs pour que j'aille boire. " - " Va. " Quand il fut parti, il lui enleva un des boeufs. A son retour, le laboureur vit qu'il lui en manquait un. Il alla vers l'autre voyageur et lui demanda : Par mon père, quel est ton nom ? " - Amkammel ouennidhni (complète l'autre) . " -" Par Dieu, Amkammel ouennidhni, garde-moi ce bœuf pendant que j'irai chercher celui qui est parti. " - " Va. " Il lui enleva l'autre. Quand le laboureur revint, il ne trouva même plus le second.
Les deux filous s'en allèrent, emmenant les bœufs : ils les egorgèrent pour les faire rôtir. L'un but toute l'eau de la mer, l'autre toute l'eau douce, pour complément. Quand ils eurent fini, l'un demeura là (à dormir), l'autre le couvrit de cendres. Le premier se leva pour aller boire, et fit tomber la cendre sur le chemin. Quand il revint, le second se couvrit de la tète du bœuf. Son frère qui allait boire eut peur et s'enfuit .
Ils se partagèrent l'autre bœuf pour le manger : celui qui avait bu l'eau de la mer but l'eau douce, celui qui avait bu l'eau douce but l'eau de la mer. Quand ils eurent fini leur repas, ils se mirent en route. Ils trouvèrent une vieille femme qui avait de l'argent sur lequel elle était assise. Quand ils arrivèrent, il se battirent. Elle se leva pour les séparer. L'un d'eus, s'etablit (à sa place) pour passer la nuit il fit semblant d'être mort. La vieille lui dit : Lève-toi, mon fils. " Il refusa. Le soir, l'un d'eux vola l'argent et dit à son frère : " Debout, partons. " Ils s'en allérent jusqu'à un endroit où s'endormit celui qui avait pris l'argent. L'autre emporta les dirherns et s'en alla laissant le premier endormi. A son réveil, celui-ci ne trouva rien.
Il se mit à la poursuite de l'autre, et quand il arriva, il le trouva mourant de maladie. Ce dernier avait dit à sa femme " Enterre-moi... " Elle l'enterra. Celui qui (le premier) avait vole l'argent s'en alla.....Il dit : " C'est un bœuf! " - " C'est moi, mon ami. II lui cria: " Louange à Dieu, mon ami, que tes jours (se passent) dans le bien. " Beddou lui dit : " Allons a la chasse. " Ils partirent seuls. Beddou ajouta : " Je vais te raser. " II le rasa, et quand il arriva à la gorge, Il l'egorgea et enterra sa tête. Un grenadier poussa à cette place. Un jour Beddou trouva là un fruit qu'il porta au roi. Quand il arriva, il sentit que c'était lourd : c'était une tête. Le roi lui demanda : " Qu'est-ce que cela? "- " Une grenade. " - " Nous savons comme tu as agi, " dit le roi et il lui fit trancher la tête. Mon histoire est finie "

LA VIEILLE MOSQUEE

Dans un endroit de Massât existait une mosquée où il y avait trois cent soixante-dix sièges : les docteurs y enseignaient la science. Or jadis un homme apparut et leur dit : Un prophète viendra dans cet endroit : cette mosquée sera ruinée et il n'en subsistera que le mih'rab. " On dit que lorsque le Mouley Sa'ah devra apparaître, le tambour y résonnera .

ENIGMES

Cinq t'olba dans un seul manteau.
(Les cinq doigts de pied).
La boîte de la creation qui s'achève à l'interieur (La noix).
Deux faucons sur une muraille ; leur téte est dans la mer (Le soleil et la lune).
Mon oncle S'aïd est courbe quand il marche bien
Ses mains derrière son dos,
Ses oncles déchirent les brebis (La charrue).
Elle se tient sur le foyer et mange ses entrailles(La lampe).
II a la forme d'un caillou, et une longue chevelure (l'oigon).
Le trône à sept trous (La tête).
J'ai vu une merveille

L'argent montant sur l'or (Le blanc d'oeuf)
En marchant elle étend du linge (La rivière).
Des négresses dans des blanches (Les pupilles des yeux).
La mosquée qui n'a pas de portes (L'œuf).
Ma natte est en cuivre Elle ne se rompt ni se salit (Le ciel).

LE KHALIFA ET SES ESCLAVES

mercredi 7 avril 2010, 14:09
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

Au VIII ème siècle de l'Hégire, c'est-à-dire au début du XlV ème siècle, vivait a Fès, au Maroc dans la tribu des Béni-Mérine, un saint homme qui avait l'habitude de faire tous les ans, le pèlerinage à la Mecque,Il traversait donc tout le Maghreb et gagnait l'argent de son voyage en vendant les marchandises qu'il transportait dans des caisses portées par plusieurs chevaux. Sa caravane était conduite par ses enfants qui veillaient également sur leur mère. Toute la famille participait ainsi au pèlerinage.
Une année, venant de Laghouat, il s'arrêta à Touggourt et passa plusieurs jours à vendre sa marchandise sur la place du marché. Comme c'était un commerçant honnête Juste et vertueux, les habitants de cette dernière ville l'engagèrent à se fixer chez eux... Il hésita, mais il se sentait fatigué. Cela faisait trop d'années qu'il parcourait les pays musulmans... Il accepta donc la proposition des Touggourti et reçut le nom de Djellab.
Cependant le climat de Touggout ne lui convint pas ; l'humidité de l'Oued-Rhir accablait terriblement son corps de vieillards et décida de s'installer plus à l'ouest, à El-Oued. Les Soufïs le reçurent avec déférence et lui donnèrent même le titre de Khalifa. Djellab vécut paisiblement jusqu'à l'an 1335, où survint une sécheresse comme personne n'en avait connu auparavant,. Sous l'effet de la chaleur persistante, l'eau des puits se tarit, Les palmiers se desséchaient, les animaux moururent par centaines et les hommes n'ayant plus de fruits, de dattes et de viande pour se nourrir ne savaient plus que faire pour survivre. Ils furent obligés de vendre leurs fils et leurs filles et Djellab qui était devenu immensément riche, acheta 1500 enfants aux pauvres "Khammès".
La sécheresse persistait. Ne pouvant plus se nourrir, les hommes se virent dans l'obligation de vendre leurs femmes et le Khalifa les acheta toutes...
La misère était devenue terrible, les pauvres paysans vendirent leurs chameaux, leurs ânes, leurs palmeraies, leurs outils, leurs maisons, leurs jardins... Les gens d'El-oued ne possédaient plus que leurs gandouras sur leur corps squelettique et, la disette continuant toujours, ils finirent par se vendre eux-mêmes,., Djellab se trouva donc propriétaire de tout ce qui existait autour de lui.
Un jour, il réunit ses milliers d'esclaves et ils leur tint ce discours : "J'ai décidé de repartir. Je veux accomplir un dernier pèlerinage à la Mecque, Faites vos prépara tifs* je vous emmène tous avec moi, mais, avant de m'en aller, je désire construire une magnifique mosquée. La récolte des dattes est terminée, nous allons nous mettre tous au travail dés demain".
Cette nouvelle fut accueillie avec résignation et personne ne chercha, à se soustraire au désir du maître. Chacun se mit à l'œuvre : les fours à plâtre furent creusés et des montagnes de pierres s'entassèrent rapidement sur le lieu du chantier.
En quelques semaines, le minaret d'une belle mosquée aux murs blancs s'éleva dans le ciel bleu. On pouvait même admirer un vaste Midhâa (bassin pour ablutions) dans la grande cour et une Qibla (niche de direction de la Mecque) décorée de carreaux de faïence dans l'immense salle des prières.
Lorsque tout fut terminé, le riche Khalifa, demanda à tous de venir faire la prière du vendredi dans la vaste mosquée. Il monta dans le Nîinbâr (chaire à prêcher) et s'adressa à ses esclaves.
"Je vous ai achetés et vous êtes restés. Je vous ai fait travailler et vous n'avez pas cherché à fuir les travaux. Je vous ai demandé de construire une mosquée et vous avez édifié le plus bel édifice religieux que je connaisse. Pour vous remercier de tout cela, par-devant notre prophète et ses anges, et par amour pour eux, je vous tends à tous votre liberté. Reprenez vos femmes, vos enfants, vos palmeraies , vos jardins, ils vous appartiennent désormais".
Des cris de joie s'élevèrent sous la voûte de la Djemâa, et pour exprimer leur reconnaissance au généreux pèlerin, ils lui déclarèrent qu'ils resteraient toujours ses serviteurs dévoués. Ils firent également la promesse solennelle d'être fidèle à sa religion : l'islam.
Et depuis cette année bénie de 1335, les habitants du Souf ont toujours suivi les préceptes de la religion musulmane.

Lahkouba

mercredi 7 avril 2010, 13:15
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

Slimane et la chouette (Lahkouba)

C'est l'histoire d'un roi du nom de Slimane qui régnait sur le monde des esprits et celui des hommes, ainsi que sur les oiseaux.
Un jour, sa femme lui dit : "Il nous faut un tapis fait de plumes"
Or lui n'était guère capable de lui résister.
"Ma chère lui dit il les oiseaux : en ce moment il fait froid, si nous leur ôtons leurs plumes à coup sûr ils mourront tous de froid.
"Rien à faire dit elle arrange toi comme tu voudras"
Il convoqua alors les oiseaux. Tous se présentèrent. Mais il manquait la chouette. Elle seule n'était pas venue. Elle était au moins très en retard.
"Quand la chouette arrivera, dit slimane, avertissez moi que je la punisse
Lorsqu'elle fut arrivée et qu'on l'eut amenée devant le roi, celui ci l'apostropha : " qu'est ce qui t'a pris, rebut des oiseaux, à être comme ca en retard?"
"Monseigneur, dit la chouette, promettez moi l'impunité, et je vous le dirai
Slimane lui donna la parole et la chouette lui dit :
"Monseigneur, je me posais des questions sur quatre sujets"
J'étais perplexe à propos des nuits et à propos des jours : je me demandais ce qui surpasse l'autre : les nuits ou les jours ?
Et j'étais perplexe à propos des hommes et des femmes : je me demandais ce qui surpasse l'autre : les hommes ou les femmes ?
C'est cela Monseigneur conclut elle qui m'a fait perdre du temps et a retardé mon arrivée
Eh bien demanda le roi qu'est ce donc qui surpasse l'autre, les jours ou les nuits ?
"Monseigneur répondit elle j'ai découvert que les nuits surpassent les jours et que les femmes surpassent les hommes;
"Pourquoi donc ? fit-il;
"Parce que, les nuits de claire lune sont comptées comme jours
Tu as raison dit il et les hommes en quoi les femmes les surpassent elles ?
C'est parce que Monseigneur tout homme qui fiat la volonté de sa femme, c'est comme femme k on le compte !

