Aperçu de la Pathologie Indigène dans les Territoires du Sud

APERÇU DE LA PATHOLOGIE INDIGENE DANS LES TERRITOIRES DU SUD

APERÇU DE LA PATHOLOGIE INDIGENE DANS LES TERRITOIRES DU SUD ALGERIEN
Par H. FOLEY 1938
ETUDE PUBLIEE DANS
La Vie dans la région désertique Nord tropicale de l'ancien monde

Les Territoires du Sud algérien, créés par la loi du 24 décembre
1902, constituent une grande unité administrative dont les quatre
subdivisions ont pour chefs-lieux Colomb-Bechar, Laghouat, Touggourt et Ouargla.
Leurs limites, qui n'étaient que partiellement fixées au début, ont été en grande partie précisées, depuis 1902, par une série de conventions ou de traités, dont les plus récents sont les accords franco-italiens de 1919.
La limite nord est celle des trois départements algériens ; elle partage les Hauts-Plateaux, suivant la direction des Chotts (El Aricha, Bouktoub, Djelfa, Biskra), par un tracé qui serait à peu près rectiligne, s'il n'était creusé de deux enclaves profondes, correspondant aux anciennes circonscriptions d'Aflou et de Bou Saada, situées autrefois en territoires de commandement, et par lesquelles l'Algérie du Nord atteint l'Atlas saharien.
A l'Ouest, la frontière est celle du Maroc. Du Teniet Sassi, entre El Aricha et Berguent, elle se dirige d'abord vers le Sud, passe entre Beni Ounif et Figuig ; obliquant vers le Sud-ouest, elle atteint le confluent du Guir et de l'oued Talzaza, pour gagner, par le Sud du Tafilelt et l'oued Drâa, la pointe Nord-est du Rio de Oro.
La frontière orientale suit les confins de la Tunisie jusqu'au voisinage de Radamès, puis ceux de la Tripolitaine, en direction nord-sud, passant entre Djanet et Rhat.
La limite méridionale sépare les Territoires du Sud de l'Afrique occidentale française. Elle forme un angle aux deux côtés sensiblement rectilignes, dont le sommet se trouve entre Tin Zaouaten et Anesberekka, point devenu tristement célèbre par l'accident d'aviation, la lente agonie et la mort héroïque du Général LAPERRINE (février-mars 1920). Tin Zaouaten, sur le 20° degré de latitude nord, se trouve à quelque 1.800 kilomètres d'Alger, à vol d'oiseau; la distance est à peu près la même du Rio de Oro à la frontière tripolitaine.
Au total, une superficie d'environ 2 millions de kilomètres carrés, presque égale à 4 fois celle de la France. Géographiquement, cette immense région comprend deux parties très inégales : les Hauts-Plateaux et l'Atlas saharien, le Sahara proprement dit. La première s'étend approximativement sur 143.000 kilomètres carrés ; la seconde, sur 1.850.000.
D'après le dernier recensement (mars 1936), la population totale des Territoires du Sud est de 642.651 habitants, dont 8.955 Européens et 633.696 Indigènes . Comme dans toute l'Algérie, la population indigène est en progression numérique constante depuis le premier recensement (1906), où elle s'élevait seulement au chiffre de 43I.744.
Cette population indigène comprend, d'une manière générale, des nomades, de sang arabe, qui numériquement l'emportent de beaucoup dans la région des Hauts-Plateaux et de l'Atlas saharien, et des sédentaires, en majorité berbères, dont la proportion est de plus en plus considérable quand on s'avance vers le Sahara. Dans la population sédentaire se sont fondues plus ou moins intimement des colonies de Harratines, de Nègres et de Juifs .
La répartition de ces divers éléments ethniques est très différente.
Les Européens occupent surtout les régions les plus fertiles, les plus accessibles à la colonisation et au commerce : plus des deux tiers se trouvent dans la région des Hauts-Plateaux et de l'Atlas saharien ; le dernier tiers est partagé entre les Ziban, l'oued Rirh, le Souf, le Mzab et Colomb-Bechar. La dissémination des éléments indigènes est encore plus grande. Les nomades prédominent dans les régions septentrionales qui offrent surtout des conditions favorables à l'élevage et aux migrations des troupeaux. Les groupements sédentaires les plus importants se trouvent aussi dans les îlots relativement très peuplés du Sahara septentrional que nous venons d'énumérer. Dans le reste du Sahara algérien, en dehors des oasis de la Saoura, du Gourara, du Touat et du Tidikelt, de quelques centres comme El Goléa, Ouargla, du Hoggar avec ses 4.000 habitants, la densité de la population indigène est extrêmement faible.
L'immigration noire a pris fin avec la disparition de l'esclavage.
Les Harratines, issus probablement d'un métissage très ancien, peuplent aujourd'hui les oasis sahariennes (oued Rirh, Ouargla, Touat). Les colonies juives sont fixées principalement dans le Mzab et le Sud-oranais : la plus importante, venue du Tafilelt, se trouve à Colomb-Bechar.
De prime abord, il pourrait sembler peu légitime de donner un aperçu général de la pathologie de populations très disparates, disséminées sur un vaste territoire qui n'est pas limité par les bornes géographiques d'une région naturelle, et où les conditions climatiques, en particulier, sont si différentes, quand on passe des steppes des Hauts-Plateaux à l'immensité désertique du Sahara.
Il faut considérer cependant que, dans les Territoires du Sud, la pathologie des Indigènes, sédentaires ou nomades, est très faiblement influencée par celle des Européens, étant données, d'une part, la faible importance numérique de ces derniers et, d'autre part, la rareté des contacts qu'établissent entre ces deux groupes ethniques les migrations des tribus pastorales. A l'exception de celles des régions centrale et orientale, qui se dispersent durant une partie de l'année en plein pays de colonisation européenne (Sersou, département de Constantine), les déplacements des nomades de l'Ouest, aussi bien que ceux des nomades sahariens, ne les rapprochent temporairement que des groupements sédentaires des territoires du Sud.
D'un autre point de vue, il importe de noter que les services médicaux de ces Territoires relèvent d'une organisation toute spéciale.
Comme aux débuts de la conquête, ils sont restés confiés à des médecins militaires, qui consacrent la plus grande part de leur activité à l'Assistance médicale indigène. Depuis 18 ans, ces médecins sont rattachés à une Direction du Service de Santé unique, créée par le décret du 15 février 1918. Actuellement, cette organisation comprend 31 médecins, répartis dans 25 localités, 21 infirmeries indigènes, dotées chacune d'un poste de microscopie et dont les plus récentes sont pourvues du matériel technique le plus moderne, et enfin une cinquantaine de salles de consultations ou de biout el aïnin (maison des yeux). En 1936, plus de 600.000 consultations ont été données dans ces divers établissements, chiffre égal à celui de la population indigène des Territoires du Sud.
Des Hauts-Plateaux jusqu'au Hoggar, des confins de la Mauritanie
(Tindouf, Bir Mogheïn) aux frontières de la Tripolitaine (Fort-Polignac, Djanet), l'Assistance indigène est donc exercée, dans des conditions très satisfaisantes et qu'on s'efforce constamment d'améliorer, par un corps de jeunes médecins ayant même formation, même statut et recevant l'impulsion d'une Direction unique, qui coordonne leurs efforts et centralise les résultats de leur activité.
Nous avons la conviction que nulle part en Algérie, mieux que dans les Territoires du Sud, on ne saurait réunir les éléments d'une esquisse exacte et complète de la pathologie des Indigènes. Aussi l'avons nous tenté, tenant compte à la fois des observations amassées par les médecins de Territoires du Sud et de celles que nous avons recueillies nous-même au cours de longs et fréquents séjours au Sahara.

