Anecdotes de Chefs , Responsables

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La Poupée d'Abderahmane

mercredi 20 octobre 2010, 21:17

Le prince Abderrahman-ben-Djellab, qui vient de mourir à Tuggurt, envoyait tous les trois mois ses serviteurs les plus fidèles à Constantine, soit pour y faire des achats, soit pour apprendre des nouvelles. Depuis un certain temps, il entendait vanter par ceux-ci une créature d'une beauté incomparable, blanche et rose, parée autant qu'une sultane, œil langoureux, taille fine, main à défier l'ivoire, cheveux de soie, - vrai type de céleste houri. Cette adorable femme se tenait, lui dit-on, sans cesse devant sa maison, regardant les passants aller et venir, et aimant à en étre vue. Une pudique rougeur empourprait ses traits. Sur ce rapport, le Touggourtin se monte la tête, et le voilà amoureux fou, de confiance. Il expédie immédiatement son favori à Constantine, avec ordre de demander à qui de droit la main de cette enchanteresse, offrant une dot en échange, suivant l'usage musulman. L'ambassadeur arrive, voit la dame, la trouve telle qu'on la lui a dépeinte, entre dans la maison, qui lui parait peu digne, par sa magnificence, d'un pareil trésor de beauté. L'une des suivantes de la dame était précisément empressée autour d'elle à réparer quelques désordres de toilette et de chevelure. Le Saharien expose l'objet de sa mission. D'une pièce du fond sort un quidam, sans doute le père de cette infante au teint de roses et de lis, lequel s'enquiert, avec un accent provençal des plus prononcés et avec toute la grâce dont un Marseillais est susceptible, du but de la visite de l'Arabe. S'ensuit un dialogue passablement risible, à la suite duquel l'ambassadeur matrimonial de Ben-Djellab s'aperçoit qu'il a affaire à un coiffeur, et que la dame est une charmante poupée de cire à ressorts, miracle d'industrie européenne totalement inconnu à Tuggurt, Ghat, Temacin et autres lieux.
Le Williaume de S. M. Touggourtin ne se tint point pour battu. Il offrit la dot, sur laquelle on tomba d'accord à trois cents francs une fois payés, et emporta la dame, qui sans doute fait encore le plus bel ornement du palais de briques à neuf portes de la dynastie des Djellab.

Aïchounèche, princesse de Temacine

ARTICLE DEDIE A LA FAMILLE MEKHANET DE LAGHOUAT FILS ET FILLES DE CHOUIKHA .

jeudi 20 janvier 2011, 18:56

Le journal des locales Edition du 28/7/2004
Une ville, une histoire
Aïchounèche, princesse de Temacine
Ksour L'histoire de Aïchounèche est authentique, mais comme toutes les histoires lointaines, elle est teintée de légendes.
En ce temps-là ? on ne sait pas exactement à quelle époque ? Touggourt était une ville importante et elle commandait toute la région de l'oued R'hir. Elle était sous l'autorité de la tribu des Djellaba qui commandait les différents ksour.
La tribu était puissante mais elle était déchirée par des rivalités : ainsi, le prince de Touggourt et celui de Temacine étaient cousins, mais ils se détestaient et chacun cherchait l'occasion de nuire à l'autre. Mais officiellement, pour éviter la guerre, ils tentaient de maintenir des relations correctes.
Un jour, le prince de Touggourt ? appelons-le Tahar ? se rend incognito à Temacine pour espionner son cousin. Tandis qu'il déambule, accompagné de quelques hommes, il est frappé par la beauté d'une jeune femme qui se rendait sans doute au hammam, avec deux autres jeunes filles. Elle avait sur la tête un voile mais qui ne la dissimulait pas complètement ; Tahar peut ainsi contempler son aimable visage et son regard rencontra le sien.
? Qui est cette jeune fille ? demande-t-il à ses compagnons.
? Nous sommes comme toi, lui disent les jeunes hommes, nous l'ignorons !
? Allez donc vous renseigner auprès des passants !
Les deux hommes obéissent. Ils reviennent quelques instants plus tard et s'approchent du prince.
? La jeune fille est Aïchounèche, la fille de ton cousin, le prince de cette ville !
? Mon cousin a une fille aussi belle et je l'ignorais ?
? On nous a assurés qu'elle est la fille la plus belle de la région.
? Allez vous renseigner encore, je veux savoir si elle n'a pas été promise.