La mére Ghoula

mercredi 7 avril 2010, 13:15
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

L'on raconte qu'autrefois où la viande était rare si rare qu'on en rêvait, un homme dit un jour à sa femme : - Demain nous aurons des invités. J'achèterai de la viande au marché pour que tu puisses nous faire un bon couscous de fête.
Il se rendit donc au marché de grand matin et il en revint avec un chapelet de morceaux de viande, enfilés comme des oignons le long d'un brin de jonc tendre et grasse. La femme mit à cuire le couscous à la vapeur et avait mis la viande à cuire. Et courut s'assoier à l'extérieur.
Au bout d'un moment, un agréable fumet se répandit dans la cour...
La femme se leva pour goûter . La viande était presque cuite : elle en prit un morceau et s'éloigna. Mais l'odeur la suivait, la bonne odeur de la sauce l'enveloppait et la ramenait irrésistiblement vers la marmite. La femme taquina le feu, ajouta une bûche, alla même jusqu'à l'outre en peau de chèvre, au fond de la cour. Mais le vent lui renvoya au visage la bonne odeur de la sauce. Alors, elle revint sur ses pas, tourna en rond, ajouta encore une bûche et finit par soulever le couvercle. Elle retira un morceau de viande, puis un autre. Un autre, et encore un autre... Elle mangeait avec tant de fièvre et si vite qu'elle brûlait les doigts et la langue. Et si au moins sa gourmandise s'en trouvait contentée !!!
Résolue à en manger un dernier morceau, la femme plongea encore une fois la louche mais ne ramena que légumes. Affolée, la femme la plongea et replongea désespérément : plus un seul morceau de viande dans la marmite.
Qu'allait elle présenter aux invités ?
Comme elle s'arrachait les cheveux d'angoisse, Ali, son petit garçon, poussa la porte et entra. Il venait de courir dans les champs et de boire à la source. Il était rose et tout essoufflé.
Elle l'égorgea comme un agneau et le coupa en morceaux qu'elle jeta précipitamment dans la marmite. Elle faisait disparaître les dernières traces de son crime lorsque rentra l'aînée, une fillette silencieuse et douce. Zaina comprit mais ne dit mot, craignant sans doute le même sort.
Peu après, arriva le père, accompagné de ses invités. Le repas était prêt et la sauce répandait une odeur engageante. Tous mangèrent de grand appétit, à l'exception de la fillette. L'homme s'étonna bien de ne pas voir le petit garçon qu'il aimait comme sa prunelle. Mais la femme répondit :

" Mes parents s'ennuyaient de lui. Ils sont venus le chercher avec leur âne ce matin.
L'homme se remit à manger de plus belle. Quand il ne resta plus un seul morceau de viande ni de grain de couscous, l'homme satisfait offrit des fruits et du café à ses hôtes avant de les reconduire.

Alors Zaina s'approcha du grand plat de bois qui avait contenu le festin : il était vide maintenant. Seuls quelques os.... C'était là tout ce qui restait de son frère. Elle les ramassa soigneusement, les essuya et les étendit sur le toit. Une fois secs, elle les enveloppa délicatement dans un linge fin et les cacha dans sa couette.
Dès que s'éloignaient ses parents, la fillette prenait le linge sur ses genoux et pleurait chaque jour... Or voici que sous l'effet des larmes qui chaque jour tombaient en pluie sur eux, les petits os se ressoudèrent les uns aux autres. Et c'est un bel oiseau qui s'échappa du linge, un matin, pour se poser sur le toit et chanter :
Ma mère m'a égorgé, égorgé...
Mon père m'a mangé, mangé...
Ma soeur a rassemblé mes os

La petite fille reconnut la voix de son frère et se mit à trembler :
"Que va faire mon père quand il entendra ?" se dit elle.
Que va faire mon père quand il entendra ?" se dit elle.
Car chaque jour le père demandait :

" Où est le petit ?
Et la femme répondait, de plus en plus embarrassée :

" Il est chez mes parents, il rentrera bientôt.
Arriva le moment où la femme ne put plus répondre : " il est chez mes parents, il rentrera bientôt" car l'homme devenait soupçonneux. Elle dut finir par dire, le jour où elle se sentit acculée :

" Je ne sais ce que le petit est devenu. Ma mère m'a dit qu'il a disparu.
La femme venait juste d'apporter un grand plat de couscous garni de viande et de légumes, car c'était jour de marché.

" C'est un jour comme celui-ci, et à pareille heure que je me suis inquiété pour la première fois du petit, dit l'homme d'une voix sombre.
C'est alors que l'oiseau se posa sur le toit et se mit à chanter :
Ma mère m'a égorgé, égorgé...
Mon père m'a mangé, mangé...
Ma soeur a rassemblé mes os

Le père comprit. Il se leva, terrible et marcha vers la femme. Mais alors l'oiseau chanta à nouveau, avec la douce voix de l'enfant :

Garde toi bien de la tuer, tuer...
Car ma soeur pleurerait, pleurerait
Et serait orpheline

L'oiseau ne revint plus sur le toit. La mère fut pardonnée. La fillette cessa de trembler. Mais l'homme perdit à jamais le goût de vivre.

La légende de Sidi Brahim

mercredi 7 avril 2010, 13:14
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

La légende de Sidi Brahim
C'était le soir, il fit sa cinquième prière, car c'était un homme pieux, et il s'endormit. Or, cette nuit-là, il eut un songe extraordinaire. Un vieux cheikh tout délabré, tout branlant, serrant dans sa main une canne ouvragée se tenait devant lui et lui disait : "Selmek, Ba messaoud, je suis Sidi Brahim, le cheikh oublié. Je suis mort depuis bien longtemps et personne ne se souvient plus de moi." Ba Messaoud, toujours dans son rêve, salua profondément. "Tu souhaites revoir les tiens, continua Sidi Brahim, et ta palmeraie. Si tu me fais une promesse, je te donnerai la liberté et même, je te ramènerai au M'Zab." Ba Messaoud écoutait de toutes ses oreilles, dans une attitude de grande déférence. "Demain, poursuivit le cheikh, on t'amènera près de la mer pour effectuer des travaux. tes gardiens seront peu attentifs car des chiens les secondent.
Ils te donneront pour repas des abats. Garde-toi de les manger et dès que tu verras un peu éloignés de toi, sauve toi à toutes jambes vers la mer. Les chiens te poursuivront mais tu leur jetteras les abats et comme ils sont mal nourris, ils s'arrêteront pour les manger. tu continueras ta route et fermant les yeux, droit ver la mer.
Et la promesse ?
Voici ma canne (le cheikh oublié la lui tendit). Quand tu arriveras à EL-Atteuf, tu grimperas tout au haut de la colline et tu jetteras la canne au vent. Là ou elle se plantera, tu bâtiras en mon nom une mosquée"

Ba Messaoud allait ouvrir la bouche pour poser toutes les questions qui lui venaient en tête mais le cheikh avait disparu. L'appelant et le cherchant, il s'agita si bien dans son sommeil qu'il se réveilla. Il serrait dans sa main, à son tour, la canne finement décorée.

Le lendemain, comme prévu, les gardiens l'emmenèrent travailler dans une carrière proche de la mer. Pour repas, il eut des abats (qu'il cacha) et des moqueries à propos de cette canne dont il ne voulait pas se séparer et qui semblait faite pour un seigneur ( les geôliers pensaient qu'il l'avait gravée lui-même dans sa cellule). Il fit ce qu'avait dit le cheikh et courut vers la mer, jetant ses abats aux chiens qui s'arrêtèrent pour les dévorer. puis il ferma les yeux, toujours courant en direction de la mer en priant Allah de bien vouloir éventuellement prendre soin de son âme.

Lorsqu'il se réveilla, il entendit d'abord autour de lui la plus douce des musiques : des voix d'hommes qui, dans sa langue, disaient le Coran. "Est-ce possible, songea-t-il, Allah le bien aimé, très miséricordieux, je suis chez moi !"

Il sentait la fraîcheur d'une mosquée. Laquelle ? Il ne savait pas encore. C'était l'heure de la prière et l'imam n'était pas encore arrivé. Lui, Ba messaoud, était enroulé dans sa kachabia rayée, le capuchon sur le visage. Il était assis et appuyé probablement à un pilier. tout cela, il le ressentait sans hâte, s'émerveillant silencieusement et croyant à peine à son bonheur. Puis l'imam entra et, le reconnaissant à sa voix, Ba Messaoud sut qu'il se trouvait à Melika haut. La prière allait commencer. Elle ne commençait pas. l'imam s'était arrêté au milieu de la mosquée et il disait : "C'est un jour de réjouissance pour nous, frères. Un des nôtres est revenu : j'ai "sentit" Ba Messaoud.
Ba Messaoud ? Impossible, imam ! Il est prisonnier depuis plus de vingt ans et nous n'avons plus aucune nouvelle de lui : autant dire qu'il est mort. Nous ne le reverrons plus !
Ca sent Ba Messaoud, ici, répétait l'imam, obstiné, il parcourait à grand pas la salle de la mosquée, soulevant les capuchons des kachabias pour regarder dessous.
Notre imam baisse, soupiraient les croyants, c'est la démence, l'heure de la prière va passer ..."Lorsque Ba messaoud se dressa et baisa la main de l'imam, la surprise et la joie saisirent les assistants. La prière commença sans tarder, après laquelle Ba messaoud put s'expliquer. On se souvint de cheikh Sidi Brahim et l'on se repenti de l'avoir laissé dans l'oubli. Selon la coutume, un groupe de jeunes bâtisseurs se forma aussitôt pour aider ba messaoud à remplir sa promesse. Ils partirent avec lui a El-Atteuf sans tarder pour arriver avant la nuit.