Nous diviserons cette étude en trois chapitres :
1 — maladies transmises par des vecteurs animés ou avec hôtes intermédiaires,
2 — autres maladies transmissibles,
3 — affections non contagieuses ou dues à des ecto-parasites, envenimations, etc., en laissant de côté celles qui relèvent de la pathologie chirurgicale. ,

MALADIES TRANSMISSIBLES PAR VECTEURS ANIMÉS OU AVEC HOTES INTERMÉDIAIRES

PALUDISME
Le paludisme existe dans toute l'étendue des Territoires du Sud, sauf dans les parties entièrement désertiques et en quelques localités (Mécheria, Ghardaïa, El Oued.), où l'absence de collections d'eau superficielles ne permet pas le développement des Anophèles.
Endémique dans les oasis sahariennes, il se manifeste plutôt par des poussées épidémiques espacées dans certains villages des Hauts-Plateaux (Géryville, Djelfa.), où son apparition est plus nettement soumise aux variations annuelles des conditions climatologiques.
Il revêt cependant un caractère hyperendémique en quelques villages des Ziban (Ourlal.) abondamment irrigués. Ailleurs encore, les poussées épidémiques présentent un tel caractère de gravité que les Indigènes y désignent la maladie sous un nom particulier (tehem, de Touggourt, tsem du Gourara.).
On rencontre partout le paludisme à Plasmodium praecox et à P. vivax; suivant la règle, P. malariae est localisé à certains foyers, notamment Colomb-Bèchar et les oasis de la Zousfana jusqu'à Beni Abbès, El Goléa, les Ziban et l'oued Rirh jusqu'à Touggourt.
6 espèces d'Anophèles ont été trouvées jusqu'à présent dans les
Territoires du Sud. Des 3 espèces dont la distribution géographique y est la plus étendue, Anophèles multicolor, A sergenti, A. hispaniola, les deux premières sont plus strictement sahariennes. A.maculipennis n'a été signalé que vers la limite septentrionale (Géryville, Biskra.). Enfin, deux espèces seulement — inconnues dans l'Algérie du Nord et dans le reste du Sahara — A. broussesi et A. d'thali ont été rencontrées à Djanet. A. broussesi n'a même été signalé jusqu'ici en aucune autre localité du monde.
C'est chez les sédentaires sahariens que le paludisme est le plus répandu. Dans les oasis peuplées à la fois de sujets de race blanche et de Négroïdes, les premiers se montrent moins résistants que les seconds. Chez ceux-ci — conséquence de la prémunition qui s'établit de bonne heure, à la suite d'infections et de réinfections contractées dès les premiers mois de l'existence — la maladie se révèle presque uniquement chez les enfants, qui constituent le réservoir de virus. Elle apparaît d'ailleurs beaucoup plus commune, quand on s'attache à la déceler par la recherche des indices splénique et plasmodique, que d'après ses seules manifestations cliniques.
Chez les nomades — et le fait s'explique aisément par les conditions même de leur existence hors des foyers endémiques — le paludisme est plus rare que chez les sédentaires. On l'observe cependant chez les Arabes qui sont venus se fixer temporairement à proximité des oasis ou dans les tribus que la transhumance conduit chaque année dans les régions palustres de l'Algérie du Nord. Ce « paludisme des caravanes » (L. PARROT) revêt même, au cours de certaines années, une allure particulièrement grave.

TYPHUS EXANTHEMATIQUE
Répandu dans le monde entier, le typhus exanthématique est endémique dans les Territoires du Sud, où chaque année, presque sans exception, de petites épidémies ou des cas sporadiques sont signalés, surtout dans les régions qui paraissent être des foyers permanents de la maladie (Ziban, Hauts-Plateaux.).
Elle donne lieu de temps en temps à des épidémies plus graves, dont la dernière fut observée en 1921, et qui surviennent dans les années de disette, celles où par exemple un hiver rigoureux succédant à une longue période de sécheresse cause chez les nomades une mortalité considérable des troupeaux, celles encore où des récoltes déficitaires sont dues aux conditions climatiques défavorables, à une grande invasion de sauterelles.
Les causes d'apparition et de recrudescence de la maladie sont expliquées aisément aujourd'hui, où l'on connaît le rôle exclusif du Pou du corps et du Pou de tête (beaucoup moins fréquent chez les Indigènes) comme vecteurs de la maladie, et son agent causal, Rickettsia prowazeki, microbe extrêmement fin, longtemps considéré comme, un germe invisible et filtrant, et dont l'homme constitue l'unique réservoir de virus.
Ainsi s'expliquent enfin l'apparition et les explosions massives de la maladie en hiver et au printemps , où agissent au maximum les conditions favorisantes créées par le froid, la misère, la malpropreté, la promiscuité.
Le typhus exanthématique s'observe plus fréquemment et donne lieu à des épidémies plus étendues dans la région des Hauts-Plateaux et de l'Atlas saharien que dans les régions sahariennes, fait aisément explicable aussi par l'influence du climat, qui a de tout temps frappé les observateurs dans le monde entier, où la maladie est plus commune dans les pays tempérés que dans les pays chauds.
Dans les années de disette, la constatation d'une morbidité et d'une mortalité anormales chez les Indigènes doit faire soupçonner aussitôt l'existence du typhus exanthématique, dans les agglomérations ou dans les localités, où jadis elle n'était trop souvent révélée que par son apparition chez les Européens.
La mortalité, beaucoup plus élevée chez les Européens, où elle varie de 30 à 50 0/0, ne dépasse guère 10 à 12 % chez les Indigènes, fréquemment immunisés par des atteintes antérieures .

FIEVRES RECURRENTES

La fièvre récurrente cosmopolite est certainement plus répandue que ne semblent l'indiquer les rares cas signalés dans les Territoires du Sud et même dans l'Algérie du Nord..
Sa coexistence fréquente, depuis longtemps constatée, avec le typhus exanthématique, s'explique aujourd'hui, non seulement parce que les deux maladies reconnaissent les mêmes causes générales favorisantes, mais parce qu'elles sont transmises par le même agent vecteur, le Pou, suivant d'ailleurs des mécanismes différents : le virus du typhus exanthématique est inoculé par la piqûre du Pou, tandis que celui de la fièvre récurrente pénétrerait, croit-on par écrasement de l'insecte et dépôt du contage sur les muqueuses ou à la surface des lésions de grattage.
L'épidémiologie des deux maladies est différente aussi, et il est frappant de constater que les épidémies de fièvre récurrente sont beaucoup plus disséminées dans le temps et dans l'espace. On n' en a point constaté, en effet, dans les Territoires du Sud, depuis celles qui ont été étudiées dans le Sud-oranais (Beni Ounif), en 1907-1909 et en 191.4, par Edm. SERGENT et H. FOLEY, et simultanément par leurs collaborateurs, A. YVERNAULT(Bou Denib. Juillet 1908) et Ch. VIALATTE (région de Beni Abbès, mai-décembre 1914).
Cette apparente rareté de la fièvre récurrente, du moins sous la forme épidémique, tient à différentes causes. Exceptionnellement constatée chez les Européens, la maladie ne détermine, chez les Indigènes, qu'une mortalité insignifiante ou même nulle. Le diagnostic en est presque impossible, chez l'Indigène, au cours des consultations quotidiennes, par le seul examen clinique. Nous avons la conviction qu'on en découvrirait des cas plus nombreux, si les médecins pouvaient procéder, chez tous les malades fébricitants, à l'examen microscopique du sang périphérique, où le Spirochète est toujours abondant au moment des accès.
La fièvre récurrente hispano-marocaine n'a jamais été signale dans les Territoires du Sud. La présence, très rare d'ailleurs, d'un de ses agents vecteurs, Ornithodorus erraticus Lucas, a été constatée à Beni Ounif (H. FOLEY et L.PARROT, 1929), dans des terriers de Rongeurs sauvages.

LEISHMANIOSES

Bouton d'Orient. — Dès le mois de novembre 1844, les médecins militaires signalaient l'existence de la maladie à Biskra, puis dans toute la région des Ziban, de Sidi Oqba aux Ouled Djellal. Ils la rencontraient aussi à Laghouat, en 1859-60, 7 ans après l'occupation de ce poste. Ils la soupçonnaient à Touggourt, à Ouargla et, au Sud de Géryville, à Bou Semghoùn.
Depuis la découverte du parasite, Leishmania tropica, par WRIGHT, en 1903, la confirmation par l'examen microscopique, et les investigations plus précises poursuivies, sous l'impulsion de l'Institut Pasteur d'Algérie, ont permis d'étendre considérablement l'aire d'extension de la maladie.
Si Biskra est resté la terre classique du bouton d'Orient, avec des poussées épidémiques plus ou moins intenses durant certains automnes, l'affection, sous la forme de petits foyers intermittents ou de cas sporadiques, a été rencontrée sur toute la lisière Nord du Sahara, de Beni Ounif à Laghouat et El Oued. Vers le Sud, on a signalé des cas authentiques à Colomb-Bechar et Ksar Abadla, dans l'oued Rihr et à Ouargla.
La fréquence de la maladie et l'importance relative des foyers épidémiques paraît liée à l'altitude et à l'abondance plus ou moins grande des insectes vecteurs. Phlebotomus papatasi a été rencontré dans toutes les localités à bouton d'Orient . Le plus grand nombre des cas s'observent de la mi-octobre à la mi-novembre, en corrélation avec l'abondance des Phlébotomes, qui revêt deux maxima annuels, en mai-juin et de la mi-août à la fin de septembre.
Nul doute que des recherches nouvelles, une connaissance plus exacte des modalités cliniques de l'affection — qui se présente assez souvent sous l'aspect de lésions minimes— n'étendent encore vers le Sahara le domaine de la leishmaniose cutanée.
Kala-azar. — Jusqu'à une date toute récente, le kala-azar n'avait pas été signalé dans les Territoires du Sud. Au mois d'octobre 1936, deux cas suivis de décès, et dont l'un a été vérifié par la constatation des Leishmania dans le foie et les prélèvements cutanés, ont été observés à Tindouf, chez deux enfants de nomades Reguibat (Dr PELOT).