Tandis que ses hommes s'éloignent de nouveau en quête d'autres informations sur la belle Aïchounèche, Tahar se met dans un coin et s'abîme dans ses pensées. La fille de son cousin est si belle, si gracieuse qu'il a l'impression d'avoir rêvé. Pourvu seulement que son père ne l'ait pas promise à quelque prince de la région ! Une fille pareille, se dit-il le coeur serré, des hommes ont dû la remarquer...
Les hommes reviennent.
? Alors ? leur demande-t-il, impatient.
? Rassure-toi, prince, la jeune fille n'a pas été promise !
Il sourit, rassuré. Il fait le tour de la ville puis il retourne à l'endroit où il l'a vue, dans
l'espoir de l'apercevoir encore mais elle n'est plus là. Elle est sans doute rentrée chez elle...
? Je vais me rendre au palais du prince mon cousin, dit-il.
? Prince, lui dit un de ses hommes, tu oublies que tu es ici incognito !
? Ton cousin ne manquera pas de t'interroger sur les raisons de ta présence dans sa ville ! Il pourrait te soupçonner d'espionnage et te faire arrêter !
Tahar réfléchit. Mes hommes ont raison : il ne pourra pas expliquer sa présence à Temacine et son cousin ne manquerait pas de le soupçonner. Il ne pourra alors plus lui parler de sa fille...
? Vous avez raison, dit-il à ses hommes. Nous retournons chez nous. Je verrai ce qu'il y a lieu de faire !
Arrivé chez lui, Tahar ne cesse de penser à la belle Aïchounèche. Son père, le prince Mohamed, est son cousin et on dit que le mariage entre cousins et fils de cousins est le meilleur qui soit.
Certes, Mohamed et lui ne s'entendent pas et se jalousent même, mais leurs relations ont été jusqu'à présent correctes. Ce mariage ne manquera pas de les améliorer, aussi son cousin ne lui accordera-t-il la main de sa fille.
Tahar réunit son conseil et lui expose son projet, puis il charge deux de ses membres d'aller formuler la demande en son nom. "Vous remettrez à mon cousin deux charges de dattes ainsi que des tissus et des bijoux pour sa fille. Dites-lui que je veux que le mariage soit célébré le plus tôt possible !"
Les hommes partent avec une mule chargée de présents et une escorte d'une vingtaine de soldats.
Tahar, à la plus haute tour de son palais, surveille le désert, guettant le retour de ses hommes. Il sait que sa demande est acceptable, mais il redoute que par esprit de rivalité son cousin lui refuse la main de sa fille.
Il aperçoit un petit point à l'horizon, puis le point grossit et apparaissent des silhouettes d'hommes et de bêtes. Ce sont ses hommes ! Impatient de connaître la réponse de son oncle, il prend son cheval et va à leur rencontre. Il s'étonne de voir la mule chargée des mêmes cadeaux. Elle revient comme elle était partie.
"Quoi ! s'exclame-t-il, mon cousin me renvoie mes cadeaux ?
? Oui, prince, disent les envoyés, ton cousin refuse tes présents !
? Cela signifie qu'il refuse de m?accorder la main de sa fille !
Le prince Tahar se met aussitôt en colère. "Quoi ! Ce freluquet ose ainsi m'humilier ? Je lui ferait payer cher son geste !"
Il rentre à Touggourt le c?ur plein de rage et de désir de vengeance.
Il pense réunir tout de suite son armée et livrer la guerre à l'insolent : il réduira sa ville à feu et à sang et s'emparera de la belle Aïchounèche.
Puis il se dit que son cousin, le prince Mohamed, ne se laissera pas facilement abattre et que la guerre risque d'être longue et coûteuse en hommes. Il décide alors d'enlever sa cousine.
Si son père se sent assez fort pour lui livrer la guerre, qu'il vienne le retrouver dans sa ville !
Une nuit, il réunit quelques hommes et part en direction de Temacine. La porte de la ville est fermée, mais Tahar et ses compagnons attachent leurs chevaux et, sans faire de bruit, escaladent les murailles. En quelques instants, ils se retrouvent dans la ville et prennent la direction du palais.
Tout dort. Les gardes chargés de la protection du prince et de sa famille sont vite maîtrisés. Tahar parvient aux appartements de la belle Aïchounèche et l'enlève.
La jeune femme se met à hurler. Son père sort de sa chambre, des soldats accourent. Un bref combat s'engage, mais Tahar parvient à se frayer un passage et, avec Aïchounèche ligotée, il quitte le palais, puis Temacine.
Quand le prince Mohamed, reprenant ses esprits, se lance à sa poursuite, il est déjà loin !