Ils montèrent directement sur la crête de la colline, juste au haut de la ville, et Ba messaoud je ta la canne au vent.

Désolation ! La canne s'était plantée dans une dune de sable. Comment bâtir sur du sable ? se disaient entre eux les bâtisseurs. Ba messaoud décida que la nuit porterait peut-être conseil et qu'il était temps pour lui de revoir sa famille ( que la foule tout doucement amassée autour d'eux avait prévenu). Tout le monde fut de son avis et chacun rentra chez soi dans une assez grande excitation. c'était un soir orageux et venteux.

L'histoire ne dit pas di Ba Messaoud eut encore une entrevue nocturne avec le cheikh oublié mais elle assure que, le lendemain, toute la dune de sable reposait de l'autre côté de la colline (où elle est encore, vous pouvez la voir aujourd'hui). La canne était fichée dans le roc, tout contre la tombe de cheikh Sidi Brahim. Ainsi fut donc bâtie sa mosquée.

Le Chacal, le Lion et le Mulet - Essbaa , Eddib w Labghal

mercredi 7 avril 2010, 13:13
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

Le Chacal, le Lion et le Mulet

C'est l'histoire d'un lion qui s'en vint trouver un chacal et lui dit : " Je voudrais que vous me procuriez de quoi manger : voilà huit jours que je reste sur ma faim " " Il y a ici, répondit le chacal, un mulet qui broute dans un pâturage : mais il faut que nous lui trouvions un motif ". " Entendu, dit le lion, quoi que vous décidiez, je vous soutiendrai " " Venez, reprit le chacal, rendons-nous ensemble chez lui. Dès que j'arriverai, je lui dirai que le roi nous a prescrit de produire chacun son arbre généalogique, à savoir ses racines, bref l'identité de son père. Voilà, continua-t-il, le langage que je lui tiendrai, c'est ça le meilleur prétexte. Le mulet, c'est connu, n'a pas d'origine avouable : ses parents sont la jument et le baudet, sauf votre respect. Alors, conclut le chacal, quand nous nous présenterons à vous, il faut que vous m'interrogiez en premier "

Ils arrivèrent donc auprès du mulet. Le chacal l'appela et lui dit : " Venez voir ce que dit le lion ". " Moi, dit le lion, je ne suis que l'envoyé du roi. Ne me prêtez aucune mauvaise intention " " Je vous en prie messire ", dit le mulet. " Je viens, dit le lion, vous poser une question : il faudrait que vous me fassiez connaître vos origines " " En ce qui me concerne, oncle lion, dit le chacal, je suis chacal, descendant de chacals, et ceci jusqu'au chacal que Noé a pris avec lui dans l'arche. " " Et vous ? " demanda-t-il au mulet. " Moi, monseigneur répondit le mulet, je n'ai pas de tête. Il faut que j'aille demander à ma mère quelle est mon origine ". " Entendu ", dit le lion.

Or notre mulet était de solide carrure. Il s'arrêta auprès d'un forgeron, et quand il lui eut mis une ferrure neuve, il revint en se mettant à boiter d'un pied.

Les deux autres lui demandèrent : " Qu'est-ce qui arrivé pour que vous boitiez ? " " C'est, dit-il, une lettre que ma mère m'a fourrée dans le sabot. J'avais peur que si je la mettais dans la bouche elle se mouille ; alors je l'ai mise dans le sabot ".

Quand il fut près d'eux, il leur dit : " Désignez l'un de vous pour qu'il vienne la lire " Le lion dit au chacal : " Allez la lire ". " Monseigneur, prétexta le chacal, je n'y vois pas clair du tout ".

Le lion s'avança pour la lire. Alors, le visant bien entre les deux yeux, le mulet lui décocha une ruade qui lui fit voler le crâne en éclat.

Le grain magique (El haba El mashoura)

mercredi 7 avril 2010, 13:13
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

Le grain magique
Il était une fois un homme qui avait sept fils. Un beau jour, son épouse devint enceinte pour la huitième fois. Les sept frères étaient réunis autour d'une source d'eau, occupés à se couper les cheveux l'un à l'autre, et c'est là qu'ils apprirent que leur mère était tombée enceinte. " Si notre mère donne le jour à un huitième frère, nous briserons nos pots contre nos fronts et nous quitterons notre pays pour un pays étranger. Mais si notre mère donne le jour à une fille, notre sœur, nous organiserons une grande fête ! " promirent-ils. Ayant appris la décision de ses fils, le père vint les trouver et les rassura : " Mes fils, je suis de votre avis ! ". Une vieille femme méchante qui passait par-là surprit discrètement la conversation entre les sept frères et leur père.

Quelques mois plus tard, la mère donna le jour à une fille. La vieille femme méchante fut la première à apprendre la nouvelle. Aussitôt, elle alla trouver les sept frères et leur annonça :
" Votre mère a mis au monde un garçon, votre huitième frère ! ". Déçus, les sept frères insistèrent : " Tu es sûre que ce n'est pas une fille ? " - " Puisque je vous dis que c'est un garçon ! répliqua la vieille. Je l'ai vu de mes propres yeux ! ". Convaincus, les sept frères montèrent leurs chevaux et quittèrent le village de leurs parents pour s'exiler dans un pays lointain. Une fois arrivés, ils achetèrent des champs et du bétail pour se refaire une existence.

Le temps passa. A l'âge de quatorze ans, la jeune soeur était devenue une belle adolescente. Elle s'était toujours crue fille unique. Un jour qu'elle jouait en toute innocence, le cœur léger ; la vieille femme vint à passer par-là. Elle observa la jeune fille si gracieuse et s'approcha pour lui lancer d'un ton méprisant : " Tu n'as pas honte d'être si joyeuse, toi qui as fait exiler tes sept frères ! " Choquée par cette affreuse calomnie, la jeune fille partit en pleurant. Elle se jeta dans les bras de sa mère, secouée de sanglots. " Mais qu'as-tu donc ? " s'enquit la mère. " Je viens d'apprendre que je ne suis pas fille unique, mais que j'ai sept frères ! dit-elle. Et toi, tu ne m'en as jamais parlé ! Où sont-ils donc, mes sept frères ? "

Alors, la mère se mît à raconter comment les sept frères, trompés par la malveillance, avaient quitté le pays pour aller vivre ailleurs. La jeune fille se décida : " Je vais partir à leur recherche et les convaincre de revenir vivre avec nous ! " Peu après, on s'occupa des préparatifs du voyage. La jeune fille se munit de provisions de route, sella une mule, ordonna à sa servante noire de l'accompagner et prit un grain magique qu'elle mit dans son giron.

Elle monta sa mule, prit congé de ses parents et se mit en route, suivie de sa fidèle servante noire.

Après plusieurs heures de marche, la jeune négresse était épuisée. Elle supplia la jeune fille, sa maîtresse, de la laisser monter sur la mule : " Laisse-moi monter sur la mule à ta place, je suis si lasse de marcher ! ". La cavalière éleva la voix pour lancer : " Père! Mère! La négresse veut prendre ma place sur la monture ! ". Le grain magique répondit : " Continue ainsi ! N'aie pas peur! ". Elle reprit son chemin sans plus s'occuper des lamentations de sa servante noire.

Vers le soir les deux jeunes filles arrivèrent au bord d'une source composée de deux bassins. Lorsqu'une femme à peau blanche se baignait dans l'un des bassins, elle était changée en négresse.
Et lorsqu'une femme à peau noire se baignait dans l'autre bassin, elle était changée en femme à peau blanche. La jeune fille mit pied à terre, posa le grain magique sur le bord du bassin et se baigna. Mais sans le savoir, elle avait choisi le bassin qui changeait la peau blanche en peau noire : elle devint donc toute noire. De son côté, la servante se baigna dans le bassin qui rendait blanche la peau noire : elle devint donc toute blanche. Afin de se reposer, toutes deux décidèrent de passer la nuit près de la source.

Le lendemain matin, la jeune fille, la soeur des sept exilés, métamorphosée en négresse après le bain fatidique, monta sa mule et poursuivit son voyage, suivie par la négresse. Dans la précipitation du départ, elle oublia le grain magique. Après plusieurs heures de marche, la négresse qui avait désormais la peau blanche supplia sa maîtresse à peau noire :Laisse-moi monter à ta place sur la mule. Je suis si fatiguée ! ". La jeune fille, juchée sur sa mule, éleva la voix pour appeler : " ?, ma mère, ?, mon père ! La négresse veut prendre ma place ! ". Elle perçut une faible voix qui disait : " Continue ainsi ! N'aie pas peur ! ". Elle reprit son chemin sans plus s'occuper des prières de la servante à peau blanche. Un peu plus loin, la négresse se remit à se plaindre de la fatigue. La jeune fille s'arrêta et appela son père à son secours. Mais comme le grain magique oublié au bord de la source était désormais très loin, la réponse tant espérée par la jeune fille était pratiquement inaudible. Croyant percevoir qu'on lui conseillait de céder sa place à la servante, elle descendit de la mule, s'effaçant devant la négresse à peau blanche. Les deux jeunes filles reprirent leur chemin, la négresse juchée sur la mule, la jeune fille à peau noire suivant à pied.

Vers le soir, elles arrivèrent enfin devant la maison des sept frères. La négresse à peau blanche descendit de sa monture et se présenta : " Je suis votre soeur. Je suis venue vous rendre visite ! Ma servante noire m'accompagne. Vous pouvez l'occuper à mener paître vos chameaux ! ". Les sept frères furent d'abord très surpris, puis ravis d'apprendre qu'ils avaient été trompés par la vieille femme méchante. Ils préparèrent un bon repas pour leur soeur et ordonnèrent à la jeune fille à peau sombre de s'installer dans l'étable.