TRYPANOSOMOSES

Il n'existe pas de trypanosomose humaine dans les Territoires du Sud algérien, où les conditions climatiques ne se prêtent pas au développement des Glossines.

DENGUE

La dengue n'a jamais été observée. On n'a constaté la présence du moustique vecteur, Aedes (Stegomyia) argenteus (Poiret) qu'à Ghardaïa (Dr BAQUÉ et J.-J. KIEFFER, 1922), où elle était probablement accidentelle.

FIEVRE A PAPATACI

Malgré l'abondance des Phlébotomes dans la plupart des localités des Territoires du Sud, la fièvre de trois jours n'y a pas encore été constatée.

HELMINTHIASES

Distomatose. - Les Douves (Fasciola hepatica, Dicroçelium dendriticum) sont communes chez les Boeufs et les Moutons des Hauts-Plateaux. La distomatose hépatique, rare d'ailleurs en Algérie, ne paraît pas avoir été observée chez l'Homme dans les pays d'élevage des Territoires du Sud.

Bilharziose. - On ne connaît jusqu'à présent, en Algérie, qu'un seul foyer de bilharziose vésicale, causée par Schistosoma- Haematobium.. (Bilharz), à Djanet, dans le Tassili des Ajjer, en relation avec le foyer important de Rhat (Tripolitaine), relié lui-même peut-être à ceux du Sud-tunisien.
Les Indigènes de Djanet sont parasités dans une forte proportion.
La maladie, reconnue en janvier 1925, par le Dr P. DURAND,- au cours de la mission Tunis-Tchad, atteint fréquemment les militaires de la garnison de Djanet.
Les conditions d'infestation y sont réalisées au plus haut point par l'existence de nombreuses collections d'eau et de bassins, dans lesquels on à constaté la présence, comme hôtes intermédiaires, de plusieurs espèces de Bullins : Bullinus truncatus Férussac (très rare), B. contortus Michaud, B. dybowskii P. Fischer, B. brochii Ehrenberg, B. innesi Bourguignat.
Téniases. — Le Taenia solium est inconnu chez les Indigènes, musulmans ou israélites, la viande du Porc, hôte intermédiaire, n'entrant pas, comme on le sait, dans leur alimentation.
Le Taenia saginata est assez répandu dans la partie septentrionale, là où la viande de Boeuf est consommée par les Indigènes, au moins sous forme de déchets.
Hymenolepis nana, le plus petit des Ténias humains, est assez commun chez les enfants. Nous l'avons rencontré, depuis 1911, partout où nous avons eu l'occasion de le rechercher (Beni Ounif, Colomb-Bechar, le Mzab (Dr PASCAL), Tamanraset.)
Echinococçose. — Bien que la maladie soit fréquente dans l'Algérie du Nord, surtout chez l'Indigène et dans la région des Hauts-Plateaux algérois et constantinois où elle prédomine, l'enquête de G. SENEVET et P. WITAS, qui résume les publications faites de 1862 à 1926, n'a révélé qu'un nombre restreint de ças d'échinococcose, observés dans les hôpitaux des Territoires du Sud, pendant cette période, chez des Indigènes provenant notamment de Djelfa, Géryville, Laghouat, Biskra et Colomb-Bechar. La maladie paraît inexistante ou tout à fait exceptionnelle dans les régions sahariennes, malgré la présence de nombreux chiens, surtout chez les Nomades. Il est à remarquer que le chien n'est pas, autant que dans les habitations européennes, un familier de la tente ou de la maison du ksourien.
Némathelminthes. — Le parasitisme dû aux Nématodes est très commun chez les Indigènes sédentaires. Par ordre de frequence, on rencontre chez eux Ascaris lumbricoïdes, Enterobius vermicularis, Trichuris trichiurus; La symptomatologie est, en général, très peu prononcée et le parasitisme n'est révélé que par la recherche des oeufs dans les selles. Il explique, en grande partie le haut degré d'éosinophilie que l'on constate habituellement a l'examen du sang des enfants indigènes sédentaires.
Aucun foyer d'ankylostomose n'a été signalé dans les Territoires du Sud. On connaît, en Algérie, celui du Hodna oriental (Mdoukal). En raison des relations qui existent entre cette localite et la partie septentrionale de l'Annexe de Biskra. L'Ancylostoma duodenale est à rechercher chez les Indigènes de la région de Tolga et des Ouled Djellal.
La filariose n'a pas été signalée, même dans les régions (Sud-oranais, Biskra) où, en 1910, ont été introduits les tirailleurs sénégalais, chez lesquels nous avons constaté la présence fréquente de Wuchercria bancrofti, Loa loa, et Acanthocheilonema perstans.
Nous avons cependant observé à Beni Ounif, en 1908, un cas, resté unique, de, parasitisme dû à Microfilaria perstans, chez un Indigène de l'Annexe de Géryville, qui n'avait jamais, dans ses Pérégrinations, dépassé Colomb-Bechar. Il en est de même de la Filaire de Médine, bien qu'elle ait été aussi, assez souvent, importée par les troupes sénégalaises. Au témoignage du P. de FOUCAULD, la draconculose se rencontre parfois chez les Touareg du Hoggar qui se sont infestés dans les régions soudanaises.
La trichinose est inconnue.
Géophagie. — Fréquemment constatée chez les enfants indigènes sédentaires, elle constitue plutôt une habitude pathologique, liée à des troubles digestifs divers, qu'une cause d'infestation Vermineuse, car les géophages avalent d'ordinaire des fragments de terre desséchée, qu'ils détachent des briques de toub dont on construit les maisons des ksour.
II
AUTRES MALADIES TRANSMISSIBLES
FIEVRES ERUPTIVES

La rougeole, très répandue dans les milieux indigènes, est une des causes importantes de la mortalité infantile par les complications pulmonaires qu'elle détermine. La courbe des cas, au cours des dix dernières années, montre deux maxima saisonniers a peu près égaux, l'un de janvier à avril, l'autre en juillet-août.
La varicelle, également très fréquente, est signalée pendant toute l'année, avec légère prédominance en hiver; à cause de la dignité de la maladie, un grand nombre de cas doivent échapper à l'observation des médecins.

La rubéole paraît très rare, peut-être parce qu'elle n'est pas distinguée de la rougeole.
La scarlatine est pratiquement inexistante chez les Indigènes.
Depuis dix ans, une dizaine de cas seulement ont été déclarés dans la population globale ; cas d'importation concernant, pour la plupart, des Européens ou des Israélites, et tous observés au Nord de la ligne Ghardaïa-Colomb-Bechar.
La variole était jadis endémique dans toute l'étendue des Territoires du Sud. Grâce aux progrès de la vaccination antivariolique, très en faveur chez les Indigènes, et qui a détrôné à peu près complètement la pratique de la variolisation, la courbe des cas, après avoir marqué une recrudescence prononcée en 1926, s'est baissée, depuis 1929, au voisinage de o, en rapport net avec l'augmentation du chiffre des vaccinations, qui sont pratiquées aujourd'hui d'une façon systématique, groupement par groupement, du moins dans les populations sédentaires De ce fait a été supprimée une des principales causes des cas de cécité, autrefois si nombreux chez les Indigènes.

COQUELUCHE

Fréquente surtout dans la population sédentaire, avec maxima de décembre à mars.

OREILLONS

La maladie est aussi communément observée chez les enfants indigènes, avec maximum des cas pendant la même période.

DIPHTERIE
On peut affirmer la très grande rareté de la diphtérie en milieu indigène, bien qu'on l'observe parfois chez les Européens quelques cas isolés ont été cependant signalés à Laghouat, au Mzab; mais le diagnostic n'a été basé d'ordinaire que sur l'examen clinique ou sur une paralysie consécutive du voile du palais, sans confirmation bactériologique. Tous les cas enregistrés dans la population globale (une vingtaine, de 1926 à 1936) s'échelonnent du mois de janvier au mois d'août.