La princesse Aïchounèche est conduite dans les appartements du prince et une nuée de domestiques s'affaire autour d'elle. On lui propose de l'eau fraîche et de la nourriture, mais elle ne touche à rien. Elle pleure et demande qu'on la reconduise chez elle.
Quand elle se calme, Tahar va la retrouver.
? Je t'en supplie, lui dit-elle, reconduis-moi chez mon père !
? Je t'aime et je veux t'épouser, lui dit-il. Si j'ai agi de la sorte, c'est parce que ton père me refusait ta main !
? Tu m'as enlevée comme un vulgaire bandit !
? Ton père ne m'a pas laissé le choix !
? Tu n'as pas le droit de me garder ici, rends-moi ma liberté.
? Je ne peux pas vivre sans toi !
La princesse est surprise que cet homme, auquel elle est apparentée mais qu'elle connaît si peu, lui parle de la sorte. Elle lève les yeux vers lui et découvre que c'est un beau jeune homme. Elle l'épouserait volontiers s'il ne l'avait pas enlevée !
Le prince la laisse seule quelques instants puis revient avec de beaux présents.
? Toutes ces robes et tous ces bijoux sont pour toi, lui dit-il. Je t'en apporterai d'autres et d'autres encore, accepte seulement de m'épouser !
? Je ne peux pas accepter si mon père lui-même ne m'autorise pas à t'épouser !
? Hélas, ton père a rejeté ma demande !
? Et moi, tu voudrais que j'accepte ? Ce serait le trahir !
Il veut lui prendre la main, elle le repousse doucement.
? Tu oublies que tu es ma prisonnière, dit le prince irrité, et que je peux faire de toi ce que je veux ?
? Tu peux faire de moi ce que tu veux, dit Aïchounèche, mais si tu me fais violence, tu n'obtiendras jamais mon amour !
Or Tahar aime la fille de son cousin et il ne veut lui faire aucun mal. Son rêve est qu'elle l'épouse de son plein gré et non sous la contrainte.
Il la laisse encore, la suppliant de réfléchir à sa proposition. Mais quand il revient la voir, elle persiste dans son refus.
? Tu m'as enlevée, tu veux m'épouser contre ma volonté et celle de mon père, je ne peux accepter ton amour, je ne peux t'aimer !
? Et si j'envoyais des messagers auprès de ton père pour lui demander son pardon ?
? Fais, dit la jeune femme. Mais n'oublie pas que tu m'as enlevée et que tu as livré combat dans ma propre maison !
? J'offre une sortie honorable à ton père, dit Tahar, il devrait accepter ma proposition !
? C'est à mon père de décider, dit la jeune femme,
Il envoie donc des messagers auprès du prince Mohamed pour lui demander pardon et l'autoriser à épouser sa fille.
"Répondez-lui, dit le prince, toujours en colère contre son cousin, répondez-lui qu'il a enlevé ma fille et que je ne peux lui pardonner que s?il lui rende sa liberté !"
Tahar va retrouver la princesse et lui fait part de la réponse de son père.
? Je me suis humilié à lui demander pardon et voilà la réponse qu'il me fait !
? Mon père a raison, dit Aïchounèche. Comment veux-tu qu'il te pardonne alors que tu me retiens ici contre mon gré ?
? Si je te laisse partir, dit Tahar, je suis sûr qu'il ne te laissera jamais revenir auprès de moi.
Je connais l'inimitié que me voue ton père !
Il s'assoit auprès d'elle et lui prend doucement la main. Cette fois-ci, la belle cousine ne le repousse pas. Peut-être qu'elle aussi a des sentiments pour son beau cousin. Après tout, s'il a agi de la sorte avec elle, c'est parce qu'il l'aime ! Comme devinant ses pensées, Tahar soupire :
? Aïchounèche, je t'aime ! Depuis que je t'ai vue, je ne cesse de penser à toi ! Je deviendrai fou si je ne t'épouse pas !
La jeune femme secoue sa lourde chevelure noire.
? Je te l'ai dit, mon cousin, je ne peux t'épouser sans le consentement de mon père.
Tahar se lève. Il regarde la jeune femme, tristement.
? Je viens de te dire la réponse de ton père. Je te supplie de revoir ta position et de m'accepter comme époux !
Il donne ordre aux serviteurs de veiller au confort de la jeune femme et il s'en va.
Aïchounèche a pitié de lui mais elle maintient sa position : elle ne peut épouser son cousin que si son père donne son consentement.