Le lendemain matin, les sept frères donnèrent un morceau de pain noir rassis à la jeune fille et la chargèrent de mener paître leurs sept chameaux dans les champs. Parmi ces chameaux, il y en avait un qui était sourd. La jeune fille à peau sombre s'exécuta. Elle mena les bêtes au pâturage et, une fois sur place, elle grimpa sur un rocher, posa le morceau de pain à côté d'elle et se mit à chanter cette lancinante complainte :" Prends ce pain et élève-toi, ô, rocher ! Elève-toi, rocher, pour que m'apparaisse le pays de mes parents ! La négresse est devenue blanche et la jeune fille blanche est devenue noire, elle est devenue une misérable négresse réduite à garder les chameaux de ses propres frères ! "

Alors le rocher se mit à s'élever si haut que la jeune fille put bientôt distinguer dans le lointain le pays de ses parents. Après avoir écouté cette prière émouvante, les chameaux s'étaient mis à pleurer avec la jeune fille ; tout attristés, la gorge serrée, ils refusaient toute nourriture. Seul le septième, celui qui était sourd, ne levait pas le museau de l'herbe abondante et paissait tranquillement du matin au soir. Bien gras et bien nourri, il engraissait de jour en jour, tandis que les autres chameaux dépérissaient à vue d'œil.

Il en fut ainsi trente jours durant. Mais les sept frères finirent par apercevoir que quelque chose n'allait pas et se réunirent pour tenir conseil : "il se passe quelque chose ! Les chameaux deviennent de plus en plus maigres !" Le frère cadet prit la parole et déclara : " Demain, je suivrai notre bergère en cachette, je verrai bien ce que fait cette négresse avec nos chameaux !

Le lendemain matin, après avoir reçu son bout de pain quotidien, la jeune fille à peau noire fit sortir les chameaux et les conduisit aux champs pour les faire paître comme à l'accoutumée. Sans se faire voir, le frère cadet la suivit. Une fois arrive aux champs, il la vit poser le morceau de pain noir sur un rocher et s'installer pour chanter sa complainte. Il vit le rocher s'élever. Il vit les six chameaux cesser de brouter et pleurer avec la jeune bergère... A lors le jeune frère ne put se retenir. Il sortit de sa cachette et s'avança vers la jeune fille : " Dis-moi tout ! la pria-t-il. Es-tu notre soeur ; ou es-tu une négresse ? " La jeune fille retira son foulard et sa belle et longue chevelure soyeuse se répandit jusqu'au sol. " Les négresses ont-elles d'aussi beaux cheveux ? demanda-t-elle. Puis elle lui raconta comment sa peau et celle de la négresse avaient été échangées après le bain dans la source miraculeuse, et comment elle en était arrivée là. " Viens, accompagne-moi à la maison, je dois informer mes autres frères ! " décida le cadet.

Le frère cadet raconta à ses autres frères ce qu'il venait d'apprendre de la bouche de la fausse bergère à peau noire. Le lendemain, l'un des frères se rendit au marché voisin pour acheter un peigne, un miroir de poche et des fèves fraîches. De retour à la maison, lui et ses frères firent venir les deux jeunes filles, la négresse à peau blanche et la bergère à peau sombre, et leur présentèrent ce que le cadet avait rapporté du marché. La négresse à peau blanche délaissa le peigne et le miroir pour se jeter sur les fèves qu'elle dévora avec avidité. La jeune fille à peau noire prit le peigne, retira son foulard, laissant sa longue chevelure soyeuse se répandre sur ses épaules, et se mit à se coiffer soigneusement en s'admirant dans le miroir.

Les sept frères attendirent que la jeune fille à la peau claire eût fini de manger les fèves avant de lui dire : " C'est ton tour ! Peigne-toi les cheveux ! " Elle enleva son foulard et tous purent constater qu'elle avait bien des cheveux crépus et laineux, comme dressés vers le ciel. A cette vue, les sept frères surent que la jeune bergère avait dit la vérité et se dirent : " Nous allons retourner avec elles à la source aux deux bassins où elles se sont baignées et où le grain magique a été oublié.

Accompagnés des deux jeunes filles, ils retournèrent à la source miraculeuse. Là, ils obligèrent la négresse à peau blanche à se baigner dans le bassin réservé aux femmes noires et la bergère à peau sombre dans celui réservé aux femmes blanches. Après le bain, chacune d'elle reprit sa couleur naturelle.

Alors, la jeune fille blanche, la soeur des sept frères, se précipita vers le bord du bassin, là où elle avait oublié le grain magique. Elle prit le grain et lança : " ?, père! ô, mère! la négresse veut prendre ma place sur la monture ! " Aussitôt le grain magique répondit : " Va, n'aie pas peur ! continue ainsi ! " Les sept frères furent témoins de la scène. Tout joyeux, ils entourèrent la jeune fille et l'enlacèrent en s'écriant : " A présent, nous sommes sûrs que tu es bien notre soeur ! " Après quoi ils retournèrent à leur demeure, suivis par leur soeur et sa servante. Ils voulaient châtier la négresse usurpatrice et la tuer ; mais leur soeur s'y opposa : " N'en faites rien ! s'écria-t-elle. Si elle doit être punie, qu'elle le soit par d'autres ! " - " Dans ce cas, nous allons l'emmener dans la forêt. Nous l'attacherons à un arbre et nous l'abandonnerons à son sort. Il y a de grandes chances qu'elle se fasse dévorer vivante par les animaux sauvages! " décidèrent-ils. Ils mirent leur plan à exécution ils emmenèrent la négresse fautive dans la sombre forêt et l'attachèrent à un arbre. Elle devait passer ainsi une journée et une nuit.

Le lendemain, le frère cadet se leva très tôt et se rendit dans la forêt voisine pour voir ce qu'était devenue la négresse. Il ne put cacher sa surprise en découvrant la jeune fille toujours vivante et attachée à l'arbre, mais encerclée par une meute de lions féroces qui rugissaient de fureur. Apparemment, les lions ne lui faisaient aucun mal. Mais dès qu'ils virent le jeune homme, ils se jetèrent sur lui et l'emmenèrent dans leur tanière. Comme le jeune homme n'avait pas peur d'eux, ils ne lui firent aucun mal. Entre-temps, les six autres frères, inquiets de la disparition de leur frère cadet, avaient décidé de partir à sa recherche. Ils retrouvèrent l'endroit où ils avaient attaché la négresse et furent très étonnés de la trouver encore en vie. Elle leur indiqua le chemin qu'avait pris leur frère cadet, enlevé par les lions. Un peu plus tard, les six frères arrivèrent devant la tanière des fameux fauves. Ces derniers surgirent de tous les côtés et il eut un bref combat au cours duquel deux des six frères furent tués. En effet, les jeunes gens étaient courageux et ne voulaient pas s'enfuir. Quant aux quatre frères restants, les lions les enlevèrent et les emmenèrent au fond de leur demeure.

Ne voyant pas revenir ses frères, la jeune fille, inquiète, partit à son tour à leur recherche. Elle se rendit dans la forêt et trouva sa servante encore attachée à un arbre. Elle la délivra de ses liens. Enfin libre de ses mouvements, la servante noire renseigna sa maîtresse sur le sort de ses frères.

Puis, les deux jeunes filles revinrent à la maison des sept frères. Elles sacrifièrent un bœuf, le dépouillèrent, le dépecèrent et se mirent à empoisonner toute la viande. Puis elles la portèrent dans la forêt. Les lions sortirent de leurs tanières et se jetèrent sur le tas de viande fraîche pour la dévorer avec voracité. Bientôt, ils s'écroulèrent l'un après l'autre, morts foudroyés par les effets du poison. La jeune fille et sa servante noire firent sortir le frère cadet et les quatre frères survivants de l'antre des lions. Ensuite, les deux jeunes filles et les cinq frères sains et saufs rentrèrent chez eux.

Puis la soeur décida de rentrer chez ses parents en compagnie de ses frères, laissant la négresse seule. Après une longue marche, ils arrivèrent enfin au pays natal. Une fois tous réunis dans la maison parentale, toute la famille observa un deuil de deux ans à la mémoire des deux frères dévorés par les lions féroces.

Saadia La fille du Charbonnier (Bant El Fahham)

mercredi 7 avril 2010, 13:12
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

La fille du Charbonnier
Parmi les majestueuses montagnes vivait autrefois un charbonnier pauvre et démuni. Il était père de sept filles et peinait beaucoup pour nourrir sa nombreuse famille.

Tous les matins, il se rendait dans la forêt et travaillait avec acharnement. Le soir, à son retour, l'homme était tout noir de charbon. Ses filles avaient honte de sa condition et s'en désintéressaient complètement. Elles passaient le plus clair de leur temps à s'occuper de leurs toilettes. Elles aimaient se farder et jouer aux bourgeoises.

Saadia , la cadette des filles, était très différente. Elle s'occupait des tâches ménagères et prenait soin de son malheureux père. Volontaire et généreuse, elle se montrait toujours indulgente vis-à-vis de la paresse et de l'indifférence de ses sœurs, essayant constamment de réparer leurs erreurs et de combler leurs désirs. Cette fille était également d'une remarquable beauté et d'une formidable sagesse. En outre, elle excellait dans l'art de parler. Son éloquence et la finesse de son esprit étaient reconnues de tous. Dans tout le village, on la citait en exemple. Au fur et à mesure que la jeune fille mûrissait, elle montrait un comportement digne des plus grands sages et philosophes.

Si bien que sa merveilleuse réputation atteignit le palais du roi Plaisantin. Ce monarque se passionnait uniquement pour les énigmes, les satires et les bouffonneries. Sa cour regorgeait de farceurs et de conteurs. Il organisait régulièrement des tournois à ce propos. Quand ce roi, fantasque et excessif, entendit parler des talents surprenants de la jeune Saadia, il eut envie de la connaître et de la mettre à l'épreuve.

Il convoqua alors le pauvre charbonnier. Celui-ci trembla de peur, connaissant la tyrannie de l'homme. Il se rendit au palais, priant le ciel de lui venir en aide. Le roi s'adressa au charbonnier :

" J'ai entendu dire que ta petite dernière a le don de résoudre n'importe quelle énigme. Serait-elle aussi forte qu'on le prétend ?
? noble seigneur ! Il me semble que ce que l'on dit au sujet de ma fille est quelque peu exagéré. Je suis votre modeste serviteur et ferai tout ce que vous demanderez, répondit le charbonnier, effrayé par le regard pénétrant du souverain. - Eh bien, je veux que tu rapportes à ta fille l'énigme suivante : je possède un arbre qui a douze branches. Chaque branche se décompose en trente rameaux, précisa le roi. Si ta fille arrive à deviner de quoi il s'agit, elle sera récompensée. Si par malheur elle échouait, je vous trancherai la tête à tous les deux ! Tu as une semaine pour me fournir une réponse ! ".