GRIPPE
On constate chaque année quelques cas de grippe dans la partie septentrionale des Territoires du Sud. Les grandes pandémies n'atteignent pas, en général, les populations sahariennes, préservées par leur isolement. Une grave épidémie, importée de la Tripolitaine, voisine, a cependant sévi, en janvier 1933, chez les sédentaires de Djanet, où elle a causé de très nombreuses atteintes, et 90 décès sur 1.238 habitants (Dr DAIGRE)

MENINGITE CEREBRO-SPINALE

Cette maladie est rare et ne revêt pas la forme épidémique dans les Territoires du Sud; elle paraît inexistante dans les régions sahariennes. Au cours des dix dernières années, on n'en a signalé, dans l'ensemble de la population, que 7 cas, dont 2 cas indigènes (Mécheria, El Goléa, Touggourt.).

TUBERCULOSE

1 — Fréquence de la tuberculose dans les milieux indigènes. — Dès 1910, l'Institut Pasteur a commencé une vaste enquête sur l'infection tuberculeuse des Indigènes d'Algérie, par la méthode des cuti-réactions à la tuberculine de VON PIRQUET .
Cette enquête, qui a été, depuis lors, continuée sans interruption, notamment dans les Territoires du Sud, avec la collaboration active des médecins militaires, a été conduite des Hauts-Plateaux jusqu'au Hoggar et au pays Ajjer. Elle a permis de vérifier un nombre total de plus de 26.000 cuti-réactions, soit 4.912 pour les Hauts-Plateaux et 21.200 pour le Sahara.
De cette enquête ressortent les constatations suivantes :
D'une manière générale, l'infection tuberculeuse latente est moins répandue chez les Indigènes d'Algérie et surtout des Territoires du Sud que chez la plupart des populations d'Europe. Dans les milieux indigènes le taux de l'infection tuberculeuse, nul chez les nourrissons de moins d'un an très faible chez les enfants de 1 à 3 ans, s'élève progressivement de 4 à 5 ans jusque vers l'âge de 15 ans, puis plus rapidement, à partir de cet âge, jusqu'à l'âge adulte.
Les indices tuberculiniques, successivement établis en diverses localités, permettent de constater, depuis le début de l'enquête, notamment dans les régions sahariennes, une augmentation processive de l'infection tuberculeuse latente, chez les Indigènes
Musulmans en particulier.
L'infection tuberculeuse progresse, en général, des Hauts-Plateaux vers le Sahara central. Les indices tuberculiniques sont plus élevés dans les localités importantes (Laghouat-ville, Touggourt : 68 %, Ghardaïa : 65 %) que dans les villages purement indigènes voisins. Ils s'abaissent à 40 ou 45 % à Ouargla, In Salah, à 22 % à Beni Abbès, à 15 % chez les Touareg nomades, à 6 % à Djanet.
Le degré d'infection tuberculeuse croît avec la proximité du voisinage des Européens ; il s'élève aussi dans les localités comptant des Indigènes temporairement émigrés (anciens militaires, travailleurs revenus de France.).
Les Indigènes de race blanche (arabe, berbère, israélite) donnent, en général, une proportion de cuti-réactions positives supérieure à la proportion fournie par les Indigènes de race colorée, Harratines et Nègres, les nomades de tente et les Indigènes sédentaires épars étant proportionnellement moins infectés que les Indigènes sédentaires agglomérés en villages. L'infection tuberculeuse atteint son plus haut degré de fréquence dans les populations indigènes agglomérées et sédentaires qui vivent à proximité des Européens.
2 — Formes cliniques de la maladie. — Les médecins qui ont le plus longtemps exercé dans les Territoires du Sud, s'accordent à reconnaître la prédominance légère de la tuberculose pulmonaire sur la tuberculose ostéo-articulaire. Rarement observée à son début, la tuberculose pulmonaire a une marche plus ou moins rapide, souvent insidieuse avec une terminaison brutale. Les localisations ganglionaires, osseuses, ou ostéo-articulaires (mal de Pott, tumeurs blanches.) sont fréquentes chez les jeunes sujets ; ces dernières évoluent assez souvent spontanément vers la guérison, avec des déformations importantes. Plus rares sont les localisations péritonéales, exceptionnelles les localisations intestinales, rénales, méningées, génilo-urinaires, cutanées, etc.

LEPRE
Depuis une trentaine d'années, trois cas de lèpre ont été constatés dans les Territoires du Sud, chez des Indigènes. Les deux premiers (Beni Ounif, El Goléa) étaient nettement d'importation soudanaise ; l'un de ces malades vit encore, et depuis longtemps à El Goléa. Le troisième cas, autochtone, et dont l'origine n'a pu être précisée, concerne un Arabe nomade des Hauts-Plateaux. (Annexe de Djelfa).

FIEVRES TYPHOIDES

Les cas sont exceptionnels. Dès le début de la conquête de l'Algérie, les médecins s'accordaient à reconnaître « l'excessive rareté de la fièvre typhoïde » dans les milieux indigènes. Cette rareté s'explique, non par une immunité de race, mais sans doute par une immunité acquise à la suite d'infections plus ou moins légères, contractées dans l'enfance, et qui passent inaperçues.
Cependant, on constate assez souvent, dans les hôpitaux militaires, les fièvres typhoïdes ou paratyphoïdes chez les soldats indigènes transplantés des milieux ruraux dans les villes de garnison.

DYSENTERIES

Rarement observées, qu'il s'agisse de dysenterie amibienne ou de dysenteries bacillaires. L'examen des selles des Indigènes sédentaires révèle cependant, chez les enfants surtout, la présence très fréquente d'Amibes et de Flagellés. Ces parasites ne semblent pas déterminer, d'ordinaire, chez les porteurs, des troubles appréciables, ou, du moins, la symptomatologie des entérites qu'ils peuvent provoquer n'est pas facile à dégager de la complexité des troubles digestifs si communs chez les jeunes enfants.

RAGE

Exceptionnelle dans la partie septentrionale, sauf à Biskra, la rage est inconnue dans les régions sahariennes : le fait est hors de conteste, malgré le nombre des chiens qui existent dans les douars, où les morsures sont fréquentes, malgré aussi l'importation constante, dans les villes de garnison, de chiens venant de l'Algérie du Nord.

MORVE

On n'en connaît aucun cas. La morve des Solipèdes n'a pas été signalée d'ailleurs dans les Territoires du Sud.

CHOLERA

De graves épidémies de choléra ont sévi autrefois a Biskra et dans la région des Ziban. En 1849, la colonne CANROBERT, venant de Bône (siège de Zaatcha et expédition des Ziban) apporta la maladie qui, du milieu militaire, se répandit dans la population indigène, (Biskra, Sidi Oqba, Oumach), ou elle causa de très nombreux décès.
Biskra fut de nouveau atteint en 1867. En 1893 enfin, une nouvelle épidémie très meurtrière, débuta à Mcid, puis à Touggourt et se répandit dans toute la région des Ziban. Suivant H. SOULIÉ, qui en a donné la relation, elle ne fut que le réveil d'une épidémie méconnue, apportée pendant l'été précédent, dans le vieux Biskra, par des pélerins revenant du Hedjaz.
Le choléra n'a plus reparu, depuis 1893, dans les Territoires du Sud.

PESTE, MELITOCOCCIE

Ces maladies n'ont jamais été observées.

TETANOS

Rare sur les Hauts-Plateaux, il n'a jamais été rencontré dans les régions sahariennes, sauf à Ghardaïa, où le Dr. PASCAL en a traité deux cas chez les Mzabites, atteints de mutilations de la main.
L'un de ces cas était autochtone ; l'autre l'avait vraisemblablement contracté à Djelfa.
On doit noter tout particulièrement la très grande rareté, sinon l'absence du tétanos des nouveaux-nés, bien que la section du cordon, pratiquée par les matrones indigènes, sans aucune précaution, même de simple propreté, expose la plaie ombilicale à toutes les souillures.

CHARBON

Très rare, et observé seulement sur les Hauts-Plateaux, où un cas de pustule maligne, chez une femme indigène de l'annexe de Djelfa, a été publié, en 1927, par le Dr NÉNON. Le charbon bactéridien se rencontre assez fréquemment chez les herbivores dans la région des steppes. Il est possible qu'il y soit méconnu chez l'Homme, ou qu'il échappe à l'observation des médecins.