Elle le redira à Tahar quand, le lendemain et les jours suivants, il vient encore la supplier de céder.
? Demande pardon à mon père et arrache son consentement.
Tahar envoie une autre délégation auprès du prince de Temacine, avec de somptueux présents mais le prince les lui renvoie : "Dites-lui que s'il veut mon pardon, il doit d'abord libérer ma fille !"
? Si je te libère, dit Tahar à Aïchounèche, je ne te reverrai plus !
? Si tu veux m'épouser dans ces conditions, dit Aïchounèche, tu devrais me faire violence et jamais, jamais, je ne t'aimerai !
? Et moi, jamais je ne te ferai violence !
Et jamais, non plus, il ne la lâchera. Il connaît l'hostilité que lui voue son cousin de Temacine : s'il ne lui force pas la main, il ne l'acceptera jamais comme gendre !
Les semaines passent sans que Aïchounèche consente à épouser son cousin. Elle exige toujours qu'il obtienne le pardon de son père. Et le prince Mohamed refuse toujours d'accorder son pardon !
Une cinquième délégation se rend auprès de lui pour plaider la cause de Tahar. Les délégués sont presque sûrs qu'il refusera encore, aussi sont-ils surpris quand le prince, leur offrant un visage plus amical que d'habitude, leur dit :
? Je veux bien que mon cousin, le prince de Touggourt, devienne mon gendre, mais à une condition !
La joie des délégués retombe : le prince va encore exiger la libération de sa fille, ce que Tahar refusera. Mais cette fois-ci, ce n'est pas cette exigence que pose Mohamed.
? Je veux rendre visite à ma fille que je n'ai vue depuis longtemps.
? Prince, tu seras le bienvenu à Touggourt ! Ton cousin te recevras avec les honneurs qui sont dus à ton rang !
? Ce n'est pas tout, dit Mohamed, je veux venir avec ma suite et ma garde... Je crains que mon cousin, au cours de mon séjour, ne me joue quelque tour.
? Nous soumettrons ta proposition à notre maître et nous pensons qu'il l'acceptera !
? Dites encore à mon cousin qu'au cours de mon séjour dans sa viile, je veux être comme chez moi : qu?il évacue donc quelques quartiers pour que je les occupe, avec mes hommes.
Une fois ma visite terminée, je les libérerai !
La condition paraît si étrange que les délégués ne se prononcent pas. Après tout, ils ne sont là que pour parlementer, c'est à leur maître de prendre la décision.
Ils retournent à Touggourt et soumettent les conditions au prince Tahar. Celui-ci va aussitôt retrouver la princesse et lui expose les exigences de son père.
? Je ne comprends pas pourquoi ton père veut occuper une partie de la ville. Je l'aurais reçu avec tous les honneurs, dans mon palais...
? N'oublie pas que tu l'as humilié en m'enlevant, dit Aïchounèche, il ne voudrait pas séjourner dans ton palais !
_ Je ne sais ce qu'il faut penser d'une telle exigence !
? Tu voulais le pardon de mon père, dit la jeune femme, et son autorisation pour m'épouser
? Eh bien, il t'offre l'occasion de te racheter... C'est à toi de saisir l'occasion et de mettre fin à cette hostilité qui règne entre vous ou alors de refuser sa proposition et de continuer à vivre dans la haine et l'esprit de vengeance !
? Mais cette proposition est étrange !
? Il n'y a rien d'étrange dans la proposition de mon père, dit Aïchounèche.
? Je vais y réfléchir, dit le prince.
Certes, la proposition du cousin de Temacine est étrange, mais Tahar se dit qu'il est temps de régler le différend qui l'oppose à Mohamed et d'épouser sa fille,
Mais il ne s'agit pas seulement de rendre visite à Aïchounèche : son père veut que, durant son séjour, on évacue une partie de Touggourt pour qu'il puisse y résider. La raison avancée est qu'il ne veut pas se sentir l'obligé de son cousin ? Accepte, accepte ! supplie Aïchounèche.
? Mais pourquoi cette exigence étrange, répond Tahar.
? De quoi as-tu peur ? N'as-tu pas suffisamment de soldats et d'armes pour parer à l'éventualité d'une attaque ? Mon père n'a pas les moyens de t'attaquer !
? Tu as raison, dit Tahar. j'accepte toutes les exigences de ton père ! Il peut venir te rendre visite, nous nous marierons après !
Aïchounèche est contente. Tahar, lui, ne pense qu'à son mariage avec sa cousine. On envoie donc des messagers informer le prince Mohammed que ses conditions sont acceptées et qu'il peut donc se rendre à Touggourt. Dans la ville, Tahar discute avec Aïchounèche des quartiers à céder à son père.