Le charbonnier quitta le palais complètement abattu ne sachant comment aborder sa fille. Il la croyait en effet incapable de trouver la réponse à l'énigme du roi. Quand Thassadith remarqua la grise mine qu'affichait son père, elle soupçonna des ennuis. Elle l'interrogea : " Confie-toi, père ! Dis-moi ce qui te tourmente ! Je te vois triste et pensif. " Le charbonnier confia à sa fille les raisons de son souci. La jeune fille sourit et dissipa ses craintes : " Ce n'est pas difficile, père. Je crois que le roi veut parler de l'année. Les douze branches étant les douze mois de l'année et les trente rameaux les trente jours du mois. " Le charbonnier estima la réponse trop évidente et dit à sa fille, d'une voix sceptique : " Si le roi s'est donné tant de mal, c'est sans doute que la réponse à l'énigme doit être bien plus ardue.
Crois-moi, père ! C'est la réponse qu'il faut donner au roi. "

Le jour fatidique arriva et le charbonnier se rendit auprès du roi, le cœur serré et en proie au doute. N'ayant point d'autre réponse que celle trouvée par sa fille cadette, il la lui livra. Le roi s'exclama : " Bon ! Bon ! Voici que ta tête et celle de ta fille sont épargnées ! Pour te témoigner ma satisfaction, je te demande la main de cette fille à l'esprit si fin. "

Perplexe, le charbonnier n'en crut pas ses oreilles. Il hésita un peu et finit par lui avouer ses craintes : " Sire, ma fille est bien trop jeune et trop humble pour toi. Comment un roi aussi puissant que tu es daignera-t-il regarder la fille d'un misérable charbonnier comme moi ? " Déterminé et impatient, le roi décréta : " C'est décidé, je la veux ! Dans douze mois, j'enverrai à ma fiancée les offrandes du mariage. Tâche de préparer ta fille à cet événement. "

Le charbonnier, encore sous l'effet de la surprise, rassembla difficilement ses forces pour rentrer chez lui. Il ignorait de quelle manière prendre la chose. Fallait-il se réjouir de la nouvelle ou bien s'en inquiéter ? La fantaisie du roi, ses désirs extravagants et son humeur lunatique étaient bien connus de tous. Saadia, assez étonnée par la nouvelle, considéra malgré tout sérieusement la proposition du roi et, peu à peu, se prépara à devenir l'épouse de cet homme si singulier. Les douze mois fixés s'écoulèrent. Le charbonnier attendit avec impatience et anxiété à la fois les messagers du roi. Il fit de son mieux pour les recevoir dignement.

La modeste demeure vit arriver dix-sept serviteurs, chargés de somptueux présents destinés à la fiancée. Celle-ci fut ravie par la magnificence des cadeaux envoyés par le roi. Elle fit montre d'une grande hospitalité et su se rendre agréable à ses invités. Ces derniers ne cessaient de l'observer ainsi que leur roi le leur avait ordonné.

Or, durant leur périple, les serviteurs, jaloux de la fiancée et estimant qu'elle ne méritait pas toutes les largesses du roi, s'étaient emparés d'une partie des présents. Intuitive, la fine Saadia le devina. Néanmoins, elle les reçut honorablement et feignit de ne rien remarquer de leurs fâcheux agissements. Elle les pria de goûter à son thé.

Autour de la table, l'un des émissaires du monarque demanda à la jeune fille : " Où est donc passé ton père ?
Il est allé mettre de l'eau dans l'eau ! répondit-elle.
Et ta mère, où est-elle ? demanda-t-il encore.
Elle est partie voir ce qu'elle n'a jamais vu ! répondit Thassadith. " Aucun des hommes du roi ne comprit quoi que ce fût aux propos de la jeune fille. Ils leur semblèrent même sarcastiques et méprisants. Cependant, ils ne dirent rien.

Bientôt, la famille fut au complet. Saadia décida de servir le dîner qu'elle avait soigneusement préparé. Elle présenta un succulent couscous au poulet. Elle coupa avec une remarquable délicatesse les morceaux de viande et les distribua soigneusement : elle offrit à son père la tête du poulet et quelques morceaux de la poitrine. A sa mère elle donna le dos et partagea le reste de poitrine entre ses deux frères. Ses sœurs reçurent les ailes, quant aux serviteurs, elle leur offrit les pattes. Elle partagea le reste des poulets de la même manière. Les invités échangèrent des regards étonnés mais se gardèrent bien de tout commentaire. Tous passèrent une bonne soirée.

Quand ils furent sur le point de quitter la maison de la fiancée, cette dernière s'adressa à eux : " Remerciez de ma part votre généreux maître et présentez-lui mes respects. Je vous charge aussi de lui dire exactement ceci : il manque du duvet à la perdrix, de l'eau à la mer et des étoiles au ciel. "

Le roi attendit ses messagers avec impatience. Quand ceux-ci furent auprès de lui, il leur demanda de lui narrer tous les détails, de lui raconter et de lui décrire les faits et gestes de sa fiancée, ainsi que tout ce qu'elle avait pu dire. L'un des serviteurs s'avança et relata : " Sire, ta fiancée nous a bien reçus, mais nous n'avons rien compris à ce qu'elle nous a dit. Elle ne parle que par énigmes !
Justement ! fit le roi, rapportez-moi exactement ses paroles. " Les serviteurs firent le récit complet et détaillé de la visite. Aussitôt, le roi sermonna ses sujets : " Espèces d'idiots ! Ce n'est pourtant pas sorcier ! Quand elle vous dit que sa mère est partie voir ce qu'elle n'a jamais vu, cela signifie qu'elle est partie assister à un accouchement. Quant au père, il est allé dévier l'eau du courant pour activer la roue de son moulin et vous savez qu'une fois sortie du moulin, l'eau retourne vers le courant, expliqua le monarque non sans ridiculiser ses messagers.
Et comment expliquer le partage des poulets, sir, osa demander l'un d'eux ?
Son partage me paraît logique et équitable : au père revient la tête du poulet car il est le chef de famille ; à la mère revient le dos car elle est la charpente du foyer ; aux mâles de la famille, elle a réservé la poitrine, car ils constituent le rempart qui la protège des attaques extérieures ; aux sœurs, elle a remis les ailes car ce sont des filles et la coutume veut qu'un jour la fille quitte ses parents pour vivre chez son époux. Quant à vous, imbéciles, elle vous a offert les pattes, car c'est sur vos deux jambes que vous êtes allés la voir.
Ce n'est pas tout ! fit l'un des domestiques. Avant de nous laisser partir, elle a ajouté ceci : " A la perdrix il manque du duvet, à la mer il manque de l'eau et au ciel il manque des étoiles. "

Le roi s'empourpra et s'écria : " Soyez maudits ! Qu'avez-vous fait de mes offrandes, misérables ? "

Les valets s'empressèrent de répondre : " Nous les avons remis à votre fiancée, comme convenu.
Vous avez osé me voler, petites vermines ! Si ma fiancée dit qu'il manque du duvet à la perdrix, cela veut dire que vous avez dérobé des étoffes d'or. Elle dit aussi qu'il manque de l'eau à la mer, c'est que vous avez également pris du parfum. Pire encore, vous vous êtes permis de toucher aux émaux des bijoux, sinon il ne manquerait pas d'étoiles au ciel. Vous voilà démasqués ! "

Les serviteurs se jetèrent immédiatement aux pieds du roi, implorant son pardon. Celui-ci voulut leur infliger un châtiment exemplaire, mais se retint à la dernière minute pour éviter de choquer sa promise. Il se contenta de les prévenir : " Disparaissez de ma vue et que je ne vous reprenne plus en train de voler, sinon je vous couperai les mains ! "

Quelques jours s'écoulèrent et vint le moment de célébrer le mariage du roi. Le royaume entier était en liesse. On favorisa les réjouissances et on offrit à boire et à manger à tous. Les poètes, les conteurs, les magiciens, les danseurs et les musiciens égayèrent les sept prestigieuses nuits de noces que réserva le roi à sa dulcinée.

Quand Saadia arriva dans sa demeure royale, parée de ses ornements chatoyants, parfumée de rose et de jasmin, la démarche aussi gracieuse que celle d'une perdrix, le roi en fut tout ébloui et eut du mal à croire qu'il s'agissait de la fille du pauvre charbonnier. Il proposa d'ailleurs à ce dernier d'améliorer sa condition, tant il était fier de la fille qu'il lui donnait en mariage.

Confortablement installée, Saadia resplendissait de mille éclats. Le charme de sa compagnie attirait tout le monde et son éloquence enchantait tous les esprits. On ne jurait plus que par son nom. Le roi, bien qu'amoureux de sa jeune épouse, resta fidèle à sa passion. Il était toujours aussi féru de plaisanteries et de bonnes histoires. Il avait gardé l'habitude de faire une partie d'échecs avant de s'endormir. Mais personne ne réussissait à le battre. Il finit par se lasser de gagner. Un jour, il invita son épouse à jouer contre lui. Celle-ci eut le pressentiment qu'elle le vaincrait. De peur de le froisser, elle le pria de renoncer à son idée. Le roi devina la raison de son refus. Vexé et blessé dans son orgueil, il devint véhément et la menaça : " Si un jour par malheur ton esprit venait à battre le mien, je te répudierais. L'homme doit demeurer le plus fort. Souviens-toi bien de cela ! " Saadia, qui aimait tellement son mari, n'osa pas lui livrer le fond de sa pensée. Elle feignit de vouloir jouer avec lui et le laissa gagner afin d'éviter sa colère. L'incident fut clos et la jeune reine apprit à ruser pour éviter au roi tout objet de mécontentement.