OPHTALMIES

Trachome. — Sur l'épidémiologie du trachome chez les Indigènes, des données précises nous ont été fournies par les enquêtes auxquelles nous avons procédé, dans le Sud-oranais (de Mécheria à Beni Abbès et de Gérvville à El Abiodh Sidi Cheikh), de 1918 1933, avec le Dr L. PARROT et le regretté Prof. À. GANGE.
Très répandue chez les sédentaires (74,400 des individus en moyenne, et jusqu'à 100 % dans certaines agglomérations), la maladie est beaucoup plus rare chez les nomades purs (7,6 %) ; elle frappe à peu près également les deux sexes, les sujets de race blanche et de race colorée.
Chez les sédentaires, la contagion s'effectue souvent dès la première enfance : 21,6 % des enfants de 0 à 1 an, 60 % des enfants de 1 à 2 ans sont déjà touchés par la maladie. La proportion des trachomateux s'élève par la suite à 77 %.
La conjonctivite granuleuse est redoutable surtout par ses complications, palpébrales (trichiasis, entropion) ou oculaires, extrêmement fréquentes, et par la diminution de l'acuité visuelle ou la cécité qu'elles entraînent chez un grand nombre d'individus. Quoique la maladie touche à peu près avec la même fréquence les sujets de race colorée et les Arabes ou les Berbères, on constate que les Nègres et les Négroïdes présentent, à l'infection trachomateuse, une résistance particulière, caractérisée surtout par une tendance plus marquée à la guérison spontanée, qui est plus précoce et s'accompagne plus rarement de complications palpébrales et cornéennes.
Conjonctivites bactériennes. — Dues principalement au bacilles de WEEKS, au diplobacille de MORAX, au gonocoque, au pneumocoque, ces conjonctivites sont également plus communes chez les sédentaires que chez les nomades. D'après les recherches que nous avons faites à Beni Ounif-de-Figuig, de 1908 à 1911, la courbe saisonnière de l'ensemble des cas — avec prédominance marquée de la conjonctivite weeksienne — revêt deux maxima, l'un en mai et juin, l'autre, plus élevé, en octobre et novembre.
Nos observations concordent, sur ce point, avec celles qui ont été faites en Egypte (LAKAHet KHOURI, MORAX, JACOVIDÈS,MEYERHOF) et dans le Sud algérien (SAGRANDI). La conjonctivite gonococcique se manifeste surtout, en milieu indigène, sous la forme épidémique.
Les conjonctivites aiguës entraînent de fréquentes complications oculaires ; superposées très souvent au trachome, elles sont un facteur d'aggravation de cette maladie, en ajoutant leurs propres méfaits à ceux des lésions granuleuses et en troublant l'évolution naturelle de celles-ci vers la guérison.

SYPHILIS

La syphilis, de l'avis de tous les médecins, est très répandue chez les Indigènes. Cette assertion, qu'on ne saurait mettre en doute, comporte cependant parfois quelque exagération; parce qu'elle repose d'ordinaire sur des impressions, plus que sur des données statistiques précises. Les « Arabes » ne sont pas « tous syphilitiques », comme on l'entend dire, même en Algérie.
Récemment, le Dr PASCAL s'est attaché à relever, au Mzab, chez 226 sujets masculins de diverses races, pris au hasard de ses consultations, la fréquence de la syphilis, soit d'après les symptômes cliniques, soit, en leur absence, par la recherche systématique, pratiquée à l'Institut Pasteur d'Algérie, des réactions de BORDET WASSERMANN et de MEINICKE.Il estime à 37 % la proportion globale des syphilitiques ; elle est plus élevée chez les Mzabites, souvent émigrés et fixés par intermittences dans les villes, que chez les Arabes nomades et surtout chez les Israélites, beaucoup plus étroitement confinés dans leur milieu.
Il est difficile, en quelques traits, d'esquisser les caractères que revêt chez les Indigènes une maladie aux manifestations si nombreuses et si variées.
Le chancre initial est rarement constaté, à cause de l'insouciance des malades, de sorte qu'on peut malaisément faire la part qui revient à la syphilis extra-génitale, certainement assez fréquente.
Il en est de même, à la période secondaire, de la roséole. Plus souvent observées sont les lésions muqueuses, génitales, buccales, anales, et les éruptions cutanées aux formes multiples. Dans les étapes plus avancées de la maladie, à côté des lésions cutanéoconjonctivites, squameuses, croûteuses, ulcéreuses, on doit mentionner tout spécialement la syphilose pharyngo-nasale, dont la perforation du voile du palais et l'effondrement du nez révèlent, aux yeux les moins avertis, un type fréquent chez l'Indigène. Moins: communes sont certainement les localisations viscérales de la syphilis.
Du côté des organes sensoriels, on constate assez souvent des lésions de la cornée ou de l'iris (kératites, iritis, irido-cyclite.. )-
Les manifestations nerveuses sont exceptionnelles, : le tabès, la paralysie générale, en particulier, sont à peu près inconnus.
Dans toutes les races, on constate la fréquence des avortements, la polymortalité infantile : éléments séméiologiques d'ordre général et de grande importance pour inciter les médecins au dépistage de l'hérédo-syphilis, précoce ou tardive, dont les stigmates pathognomoniques retiennent souvent leur attention.
Enfin, bien que sa nature soit encore parfois discutée, nous mentionnerons ici une affection dont les rapports avec la syphilis ne sont pas niables : les nodosités juxta-articulaires de JEANSELME, qui ne sont pas très rares chez les Indigènes.

BLENNORRAGIE

Très fréquente dans la population masculine, elle est souvent négligée ou fort mal soignée. Les rétrécissements de l'urèthre en sont la complication éloignée la plus habituelle, les infections vésico-rénales, prostatiques, les épididymo-orchites, arthrites, étant relativement rares.
Notre ignorance est presque complète - et il est superflu d'en donner les raisons - sur la fréquence de la blennorragie féminine.
Elle est certainement répandue. On n'en peut guère actuellement juger que par les méfaits de la prostitution clandestine, par la constatation assez fréquente d'uréthrites et de vaginites chez les petites filles, enfin par les petites épidémies de conjonctivite gonococcique de maison, de quartier, dont l'origine doit être recherchée dans les contacts directs et dans les contaminations par des linges souillés d'usage familial.

CHANCRE MOU

Rarement observé, le chancre mou, comme le chancre mixte, est presque toujours contracté hors des milieux purement indigènes.

MYCOSES

Teignes. - Toutes nos connaissances sur la fréquence, les formes cliniques et la flore parasitaire des teignes, chez les Indigènes des Territoires du Sud, sont dues aux enquêtes et aux études précises de notre collègue le Dr A CATANEI.
La fréquence générale des teignes du cuir chevelu est relativement élevée, mais elle varie beaucoup (de 50,7 à 13,4 %) suivant les agglomérations. Il en est de même de la fréquence relative du favus et des trichophyties. Aucun cas de microsporie n'a été observé, jusqu'à présent. Les lésions teigneuses de la peau paraissent rares.
Ces mycoses sont plus fréquentes parmi les enfants musulmans de race blanche que chez les Négroïdes. Ces derniers sont presque exclusivement atteints de trichophytie, très rarement de favus. Pour l'ensemble des blancs, le favus est plus commun que les trichophyties.
La plus grande proportion de teigneux s'observe dans le groupe des sujets de 5 à 10 ans.
La flore parasitaire des trichophyties varie suivant les régions.
Presque tous les cas sont dus à Trichophyton violaceum Bodin, 1902 et à Tr. glabrum Sabouraud, 1909. Deux autres espèces seulement ont été isolées: Tr. soudanense Ch. Joyeux, 1912 (Tidikelt) et Tr. pervesi Catanei, 1937 (Touat). Tous les champignons provenant de cas de favus présentaient les caractères de Achorion schônleinî (Lebert, 1845).
Autres mycoses. - On n'a jamais signalé d'autres mycoses humaines (actinomycoses, blastomycoses, sporotrichoses) chez les Indigènes des Territoires du Sud.

III

MALADIES NON TRANSlVllSSIBLES - INTOXICATIONS
MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE
Les affections banales de l'appareil respiratoire (coryza, bronchites, congestions pulmonaires) sont très fréquentes, en hiver et au printemps, surtout dans la première enfance. La bronchopneumonie, qu'elle soit due surtout à l'action du froid, ou qu'elle apparaisse comme une complication de la rougeole ou de la coqueluche, est une cause importante de mortalité chez les enfants. La pneumonie franche aigue paraît plus rare. L'asthme est inconnu.
Parmi les affections communes aux voies antérieures, digestives et respiratoires, on observe exceptionnellement les stomatites, angines, amygdalites. On rencontre parfois l'amygdalite cryptique et l'angine de VINCENT; due à l'association fuso-spirillaire qu'on a l'occasion de déceler plus souvent au niveau des lésions des gingivites.
Nous avons observé quelques cas d'ozène, en particulier chez des sujets de race noire.