? Pourquoi ne lui laisses-tu pas la partie où je me trouve, dit-elle, ce sera commode pour lui de me voir !
? Je ne peux pas, dit Tahar, c'est la partie où se trouve ma poudrière.
? Alors libère lui l'autre partie de la ville !
? Je le ferai aujourd'hui même ! J'enverrai des messagers auprès de ton père !
? Qu'il envoie seulement quelques hommes pour préparer son séjour. Quant à moi, je lui ferai préparer du couscous.
? Nous avons de grandes quantités de couscous dans la ville !
? Mon père n'apprécie que le couscous que je roule !
Tahar hoche la tête.
? Fais comme tu veux, l'essentiel est que ton père vienne ici et qu'il m'accorde son pardon.
Nous pourrons ainsi nous marier. J'ai trop attendu, je ne pourrai pas attendre plus longtemps !
Aïchounèche sourit.
? Patiente encore un peu et tout sera fini !
Tandis qu'on envoie des messagers auprès du prince Mohammed, on commence à évacuer les habitants des quartiers de la cité où il résidera. Quand tout est fini, Tahar y conduit Aïchounèche et lui montre les lieux.
? Ton père et ses hommes seront comme chez eux ici !
? Mon père te sera reconnaissant d'avoir satisfait a ses désirs.
? Je veux seulement qu'il me pardonne ! Faut-il dépêcher quelqu?un pour le chercher ?
? Pas encore, dit Aïchounèche, je dois rouler du couscous pour lui et ses hommes.
? Alors, presse-toi, dit le prince, j'ai hâte que tout cela finisse !
C'était sa condition pour pardonner à son cousin Tahar d'avoir enlevé sa fille et de l'autoriser à l'épouser.
Ce matin, Tahar est intrigué par le va-et-vient des domestiques, chargés de lourds couffins. Il va les voir et leur demande ce qu'ils transportent ainsi :
? Le couscous que la princesse Aïchounèche a préparé pour son père et ses hommes. Nous le transportons dans la partie de la ville où ils résideront.
Il fait ouvrir les couffins et les inspecte.
C'est bien du couscous qu'ils contiennent,
? Allez-y, dit-il, disposez le couscous dans les appartements de mon cousin, le prince. Il ne sait pas que si les couffins contiennent, effectivement, à la surface du couscous, ils sont pleins, à l'intérieur, de poudre, Lentement mais sûrement, Aïchounèche a vidé la poudrière de son cousin !
Quand il n?y a plus un seul grain de poudre, elle envoie un espion avertir son père qu'il est temps qu'il vienne à Touggourt.
C'est la nuit et Tahar rend visite à sa cousine. Demain, lui dit-il, j'enverrai un message à ton père... J'ai hâte qu'il vienne et que nous réglions cette affaire.
? Ne crains rien, lui dit la jeune femme, tout se passera comme prévu, tu obtiendras le pardon de mon père et nous pourrons nous marier !
? Nos deux royaumes vivront dans la paix et la prospérité !
? C'est mon souhait !
Il prend congé d'elle, en lui souhaitant une bonne nuit. Mais la jeune femme ne va pas dormir. Elle restera à sa fenêtre, guettant l'arrivée de son père et de ses hommes. Ceux-ci arrivent à l'aube. Ils parviennent à entrer dans la ville et se rendent aussitôt au palais.
? Alerte ! Alerte !
Tahar saute de son lit. Ses hommes se sont déjà rendus à la poudrière pour charger leurs fusils, mais ils découvrent avec stupéfaction qu'il n'y a plus de poudre. On vient en informer Tahar qui s'écrie aussitôt :
? C'est Aïchounèche qui l'a vidée ! Les couffins de couscous contenaient la poudre !
Il l'a compris mais c'est trop tard. Pour se défendre contre les hommes de son cousin armés jusqu'aux dents, il ne reste plus que les poignards. Tahar et ses soldats vont se battre comme des lions, mais ils ne peuvent rien contre les fusils de Mohamed et de ses soldats.
Le prince est tué et ses hommes, pour ne pas subir son sort, se rendent.
? Je vous fais grâce, dit le prince Mohamed.
Il fait venir sa fille et la montre aux habitants de Touggourt.
? C'est elle, désormais, qui vous commandera.
Quelque temps après, il retourne chez lui, laissant Aïchounèche présider aux destinées de Touggourt pendant dix-huit ans.