Un soir, la reine installée sur sa terrasse profitait de la petite brise parfumée aux senteurs des innombrables et magnifiques fleurs de ses vergers, quand elle surprit l'écho d'une conversation entre deux inconnus. L'un faisait à l'autre le récit de sa mésaventure :

" Depuis mon arrivée dans ce pays, mes ennuis n'ont pas cessé. J'ai eu confiance en un homme, il m'a volé mon poulain. J'ai demandé justice au roi, il s'est empressé de me traiter de voleur. L'homme a réussi à convaincre le roi que mon poulain était l'enfant de sa mule. J'ai même dû lui verser une amende !
Mon pauvre ami, quelle injustice ! s'apitoya l'autre homme. "

Du haut de sa terrasse, la reine entendit l'histoire et fut prise de compassion pour l'étranger. Elle fut indignée de ce qui lui était arrivé. Tant et si bien qu'elle s'adressa à lui, malgré l'interdiction formelle du roi de se montrer ou de parler à ses sujets. Elle le réconforta : " Tout n'est pas perdu brave homme ! " Surpris, les deux hommes levèrent les yeux mais ne virent personne. La reine ajouta : " Il n'est pas nécessaire de me voir. L'important est que justice soit faite. Alors faites ce que je dirai. " L'étranger ne sut toujours pas quelle était la voix qui lui parlait, mais il la trouva si réconfortante qu'il lui demanda : " Comment espérer justice alors que mon procès a déjà pris fin et que le verdict a été rendu ?
Le roi s'est trompé, expliqua la reine, et tu n'as pas assez défendu ta cause. Je sais ce qu'il faut faire pour y remédier. "

Le lendemain, l'étranger demanda de nouveau audience au roi. Excédé, le souverain le menaça de lui trancher la tête s'il n'avait pas de bonnes raisons pour le déranger. Comme la reine le lui avait recommandé, l'homme expliqua : " Ce n'est pas pour l'affaire d'hier que je suis là, sire. Voilà ce dont il s'agit. J'ai planté un carré de fèves près de la rivière. Au moment où je m'apprêtais à en faire la récolte, des poissons ont surgi de l'eau et ont tout mangé. " Furieux et caustique, le roi grogna : " Misérable créature ! On ne t'a donc jamais dit que le jour où les poissons sortiront de l'eau pour se nourrir ce sera la fin du monde ?
Naturellement, sire, je le sais bien, répondit doucement le plaignant. Mais l'on raconte aussi que le jour où la mule mettra bas un poulain, ce sera la fin du monde ! " Le roi se tut un instant, appréciant la sagesse de l'étranger. Cette fois il le crut et lui demanda : " Pourquoi ne m'as-tu pas parlé de cela hier, lors de ton procès ?
C'est que, répondit l'homme, je ne m'en suis rendu compte que cette nuit. "

Le roi rendit justice et l'étranger repartit satisfait. Malheureusement, le souverain reconnut là la finesse d'un esprit qu'il admirait beaucoup, celui de son épouse. Il en déduisit que c'était elle qui avait conseillé le plaignant. En outre, il connaissait son penchant incontrôlable pour la justice. Désapprouvant le fait qu'elle lui eut désobéi, il entra dans une colère noire et se rendit dans ses appartements. Le regard froid et menaçant, il lui lança :

" Comment as-tu osé outrepasser mes ordres et violer mes interdictions ? Rappelle-toi, je t'avais prévenue que si un jour ton esprit venait à faire de l'ombre au mien, je te chasserais de ma vie. Alors, prends ce que tu as de plus cher et va-t-en d'ici au plus vite !
Bien ! fit la reine, après tout je l'ai mérité car je n'ai pas respecté ta parole. J'accepte donc ton châtiment. Mais sire, je te sais généreux et clément. Me permettras-tu une dernière faveur ?
Si c'est la dernière, oui ! " De sa voix douce et charmeuse Saadia lui murmura : " Honore-moi, seigneur, de ta présence au dîner de ce soir, puisque c'est le dernier que je prendrai dans ce palais. Veux-tu m'offrir cet agréable souvenir en cadeau d'adieu ?
Bon ! céda le roi. Je viendrai, mais je ne m'attarderai pas ! "

Le soir venu, la reine prépara un dîner savoureux. Elle décora ses appartements de mille et une fleurs suaves et fit brûler de l'encens de musc et de girofle. Elle se para de son plus beau costume de soirée et arrosa subtilement son corps d'un parfum exquis et enivrant. Quand le roi entra dans la pièce, il aperçut une telle aura se dégageant de sa femme qu'il en fut surpris. Elle l'installa confortablement et lui servit des breuvages divins. Le souverain prit tant de plaisir à être en sa compagnie qu'il ne tarda pas à tomber dans l'ivresse la plus totale. La reine Saadia attendit de voir son époux endormi sous l'effet de l'alcool pour le mettre dans une malle. Elle prit ses affaires et quitta le palais, traînant son lourd fardeau. Elle marcha toute la nuit.

Au petit matin, la reine enfin rassurée s'arrêta pour se reposer. Exténuée, elle sombra dans un profond sommeil. Brusquement, le roi qui commençait à étouffer dans sa cachette, s'agita, donna des coups, ce qui fit sursauter la jeune femme. Elle souleva aussitôt le couvercle. Soulagé, le roi respira profondément, regarda autour de lui et l'interrogea d'une voix nerveuse et impatiente : " Où suis-je ? Et que fais-je ici avec toi ? Tendrement, la reine lui répondit : " Tu es avec ton épouse, sire ! Souviens-toi ! Hier, tu m'as chassée. Mais tu m'as autorisée à prendre ce que j'avais de plus cher. Et comme je n'ai rien de plus cher au monde que toi, j'ai quitté le palais en t'emmenant avec moi ! " Le roi ne sut quoi répondre. Il fut agréablement surpris par le tour que lui avait joué sa femme. Il comprit à quel point elle l'aimait. Il la serra alors dans ses bras et déposa sur son front un doux baiser. Puis, il s'approcha de son oreille et lui murmura : " Je sais à présent que ma vie n'aurait plus aucun sens sans toi ! " Dès lors, le souverain s'assagit et tempéra ses humeurs. Il n'hésita plus à demander conseil à son épouse. Il devint moins tyrannique et fit preuve d'une grande humilité.

Saadia fit le bonheur de son bien-aimé mais aussi celui des siens et de tout son royaume.

Et dans ce pays-là, quand une fille naissait, on avait alors coutume de dire : " Que le Ciel t'offre la sagesse de Saadia ! "

Ettaleb et la femme

mercredi 7 avril 2010, 13:11
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

C'est l'histoire d'un maître d'école (Taleb) et d'une femme.

Dites-moi, maître, demanda la femme, qu'est-ce qui l'emporte, est-ce le savoir de la femme ou celui du clerc ?
Tout savoir existant, répondit-il, appartient en exclusivité à Dieu et aux clercs.
Nous, reprit la femme, nous possédons un savoir qui fait mourir et fait revivre.
Blasphème ! s'exclama le clerc, il n'y a que Dieu qui puisse faire mourir et faire revivre.
Bon, dit-elle, entendu. Pour sûr, je vous le ferai connaître, ce savoir.
Ne ménagez pas votre peine, répliqua le clerc, tout ce qui est en votre pouvoir, faites le.

La femme laissa passer un certain temps jusqu'à ce que le maître d'école eût oublié la chose. Elle attendit que ce fut son tour de lui porter son repas(1) ; Alors, elle se fit belle et alla le lui porter. Arrivée au bord de la citerne, dans laquelle il y avait six mètres d'eau, elle appela le clerc.
Oui, cria-t-il.
Voici votre déjeuner, Monsieur, dit-elle.

Le maître d'école vint donc chercher son repas. Dès qu'il fut arrivé, voilà qu'elle s'agrippa à lui et poussa des cris.
Mais qu'est-ce que vous faites ? s'exclama le clerc.
Je vais vous faire mourir... dit-elle.

Puis elle lui demanda :
Dois-je vous ressusciter ?
Oui, dit-il.
Alors, dit-elle, laissez-vous tomber dans la citerne.

Le malheureux clerc se laissa tomber dans la citerne. Quand les gens entendirent les cris de la femme, ils accoururent.

Arrivés auprès d'elle, ils lui demandèrent
Qu'est-ce qu'il y a ?.
J'avais, dit-elle, apporté son repas au maître d'école, je l'ai appelé, il est venu le chercher, et voilà qu'il a été pris d'un étourdissement et qu'il est tombé dans la citerne.

Les gens s'avancèrent et retirèrent le clerc de la citerne.

Quand celui-ci eut séché ses vêtements, il annonça à la femme qu'il la citait en justice.
Allez, lui dit-elle, vous avez autre chose à faire.
Pas question, s'obstina-t-il.
Alors, lui demanda-t-elle, je voudrais que vous me donniez de quoi au moins me couvrir. C'est que je suis gênée d'aller chez les gens dans cette tenue.

Le clerc lui donna la pièce d'étoffe dans laquelle il se drapait habituellement, et il resta lui-même en djellaba.

Arrivés chez le cadi, la femme dit à celui-ci
Dieu m'est témoin cet homme a perdu la raison.

C'est bon dit le cadi, expliquez vous.

Pour l'amour du ciel, Monseigneur, s'écria le maître d'école, il faut que vous tranchiez mon différend avec cette femme. Elle m'a appelé en me disant "Voici votre déjeuner" Je suis sorti pour aller le chercher ; alors elle s'est agrippée à moi et a poussé des cris. Je lui ai demandé : "Mais pourquoi est-ce que vous avez fait ça !". Elle m'a répondu : "Je m'en vais vous faire mourir". Au moment où...(les gens allaient arriver), elle m'a demandé "Voulez- vous que je vous ressuscite ?"
"D'accord" lui ai-je dit.
Alors elle m'a ordonné de me laisse tomber dans la citerne. "Je me suis donc laissé tomber dans la citerne", poursuivit-il, les gens sont accourus et ils ont demandé "qu'est-ce que c'est que ça, qu'est-ce qui vous prend ?". Alors elle leur à dit : "J'avais apporté son repas au maître d'école et voilà que je l'ai trouvé qui était tombé dans la citerne".