MALADIES DE L'APPAREIL CIRCULATOIRE

  • Rares sont les cardiopathies (myocardites, insuffisances et rétrécissements valvulaires), les anévrysmes, l'artério-sclérose, et, du côté du système veineux, les phlébites.

Les varices, le varicocèle et surtout les hémorrhoïdes sont plus fréquents.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF

Les troubles dyspeptiques s'observent assez communément. Les gastro-entérites sont une des causes les plus importantes de la mortalité des jeunes enfants, surtout après le sevrage qui est tardif.
L'appendicite est très rare.
La pathologie du foie (jaunisse, congestion hépatique etc.), celle de la rate se limitent, d'une façon générale, aux complications dues à d'autres affections.

MALADIES DES ORGANES GENITO-URINAIRES

Les infections rénales, vésicales, la lithiase urinaire sont également d'observation très peu fréquente.

MALADIES DYSTROPHIQUES

La goutte est inconnue. Nous n'avons vu des diabétiques que dans la population sédentaire, chez des ksouriens aisés, obèses et gros mangeurs.
Le rachitisme essentiel n'est pas souvent observé. Il est d'ailleurs, chez les jeunes enfants en particulier, difficile à distinguer des lésions dystrophiques, beaucoup plus communes, qui sont dues à la syphilis héréditaire. Nous avons signalé, avec L. PARROT, la fréquence, dans certaines localités, d'un pseudo-rachitisme d'origine paludéenne, qui se traduit surtout par un retard de développement et par un infantilisme temporaire ou plus rarement définitif.
Nous rencontrions parfois, il y a une trentaine d'années, une maladie que les progrès de la vaccination jennérienne ont dû rendre exceptionnelle, et qu'on pouvait confondre avec les manifestations du rachitisme tardif : il s'agit d'un syndrome ostéomyélitique, bien étudié par A. GANGE, caractérisé surtout par des malformations du côté des membres supérieurs et dû aux lésions épiphysaires survenues au cours de la variole contractée dans l'enfance.

RHUMATISMES

Le rhumatisme articulaire aigu, moins fréquent en Algérie qu'en France, et qui atteint cependant assez souvent les Indigènes, dans les parties humides ou montagneuses des trois départements, n'est guère observé dans les Territoires du Sud et n'existe pas dans les régions sahariennes.
Les pseudo-rhumatismes infectieux (rhumatisme blennorragique, arthropathies syphilitiques etc..) sont plus communs. C'est à des manifestations de la syphilis que le Dr PERVÈS rattache, en particulier, les atteintes « rhumatismales », dont les auteurs, depuis DUVEYRIER, s'accordent à signaler la fréquence, chez les Touareg, en les attribuant surtout à l'action du froid. Les gens du Hoggar désignent eux-mêmes ces phénomènes douloureux, aux formes cliniques diverses, sous les noms de tesmedé, tesmedé tai-t resan, « maladie du froid, du froid des os »).
Les rhumatismes chroniques, le rhumatisme chronique déformant ne sont guère observés.

GOITRE

En Algérie, la distribution géographique du goitre montre, comme en France, sa localisation à certaines régions (plaine de la Mitidja, versant méditerranéen de l'Atlas) et son absence sur les Hauts-Plateaux ou sur le versant saharien de l'Atlas (Et. SERGENT, Ch. RÉPIN). L'affection paraît être très rare dans les Territoires du Sud; elle n'existe pas au Sahara.

SCORBUT

On observe de temps en temps des formes légères de scorbut dans les groupes de méharistes longtemps isolés au pâturage ou assurant la police des étendues désertiques. Des conditions d'hygiène défectueuse, le séjour prolongé dans un milieu débilitant, la nourriture composée presque uniquement de farine et de dattes, la privation prolongée d'aliments frais expliquent l'apparition de cette avitaminose.

DERMATOSES

Les manifestations cutanées de la syphilis mises à part, les diverses maladies de la peau constituent un chapitre peu important de la pathologie des Indigènes. Les érythèmes, les urticaires, les eczémas, le zona, l'herpès ne sont pas fréquents. Il en est de même des infections pyococciques, folliculites, impétigos (sauf l'ecthyma) et des pyodermites, furoncle, anthrax.
On rapprochera de cette rareté des dermatoses inflammatoires épidermiques ou épidermo-dermiques, la remarquable tendance à la cicatrisation spontanée des plaies que montrent les Indigènes ruraux, qu'il s'agisse de plaies accidentelles ou de plaies opératoires (circoncision, interventions chirurgicales.), malgré l'absence d'hygiène, de soins corporels, et l'extrême malpropreté des individus misérables. On a tenté d'expliquer cette résistance des téguments aux microbes infectieux par leur exposition constante à l'action des intempéries, des radiations solaires et aussi à l'asepsie relative du milieu. Quoiqu'il en soit, elle s'étend non seulement au revêtement cutané, mais aussi aux organes profonds, au péritoine en particulier. Les médecins nouveaux venus en pays indigène constatent toujours, avec quelque surprise, l'évolution si fréquente vers la guérison des plaies pénétrantes de l'abdomen ou du thorax. Rappelons encore, à ce sujet, la rareté de l'érysipèle,

  • celle aussi des infections puerpérales après les accouchements pratiqués par les matrones.

On observe parfois un syndrome clinique, d'allure chronique, et dont l'agent habituel est le streptocoque : c'est l'éléphantiasis et dont l'agent habituel est le streptocoque : c'est l'éléphantiasis filarien, se rattache au type classique de l'éléphantiasis nostras, appelé aussi « éléphantiasis des Arabes. »
Notons enfin, dans un dernier groupe de dermatoses de nature inconnue, la rareté du psoriasis et de la pelade. Le Dr A.. CATANEI au cours de ses enquêtes, sur plus de 6.000 Indigènes musulmans (Algérie du Nord et Territoires du Sud), n'a pas constaté un seul cas de pelade.

TUMEURS

Contrairement à une opinion autrefois courante, les tumeurs malignes ne sont pas rares chez les Indigènes algériens. Elles sont peut-être un peu moins fréquentes chez les Indigènes des Territoires du Sud, en particulier chez ceux des régions sahariennes, mais les médecins s'accordent aujourd'hui à reconnaître qu'ils n'y sont point réfractaires.
Au cours d'une seule année (1932) le Dr PASCAL a observé 15 cas de tumeurs malignes (avec prédominance de l'épithélioma cutané), chez des Mzabites. Les tumeurs lui paraissent plus fréquentes chez eux que chez les Arabes ; il estime qu'elles sont beaucoup plus rares dans la région d'Ouargla, où il a fait un séjour de plusieurs années. A Touggourt, durant 26 mois,, le Dr JEHL a relevé, dans sa clientèle indigène, 12 néoplasmes malins et 2 tumeurs bénignes.
Dans notre statistique personnelle, sur un total de 81 tumeurs, dont la nature a été vérifiée par l'examen histologique, presque toutes observées chez des Indigènes des Hauts-Plateaux et du Sahara Septentrional, nous comptons 47 tumeurs épithéliales (dont 37 épilhéliomas cutanés) et 34 tumeurs d'origine conjonctive, dont 22 sarcomes. Dès 1901, J. BHAULT, dans son service de clinique de l'Ecole de médecine d'Alger, avait déjà noté la prédominance très nette des épithéliomas épidermiques, et, parmi les tumeurs d'origine mésenchymateuse, celle des sarcomes.
Les cancers de l'estomac, de l'intestin, du foie, ceux de l'utérus et surtout du sein semblent moins fréquents, mais, pour des raisons diverses, ces tumeurs échappent davantage à l'observation des médecins.
Dans les publications des trente dernières années, on relève, pour les Territoires du Sud, 6 cas de fibroma molluscum généralisé (maladie de Recklinghauseri).
Enfin le Dr CÉARD a relaté une observation de xeroderma pigmentosum, maladie rare, dont on n'a signalé que quelques cas en Algérie.

MALFORMATIONS CONGENITALES

Elles sont fréquentes chez les Indigènes : becs de lièvre ; cloisonnement du Vagin ; doigts surnuméraires, syndactylies.

NEVROSES. PSYCHOSES

Les affections du système nerveux tiennent une place peu importante dans la pathologie indigène.
Les névralgies, les névrites périphériques ne sont guère observées, exception faite peut-être de la sciatique. Il en est de même des névroses, épilepsie, chorées.
On en peut dire autant des psychopathies, dont on s'accorde à reconnaître que la fréquence est proportionnelle au degré d'avancement de la civilisation. Dans les populations demi-primitives, l'absence de surmenage cérébral, les dépenses intellectuelles réduites au minimum, l'influence très restreinte de certaines causes prédisposantes (alcoolisme.) expliquent, par exemple, sans qu'il y ait lieu d'invoquer des différences de race, la rareté des syphlis nerveuses, tabès, paralysie générale, que nous avons déjà soulignée.
La maladie de PARKINSON paraît être, des psychopathies cérébro-spinales, celle qu'on observe le plus souvent, conséquence possible d'atteintes d'encéphalite épidémique passées inaperçues.
D'après le Dr PASCAL, les affections du système nerveux sont moins exceptionnelles chez les Mzabites, c'est-à-dire chez des Musulmans que le souci des affaires, les préoccupations d'ordre politique ou religieux, une émotivité particulière séparent intellectuellement de tous les autres Indigènes.
Quant aux psychoses, aux psychopathies-maladies, générales ou essentielles, les renseignements médicaux ne permettent guère d'en apprécier la fréquence. Il y a des mélancoliques, des maniaques, des dégénérés mentaux dans les milieux indigènes, mais, en pays d'Islam, on laisse le mahboul (le fou), le medjnoun (le possédé) errer librement, d'ordinaire inoffensif, sans demander au Médecin français la guérison d'une maladie d'origine divine, justiciable de la seule science des tolba,' écrivains d'amulettes.

ECTOPARASITES

La gale sarcoptique, causée par Sarcoptes scabiei, var. hominis affection cosmopolite, est loin d'être aussi répandue qu'on pourrait s'y attendre, même chez les individus les plus malpropres. Elle est particulièrement rare au Sahara.
A la fréquence extrême de la pédiculose du corps, due à Pediculus corporis, s'oppose la rareté de la pédiculose de la tête (Pediculus capitis) et de la phthiriase (Phthirius inguinalis), qu'expliquent, chez les musulmans, le rasage ou l'épilation de la tête et de la région pubienne.
La Puce humaine, la punaise des lits ne dépassent guère la région des Hauts-Plateaux ; elles n'existent pas dans les régions sahariennes.
On est fréquemment incommodé au Sahara, par les piqûres de divers insectes : Hémiptères (Leptodemus minutas Jakowleff, Artheneis alutacea Fieber) ; Diptères (Stomoxes, Hippobosques, Cérato-Pogoninés : Holoconops mediterraneus J. J. Kieffer, Psychodidés; Gulicidés). Les Simulidés des régions sahariennes : Simulium aureum Fries, S. beckeri Roubaud, S. equinum Linné, trouvés à Biskra, à Beni Ounif, S. sergenti Edwards (Biskra) ne piquent pas l'homme.
On connaît l'existence d'une myiase oculaire, en pays touareg seulement, par la mention qu'en a faite dans ses écrits le P. DE FOUCAULD. Elle est due à « une mouche noire de 7 à 8 millim de long (tamné), qui dépose ses oeufs (imniouen) dans les narines,
la gorge, les yeux des personnes et des animaux. » Il s'agit sans doute d'un OEstride. Des cas de myiase oculaire dus à OEstrus ovis, (Linné) ont été constatés dans l'Afrique du Nord.

ENVENIMATIONS

Des accidents d'envenimation, assez communs, sont dus aux serpents et aux Scorpions.
Arachnides. - Bien que les Indigènes redoutent certaines araignées, on observe très rarement des piqûres par ces Arthopodes.
Les Galéodes même - dont nous avons vérifié pour une espèce indéterminée du Sud-oranais l'action venimeuse sur des souris et des oiseaux —ne causent pas d'accidents.
On connaît jusqu'à présent une douzaine d'espèces de Scorpions dans les Territoires du Sud. Les accidents produits par leurs piqûres sont fréquents, mais leur gravité paraît être fort variable suivant les régions, ce que l'on peut expliquer par la distribution géographique des espèces, dont la fonction venimeuse est, on le sait, très différente. Chaque année, des cas mortels sont constatés dans certaines localités, en particulier à Mécheria, Tiout, Ghardaïa, Touggourt, Ouargla, surtout chez des femmes et des enfants. D'après les expériences d'Et. SERGENT, l'espèce la plus dangereuse paraît être Prionurus australis L.
Ophidiens. - Assez fréquentes aussi sont les envenimations par morsures de serpents, notamment Cerastes cornutus, l'espèce la plus commune dans les régions sahariennes. Cerastes vipera, -que l'on rencontre dans tout le Sahara, de l'Erg occidental jusqu'à Djanet, cause aussi des accidents graves dont un seul cas a été observé et publié par le Dr ESTIVAL(Erg Iguidi).
Plus redoutables encore, mais beaucoup plus rares, sont le Naja haje dont l'aire de répartition semble limitée à la bordure méridionale de l'Atlas saharien, de Biskra, où il prédomine, jusqu'au Sud de Aïn Sefra, et Vipera lebetina, dont la forme saharienne existe dans toute l'étendue des Territoires du Sud. Le Laboratoire saharien de l'Institut Pasteur d'Algérie possède un exemplaire énorme de cette espèce, capturé à l'Est de Beni Ounif, et dont la dépouille mesure près de 1 m. 60 de longueur.
Les Serpents venimeux causent souvent des accidents mortels.
En présence des désordres locaux produits par leur morsure, il est parfois difficile de faire la part de ceux qui résultent de l'action des toxines ou de ceux qui sont dus aux traitements employés par les Indigènes, aux strictions énergiques et trop prolongées par des liens appliqués sur les membres.
INTOXICATIONS ACCIDENTELLES PAR LES PLANTES
On a observé, dans la population indigène, des empoisonnements par des plantes toxiques qui avaient été mélangées, par méprise, à des aliments, notamment par deux Solanacées, Datura stramonium L. et Datura metel L., naturalisées dans les cultures des oasis. Le Dr GARNIER a recueilli à Ghardaïa, en 1934, une observation d'intoxication familiale par cette dernière plante.
On connaît aussi la toxicité d'une autre Solanacée des régions sahariennes, Hyosciamus muticus L. subsp. falezlez (Coss.) Maire, la bethîma des Arabes, l'éfelehleh des Touareg, dont les femmes du Hoggar mélangent, pour engraisser, les graines à leur nourriture, non sans quelques risques d'accidents, d'après DUVEYRIER"
C'est cette plante, riche, en atropine, qui a causé la mort d'une partie des membres de la mission FLATTERS. On a relaté aussi quelques cas d'intoxication humaine, provoqués indirectement par la consommation de sauterelles qui s'étaient nourries de bethîma.
Certaines Liliacées, Battandiera amoena (Batt.) Maire, endémique du Sahara occidental, et peut-être Androcymbium punctatum (Cav.) Baker, dont les bulbes contiennent de la colchicine, sont également toxiques. Nous avons signalé, avec le Dr CÉARD, des empoisonnements chez les soldats des Compagnies de discipline qui avaient absorbé volontairement des bulbes de Battandiera arrwena.
Il n'y a pas de champignons vénéneux dans les Territoires du Sud. On n'y constate donc pas d'empoisonnements par ces végétaux.
Les Indigènes ne connaissent d'ailleurs et ne consomment guère, sous le nom de foggaâ (qui fend, qui perce la terre), que l'Agaricus campester Fr. ex L., le Pleurotus eryngii D. C. var.
ferulae Pat., et enfin les diverses espèces de terfâs (Terfezîa) qui, au printemps, dans les années favorables, constituent une ressource alimentaire importante pour les Nomades sahariens et sont apportée aussi par eux sur les marchés.
Le lathyrisme est inconnu ; on ne cultive pas Lathyrus sativus L. dans les Territoires du Sud.