Qu'est-ce qui est arrivé, demanda le Cadi à la femme, pour que vous ayez fait tomber le clerc dans la citerne ?
Je vous en supplie, Monseigneur, dit-elle, c'est ce que je vous ai dit.
Que m'avez-vous dit ? demanda le cadi.
C'est que, dit-elle, le clerc, ne lui faites aucune confiance car il est fou.
Pas du tout, Monseigneur, s'écria l'autre, je ne suis pas fou.
Si, Monseigneur, insista la femme, il est fou : en effet d'ici pas longtemps, il va même vous dire que ce que je porte là est à lui.
Ben quoi, comment, s'exclama le clerc, à qui d'autre serait-ce, évidemment ? !
N'est-ce pas ? Monseigneur dit la femme, vous voilà arrivé là où je vous avais dit...
Ce que vous avez dit est vrai, reconnu le cadi, le clerc n'a plus sa raison.
Je vous en prie, monseigneur, dit la femme, il faut que vous me donniez quelqu'un qui puisse m'aider à ramener ce clerc pour le soigner avec des plantes jusqu'à ce qu'il soit guéri.
Ligotez-le, ordonna le cadi, aidez cette femme à le ramener.
Dieu m'est témoin, s'écria le maître d'école, que ceci est une pure injustice : depuis quand donc ai-je perdu l'esprit ? (2)

0n emmena le clerc.
Je vous en supplie, demanda la femme, descendez-le dans le silo, et que surtout il ne rompe pas ses liens et en vienne à me tuer.

0n fit descendre le clerc dans le silo. La femme, elle, s'en alla placer le moulin à main à l'ouverture du silo. Alors chaque fois qu'elle tournait la meule, vlan, elle envoyait un seau d'eau au maître d'école. Et celui-ci de gémir : " Aïe aïe aïe, c'est la fin du monde ce déluge ! "

Chaque fois que des gens venaient jeter un coup d'œil sur le clerc, ils l'appelaient :
Maître
Oui, disait-il.
Comment allez-vous, Monsieur ? lui demandait-on.
Mais vous-mêmes répondait-il comment allez-vous ? Est-ce que vous n'avez pas failli être emporter par une trombe, avec cet orage d'hier soir ?

Les gens se disaient : " Ce pauvre maître d'école, sa folie continue à empirer ".

Un jour, la femme l'appela :
Monsieur Mohammed !
Oui, dit-il.
Est-ce que ça vous suffit, ou bien je vous en rajoute ?
Je vous supplie, dit-il, c'est assez Elle fit donc venir les gens. Ils le retirèrent du silo et il regagna sa mosquée.

Au bout d'un certain temps le voilà qui dit à la femme :
Il faut absolument que vous rendre la monnaie de votre pièce
Entendu, Monsieur, répondit-elle, je vous demande alors d'aller me labourer un potager
D'accord, dit le maître d'école et il s'en alla donc prendre un attelage et labourer.

Lorsqu'elle lui porta son déjeuner, la femme avait le pan de son vêtement rempli de poissons. Quand elle eut posé le déjeuner devant le clerc et que celui-ci eut commencé à manger, elle s'éloigna et fit semblant de se mettre à ramasser des poissons. Puis elle lui demanda :
Pourquoi labourez-vous sans ramasser ces poissons qui sont dans le sillon ?
?a alors ! s'exclama le clerc.
Tenez, jetez un coup d'œil, dit-elle.

S'étant levé, voilà qu'il trouva les poissons.
Eh bien, dit-il, emportez-les ; ce soir, vous me les ferez cuire. Quand le maître d'école fut rentré, elle lui servi du pain.
Et où donc, demanda-t-il sont les poissons de tout à l'heure ?
?a ne va quand même pas vous reprendre, s'exclama-t-elle, ce qui vous est arrivé dernièrement ? Il se jeta sur elle et se mit à la frapper. Elle poussa des cris.

Les gens accoururent et leur demandèrent :
Qu'est-ce qui vous arrive ?
Je vous en supplie, implora la femme, sauvez-moi. Ne nous posez aucune question ni à moi ni à cet homme avant de l'avoir ligoté : c'est que ce qui lui est arrivé dernièrement le reprend à nouveau.

On le ligota.
Eh bien, dit la femme, demandez-lui maintenant qu'est-ce qui lui a pris et pourquoi il s'est mis à me frapper.

On l'interrogea :
Monsieur Mohammed, qu'est-ce qui vous a pris de frapper cette femme ?
Tout à l'heure, dit-il, j'étais allé labourer. Lorsqu'elle m'a eu apporté le déjeuner, elle s'est mise à ramasser des poissons dans le sillon. Je lui ai dit d'aller nous les faire cuire pour le dîner. Or elle les a tous mangés au lieu de les mettre à cuire.
Pour ce qui est de ce clerc, constatèrent les gens ,sa folie ne s'est pas encore dissipée. Faites-le descendre encore dans le silo.

Et le clerc de répéter :
Mais je vous dis qu'il y avait des poissons, aussi vrai que si vous les aviez vus de vos yeux.
Allez, mon pauvre monsieur, dirent-ils, attendez d'être guéri. Et ils le firent redescendre dans le silo.

La femme noire et les trois Dbouaas

mercredi 7 avril 2010, 12:35
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

Un certain jour, dans un village, une femme noire sortit pour ramasser du bois, elle avait fini de rassembler son fagot, lorsqu'elle aperçut, courant dans sa direction, trois Dbouaas féroces et affamées. Lâchant son bois, invoquant Dieu, la femme grimpa dans l'arbre le plus proche.

Egratignée par les épines de L'arbre sauveur, elle regarda les trois fauves qui, gueule écumante, faisaient le siège de l'arbre.

La journée passa, vint la nuit. Les fauves semblaient dormir, la femme en avait bien envie aussi, mais chaque fois qu'elle s'assoupissait, elle frôlait de peu la chute. Et Ce qui devait arriver ... arriva.

Elle succomba de sommeil et tomba. En s'effondrant, elle poussa un hurlement, puis un autre strident encore lorsqu'elle toucha le sol au milieu des Dbouaas " prenez chacun votre morceau" cria-t-elle, en cachant sa tête dans ses bras.

Mais les Dbouaas, effrayées par les cris et les bruits de chute, s'étaient enfuies vers le désert. La femme en fit autant vers le village.

Histoire du Coffre

mercredi 7 avril 2010, 12:34
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........

Il y avait un roi et ce roi avait un fils tendrement aimé qui lui dit :

Roi mon père, laisse moi aller au marché et voir tes sujets.
Fais selon ton plaisir, lui répondit le roi.

Le prince s'en vint donc au marché et dit à tous les hommes :

Vous ne vendrez ni n'achèterez avant que vous n'ayez compris ces devinettes !

La première :
Quel est l'être qui, le matin, marche sur quatre pattes, à midi sur deux et le soir sur trois ?

La seconde :
Quel est l'arbre qui a douze branches et dont chaque branche porte trente feuilles ?

Aucun ne sut répondre. Tous les hommes restèrent muets. Le marché se dissout.
Une semaine passa. Le jour du marché ramena le fils du roi. Il demanda :

Avez-vous trouvé des réponses à mes devinettes ?

Une fois encore tous se turent et se dispersèrent. Qui devait acheter n'acheta pas. Et qui devait vendre ne vendit pas. Le marché se défit.

Or parmi ces hommes rassemblés se trouvait le surveillant du marché. Il était très pauvre et avait deux filles, l'une fort belle et l'autre, la plus jeune, chétive mais pleine d'esprit.

Le soir lorsque son père rentra, cette dernière lui dit :

Mon père, voici deux marchés que tu pars et que tu nous reviens les mains vides. Pourquoi ?
Ma fille, répondit le surveillant, le fils du roi est venu et nous a déclaré : " Vous ne vendrez ni n'achèterez tant que vous n'aurez compris le sens de ce que je vais dire."
Et que vous a demandé de deviner le prince ? reprit la jeune fille.

Son père lui rapporta les paroles du prince.

La jeune fille réfléchit un peu avant de répondre :

c'est facile, mon père : l'être qui, le matin, marche sur quatres pattes, à midi sur deux et le soir sur trois, c'est l'homme.

Au matin de sa vie, il rampe sur les pieds et les mains, plus grand il avance sur ses deux pieds. Devenu vieux, il s'appuie sur un bâton.
Quant à l'arbre, c'est l'année :
l'année a douze mois et chaque mois porte trente jours.

Une semaine passa. En ramenant le jour de marché, elle ramena le fils du roi. Il demanda :

Et aujourd'hui avez-vous deviné ?

Le surveillant parla. Il dit :

Oui, Seigneur. L'être qui le matin marche sur quatre pattes, à midi sur deux, le soir sur trois, c'est l'homme. Et quant à l'arbre, c'est l'année.
Ouvrez le marché ! ordonna le fils du roi.

Quand vint le soir, le prince s'approcha du surveillant et lui dit :

Je veux entrer dans ta maison.

Le surveillant répondit :

Bien seigneur.

Et ils partirent à pied. Le prince déclara :

Je me suis enfui du paradis de Dieu. J'ai refusé ce que voulait Dieu. Le chemin est long ; porte-moi ou je te porterai. Parle ou je parlerai.

Le surveillant garda le silence. Ils rencontrèrent une rivière : Le fils du roi dit :

Fais moi traverser la rivière ou je te la ferai traverser.

Le surveillant qui ne comprenait rien ne répondit pas.

Ils arrivèrent en vue de la maison. La plus jeune fille du surveillant (celle qui était malingre mais pleine d'intuition) leur ouvrit. Elle leur dit :

Soyez les bienvenus : ma mère est allée voir un être qu'elle n'a jamais vu. Mes frères frappent l'eau avec l'eau. Ma soeur se trouve entre un mur et un autre.

Le fils du roi entra. Il dit en voyant la plus belle fille du surveillant :

Le plat est beau mais il a une fêlure.

La nuit trouva toute la famille réunie. L'on tua un poulet et l'on fit un couscous de fête. Lorsque le repas fût prêt, le prince dit :

C'est moi qui partagerai le poulet.

Il donna la tête au père ; les ailes au jeunes filles ; les cuisses aux deux garçons ; la poitrine à la mère. Et il se réserva les pattes. Tous mangèrent et se disposèrent à veiller.