INTOXICATIONS CHRONIQUES

Alcool. - Comme dans tous les pays du monde, l'alcoolisme s'est répandu chez les Indigènes algériens avec la civilisation. S'il est encore inconnu chez les Arabes nomades, et, d'une façon générale, chez la plupart des habitants des régions sahariennes, on constate ses progrès dans les localités peuplées d'Européens, dans les villes de garnison, et, tout particulièrement, parmi les Indigènes qui ont vécu en France ou dans le Tell, chez les anciens Militaires, les prostituées.
Au Mzab, dont la population, très spéciale, comprend beaucoup de commerçants qui font de longs et fréquents séjours dans l'Algérie du Nord, le Dr PASCAL évaluait, en 1931, à quelque 10.000 litres , la quantité d'anisette vendue par les six débitants autorisés de Ghardaïa, ce qui témoigne de larges accommodements avec les
préceptes coraniques, même chez les « Puritains du désert. »
Le vin, la bière, l'anisette, sont les produits consommés le plus couramment. Les spiritueux de fabrication indigène, l'eau de vie de dattes en particulier, -(makhaïa du Sud-oranais, boukha du Mzab.), préparée par les Israélites pour leur usage seulement, n'entrent que pour une faible part dans la quantité des boissons alcooliques. Il en est de même du vin de palmier (lagmi), dont là fabrication est insignifiante.
Les pouvoirs publics sont insuffisamment armés contre les ravages de l'alcoolisme dans les milieux indigènes. La loi du 1 octobre 1917, sur la répression de l'ivresse publique et la police des débits de boissons, est applicable dans les Territoires du Sud-
Mais il est impossible de réglementer la vente du vin ou de la bière, qui rentrent dans la catégorie des boissons hygiéniques-
Pendant la grande guerre, un arrêté du Gouverneur Général, du 10 septembre 1915, avait interdit la mise en vente, la vente, la circulation et la consommation de l'alcool et de toutes les boissons alcooliques, autres que les boissons dites hygiéniques, dans les Territoires du Sud. Cet arrêté a été rapporté et remplacé par celui du 8 décembre 1919, dont les principales dispositions réglementent seulement, sans l'interdire, la vente au détail des spiritueux à emporter ou à consommer sur place.
Thé. - Les Indigènes boivent beaucoup de thé, qu'on importe en grandes quantités dans les Territoires du Sud; les sédentaires aisés surtout en font souvent un véritable abus. L'infusion de thé vert, fortement sucrée, est habituellement additionnée de feuilles de menthe ou nànaà (Mentha piperita L. sens. lat.) ou de chiba (Artemisia absinthium L. et aussi A. arborescens L.). Cependant les accidents de théisme sont rares.
Tabac. - Il est employé par les Indigènes sous la forme de tabac à fumer, à priser ou à chiquer, l'usage du tabac à fumer étant aujourd'hui le plus répandu.
Autrefois le tabac de consommation indigène provenait en grande partie de la culture locale, dans certaines régions (Touat, Souf.). Les feuilles, grossièrement hachées, additionnées ou non de salpêtre, étaient fumées, en petite quantité, dans une pipe (sebsi) à long tuyau - employée également pour le kif - ou simplement dans un os de mouton ou de gazelle. La cigarette a détrôné l'emploi de ces instruments primitifs. Elle a pénétré partout, avec les Européens, les militaires, et même, avec les méharistes des Compagnies sahariennes, jusque dans les parties les plus lointaines des Territoires du Sud. L'exacte observation des prescriptions religieuses en interdit l'emploi et la pauvreté en tous cas en limite l'abus chez les Arabes du bled. L'usage du tabac, dans les milieux indigènes, ne détermine pas d'ailleurs de troubles notables.

Kif. - Le kif (la plante qui grise, qui délecte), fourni par le Cannabis saliva L. var. kif D. C. (Urticacées), n'est guère usité, » sauf peut-être en quelques régions (Sud-oranais, Souf), où son importation clandestine est favorisée par le voisinage de la frontière marocaine ou tunisienne.
D'après un renseignement du Commandant CAUVET, à El Oued, les fumeurs de kif dissimulent la drogue sous le nom d'àràar, qui est celui du Juniperus phoenicea. Il est possible, d'ailleurs, que les feuilles d'àràar entrent dans la composition d'un produit à base de kif. A Laghouat, ces feuilles pulvérisées sont mélangées avec de la poudre de feuilles de tabac (du Souf) et des cendres de remis (Haloxylon tamariscifolium L., Salsolacées), pour la préparation d'un tabac à priser (neffa), très apprécié des Indigènes.
La consommation du kif sous la forme de graines ou de sommités fleuries ajoutées à divers aliments ou incorporées à une sorte de pâte (màjoun), à base de graisse, de miel, d'amandes, paraît tout à fait restreinte.
Opium. —Beaucoup d'Indigènes connaissent les propriétés calmantes et euphorigènes de l'opium (àfioun, ce qui soulage, guérit), mais son usage est certainement limité à quelques individus.
Nous avons vu rarement, dans certaines oasis, quelques pieds de Papaver somniferum ou de Cannabis sativa, cultivés par des amateurs, mais, nous a-t-il semblé, comme de simples curiosités végétales.

La pathologie des Indigènes des Territoires du Sud ne présente guère, en somme, de particularités marquantes, et nous ne saurions mettre en relief ses éléments caractéristiques. A côté des affections cosmopolites, qui y tiennent une large place, les maladies plus spéciales aux pays chauds, les maladies dites exotiques, sont celles, qu'on rencontre dans l'Algérie du Nord, à l'exception de la bilharziose, dont il n'existe qu'un foyer algérien, à Djanet.
L'action du climat se fait sentir, cependant, d'une manière plus nette, dans les Territoires du Sud. Des Hauts-Plateaux aux hivers rigoureux jusqu'au Sahara central où les maxima diurnes peuvent dépasser 50° pendant les mois d'été, les variations saisonnières y sont beaucoup plus tranchées. C'est à l'action du climat sur les agents déterminants ou sur leurs vecteurs, à l'isolement des collectivités indigènes et aux lenteurs des communications, qu'il faut, en grande partie, attribuer l'absence ou la rareté du tétanos, de la rage , de la peste.
Les conditions de vie des Indigènes, le manque d'hygiène en particulier influencent surtout la diffusion des maladies transmissibles . C'est dans le jeune âge, après le sevrage, qu'on observe celles-ci avec la plus grande, fréquence. Elles sont la cause principale de la mortalité infantile, dont le taux est certainement plus élevé que dans les pays civilisés. On ne peut guère étayer cette affirmation sur des données statistiques précises : l'état civil des Indigènes, jusqu'à une date toute récente, était inexistant ; on ne s'est préoccupé de l'établir que depuis quelques années, en commençant par les populations sédentaires des centres administratifs et des localités voisines. Mais la proportion si élevée des tombes d'enfants dans tous les cimetières indigènes révèle l'importance de la mortalité infantile. Elle crée une sélection intensive qui explique, avec l'immunité ou la prémunition acquises dans le jeune âge pour un certain nombre de maladies, la résistance des individus, dés qu'ils ont dépassé la seconde enfance, et l'abaissement considérable de la mortalité à partir de l'adolescence.
Plus nettes sont les différences attribuables à des influences raciales.
En contraste marqué avec les Indigènes de race blanche qui résistent moins bien dans les régions sahariennes, les populations de sang noir, Négroïdes et Nègres, opposent une résistance que nous avons soulignée à des affections variées: le paludisme, le trachome, les teignes (favus en particulier).
L'influence du voisinage des Européens est faible, sauf pour ce qui concerne la tuberculose, dont la diffusion est liée de la manière la plus nette aux rapports de voisinage entre les deux groupes ethniques. Par contre, remarquable est la rareté chez les Indigènes de certaines affections (scarlatine, diphtérie, méningite cérébrospinale.), même dans les localités où on les observe chez les Européens.
Comme dans tous les pays chauds, on doit enfin noter l'importance des maladies parasitaires, en particulier des maladies à protozoaires parasites du sang ou des maladies transmises par des vecteurs animés. D'où l'utilité primordiale, en médecine indigène de l'emploi des moyens de diagnostic direct par les examens microscopiques, que, dans la plupart des postes, les médecins peuvent pratiquer sur place, et aussi, avec l'aide des laboratoires, des procédés de diagnostic indirect par les réactions humorales (sérodiagnostics.).
Importance d'autant plus grande que, chez les Indigènes, les éléments de diagnostic, fournis par les commémoratifs ou par l'examen subjectif des malades, font souvent défaut d'où encore, la nécessité pour les médecins d'acquérir de solides connaissances en matière de parasitologie, humaine ou animale.
La parasitologie n'étant qu'une des branches de l'histoire naturelle, on s'efforce, dans l'enseignement qui leur est donné à l'Institut Pasteur d'Algérie, avant de rejoindre leurs postes, de les inciter à l'étude des sciences naturelles. L'importante contribution qu'ont apportée, depuis 3o ans, à l'exploration zoologique, botanique des régions sahariennes, montre que les médecins militaires des Territoires du Sud, tout en poursuivant avec ardeur une œuvre de pénétration pacifique d'une haute portée sociale, n'ont pas laissé d'accroître le patrimoine scientifique légué par leurs devanciers.
lnstitut Pasteur d'Algérie.