Le fils du roi se tourna alors vers la jeune fille pleine d'esprit et lui déclara :

Pour que tu m'aies dit : "Ma mère est allée voir un être qu'elle n'a jamais vu il faut qu'elle soit sage-femme". Pour que tu m'aies dit "Mes frères frappent l'eau avec l'eau" ils arrosaient des jardins. Et quant à ta soeur, "entre un mur et un autre", elle tissait la laine avec un mur derrière elle et un autre : le métier.

La jeune fille répondit :

Lorsque tu t'es mis en route, tu as déclaré à mon père : "Je me suis enfui du paradis de Dieu". C'est la pluie qui pour la terre est le paradis de Dieu : Tu craignais donc de te mouiller ? Et puis tu as dit : "J'ai refusé ce que voulait Dieu". C'est la mort que tu refusais ? Dieu veut que nous mourions, mais nous, nous ne voulons pas.
Tu as dit enfin à mon père : "Le chemin est long, porte moi ou je te porterai ; parle ou je parlerai" pour que le chemin semble plus court.
Tout comme lui tu as dit, lorsque vous vous êtes trouvé devant la rivière : "Fais moi passer la rivière ou je te la ferais passer" : tu voulais dire : "indique-moi le gué ou je chercherai" .

En entrant dans notre maison, tu as regardé ma soeur tu as dit "Le plat est beau, mais il a une fêlure". Ma soeur est belle en effet, elle est vertueuse, mais elle est fille d'un pauvre homme.
Et puis tu as partagé le poulet. A mon père tu as donné la tête : il est la tête de la maison.
A ma mère tu as donné la poitrine : elle est le coeur de la maison.
A nous les filles tu as donné les ailes : nous ne resterons pas ici .
A mes frères, tu as donné les cuisses : ils sont les soutiens, les piliers de la maison.
Et toi tu as pris les pattes parce que tu es l'invité : ce sont tes pieds qui t'on amené jusqu'ici, ce sont eux qui te ramèneront.

Dés le lendemain le prince alla trouver le roi son père et lui déclara :

" Moi, je veux épouser la fille du surveillant du marché.......

Argad Ala El Hamm W La Targad Ala Ndama

7 Avril 2010, 9:25
Ya Hajitak Ya ma Jitak , Lokan Ma Hada El Khabar Ma Jitak ........
Mieux vaut dormir la nuit en ayant des soucis qu'en ayant des remords

On raconte qu'un homme, se fit prier par sa femme, qui était enceinte, afin qu'il lui apporta des radis, car elle avait envie d'en manger. Le mari prie sa femme en pitié et sachant qu'ils n'avaient pas de radis dans leur jardin, il alla en voler quelques-uns dans celui de son voisin. Ce dernier le surprit entrain de voler, le tabassa et lui enleva une oreille. Le pauvre homme, ayant honte de lui-même se dit : "Comment trouverais-je le courage de retourner chez moi dans cet état ! J'ai perdu une oreille pour des radis."

Le pauvre homme, se mit alors en marche, d'une région a une autre, jusqu'à ce qu'il atteigne un village. La, il rencontra un vieillard qui lui demanda : "D'où venez-vous mon ami. L'homme répondit : "Le village d'où je viens est loin." Le vieillard demanda alors : "Est-ce que tu possèdes quoi que ce soit. As-tu un endroit ou tu peux passer la nuit." L'homme répliqua : "Absolument rien. Je ne suis qu'un simple passant." Il se mit alors a lui raconter sa vie, comment et pourquoi il a finit ici.

Le vieillard ayant entendu son histoire, se leva et lui procura de quoi manger, lui montra un endroit pour dormir et lui souhaita bonne nuit. Le lendemain, le vieillard étant revenu voir le passant, trouva qu'il était toujours la et qu'il n'était allé nul part. Or, il y avait dans ce village un homme très riche, qui y vivait. Le vieillard se présenta à lui et lui exposa la situation, indiquant que le passant était un homme très bien. L'homme riche accepta de le prendre à son service et lui annonça qu'il lui offrira un salaire. Le passant de son cote, expliqua a son maître qu'il ne voulait pas de salaire. Qu'il ne cherchait qu'un endroit ou il pourrait avoir de quoi manger et une place pour dormir !

Le passant resta donc dans ce village, travaillant dans les champs, prenant soins des bêtes de son maître. Un an passa depuis le jour ou il est arrivé ici. Son maître lui dit : "Dit moi mon fils, tu n'as pas un endroit ou tu aimerais aller, pour changer. Il ne faut pas que tu te sentes gêné. Vas, sort et amuses toi un peu." L'homme lui répondît : "Je n'ai nul part ou aller. Je préfères rester ici." Son maître lui répondît : "Il n'en n'est pas question. Tien ton salaire que j'ai mis de cote pour toi pendant tout ce temps et vas rendre visite à ceux qui te sont chers."

Notre passant pris son salaire et partit. Le jour du marché, il se présenta la bas. Il entendit quelqu'un crier : "Qui veux acheter des conseils avec de l'argent, qui veut acheter des conseils avec de l'argent." Il s'approcha du vendeur et lui donna une partie de son argent. Il continua à faire le tour du marché et retourna voir le vendeur de conseils une autre fois, puis encore une autre jusqu'à ce qu'il finisse par lui donner tout l'argent qu'il avait sur lui. Le vendeur alors s'adressa à lui et lui dit : "Si tu arrives quelque part au coucher du soleil attends que la nuit tombe ; Si tu rencontre sur ton chemin une rivière attends que les eaux se calment ; Mieux vaut dormir la nuit en ayant des soucis qu'en ayant des remords."

Notre passant se retourna alors et continua son chemin. Il marcha longtemps jusqu'à ce qu'il atteigne un cimetière. Or, le soleil se couchait. Il se rappela alors des paroles du vendeur de conseils. Il aperçut une maison. Il s'apprêta à entrer sans savoir que des esprits y vivaient. Ils les pris pour des êtres humains. Il trouva un homme entrain de manger de la terre. Celui ci l'invita à partager son repas mais le passant refusa et sortis. Il retourna à l'intérieur et voilà qu'il trouve un autre entrain d'ingurgiter du sang. Ce dernier l'invita à son tour a partager son repas mais il refusa aussi et il sortis. La troisième fois, en rentrant, il aperçoit un homme, entouré de bonne nourriture. Ce dernier l'invita comme les autres a partager son repas et notre passant cette fois ci accepta.

Il demanda alors a celui qui l'invita : "Si vous saviez, je suis entré deux fois ici et j'ai trouve la première fois quelqu'un qui mangeait de la terre. La deuxième fois c'était quelqu'un qui ingurgitait du sang." L'hôte lui répondit : "Celui qui ingurgitait du sang n'a fait que du mal à ses parents et sa famille, sa chère et son sang. Quant a l'autre, quand il vivait, il s'arrangeait pour voler des terres qui ne lui appartenait pas." Notre passant resta alors abasourdis et compris que ces trois personnages sont en fait des esprits.

Le lendemain donc, il continua son chemin. Voilà qu'il arrive à un endroit ou coulait une rivière. Il se rappela tout a coup des paroles du vendeur de conseils quand il lui dit : "Si tu rencontre sur ton chemin une rivière attends que les eaux se calment." Il s'installa alors sur le bord de la rivière et s'assit. C'est la qu'il aperçût un homme avec des chevaux. Ce dernier laissa ses chevaux la et essaya de traverser la rivière. Mais voilà que les eaux de celle ci se mirent à monter et la rivière emporta le propriétaire des chevaux. Le passant se leva et se rendant compte que l'homme n'a pas échappé à la mort, prix les chevaux de celui ci et continua son chemin.

Il découvrît que les chevaux trimbalaient toutes sortes de richesses sur leur dos. Il se souvint alors de son foyer, de sa femme. Il compris qu'il fallait absolument qu'il retourne chez lui pour la revoir. Or notre ami, avait une cicatrice sur le front. Celle ci était cachée par le chapeau qu'il portait sur la tête. Arrivé chez lui, il appela et voilà que sa femme sortie de la maison accompagnée d'un jeune homme. Sa femme s'adressa donc a lui : "Si vous n'avez pas d'endroit pour dormir, attachez vos chevaux et rester ici pour passer la nuit." On lui donna de quoi manger et on lui indiqua l'endroit ou il pouvait s'allonger pour la nuit. Il s'installa donc pour dormir. La nuit tomba et il ne put fermer l'oeil. Il se disait : "Ma femme m'a oublie. Comme je ne suis pas revenu vers elle, elle a pris un autre homme. Non, je ne peux accepter ca. Cette nuit, je dois les tuer tous les deux." Ne pouvant dormir, il réfléchissait au problème auquel il faisait face. Voilà qu'il se souvint tout a coup des paroles du vendeur de conseils : "Mieux vaut dormir la nuit en ayant des soucis qu'en ayant des remords." Il décida alors d'attendre le lendemain. Il était tellement soucieux qu'il resta éveillé toute la nuit.

Le jour se leva, il se mit à épier les habitants de la maison. Il entendit alors le jeune homme qui appelait : "Mère, voulez-vous de l'eau pour vous laver ?". En entendant ces paroles, il comprit. Le jeune homme en question n'était nul autre que le bébé qu'il avait laisse dans le ventre de sa femme. Il se leva, se dirigea vers sa femme et lui dit : "Dites-moi, je voudrais vous demander. Ce garçon, c'est votre fils ?" Elle lui répondît qu'effectivement il l'était. Il lui demanda alors : "Et son père ou est-il ?". Sa femme lui répondît : "Si vous saviez. Quand j'étais enceinte de mon fils, je voulais manger des radis. Mon mari sorti pour m'en ramener un peu. Et depuis, je ne l'ai plus revu." Notre passant enleva alors son chapeau et lui dit : "Me voilà. Je suis revenu femme." Il raconta alors a sa femme et son fils, tout ce qu'il a vécu depuis qu'il les a quittés. Il leur reporta ce que le vendeur de conseils lui dit : " Si tu arrives quelque part au coucher du soleil attends que la nuit tombe ; Si tu rencontre sur ton chemin une rivière attends que les eaux se calment ; Mieux vaut dormir la nuit en ayant des soucis qu'en ayant des remords."